‹ JournalChapitre 5 sur 10 · AVRIL IG98. 3S · texte numérisé non relu

AVRIL IG98. 3S

que le roi soit présent. — Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint-Germain. — M. le prince de la Roche-sur-Yon mourut à Paris après une longue maladie, il n'avoit pas encore quatre ans ; cependant le roi en prendra le deuil. Autrefois on ne le portoit point des enfants qu'ils n'eussent au moins sept ans.

Vendredi 25, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins, hormis le temps qu'il lui fallut pour aller à Saint-Germain, où il rendit visite au roi et à la reine d'Angleterre. Monseigneur alla aussi les voir avec madame la princesse de Conty, après que le roi en fut parti. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici ; mais il faisoit si vilain qu'ils demeurèrent toujours chez madame de Maintenon , où ils soupèrent avant que de retourner à Versailles. — On eut des lettres de Madrid du 11 de ce mois : le marquis d'Harcourt mande que le roi d'Espagne continue à se porter considérablement mieux , qu'il a repris son train de vivre ordinaire. — M. le prince de Conty et madame la princesse sa femme sont allés à la campagne pour quelques jours, pour ne pas recevoir les visites sur la mort de M. le prince de la Roche-sur-Yon, leur fils.

Samedi 26, à Versailles. — Le roi revint ici de fort bonne heure; le temps fut si vilain qu'il ne put se promener à Marly. — 11 arriva un courrier parti de Madrid du 1 8. Le roi dit au marquis de Beuvron , à son souper, que Harcourt a voit enfin eu sa première audience du roi d'Espagne. Toutes les fenêtres de la chambre du roi d'Espagne étoient fermées, si bfen qu'il lui a parlé sans le voir. C'est la première audience que le roi d'Espagne ait donnée depuis sa maladie , car même le comte d'Harach, ambassadeur de l'empereur, ne l'a pas eue encore. — On mande de Rome que le duc de Bracciano (1) est

fl) Dangeau w-rit Rrnrhane.

mort. Autrefois il étoit attaché à la France ; il étoit chevalier de l'ordre, et avoit une grosse pension du roi; mais depuis il avoit renvoyé l'ordre, et avoit pris le parti et arboré les armes d'Espagne. 11 a fait la duchesse de Bracciano, sa femme, sa légatrice universelle. Le pape n'a point voulu qu'on mit de scellé dans le palais du mort ; c'est une grâce que la duchesse de Bracciano lui a fait demander par le cardinal de Bouillon, prétendant môme que c'est un droit qu'ont les quatre barons romains.

Dimanche 27, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne dîna dans son petit cabinet avec madame de Maîntenon et deux des dames du palais, qui étoient mesdames de Dangeau et de Montgon ; ensuite elle alla a Saint-Cyr avec les mêmes dames , et y soupa. — Le marquis du Fresnoy et le comte de Maillé, enseignes dans la gendarmerie, qui avoient eu l'agrément pour acheter la sous-lieutenanc<> que vend le chevalier de Roye, n'ayant pas trouvé l'argent qui leur étoit nécessaire, le roi a permis à M. de Linières, fils de feu M. Colbert, d'en traiter, et il a donné au chevalier de Roye les 30,000 écus qu'il demandoit, et a vendu son enseigne 53,000 livres a M. de Menou,qui étoit guidon; et M. le marquis de Renty, lieutenant général, achète le guidon pour son fils M, 000 francs. — Le roi fait armer en Provence beaucoup de vaisseaux et de galères : on ne dit pas encore qui commandera les vaisseaux. Milord grand prieur, fils du roi d'Angleterre , sera un des chefs d'escadre, et a pris congé du roi pour s'y en aller. Les galères seront commandées par Montaulieu, chef d'escadre des galères.

Lundi 28, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Meudon, et Monseigneur, qui y étoit avec lui, y resta et y passera quatre ou cinq jours. Madame la princesse de Conty est de ce voyage avec plusieurs dames. — 11 y a quelques jours que M. le marquis de Torcy, des

gendarmes, perdit un grand procès contre MM. de Noirmoustiers et de la Ferté pour les biens de la maison de Vitry, dont madame de Torcy sa femme étoit héritière . Cette affaire est de 4- ou 500,000 livres, et le ruine entièrement. — On a mis depuis peu de jours au bois de Vincennes le P. la Combe , accusé d'être grand quiétiste. On prétend que M. l'archevêque l'a vu depuis qu'il est là, et on dit qu'on découvre tous les jours des choses nouvelles sur cette matière. M. l'évèque de Chartres , qui est un des évéques les plus opposés à cette nouvelle opinion, a reçu ordre du roi de venir ici incessamment. — Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Germain voir la reine d'Angleterre.

Mardi 29 , à Versailles. — Le roi donna une grande audience à milord Portland , à qui l'on fit voir, l'aprèsdlnée, toutes les fontaines; il vint le soir au coucher du roi, et le roi lui lit donner le bougeoir. — Madame la comtesse Dubois de la Roche a obtenu pour son fils la permission du roi d'acheter le guidon des gendarmes que madame de Thianges avoit à vendre depuis la mort de M. de Chanvallon , son frère. C'étoit le feu archevêque de Paris, son oncle, qui lui avoit fait obtenir du roi cette charge-là pour la vendre. M. Dubois delà Roche l'achète 25,000 écus. — M. l'archevêque de Paris, MM. lesévèques de Meaux et de Chartres furent fort longtemps, le matin, chez madame de Main tenon. — Le bruit court que le roi donne le gouvernement de la Bastille à Saint-Mars, qui est présentement gouverneur des lies de Sainte-Marguerite et Saint-Honorat , et que S. M. donnera ce gouvernement-là à M. de Saumery, sous-gouverneur de messeigneurs les princes et gendre de feu Bezemeaux, gouverneur de la Bastille.

Mercredi 30, à Versailles. — Le roi se promena l'aprèsdlnée à pied dans ses jardins. Milord Portland y étoit, et le roi lui fit voir encore quelques-unes de ses plus belles fontaines. Monseigneur courut le loup à Verrières, et

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revint de bonne heure à Meudon, d'où il étoit parti. — Le roi réforme cinq régiments de cavalerie , qui sont : Lagny, du Plessis, Chamlin, Fiennes et Souatre. Il réforme aussi cinq régiments de dragons, qui sont : le second Languedoc , commandé par Givaudan , Bretagne, commandé par du Cambout, Poitiers, Fonboizar et Vatteville. Le Plessis, Lagny, Givaudan et du Cambout sont brigadiers. [je roi réforme aussi cent compagnies d'infanterie qui étoient des troupes de garnison. Le régiment royal de Montferrat , qu'on avoit dit qui seroit réformé, sera conservé. Le roi a eu de la considération pour Deliian, qui en est colonel, dont la famille a rendu des services à la France dans ces dernières guerres.

Jeudi i" mat, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnéc à la chasse. Monseigneur alla de Meudon à Paris a l'opéra, avec madame la princesse de Conty, et retournèrent coucher à Meudon. — Mademoiselle de Carignan, qui devoit s'en aller en Savoie avec mademoiselle de Soissons, sa sœur, s'est raccommodée avec madame de Soissons, sa mère, et a obtenu permission de M. de Savoie de s'en aller la trouver à Bruxelles, où elle demeurera avec elle. — M. Trobat, premier président et intendant de Roussillon , mourut il y a quelques jours. Le roi a donné ces deux emplois à M. d'Albaret, qui étoit