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aise que ce prince fasse cette acquisition. Le roi aime qu'on ait des maisons de campagne. — L'ordre de Saint- Lazare gagna a Paris un grand procès au grand conseil et tout d'une voix pour la conservation de ses privilèges, malgré l'intervention du clergé.
Dimanche 2, à Versailles. — Le roi entendit le sermon et alla au salut. Il ne sortit point de tout le jour. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne ne manquent jamais d'aller au sermon avec le roi. — M. de Lamoignon eut une longue audience du roi. Il demande à traiter de la charge de président a mortier quavoit M. Talon ; mais comme M. de Lamoignon ne voulut pas de la charge de M. de Nesmond , qui étoit président à mortier aussi , on ne sait si le roi voudra qu'il ait celle qui vaque présentement, et l'on croit que M. de Pontchartrain en demandera l'agrément pour M. Phélypeaux, son frère, qui est conseiller d'État et intendant de Paris.
Lundi 3 , à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur alla diner à Meudon, et n'en revint qu'a la nuit. — M. de Meaux , accompagné de l'archevêque de Paris, a donné son nouveau livre au roi , qui est encore plus contre M. de Camhray que tout ce qu'il avoit fait jusqu'ici. Cette affaire-la n'est pas encore jugée a Rome , mais on attend la décision à la fin du mois qui vient. — M. le marquis de Sessac épouse mademoiselle de Luynes, sœur de pére du duc de Chevreuse ; elle a 50,000 écus en mariage ; il y a déjà longtemps qu'on parloit de cette affaire, et la demoiselle l'a voulu malgré l'inégalité de L'âge.
Mardi V, à Marly. — Le roi, au sortirde son dîner, alla a Marly. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont du voyage. — Le roi donna, le matin à Versailles, audience au baron de Schuleml>ourg, envoyé extraordinaire du duc de Wolfenbuttel. — Les Espagnols ont fait acheter dans la ville de Liège beaucoup de munitions de guerre, et on
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y prépare un grand convoi qui les conduira dans le duché de Luxembourg pour garnir les places de cette province.
— On mande de Berlin queDankelman,qui éloit premier ministre de rélecteur de Brandebourg, a voit été transféré à Peitzepour y demeurer en prison perpétuelle. L'électeur de Brandebourg, son maître, l'accuse d'avoir touché beaucoup d'argent du roi Guillaume à son insu.
— Monseigneur alla le matin de Versailles courre le loup dans la forêt de Saint-Germain, et en revint ici dr bonne heure.
Mercredi 5, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures, et furent assez longtemps enfermés avec le roi , et puis jouèrent jusqu'au souper et après souper, et s'en retournèrent à Saint-Germain. — Le roi d'Espagne a nommé pour son ambassadeur en France don Manuel de Samenat, marquis de Castel Dos- Hios; il est Arragonois et étoit ambassadeur en Portugal.
— On mande de Copenhague que S. M. Danoise conserve quinze régiments d'infanterie de mille hommes chacun, et onze régiments de cavalerie, outre ses gendarmes et ses gardes du corps. — On mande de Vienne que six mille Turcs ou Hongrois mécontenls, qui s'étoient assemblés à Teineswar, avoient fait une irruption dans la haute Hongrie, s'étoient emparés du château de Chonad, après avoir taillé la garnison en pièces, et s'en sont retournés après avoir emporté du butin et fait un grand désordre dans cette province.
Jeudi 6, à Marly. — Le roi se promena à pied tout le matin dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent l'aprèsdlnée sur les trois heures; le roi se promena avec eux dans une petite calèche, le roi ayant à ses côtés madame la duchesse de Bourgogne, et au banc derrière étoieni monseigneur le duc de Bourgogne et la duchesse de Lude. Les dames du palais ctoient dans une seconde
calèche qui suivoient, et les courtisans à cheval; mais le roi a défendu que les valets suivissent ces promenadeslà, de peur que le trop grand nombre de chevaux ne gatat les allées. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Germain, et revint souper ici sur les cinq heures. — Le jeu est violent ce voyage-ci ; il y a tous les jours quatre ou cinq mille pistoles de perte. — M. Télecteur palatin avoit envoyé des troupes dans Veldenz et dans Lutzelstein. On Ta trouvé mauvais en ce pays ici ; on lui a fait dire, et il les a retirées.
Vendredi 7, à Marly. — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée à pied dans ses jardins; Monseigneur fut assez longtemps à la promenade avec lui, et puis il revint jouer. Monseigneur le duc de Bourgogne alla de Versailles, à, cheval , à Noisy , se promener. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à Trianon. — M. le landgrave de Hesse-Cassel n'a point encore voulu restituer la place de Rheinfeis au landgrave de Rheinfels, son cousin, quoique ce soit un des articles de la paix. Le roi de Danemark même fait solliciter le roi de se relâcher làdessus, disant que les deux cousins s'accommoderont ensemble ; mais le roi demeure ferme , et a déclaré même qu'il ne rendroit point les places qu'il a en Allemagne tant que le landgrave de Hheinfels ne sera point maître de ses États, et surtout du château de Rheinfels.
Samedi 8, à Versailles. — Le roi se promena tout le jour à. Marly , et revint ici à la nuit. — Le roi signa le matin, à Marly, le contrat de mariage de M. de Sessac avec mademoiselle de Luynes. — On apprit lamortde madame de Sillery *, tante de M. de la Rochefoucauld; elle est morte à Liancourt, où elle étoit retirée depuis longtemps C'étoitune femme de beaucoup d'esprit et de vertu, mais que nous n'avons jamais vue à la cour. — Le roi nomma M. le duc d'Aumont**, premier gentilhomme de sa chambre en année, pour aller faire compliment «à mi lord Portland, ambassadeur d'Angleterre, qui fait demain
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son entrée a l*uris, et madame la duchesse de Bourgogne a nommé Villacerfle (ils son premier maître d'hôtel; il y va parce que Tessé, premier écuyer, est absent , car ce sont les premiers écuyers chez les reines, dauphines ou duchesses de Bourgogne , qui sont chargés de ces commissions-la. On avoit proposé de m'y envoyer, mais on a trouvé dans les registres que les chevaliers d'honneur ne marchoient que quand le roi envoie son grand chambellan. Cependant Madame y envoie d'ord'paire son chevalier d'honneur; mais ce n'est pas l'ordre (1).
* Madame de Sillery étoit une femme de beaucoup d'esprit , sœur de M. de la Rochefoucauld, qui figura taut par son esprit, dans la minorité de Louis XIV, avec madame de Longueville. Madame de Sillery ne se trouvoit pas trop bien mariée, et ne parut point à la cour. Son beau-père Puisieux , fils du chancelier de Sillery, et qui avoit été en si grande considération , étoit mort chassé et dépouillé de sa charge des 1 610, et sa veuve, qui étoit Estampes-Valençay, en 1677, à quatre-vingts ans , qui étoit une importante et maîtresse femme, et qui mangea pour plus de cent raille écus, à belles dents, de points de Gènes. M.Jde Sillery, son fils, a voit beaucoup desprit, mais point de conduite, se ruina, alloit à pied, et n'en étoit pas moins désiré de la meilleure compagnie , mais sans cour, ni guerre, et ne bougeoit de chez MM. delà Rochefoucauld, ses beau-père et beau-frere. Il mourut en 1691, à soixaute-douze ans, fort retiré du monde , et beaucoup à Liancourt avec sa femme , don t entre autres enfants il laissa Puisieux, qui devint chevalier de l'ordre , l'évêque de Soissons,et Sillery, premier écuyer de M. le prince de Conty.
*• Ce n'est pas que le chevalier d'honneur et le premier écuyer de la reine «oient égaux en charges au grand chambellan, ni au premier gentilhomme de la chambre du roi , mais parce que ce sont les deux premières charges de la reine en hommes laïcs. Elle s'en sert aux mêmes envois que le roi se sert du grand chambellan et du premier gentilhomme de sa chambre.
(1) Le roi n'envoie son grand chambellan qu'en de» occasions extraordinaire* , cou.m«\ par exemple, quan.i le roi et la reine d'Angleterre sont venus en France, et jamais à des ambassadeurs , el même il y a des ambassadeurs à qui le roi n'envoie |ws son premier gentilhomme de la chambre. ( Ao/p de iMtnyeau.)
Dimanche 9, à Versailles. — Le roi entendit l'aprèsdlnée le sermon, et puis alla au salut. Monseigneur, messeigneurs les princes ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne l'y accompagnèrent. — Milord Portland fit son entrée à Paris, qui fut magnifique, mais beaucoup moindre qJon ne Tavoit cru (1). C'étoit le maréchal de Boufflers qui le menoit. C'est toujours un maréchal de France qui mène les ambassadeurs à leurs entrées à Paris, et un prince des maisons de Lorraine ou de Savoie, quand il y en avoiten ce pays ici , qui les accompagne à la première audience qu'ils ortdu roi # . — Nous avons appris ce soir que le roi a choisi M. de Lamoignon pour remplir la charge de président à mortier qu'avoit M. Talon ; il n'étoit point vrai que M. de Pontchartrain y eut songé pour M. de Puélypeaux, son frère. Ces charges sont fixées a 500,1)00 livres, et ne valent que 12,000 livres de rente . M. de Lamoignon ne saura cette nouvelle que demain matin. — Le marquis de Larray, lieutenant général des armées du roi, est mort à Paris; il étoit gouverneur de Mont-Dauphin; ce gouvernement vaut 10 ou 12,000 livres de rente.
• I /usage qui a fixé dans les maisons de Lorraine et de Savoie la conduite des amlwssadeurs à leur première audience ne peut être rapporté qu'au temps où ces maisons s'étoient rendues puissantes, et celle de Lorraine nombreuse, l'assiduité de plusieurs à la cour, et l'éloignement des plus grands seigneurs, l'intérêt de la maison de Lorraine de se lier avec les puissances étrangères , l'opinion de faire plus d'honneur a leurs ambassadeurs, de préférer ces princes pour les conduire à l'audience, l'habitude qui de l'un à l'autre s'en prit, en fixa l'usage. Mais ce qui acheva de l'établir en droit exclusif fut celui du chapeau. Jusqu'à François I er , tous les seigneurs indistinctement paroissoient couverts devant le roi , et quand quelqu'un d'eux mettoit la main au bonnet et l'ôtoit, c'étoit signe qu'il vouloit parler au roi, qui le faisoit approcher. Le passage des bonnets aux chapeaux changea" cette coutume , on
(I) Voir la relation de l'entrée de rambassa,lenr extraordinaire .l'Angleterre dan* le Mercure «le inar*, iwjte* 274-ÎH.i.
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ne sait pourquoi, et personnelle se couvrit plus devant le roi. Après la paix de Ven ins, il vint un ambassadeur d'Espagne qui étoit grand , et comme tel accoutumé à se couvrir dès qu'il voyoit le roi d'Espagne couvert. Se promenant à Monceaux, à la suite de Henri IV, avec M . le Prince, M. de Mayenne et M. d'Épernon, cet ambassadeur, voyant Henri IV couvert, se couvrit. Le roi en fut choqué , et néanmoins ne voulut pas lui faire d'affront. Il prit un milieu qui fut de lui faire couvrir les trois autres. De là uniquement, le chapeau des princes aux audiences des ambassadeurs qui fut commun à M. d'Épernon pour s'être heureusement trouvé à l'origine, et à ses enfants comme à lui, sur ce que toute la maison de Lorraine l'obtint, sous le prétexte de mener les ambassadeurs à l'audience, et de ce que M. de Mayenne s' étoit couvert. La maison de Savoie, qui avoit le même, obtint aussi la même grâce , et ils eu ont joui jusqu'à l'audience du légat Chigi. Gomme ils étoient demeurés découverts à celle-là parce que les ducs y étoient mandés comme ducs, ils ne surent plus si cet honneur leur seroit rendu ; et en effet, Us furent du temps sans le reprendre. Ceux qui ont obtenu le rang de prince sans l'être ont souvent tenté d'obtenir la conduite des ambassadeurs à leur première audience, mais il n'y ont pu encore parvenir. Pour ce qui est du maréchal de France, pour la conduite à l'entrée , cela ne s'est établi que depuis que MM. de Lorraine et de Savoie ont eu la conduite exclusive à la première audience pour donner, par un oflicier de la couronne, le plus grand honneur qu'on pût faire en cette occasion aux ambassadeurs, et, jusque vers la fin du dernier règne, on a toujours affecté, autant qu'on l'a pu, de ne nommer à cette fonction que des maréchaux de France qui ne fussent pas ducs. Mais l'absence et la nécessité y ayant employé des maréchaux qui étoient ducs à brevet, et la plupart un long temps l'étoient, a accoutumé à y en employer qui étoient ducs vérifiés et pairs, et comme il est bien établi qu'il ne s'agit point là d'autre chose que de l'office de ma récitai de France , on y est devenu moins scrupuleux , comme aux premières audiences les ducs qui s'y trouvent sont uniquement premiers gentilshommes de la chambre ou capitaines des gardes , et uniquement eu cette qualité, et par la fonction de ces charges.
Lundi 10, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. — Madame la duchesse de Bourgogne alla hier après le sermon à Saint-Cyr, où mademoiselle d' Aubigny étoit depuis quelques jours. Le bruit commence à se répandre que son mariage est résolu avec le comte d'Ayen, et que cela sera déclaré ces jours ici. — M. de Lamoigncn est venu cette après-dtnée remercier le roi , qui lui a
encore fait une nouvelle grâce , car il lui a permis de vendre sa charge d'avocat général 400,000 livres , quoiqu'elle ne soit fixée qu'à 350,000 livres. C'est M. Portail le fils à qui le roi en donne l'agrément; il est conseiller au parlement et fils de M. Portail, conseiller de la grande chambre , homme de beaucoup de réputation. La charge d'avocat général vaut 18,000 livres, si bien que M. de Lamoignon aura 2,000 écus de revenu de moins, et aura encore 100,000 livres à payer. Les charges de président à mortier n'étoient fixées qu'à 350,000 livres; mais, quand le roi en créa deux nouvelles pour M. Talon et pour M. de Ménars, le roi augmenta la fixation de 50,000 écus.
Mardi 11, à Versailles. — Milord Portland eut sa première audience publique du roi et de toute la maison royale. — L'après-dlnée le roi donna une longue audience à M. de Tallard, qui prit congé de S. M. pour s'en aller à l'ambassade d'Angleterre. 11 y a quelques jours que le roi lui donna 4,000 écus de gratification, outre ce qu'on a accoutumé de donner aux ambassadeurs pour leurs équipages. La livrée et les carrosses qu'il mène en Angleterre sont plus magnifiques que ceux de milord Portland. — Après avoir donné audience à Tallard, le roi alla à la volerie pour la première fois de l'année ; Madame et madame la Duchesse v étoient à cheval. L'après-dlnée, madame la duchesse de Bourgogne , après avoir donné audience à milord Portland, alla à Saint- Cyr et en ramena mademoiselle d'Aubigné , et le soir, au coucher du roi , Ton sut que son mariage avec le comte d'Aven étoit entièrement résolu , et M. de Noailles alla au coucher de Monseigneur lui rendre compte. Nous en saurons demain les conditions.
Mercredi 12 , à Versailles. — Le roi , monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent au sermon. Monseigneur alla se promener à Chaville, et revint le soir pour l'appartement. Le roi, après le
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sermon, alla se promener à Marly. Madame la duchesse de Bourgogne dîna chez madame de Maintenon; elle y alla dès le matin, dès qu'elle fut habillée, et y demeura toute l'après-dlnée, faisant les honneurs à tous ceux qui venoient faire compliment à madame de Maintenon sur le mariage de sa nièce. Madame de Maintenon se mit sur son lit pour recevoir les compliments. Le roi donne a mademoiselle d'Aubigné 800,000 livres , savoir : 500,000 livres sur la maison de ville et 100,000 écus argent comptant, et pour 100,000 francs de pierreries. Madame de Maintenon lui assure après sa mort 200,000 écus de son hien. Outre cela, le roi donne au comte d'Aven les survivances du gouvernement de Roussillon qu'a le duc de Noailles, et du gouvernement de Berry qu'a M. d'Auhigné. Le gouvernement de Roussillon vaut 38,000 livres de rente, et celui de Berry en vaut 30. Madame la comtesse d'Ay en sera dame du palais.
Jeudi 13, à Versailles. — Le roi prit médecine, et entendit la messe dans sa chambre, avant que de la prendre. Ensuite il travailla tout le matin avec M. de l'ontchartrain, et après son dîner il tint le conseil d'État qu'il a accoutumé de tenir les matins. Monseigneur, après la médecine du roi, alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à dimanche. — Il s'étoit répandu, depuis quelques jours, un bruit de la mort de l'électeur de Saxe, qu'on prétendoit avoir été tué par la noblesse du Kococh (1) ; mais cette
(I) Rococh , assemblée insurrectionnelle de la noblesse de Pologne. « Si, sans le concours du roi, l'an)l>ition , l'animosité, le mécontentement , ou enlin quelque autre intérêt particulier fait naître une confédération , on l'appelle Hokosz, tenue bizarre , dont la vraie signification n'est |»as encore bien décidée, car les uns prétendent que Rokosz veut dire révolte, d'autres croient avec plus de fondement que c'est un cri de guerre que les l'olonois ont emprunté des Hongrois parce qu'anciennemeut les Hongrois s'assembloient d'une façon assez tumulluaire auprès d'un village nommé Koko>z, situé dans une vaste plaine , en deçà de Peslh , et qu'en y accourant , ils s'avertissoient les uns les autres que c'étoit a Rokosz qu'il falloit aller. Quoi qu'il en soit , ce jietit mot avoit autrefois tant d'ascendant sur l'ordre équestre que , jiour peu
nouvelle n'étoit venue que par des lettres qu'on avoit reçues de la Hollande, et comme on n'en a point eu de confirmation , on ne la croit point. — Le comte de Meilly, frère cadet du marquis de Bouligneux, est mort; il étoit colonel d'infanterie et s'étoit fort distingué* au siège de Barcelone. — J'appris que M. de la Mare, colonel d'infanterie d'un des régiments piémontois qui sert en France, étoit mort aussi depuis quelques jours.
Vendredi 14, à Versailles. — Le roi, après son diner, enlendit le sermon et ensuite alla se promener à Trianon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne étoient au sermon avec le roi. Monseigneur alla de Meudon à l'opéra à Paris, où madame la princesse de Conty le vint trouver. — Un courrier, que M. de Torcy avoit envoyé en Espagne au marquis d'Harcourt, a rapporté qu'il n'avoit pas encore pu avoir d'audience du roi d'Espagne, qui étoit fort malade. Le marquis d'Harcourt doit renvoyer un courrier incessamment pour mander sa mort ou sa guérison. — M. le comte de Vertus , qui étoit dans les mousquetaires depuis quelques mois , a acheté la charge de guidon des gendarmes qu' avoit M. de Tressan, neveu de l'évèque du Mans; il lui en donne 100,000 écus. — Madame la duchesse de Bourgogne alla, le soir sur les six heures , voir le roi chez madame de Maintenon , comme elle a accoutumé de faire.
Samedi 1 , à Versailles. — Le roi, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent dîner àMarly et ne revinrent ici qu'à la nuit. Monseigneur
qu un gentilhomme s'avisât de le prononcer publiquement à haute voix, tous ceux qui l'entendoient étaient obligés , sous les peines les plus sévères , de s'attrouper autour de lui. Les derniers venus fai noient l'écho, leurs clameurs attiraient de nouveaux camarades, la bande grossissait , et l'on voyoit bientôt sous les armes une foule prodigieuse de noblesse , dont les trois quarts ne sa- \ oient, la plupart du trmps, de quoi il étoit question. » {Idée de la rèpttblUftte de Potryne; manu* ni delà Bibliothèque royale , potlé par F-d. Kurzweil. - Pari», 1840 in-8", pages 5»7 et 9». )
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courut le loup et retourna coucher à Meudon, d'où il étoit parti le matin. — M. de Sessac épousa à Paris mademoiselle de Luynes. La noce se fit chez le duc de Chevreuse. — Le procès de M. le prince de Conty contre madame de Nemours fut appointé ; les conclusions de M. Daguesseau, avocat général, furent entièrement pour M. le prince de Conty; il avoit parlé trois jours consécutifs , et trois ou quatre heures à chaque fois , avec une éloquence extraordinaire, et l'on croyoit que M. le prince de Conty gagneroit tout d'une voix. — Le parlement d'Angleterre a cassé toutes les donations et les confiscations que le roi Guillaume avoit données à des particuliers. Le parlement veut se les approprier pour payer les dettes, à quoi l'État est engagé. — Le roi quitta le deuil de la reine-duchesse; dès le commencement du mois il avoit pris la dentelle.
Dimanche 16, o Versailles. — Le roi entendit le sermon. Monseigneur revint dès le matin de Meudon pour être au conseil. — 11 arriva le matin un valet de chamhre du marquis d'Harcourt , parti le 3 de ce mois de Madrid ; il a laissé le roi d'Espagne hors de danger pour cette attaque ici , mais c'est une santé si foihle qu'il y a toujours fort à craindre. Le marquis d'Harcourt mande que les Espagnols ne témoignent plus avoir aucune aversion pour les François; les peuples sur sa route et les gens qu'ils a vus depuis qu'il est à Madrid témoignent de souhaiter pour roi un des enfants de monseigneur le Dauphin. — Le chevalier de Roye, sous-lieutenant depuis peu dans la gendarmerie, a l'agrément du roi pour acheter du comte de Marsin la charge de capitaine-lieutenant des gendarmes flamands ; il en donnera moins de 50,000 écus, et vendra sa sous-lieutenance 30,000 écus.
Lundi 17, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. Monseigneur le duc de Bourgogne alla a la volerie ; le roi lui en a laissé la direction, et a commandé à M. des Marests, grand fauconnier, de ne prendre plus les
ordres que de lui. — On mande de Londres que le parlement a remis à payer les dettes du roi Guillaume qui s'étoit engagé de donner de gros subsides aux princes ses allies. Par les mémoires qui ont été donnés au parlement par les ministres de ces princes , ces dettes se montent à dix-huit millions de livres sterling, qui font deux cent trente quatre millions de notre monnoie. — Le marquis de Novion, brigadier d'infanterie, s'est absenté de Paris ; on croit même qu'il est sorti du royaume. 11 est accusé d'avoir fait couper le nez, il y a un mois, à un chevalier de Malte , nommé Saint-Génie ; et madame Du Beloy, dont on prétend qu'ils étoient amoureux tous deux, qui avoit été, dit-on, assez outragée par ce chevalier, a comparu devant les juges. On croit pourtant qu'elle sortira d'affaire.
Mardi 18, à Versailles. — Le roi alla à la chasse. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'après-dlnée à Saint-Cyr. — Le roi donna le matin audience à l'envoyé du landgrave de Hesse- Cassel, qui insiste fort pour que le roi lui permette de garder Rheinfels , dont il s'étoit emparé. 11 prétend qu'il lui est dû de grosses sommes par le landgrave son cousin ; mais le roi veut que l'article de la paix soit exécuté, et a envoyé ordre au marquis d'Huxelles de déclarer qu'il ne rendroit point les places du Rhin jusqu'à ce que Rheinfels soit remis entre les mains de son prince légitime. S. M. ne fait cela que parce que le prince de Rheinfels est catholique. — Toutes les nouvelles d'Allemagne portent que le mariage du roi des Romains est résolu avec la princesse Amélie de Hanovre. Sa sœur aînée a épousé le duc de Modène ; nous les avons vues ici longtemps toutes deux avec madame leur mère, qui est sœur de madame la Princesse.
Mercredi 19, à Marly. — Le roi vint ici après son dîner pour y demeurer le reste de la semaine. Monseigneur alla de Versailles à Saint-Germain, avec madame la
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princesse deConty, voir le roi et la reine d'Angleterre, et puis revint ici. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne sont demeurés à Versailles à leur ordinaire. Madame la duchesse de Bourgogne, avant la messe, alla dire adieu au roi qui étoit encore au conseil. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont allés à Saint-Cloud pour y demeurer jusqu'à Pâques. — Le marquis de Villars le père est fort malade à Paris, et a reçu Notre-Seigneur. — Le marquis de Puisieux prit congé du roi ces jours passés pour s'en aller à son ambassade de Suisse. M. Amelot attendra qu'il y soit arrivé pour s'en revenir. — Le roi a donné ici un logement au maréchal de Choiseul, qui n'y étoit jamais venu. Le roi donne présentement des logement fixes à quelques courtisans de ceux qu'il y mène toujours.
Jeudi 20, à Versailles. — Le roi, malgré le vilain temps, se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur courut le loup, qui le mena jusqu'à Pontchartrain , et au retour il mangea dans l'appartement de Madame, qui n'est pas ici. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici ; mais ils demeurèrent toujours chez madame de Maintenon ; il faisoit trop vilain temps pour sortir. — Le roi dit à son dîner qu'on lui avoit mandé la mort du marquis de Villars* ; il mourut le matin à Paris, n'ayant été malade que deux jours ; il avoit quatre-vingts ans passés , et paroissoit devoir vivre encore longtemps. Il étoit chevalier de l'ordre, chevalier d'honneur de madame la duchesse de Chartres, et un des trois conseillers d'État d'épée. Il y avoit déjà une de ces charges vacante depuis quatre ans, si bien que je suis présentement seul conseiller d'État d'épée. Le marquis de Villars avoit été ani- Ixtssadeur en Danemark et en Espagne et lieutenant général des armées du roi. — Madame de Montchevreuil est considérablement malade , et comme elle est déjà fort affaiblie par beaucoup de maladies qu'elle a eues depuis
quelques années, on crairçt qu'elle ne puisse pas résister à cette attaque ici, qui est plus violente que les autres.
* La comtesse* de Fiesque avoit amené mademoiselle d'Outrelaise à Paris, de Normandie, d'où elle étoit, et la logeoit avec elle. Madame de Choisy l'alla voir, et y trouva bonne compagnie. L'envie de pisser la prit ; elle dit qu'elle alloit monter en haut chez Divine, qui étoit le nom que les amis de mademoiselle d'Outrelaise lui avoient donné, et qu'elle communiqua depuis à madame de Frontenac , avec qui elle alla demeurer à l'Arsenal, et y passèrent leur vie ensemble, et inséparables. On ne les appeloit que les Divines. Madame de Choisy, montée en haut brusquement,)- trouve mademoiselle de Bel lefonds, tante paternelle du maréchal , jeune alors et extrêmement jolie , et voit un homme qui se sauve , et qu'elle ne put connoitre. ta figure de cet homme parfaitement bien fait la frappa tant, qu'elle redescendit tout enthousiasmée , contant son histoire et disant que ce ne pouvoit être qu'Orondat. ta plupart de la compagnie, qui savoitque Villars étoit en haut, où il étoit allé voir mademoiselle de Rellefonds, dont il étoit fort amoureux , qui n'avoit rien , et qu'il épousa bieutôt après , se mit à rire , et le nom d Orondat eu est resté à Villars toute sa vie. Maintenant que le goût des romans est passé, il faut avertir qu'Orondat est un personnage célèbre dans Cyrus pour sa taille et sa bonne mine, qui charmoit les héroïnes de ce roman, ta comtesse de Fiesque , madame de Choisy, madame de Villars , madame de Frontenac et mademoiselle d'Outrelaise ont été des personnes dont apparemment ces Mémoires donneront lieu de parler dans les suites, et qui méritent bien qu'on les fasse connoitre.
Vendredi 21, o Marly. — Le roi devoit aller à la \olcrie dans la plaine de Vésinet, où le roi et la reine d'Angleterre dévoient être ; mais le vilain temps en a empêché, et le roi alla à Saint-Germain voir LL. MM. BB. — Madame d'Amfreville, fille du feu maréchal de Bellefonds, mourut ces jours passés à Vincennes, après une longue maladie ; c'est une femme qui avoit vécu comme une sainte, et qui est morte de môme. — Madame la princesse de Conty, fille du roi, avoit '200.000 écus sur les postes, qui lui valoient 50,000 livres de rente au denier douze; ces rentes-là ont été converties au denier dixhuit, ou remboursées à ceux qui n'ont pas voulu convertir. 11 auroit fallu 100,000 écus à madame la princesse
de Conty pour conserver ces 50,000 livçes de rente. Le roi les lui a fait donner du trésor royal. Cet argent, que madame la princesse de Conty avoit placé là, étoit une partie de ce qu'elle avoit tiré de la terre de Penthièvre, que M. le comte de Toulouse acheta d'elle il y a quelques années.
Samedi 22, à Versailles. — Le roi se promena toute l'après-dlnée à Marly, et ne revint ici qu'à la nuit. Monseigneur partit de Marly après le lever du roi et alla dîner à Meudon, d'où il revint ici le soir. Madame la duchesse de Bourgogne étoit allée dès le matin à SaintrCyr, d'où elle revint avec madame de Maintenon, qui y étoit allée de Marly. — M. le duc de Savoie a envoyé ici madame la comtesse de pour conduire mademoiselle
de Carignan, qui est à Paris dans un couvent, et la mener en Savoie, où S. A. H. veut qu'elle et mademoiselle de Soissons, sa sœur, qui est dans un couvent à Bruxelles , soient étroitement gardées; et c'est M. de Savoie qui avoit prié le roi de ne pas laisser mademoiselle de Carignan à l'hôtel de Soissons à Paris, et de la faire mettre dans un couvent jusqu'à ce qu'il pût la faire venir dans ses États. — M. le marquis de Novion, qui étoit brigadier d'infanterie et colonel du régiment de Bretagne , a été cassé pour l'insulte qu'on l'accuse d'avoir faite au chevalier de Saint-Génie.
Dimanche 23, jour des Rameaux, à Versailles. — Le roi, Monseigneur et toute la maison royale furent à toutes les dévotions de la journée. — M. d'Urfé, qui est à Turin depuis assez longtemps , avoit un grand procès contre M. de Savoie, qu'il a gagné, et dont on compte qu'il lui re viendra un assez gros argent. — La réforme des Suisses est faite ; le roi en casse dix-huit mille ; il en conserve encore à peu près autant; il n'y a qu'un colonel de réformé et environ vingt capitaines. Le colonel réformé, c'est Chelbcrg; niais le roi lui a parlé d'une manière qui l a fort consolé et qui lui fait espérer aux bontés
de S. M. — Le roi a résolu de former un camp dans la plaine d'Achères, au commencement du mois de juillet. Ce camp sera composé de trente-cinq l)ataillons et de cent trente escadrons; et le roi, pour empêcher ses officiers d'y faire beaucoup de dépense, a défendu qu'on habillât les soldats et cavaliers dont les habits pouvoient encore servir, et a interdit toute dorure neuve aux officiers, voulant ménager la bourse de gens qui , sans ses défenses expresses , ne l'auroient pas ménagée.
Lundi 2k , à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur alla à Saint-Cloud voir Monsieur. — Quand le roi souhaita que M. le comte de Toulouse eût le gouvernement de Bretagne, il voulut pour consoler M. de Chaulnes, qui avoit peine à quitter ce gouvernement, que sa famille trouvât son compte dans ce changement , et, dans cette vue-là , S. M. voulut assurer à M. de Chevreuse , neveu de M. de Chaulnes, le gouvernement de Guyenne que quittoit M. le comte de Toulouse; mais S. M. voulut en même temps que M. de Chaulnes fût le survivancier et que M. de Chevreuse fût le titulaire. Le roi en use souvent ainsi, et M. le Prince est survivancier de Monsieur le Duc en Bourgogne. Jusqu'ici M. le duc de Chaulnes n'avoit point voulu donner sa démission à M. de Chevreuse ; il vouloit toujours garder le titre et ne se content oil pas d'en avoir les revenus et la survivance; mais enfin, voyant que le roi demeuroit ferme à vouloir que le titre fût sur M. de Chevreuse, M. de Chaulnes y a consenti. Ainsi M. de Chevreuse est présentement gouverneur de Guyenne, mais il n'en aura les appointements qu'après la mort de M. de Chaulnes.
Mardi 25 , à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monsieur vint de Saint-Cloud le voir au sortir du conseil et s'en retourna. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à la volerie, et puis revint chez madame la duchesse de Bourgogne, comme il y vient présentement tous les jours. — i . roi a fait à M. le comte de Toulouse
la môme grâce qu'il a faite à madame la princesse de Gonty pour l'argent qu'il avoit sur les postes au denier douze. 11 avoit offert de payer ce qui étoit nécessaire pour conserver son revenu en le réduisant au denier dixhuit ; mais le roi a voulu qu'il n'en coûtât rien à M. le comte de Toulouse. — Le roi, après son dîner, donna une assez longue audience à M. le premier président et ensuite a M. le procureur général. — Par les nouvelles qu'on a de Pologne, il y a lieu de croire que les affaires de M. l'électeur de Saxe ne se termineront pas encore sitôt. Le primat demeure ferme à vouloir que tout ce qui a été fait contre les lois du royaume soit cassé.
Mercredi 26, à Versailles. — Le roi entendit ténèbres dans la chapelle en bas, et puis s'alla promener à T»*ianon. iMonseigneur, messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne y étoient avec lui, et madame la duchesse de Bourgogne en sortit à laudes pour aller a Saint-Cyr, d'où elle revint le soir avec madame de Maintenon. — M. de Barbezieux dit le soir a beaucoup d'officiers que le camp seroit à Compiègne, et non pas ici, comme on l'avoit cru 11 ne commencera qu'au mois d'août. On veut attendre que la moisson soit faite pour ne rien gâter. — J'appris que l'abbé de Calvière étoit mort. 11 avoit l'abbaye de Lire aaprès d'Évreu", qui est une abbaye considérable; elle vaut 18,000 livres de rente; mais il y a quelques pensions dessus; la plus forte est celle de l'abbé de Soubise, qui est de 1,000 écus. — Le roi ne sortit de son conseil qu'à deux heures; il voulut terminer beaucoup d'affaires, parce qu'il a donné congé à ses ministres pour le reste de la semaine.
Jeudi 27, à Versailles. — Le roi lit le matin la cène , et assista à toutes les dévotions de la journée. Madame la duchesse de Bourgogne dîna en public avec lui ; toute la maison royale y étoit. Après ténèbres, le roi s'en alla a Marly, où il se promena jusqu'à la nuit, et ne revint ici qu'à huit heures. Monseigneur, qui avoit fait ses
PAques le matin avant la cène, servit le roi à la cène, A l'ordinaire, avec messeigneurs ses enfants, et après ténèbres il alla se promener seul à Meudon, d'où il revint ici le soir. Madame la duchesse de Bourgogne sortit de la chapelle avant laudes , s'alla promener à Trianon , et puis alla à la paroisse etaux Récollets faire ses prières. Le soir après souper, le roi, Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne retournèrent en haut à la c lapelle, où ils demeurèrent jusqu'à onze heures. — Le roi aliène un nouveau million sur la maisonde ville au denier vingt ; et on croit qu'il sera aussitôt rempli que ceux qu' ; l a aliénés au denier dix-huit, car jamais l'argent n'a été si commun dans Paris qu'il est présentement.
Vendredi 28, à Versailles. — Le roi entendit le matin la Passion du P. Gaillard, qui fut fort belle , et assista à toutes les dévotions de la journée, et puis revint chez lui , où il fut enfermé avec son confesseur jusqu'à sept heures; Monseigneur et messeigneurs ses enfants assistèrent avec lui à toutes les dévotions de la journée. Le roi dina, comme le jour d'auparavant, avec la maison royale. Après ténèbres, Monseigneur alla se promener à Chaville, et madame la duchesse de Bourgogne sortit de la chapelle, comme les deux jours d'auparavant, avant laudes, et alla à Saint-Cyr, d'où elle revint sur les sept heures avec madame de Maintenon. — Madame de SoubLse demande l'abbaye de Lire pour son fils l'abbé, qui a déjà une pension dessus , et l'on croit que S. M. disposera demain des abbayes de Fécamp et de Jumiéges, qui sont vacantes depuis longtemps ; on ne doute point qu'une de ces abbayes ne soit donnée à l'abbé de Villeroy, fils du maréchal, qui a vingt ans. — Le roi a un érésipèle à la jambe depuis trois jours , et elle est assez augmentée ce soir. \
Samedi 29, à Versailles. — Le roi alla à la paroisse faire ses Pâques, et revint ensuite toucher les malades . Au retour, on trouva son érésipMiî tourné en goutte.
qu'il a «assez forte au pied. Sur les six heures, il se lit porter en chaise, en haut à la chapelle, pour entendre compJies. 11 y eut une musique nouvelle fort belle. Monseigneur courut le loup. — Le roi donna l'archevêché de Bordeaux à l'évoque d'Aire, frère de M. de Bezons , intendant de Guyenne; l'évéché d'Aire a M. l'abbé Floriot, frère de M. d'Armenonville , intendant des finances; l'évéché de Poitiers à l'abbé de Coadelet (1), frère d'un ofticier aux gardes, qu'on dit qui est fort homme de bien, et que nous n'avons jamais vu ici; l'abbaye de Fécamp à l'abbé de Villeroy; cette abbaye a valu autrefois jusqu'à 25,000 écus; elle vaut bien encore 50,000 francs ; l'abbaye de Lire à l'abbé de Soubise ; cette abbaye est affermée 18,500 livres; une abbaye de filles qui s'appelle Charenton, auprès de Moulins, à une belle-sœur de madame de Montgon. Le roi n'a pas disposé de l'abbaye de Jumiéges..
Dimanche 30, jour de Pâques, à Versailles. — Le roi se fit porter en chaise le matin et l'après-dlnée à la tribune de la chapelle, où il assista à toutes les dévotions de la journée avec Monseigneur, messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne. — Le cardinal Radzieiowiski, primat de Pologne, a envoyé ici un courrier par lequel il prie le roi de lui faire rendre l'argent qu'il a distribué dans ce pays-là, de la connoissance de M. l'abbé de Pohgnac, pour y faire élire M. le prince de Conty. 11 écrit en même temps à ce prince qu'il traite toujours de roi; mais nous apprenons par ailleurs que ce même primat a enfin écrit à l'électeur de Saxe en le traitant de Majesté. Cependant le roi a ordonné qu'on s'informât de l'abbé de Polignac et de l'abbé de Chàteauneuf de ce que le primat pouvoit avoir avancé d'argent pour cette affaire, et le fera rembourser
(t) On prononçait Caudelet, et « Vst ainsi que Saint-Siinon i^rit ce nom. (Voir au 18 avril suivant.)
jusqu'au dernier sol. On croit que cela pourra aller à 500,000 livres. — Quoique le roi ne soit pas content de l'abbé de Polignac, il lui a envoyé 2,000 écus à Amsterdam, afin qu'il puisse achever son voyage; il a ordre de ne point paroltre à la cour , et de s'en aller droit à son abbaye, qui est en Normandie.
Lundi 31 , à Versailles. — Le roi tint conseil l'aprèsdlnée , outre le conseil qu'il avoit tenu le matin , à son ordinaire. — Mademoiselle d'Aubigné et M. d'Ayen furent fiancés le soir dans la chapelle. Madame la duchesse de Bourgogne , qui avoit dîné chez madame de Maintenon et qui y soupa encore le soir, alla en haut à la tribune voir les fiançailles. Tous les parents du marié et de la mariée eurent l'honneur de voir le roi chez madame de Maintenon avant les fiançailles, et au retour on signa le contrat de mariage. — Toutes les nouvelles qui viennent par l'Italie et par l'Allemagne portent que la santé du roi d'Espagne est tout à fait désespérée ; il parolt même que l'empereur en est bien persuadé, et pour la Sicile et pour le royaume de Naples et pour le duché de Milan [tic]. Cependant le marquis d'Harcourt mande de Madrid que la santé du roi se rétablit un peu, et les dernières lettres qu'on en a sont du ik. — La dernière réforme qu'on doit faire de nos troupes ne se fera qu'au mois de mai.
Mardi l ,r avril , à Versailles. — Le roi devoit aller demain à Marly, mais il a remis son voyage à jeudi, et il y demeurera dix jours ; sa goutte est considérablement diminuée. — Le mariage du comte d'Ayen et de mademoiselle d'Aubigné se fit le matin à la paroisse. M. l'archevêque de Paris en fit la cérémonie. Au retour de la paroisse, tous les parents allèrent dîner chez M. de Noailles , a qui M. le comte de Toulouse avoit prêté son appartement. L'après-dlnée tout le monde vit madame de Maintenon , qui étoit dans son lit, et la mariée, qui étoit sur un lit dans une autre chambre. Monsieur vint T. VI. 91
de Paris pour les voir; il y avoit un monde prodigieux. Madame la duchesse de Bourgogne y fut toujours, et en voulut faire les honneurs. Le soironsoupa chez madame de Maintenon ; il y avoit à la table madame la duchesse de Bourgogne , madame de Maintenon, la mariée, madame d'Aubigné sa mère , madame d'Heudicourt , la duchesse de Noailles, ses trois filles mariées, la marquise de Noailles, madame la duchesse du Lude, madame de Mailly et madame de Nogaret. Après souper, on coucha les mariés. Le roi donna la chemise au comte d'Ayen. Madame la duchesse de Bourgogne la donna à la comtesse d'Ayen. Le roi, en tirant le rideau des mariés, dit qu'il leur donuoit à chacun 8,000 francs de pension ; c'est par-dessus tout ce qu'il leur a déjà donné, et afin que présentement ils jouissent de plus de 80,000 livres de rente (1).
Mercredi 2, à Versailles. — Le roi alla l'après-dl née à la volerie dans une petite calèche découverte, et prit assez de plaisir à la chasse — Le marquis de Castries fui choisi pour remplir la place de chevalier d'honneur de madame de Chartres, qu'avoit le feu marquis de Villars. Monsieur a souhaité que le marquis de Castries
(l) » Il s'est Tait depuis peu un mariage à la tour, dont vous vous attende* sans doute que je vous fasse un long détail ; cependant je vous en dirai fort peu de chose, à cause de la modestie des deux familles. C'est le mariage de M. le comte d'A\en, mestre de camp , fils aîné de M. le maréchal duc de Noailles , et de mademoiselle d'Aubigné, fille unique de M. le comte d'Aubigné, chevalier des ordres du roi, et gouverneur du Berry. La cérémonie en a été faite
Versailles, dans l'église de la paroisse, par M. l'archevêque de Paris, oncle paternel du marié. Si j 'a vois à m'étendre sur le mérite de M. le comte d'Ayen, je vous en dirois des choses que vous auriez de la peine à croire, cependant je ne dirois rien qui ne fût vrai. Vous ne doutez point qu'il n'y ait aussi beaucoup à dire sur les belles qualité» de mademoiselle d'Aubigné , puisqu'elle a été élevée auprès de madame de Maintenon , sa tante. On ne doit pas s'étonner si , à l'occasion de ce mariage, la fortune a couronné le mérite, la naissance et la vertu. Je vous ai si souvent parié de la maison de Noailles, que je ne vous répéterai rien ici de ce que je vous ai dit dans mes autres lettres. Voici ce qui regarde celle d'Aubigné. » (Mercure d'avril, pages 216 à 218). Suit une longue note généalogique sur la famille d'Aubigné.
donnât 25,000 livres à mademoiselle de Villars , à qui Monsieur avoit toujours fait espérer quelque chose sur la charge de son père. Le marquis de Castries aura un brevet de retenue des 25,000 livres qu'il donne. — Le roi accorda à M. de Torcy une pension de 1,000 écus pour M. Mignon, son premier commis, qui sert dans ses bureaux depuis fort longtemps. — Madame la comtesse d'Ayen, qui est dame du palais, fera son jour avec madame d'O, comme la comtesse d'Estrées sa belle-sœur. M. et madame de Noailles ont souhaité que les deux belles-sœurs servissent le même jour.
Jeudi 3, à Marly. — Le roi partit de Versailles, en sortant de son dîner, pour aller à Marly, où il se promena jusqu'à la nuit. — Monsieur, Madame et Mademoiselle sont à Paris ; mais Madame a fait dire au roi qu'elle se trouvoit mal à Paris, comme elle a touj ours accoutumé de s'y trouver mal, et qu'elle le prioit, si son mal continue, de trouver bon qu'elle vint demain , sinon qu'elle prendroit le parti de s'en aller toute seule à Saint-Cloud. Le roi lui a envoyé ce soir un gentilhomme ordinaire pour lui dire que son appartement ici seroit prêt, et qu'il y auroit un pavillon pour ses dames. — Monseigneur courut le loup, et tomba à la chasse, son cheval sur lui ; il est un peu froissé, mais ce ne sera rien. Il soupa au retour ici dans sa chambre, avec les courtisans qui avoient été à la chasse avec lui, et puis alla jouer, à son ordinaire. — Le roi fit, le matin, à Versailles, la revue de ses régiments des gardes franeoises et suisses qui étoient habillés de neuf. Le roi se fit porter en chaise dans la cour, au-dessous de l'appartement de madame de Maintenon, où ses troupes défilèrent devant lui ; elles enlroient par la cour de la chapelle , et sortoient par la cour des princes. Jamais ces deux régiments n'ont été si beaux qu'ils sont présentement. Le maréchal de Boufflers étoit à la tête des gardes, et Stoppa à la tête des Suisses. M. du Maine, leur général, n'y étoit point.
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Vendredi 4, à Marly. — \a> roi se' promena le matin et toute l'après-dlnée dans ses jardins. Monseigneur le due de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici , et allèrent trouver le roi à la promenade. Ils ne s'en retournèrent à Versailles qu'après avoir soupé chez madame de Maintenon avec toutes les dames du palais. — Mi lord Portland est allé à N. D. de Liesse pour voir M. de Vaudemont qui y passe en allant à son gouvernement de Milan. Milord Portland a fait demander la permission au roi de faire ce voyage, mais il ne laisse pas de faire raisonner. — Tallard a écrit qu'il avoit été fort bien reçu à Londres ; mais il n'a pas encore vu le roi d'Angleterre qui est à Windsor.
Samedi 5, Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins; il fait faire des communications pour qu'on le puisse porter en chaise partout, quand il a la goutte. — Le secrétaire de milord Paget , ambassadeur d'Angleterre à la Porte , a passé par la France ; il s'en va a Londres porter au roi Guillaume la nouvelle que le Grand- Seigneur a accepté sa médiation pour la paix entre les deux empires. 11 y a longtemps que l'empereur souha'ttoitque les Turcs acceptassent la médiation d'Angleterre, et l'on croit présentement que cette paix-là sera bientôt conclue. — Par les dernières lettres qu'on a du marquis d'Harcourt, qui sont du 19, on apprend que la santé du roi d'Espagne ne laisse aucune espérance de se pouvoir rétablir, et, à moins que d'un miracle, il ne sera pas en vie dans trois mois. — Monseigneur alla le matin à Meudon ; il y dîna , y passa la journée, et revint ici le soir. Il n'y avoit mené personne.
Dimanche 6, fi Marly. — Le roi alla l'après-dlnée à la volerie, où Monseigneur le duc de Bourgogne et niesseigneurs ses frères le vinrent trouver de Versailles. Madame la duchesse: de Bourgogne fit ses Pâques à la paroisse à Versailles, et l'après-dlnée elle alla entendre vêpres a Sairit-Cyr, o(i madame de Maintenon étoit dès
le mahn, qui donna une grande collation à madame la duchesse de Bourgogne et à ses dames. — Par les mémoires que l'abbé de Pohgnac et l'abbé de Châteauneqf ont donnés, de l'argent que le cardinal primat ou ses amis avoient avancé pour faire réussir l'élection de M. le prince de Conty en Pologne , on voit qu'il leur est dû plus de 200,000 écus, et, quoique l'affaire n'ait pas réussi, le roi les fera rembourser jusqu'au dernier sol.
Lundi 7, à Marly. — Le roi se promena l'après-dlnée dans ses jardins; il avoit tenu conseil tout le matin, à son ordinaire. Monseigneur vint ici de Paris ; il dîna avec le roi et s'en retourna le soir. Madame la duchesse de Bourgogne vint ici l'après-dlnée; elle se promena longtemps avec le roi, et soupa chez madame de Maintenon avec toutes ses dames. — On apprend par lesdernières lettres qu'on a eues de Pologne que les affaires de M. l'électeur de Saxe s'y brouillent plus que jamais; il est encore à Dantzick, et on ne croit pas qu'il retourne si tôt à Varsovie. Le primat persiste toujours à vouloir que l'électeur de Saxe répare ce qu'il a fait contre les lois, et on dit même que la noblesse du Rococh propose de faire une nouvelle élection, et n'est pas éloignée de choisir un Piast ; on parle , pour cela, d'un des enfants de la reine, et du palatin de Kiovie.
Mardi 8, à Marly. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures et furent longtemps enfermés avec le roi, et puis la reine joua au lansquenet avec Monseigneur ; ils s'en retournèrent à Saint-Germain après avoir soupéici. Monseigneur courut le loup, et, au retour de la chasse, il soupa avec les gens qui avoient eu T honneur de le suivre. — Les lettres de Madrid du 26 portent que le roi d'Espagne est considérablement mieux ; il a repris l'habit a l'espagnole avec la gonelle (1),
(I) Gonelle, \ieu\ mot françois qui sigoifioit une casaque «rirainiae et up < oHllon *le fentme. ( Ihct. de Trévoux. )
et a été à quelque» églises et à la promenade, à pied, [je marquis d'Hareourt n' a point encore eu son audience. Le régiment de cavalerie allemand quiétoit dans Madrid aété envoyé à Tolède pendant que la reine a été absente; elle en a témoigné un fort grand chagrin à son retour, et s'en est pris principalement au comte de Monterey, qui a eu ordre du roi depuis de ne point sortir de sa maison de Madrid.
Mercredi 9, à Marly. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les quatres heures, et se promenèrent quelque temps avec le roi; ensuite S. M. acheva sa promenade sans eux. — M. Gruyn, garde du trésor royal, vint se plaindre au roi d'un officier de la gendarmerie , nommé Sesarges, qui étoit venu chez lui et l'avait fort maltraité de paroles; S. M. a promis de lui faire faire justice et a ren- - voyé l'affaire aux maréchaux de France. — On mande de Stockholm que le roi de Suède est fort mécontent du maréchal Bieck , qu'il lui a ôté le gouvernement de Poméranie et qu'il lui redemande de grosses sommes d'argent qu'ils tirées de ce pays-la. M. d'Avaux, notre ambassadeur, qui avoit eu permission de revenir, y passera encore une partie de l'été, et on espère qu'il conclura un traité d'alliance avec cette couronne.
Jeudi 10, « Marly. — Le roi se promena toute l'aprèsdlnée dans ses jardins. — Le chevalier de Montchevreuil a été mis a la Bastille à la prière de sa famille, qui étoit mécontente de sa conduite. Le roi l'a fait prendre à la Bochelle, où l'on craignoit qu'il ne se mariât mal À propos, et on l'a amené par son ordre. — Madame la comtesse d'Aimont, qui étoit ici une espèce de dame d'honneur de la reine d'Angleterre, et même en cette qualité elle avoit eu le tabouret , s'en retourne en Italie. Elle est de Modène, de la maison de Montecuculli ; son mari est Boulonois et s'appelle d'Avia; c'est lui qui la redemande, et qui l'oblige à quitter la reine d'Angleterre, auprès de qui elle avoit été nourrie. — M. le prince de
la Roche-sur- Yon , fils aîné de M. le prince de Conty, est dangereusement malade à Paris ; on ne croit pas qu'il en puisse réchapper.
Vendredi 11 , à Mari y. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici l'après-dlnée; mais il fit si vilain temps, qu'ils ne sortirent point ; ils ne repartirent d'ici qu'après avoir soupé. Le roi se promena toute l'après-dlnée, malgré la pluie; il a toujours un peu de mal à la jambe et au pied , mais cela diminue. — On commence à parler fort du mariage de mademoiselle de Château-Thierry, fille de M. de Bouillon, avec le fils aîné de M. le prince de Guémené. On dit aussi que M. de Sassenage , premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, épouse madame de Morstein, fille de M. le duc de Chevreuse; son mari fut tué dans Namur. — On attend incessamment M. de Lorraine en son pays; comme Nancy n'est point en état qu'il y puisse encore demeurer, il ira passer quelque temps au Pont-a- Mousson. On ne croit pas que son mariage se puisse faire avant le mois de juillet.
Samedi 12, à Ver Mille*. — Le roi revint ici après s'être promené toute l'après-dlnée à Marly. — M. de Chemerault a eu depuis peu une affaire avec des commis de la ferme du tabac qui a voient arrêté son carrosse , entre les deux barrières, prétendant qu'il étoit plein de tabac. Cette affaire est venue àlaconnoissanceduroi, qui vouloit envoyer M. de Chemerault à la Bastille, mais M. de Pontchartrain a tant parlé au roi pour lui que S. M. s'est adoucie. Chemerault a demandé pardon au roi, et l'affaire est finie. — M. de Rivarole, Piémontois, qui a servi dans nos troupes avec beaucoup de réputation pour le courage, a traité avec les Vénitiens, qui lui donnent la charge de général des troupes de débarquement qu'avoit le général Steinau, Allemand. Ce n'est point l'ambassadeur de Venise qui s'est mêlé de cette affaire-là ; elle s'est faite à Venise même.
Dimanche 13, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à la chasse. Il est presque entièrement guéri de sa goutte et de son érésipèle , et cela ne Ta point empêché de sortir tous les jours. M. Fagon vouloit qu'il fût saigné ; mais le roi, qui hait la saignée, n'a point voulu y consentir. — Un courrier de M. de Torcy, qui revient d'Espagne, a apporté des lettres du marquis d'Harcourt du 6 de ce mois; il mande que le roi d'Espagne ne laisse pas d'être entièrement rétabli et en aussi bonne santé qu'il étoit auparavant sa maladie , mais il est d'un tempérament si délicat, qu'on craint que cela ne dure pas longtemps. — Monseigneur alla à Meudon pour y demeurer jusqu'à la fin de la semaine; il n'y a point mené madame la princesse de Conty.
Lundi 14, à Versailles. — Le roi alla à lâchasse l'aprèsdlnée ; madame la duchesse de Bourgogne va tous les soirs le voir chez madame de Maintenon, où il travaille toujours. Les lundis, c'est avec M. le Pelletier l'intendant, qui est chargé de toutes les fortifications des places du royaume. — Monseigneur courut le loup à Verrières; milord Portland étoit à la chasse, et eut l'honneur de souper avec lui au retour à Meudon. — Madame de Sainte- Hermine, mère de madame de Mailly, mourut à Paris après une cruelle opération. — Le roi a eu la bonté de promettre aux amis de M. deCaderousse le fils qu'il ne lui donneroit pas la permission de vendre sa charge dans la gendarmerie. 11 est capitaine d'une de ses compagnies, et il n'étoit ni de son goût ni de son intérêt de vendre, mais son père et ses créanciers L'y vouloient obliger. M. de la Rochefoucauld Ta fort bien servi dans cette affaire.
Mardi 15, à Versailles. — Nous n'avons point évacué les places d'Allemagne ; l'empereur et l'Empire n'ont point convenu à quelles troupes nous les remettrions. De plus, le landgrave de Hesse-Cassel n'a point encore remis à son cousin le château de Rheinfels, qui est une des
conditions de la paix; il y a même encore d'autres peti tes choses à régler dont on ne convient point. — M. Dreux, lieutenant au régiment des gardes, a acheté de M. de Chaniilly le régiment de Bourgogne-infanterie; il en donne 50,000 livres. — Madame la princesse de Conty alla dîner et souper à Meudon avec Monseigneur, et revint ici le soir. — Nous n'aurons ici que deux ambassadeurs de Hollande, qui sont MM. Heemskerke et d'Odick : le premier doit arriver cette semaine, et l'autre huit jours après ; ils apportent pleins pouvoirs pour finir les affaires du commerce. Nous n'étions pas contents des commissaires qu'ils avoient envoyés pour cela, et ils sont encore à Paris, sans avoir rien terminé.
Mercredi 16, à Versailles. — Le roi prit médecine; il ne se sent plus de sa goutte et de son érésipèle. Monseigneur le vint voir le matin, et retourna dîner à Meudon. S. M. travailla le matin avec M. de Pontchartrin, et l'après-dlnée il tint conseil avec ses ministres. — On travaille présentement à la réforme des carabiniers ; on en ôte les compagnies sorties des régiments qui ont été réformés. — Par les dernières lettres que l'on a de Danlzick, il parottque les affaires de Pologne se brouillent plus que jamais. M. l'électeur de Saxe a besoin d'argent et de troupes, mais il a peine à en tirer de ses Etats. Les armées de la couronne, et de Lithuanie menacent de se confédérer. La reine n'est plus du tout dans ies intérêts de l'électeur, et Jablonowski, le grand général de Pologne, qui a toujours été fort attaché à la reine, a quitté l'électeur.
Jeudi 17, à Versait les. — Le roi se promeua l'aprèsdlnée à pied dans ses jardins. — L'of licier de gendarmerie qui avoit maltraité de paroles M. Gruyn a été mis à la Conciergerie, et ses amis travaillent auprès de M. Gruyn pour le prier de demander qu'on abrège le tenq» de sa prison. — M. de Tallard avoit cru que le secrétaire d'État d'Angleterre devoit ven ir voir l'ambas-
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sadeur de France avant qu'il allât chez lui , et cela s' étoit même pratiqué du temps du feu roi Charles ; mais, comme le roi Guillaume a fait d'autres règlements, et que tous les ambassadeurs qui étoient à cette cour ont été voir le secrétaire d'État, il a fait prier le roi par milord Portland d'ordonner à M. de Tallard de ne pas demander de traitements différents des autres ambassadeurs qui sont à Londres en ce fait-là, et S. M a envoyé ordre à Tallard de faire là-dessus ce que le roi Guillaume souhaitoit. Tallard a déjà eu deux audiences, et parolt fort content du roi et des grands seigneurs d'Angleterre.
Vendredi 18, à Versailles. — Le roi alla dîner à Marly avec monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur courut le loup dans Verrières. Milord Portland, qui avoit eu le matin une audience du roi et dont il sortit fort content, alla trouver Monseigneur à la chasse, et soupa au retour avec lui, à Meudon. — Le 1*. de la Chaise apporta au roi à signer la feuille des bénéfices que S. M. donna à Pâques; il avoit été malade, et n'avoit pas pu la faire signer plus tôt . Le roi raya l'abbé de Coadelet *, qu'il avoit nommé pour l'évèché de Poitiers, et choisit en sa place l'abbé Girard, qui étoit nommé à l'évèché de Boulogne, et S. M. a choisi l'abbé de Langle, agent du clergé et précepteur de M. le comte de Toulouse, pour l'évèché de Boulogne. On ne sait point ce qui a attiré le malheur de l'abbé de Coadelet ; mais il est sûr que le roi a eu de bonnes raisons, et jamais pareille chose n'étoit arrivée de son règne.
* L'abbé de Caudelet étoit un gentilhomme de Bretagne , frère d'un capitaine aux gardes (I), fort estropié et qui avoit bien servi. Il étoit
(I) « N.... Coatelet eut l'agrément de traiter d'une soua-lieutenance aux gardes; mais, comme il n'y avoit pas encore servi, le roi ne la lui donna qu'a condition de servir un an dans les mousquetaires ; il fut reçu a sa soos-lieuleiwnce en 1681, monta a une lieutenance, et par son ancienneté parvint a celte compagnie ( de Montai*) cl v lut reçu le 17 juillet 1706. il se retira en 1714 ,
AVRIL l«»8
parent de la maréchale de Créquy,et souvent chez elle. Sa nomination donna une si furieuse envie à l'abbé de la Châtre, aumônier du roi , qu'il Ht passer avec adresse entre les mains du P. de la Chaise les avis les plus noirs et les plus atroces contre la vie et les moeurs de l'abbé de Caudelet, qui avoit toujours passé pour fort sage et réglé, et fort honnête homme. Dans la suite, le P. de la Chaise eut les preuves de la fausseté de ces avis, et, comme il étoit homme fort droit et fort ennemi des mauvais offices , il fit ce qu'il put pour procurer à l'abbé de Caudelet une réparation digne de l'affront qu'il avoit reçu, par un évêché considérable ; mais le roi , qui ne revcnoit presque jamais et qui soupconnoit toujours ceux dont on lui avoit dit du mal , quelque faux que ce mal pût être prouvé par la suite , ne voulut jamais rien faire pour l'abbé de Caudelet , jusqu'à en avoir des prises avec le P. de la Chaise, et lui reprocher qu'il étoit trop bon. Cette affaire fit une peine infinie au P. de la Chaise, qui ne se rebuta point pendant presque tout le reste de sa vie. L'abbé de Caudelet, outré de douleur, se retira d'abord sans qu'on sut où, puis dans la Chartreuse de Rouen, où, sans prendre l'habit, il vécut plusieurs années comme les chartreux, et ne vit qui que ce soit au monde. De là il s'en alla chez lui, où il garda la même solitude, et y a persévéré le reste de sa vie dans une grande piété et sans avoir en aucun temps demandé quoi que ce soit ni retourné en arrière. Mais Dieu le vengea bientôt et se vengea soi-même. L'abbc de la Châtre, avec un dehors affecté , du savoir et de l'esprit, menoit une vie abominable et n'en disoit pas moins la messe aux bonnes fêtes daim la chapelle , après avoir passé la nuit à Paris dans la débauche. La Vrillière, secrétaire d'Etat, qui en fut témoin une fois, pensa le lendemain matin tomber à la renverse en le voyant dire la messe dans la chapelle de Versailles. Cet abbé allant dans une calèche découverte, de Saint-Germain à Saint-l^ger, avec Carsault qui y commandoit le haras de Monseigneur, fut emporté par les chevaux. Il se jeta, et fut blessé de manière qu'il ne vécut que dix ou douze jours, sans un moment de connoissance et dans des souffrances continuelles, (larsault mourut aussi , mais plus tôt , et eut le temps de se reconnoître (1).
Samedi 19 , à Versailles. — Le roi alla à la chasse l'après-dlnée. Monseigneur revint de Meudon. — On a nouvelle que révèque d'Olmutz, frère de M. de Lorraine.
inconuiHHk* «te ^ i,|,.*mres. « (Abrégé chronologique et historique de Vorigtne, du progrès et de l'état actuel de la Maison du Rot , pu Le Pippre île Nu'ulvillc. — 173.1, tome 111, pai«.' 2J7. ) M) Voir nu 22 mai Itiiw
a été élu évéque d'Osnabruck; cet évêché, depuis la paix de Munster, est alternant, et quand il a été possédé par un protestant , il revient a être possédé par un catholique. Feu M. le duc de Hanovre en avoit été longtemps évèque. Cet évèché vaut 500,000 livres de rente. — M. l'archevêque de Cambray a fait imprimer des lettres dont M. l'archevêque de Paris et M. l'évéque de Meaux se plaignent fort, et travaillent chacun de leur côté à y faire réponse. Ces écritures nouvelles allongeront encore l'affaire à Rome, et il est mal aisé qu'elle finisse de ce pontificat ici. Pendant que cela s'agite à Rome, l'université de Louvain s'est déclarée pour M. de Cambray.
Dimanche 20, à Versailles. — Le roi alla A la chasse, où il nous dit qu'il s'étoit fort diverti malgré le vilain temps. — Le bruit court que le roi a fait un gros présent d'argent à M. de la Rochefoucauld pour payer ses dettes, et qu'il lui a ordonné de n'en point parler. M. de la Rochefoucauld avoit retranché depuis quelques jours sa table et soixante chevaux de son équipage. — L'abbé de Froulay *, oncle du comte de Tessé , est mort à Paris ; il étoit fort vieux, et jouissoit depuis soixante-dix ans d'une pension que le cardinal de Sourdis, son oncle, lui avoit donnée sur une de ses abbayes en Languedoc. Il vaque par sa mort un prieuré à la nomination du roi dans l'Ile de Rhé, qui vaut 6 ou 7,000 livres de rente. — Hier, au conseil de finances , le roi m'accorda le don pour faire travailler à un canal qui communiquera la Meuse à la Seine par l'Aisne et l'Oise.
' Cet abbé de Froulay étoit prêtre , comte de Lyon , bon homme qui nemanquoit ni d'esprit ni de savoir, mais toutà fait extraordinaire, et un des plus prodigieux mangeurs de France jusqu'à sa mort, sans excès pour lui ni ivrognerie. Il alloit toujours à pied par choix, et avoit des chambres et des chemises par tous les quartiers de Paris , pour changer quand il eu avoit besoin , car il suoit largement, et étoit grand et gros. Tout Tété il alloit sans culotte avec sa soutane. Un enfant de
choeur qui le découvrit daus une église où il disoit assez souvent la messe , eut la malice , en rhabillant à la sacristie , de lui attacher avec une épingle le bas de son aube avec sa soutane et le bout de sa chemise, puis, au lever-Dieu, de lever bien haut la chassuble et l'aube, tellement qu'il présenta son derrière en plein tout nu à la compagnie. Le lieu de le faire et le temps encore plus fut étrange , et l'éclat de rire aussi universel que la surprise.
Lundi 21, à Versailles. — Le roi chassa l'après-dlnée. — M. le Fèvre , contrôleur des bâtiments et chargé de l'entretien du château de Versailles, mourut ici le soir d'apoplexie ; il y a deux jours, il avoit longtemps entretenu le roi le matin. S. M. a donné le soin de l'entretien du château à un ancien contrôleur nommé Lambert. M. le Fèvre avoit aussi l'ordre de greffier de Tordre de Saint- Louis, dont le roi n'a pas encore dispose. — M. Dreux*, qui achète le régiment de Bourgogne, épouse une fille de M. de Chamillart , intendant des finances, et le roi dit à M. de Chamillart en donnant l'agrément: « C'est à vous, Monsieur, que je le donne, car votre gendre futur n'a pas encore assez servi pour avoir l'agrément d'être a la tète d'un régiment comme celui-là. »
• Dreux et Chamillart étoient conseillers de même chambre et y devinrent amis intimes; Dreux, riche pour un homme de son état, et Chamillart fort pauvre. L'amitié conclut le futur mariage de leurs eufants qui étoit une fortune que Chamillart n'auroitosé espérer par l'entière disproportion des biens. Chamillart , devenu intendant des finances, une espèce de favori , et très-prochain des premières places, comme il parut bientôt après, auroit pu différer à marier sa fille qui étoit très-jeune, et, pour peu qu'il eut attendu , il edt choisi à la cour. Dès lors il l'auroit pu dans un ordre moins éclatant, mais sans proportion au-dessus de Dreux ; mais il n'oublia point la fortune que son ami avoit voulu faire à sa fille dans le temps que c'en étoit une pour elle. Il l'alla trouver, et lui demanda son fils et de faire le mariage. Drciu, aussi vertueux que l'autre, ne voulut plus de sa fille , et lui représenta la sottise de ce mariage dans la situation où il se trouvoit , qu'il ne l'avoit voulu que par amitié et pour son avantage lorsque c'en étoit un, mais qu'à présent que ce seroit fortune pour son fils et grand désavantage pour lui et pour sa fille , il ne vouloit que son amitié et n'entendre
plus parier d'alliance. Cette générosité alluma de plus en plus celle de Chamillart, qui ne quitta point prise que le mariage ne fût conclu , et qui fut célébré peu de jours après. Ce qu'il a fait de plus beau encore, c'est que, se trouvant , bientôt après, accablé de la plus prodigieuse fortune et des alliances les plus éclatantes, il n'eut jamais de regret à la première , et vécut avec Dreux et son fils avec la même intimité et les mêmes empressements.
Mardi 22, à Marly. — Outre le conseil que le roi tient tous les matins , il tint encore conseil à Versailles l'après-dlnée, avant de venir ici. — Monsieur, qui étoit de retour à Versailles depuis quelques jours , donna un grand dîner, àSaint-Cloud * à milord Portland (l),et puis vint coucher ici. Madame et Mademoiselle sont aussi du voyage. Madame de Souvré, qui n'avoit pas encore été ici, y a un logement. M. de Pracomtal y est aussi, qui
(1) « Le 11 de ce mois, S. A. R. Monsieur donna un magnifique repas à mi- Ion i Portland. On mangea dans l'ancien salon de Saint-Cloud. Monsieur étoit dans le milieu de la table «lu grand coté. Cette table, qui formoit un carré long, étoit de vingt couverts. S. A. R. avoit à sa droite M. le duc de Chartres, et au-dessous de ce prince étoit milord Portland , dont la place acbevoit le rang de la droite. Monsieur avoit à sa gauche mademoiselle de Montauban. Le (il s de milord Portland étoit ensuite et tinissoit la file de gauche. A la droite de M. Portland étoient madame la duchesse de Foix, et ensuite un milord, madame de Furstemberg, M. le chevalier de Lorraine, M. le comte de Marsan, M. le marquis d'Efliat, MM. de Châtillon, de Cayeux , de la Fare, de Sassenage, d'Estampes, et deux seigneurs anglois. Il y eut quatre services. L'abondance et la délicatesse s'y trouvèrent ensemble , et l'on y vit tout ce que la saison peut produire, même de prématuré. Il y avoit au milieu de la table un grand surtout on milieu de table, de vermeil doré. Il y a peu de temps que ces sortes d'ouvrages sont inventés pour garnir le milieu des tables. Ils y demeurent pendant tout le repas. On en Tait de plusieurs plans différents. Ils sont souvent enrichis de figures et portent quantité de choses pour l'usage de la table, en sorte qu'on ne peut rien souhaiter de nécessaire à un repas que l'on n'y trouve. Ces espèces de machines, de nouvelle invention, cachent dans les repas de jour, sous des ornements utiles , les endroits où l'on met le soir des bougies. Le surtout de Monsieur est de M. de Launay, qui en a fait deux pour le roi, où l'on voit tout ce que l'invention, l'art et la beauté du travail peuvent fournir pour embellir un ouvrage et pour enrichir l'or et l'argent, s'il est permis de parler ainsi. A l'issue du repas, on trouva plusieurs calèches à six chevaux , dans lesquelles on se mit pour se promener dans le parc , et pour voir jouer les eaux. » (Mercurë d'avril, pages 2..9-Î63. )
n'y avoit jamais été. — Madame la duchesse de Chartres est demeurée à Versailles, étant trop incommodée pour venir ici. Madame la duchesse du Maine, de toute Tannée, n'a pas été en assez bonne santé pour y faire un seul voyage. — M. Phélypeaux, maréchal de camp, qui s'en va envoyé du roi à Cologne , avoit vendu son régiment 30,000 écus au fils de M. de. ... , qui est dans les mousquetaires; mais le roi l'a trouvé trop jeune, et le roi n'a pas voulu lui donner l'agrément; ce régiment est un des royaux de cavalerie.
Mercredi 23, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les quatre heures et se promenèrent longtemps avec lui ; ils soupèrent chez madame de Maintenon , et ne repartirent pour Versailles qu'à neuf heures. — M. de Brienne*, autrefois secrétaire d'État des étrangers avant M. de Lyonne , est mort à l'abbaye de Chàteau-Landon ; il y a trente-quatre ans qu'il étoit hors de charge et retiré de la cour.
* Voici ce que c'étoit que MM. de Loménie et leur sort. l^e premier connu étoit un greffier du conseil, seigneur de la Ville-aux-Clercs et de Versailles, qui fut tué à la Saînt-Barthélemy. Son 01s servoit de secrétaire des commandements à Henri IV, puis de son cabinet quand il fut parvenu à la couronne. Il fut de sa part en Angleterre, en 1595, ambassadeur, et devint secrétaire d'Etat en 1606. Il mourut en cette charge * à soixante-dix-huit ans, en janvier 1638, ayant marié sa fille aînée à M. de la Chastaigneraye-Vivonne; puis à M. de Mirabeau-Chabot, et la cadette à Rothelin. Son fils, si connu sous le nom de M. de Brienne, eut la survivance de son père dès 1615, et fut ambassadeur en Angleterre pour les conditions du mariage de la sœur de Louis XIII. Il avoit épousé la fille de Beon du Massé , chevalier du Saint-Esprit , gouverneur de Saintonge et d'Aunis, et de I-ouise de Luxembourg-Brienne. Il fut chassé en 1643, et sa charge de secrétaire d'État donnée à du Plessis-Guenégaud. Mais bientôt après, la reine étant devenue régente, et ayant chassé Chavigny, elle lui donna sa charge de secrétaire d'Ktat des affaires étrangères, que Brienne exerça jusqu'à sa mort, arrivée en 1666, à soixante et onze ans, de douleur du malheur de sa famille. Il
avoit perdu sa femme Tannée précédente , dont il eut , outre sou fils aîné, madame de Gamaches, femme du chevalier de l'Ordre, morte éu 1704 à quatre-vingts ans, belle en sou temps, fort du monde, vertueuse et pleine d'esprit; et l'évéque de Coutances, mort en 1720, le doyen desévéques de France et peut-être de l'Europe. I>e fils aîné étoit plein d'esprit et d'érudition de toutes les sortes , et l'homme de la plus grande espérance de son temps, en sou genre. 11 fut secrétaire d'Etat en survivance de son père dès l'âge de seize ans , et l'exerça avec lui , après avoir vu toute l'Italie , l'Allemagne , la Pologne et tout le Nord jusqu'aux Upons. Il réussit admirablement à la cour dans ses fonctions jusqu'à la mort de sa femme, qu'il perdit à vingt-sept ans, en 1664. Il l'avoit épousée en 1656 ; elle étoit sœur de la maréchale de Clérembault , de l'évéque de Troyes , qui a été du conseil de régence après la mort de Louis XIV, fille de Chavigny , dont Brienne le père avoit eu la charge de secrétaire d'Etat -, et ce mariage s'étoit fait quatre ans après la mort de Chavigny. Brienne , son gendre, fut si touché de la mort de sa femme que la téte lui en tourna au bout d'un an. Il quitta tout, se retira aux pires de l'Oratoire, se fit prêtre, et bientôt après fut enfermé pour le reste de ses jours dans cette abbaye de Château-Landon, où il mourut. Il laissa un fils qui mourut fou aussi , mais sans enfants , et deux filles , dont l'une épousa Cayeux ou Gamaches [sic] y son cousin germain, que le roi mit à la suite de M. de Chartres quelque temps, puis à celle de M. le duc de Bourgogne, et l'autre M. de Poigny d'Angennes. Voilà les désastres de famille qui tuèrent M. de Brienne le père un an après, en 1666, et M. de Lyonne eut sa charge de secrétaire d'Etat , dont la famille ne fut pas plus heureuse.
Jeudi 2fc, à Marly. — Le roi alla à la volerie dans la plaine de Vésinet. Le roi d'Angleterre et le prince de Galles y étoient, mais la reine d'Angleterre n'y étoit point; elle est assez incommodée depuis quelques jours. Madame et madame la Duchesse y étoient à cheval. On prit un milan noir, et le roi fit expédier une ordonnance de 200 écus pour le chef du vol; il en donne autant tous les ans au premier milan noir qu'on prend devant lui. Autrefois il donnoit le cheval sur lequel il étoit monté et sa robe de chambre. L'année passée il fit donner la mAme somme pour un milan qu'on prit devant monseigneur le duc de Bourgogne, mais il fit mettre dans l'ordonnance que c'étoit sans conséquence, parce qu'il faut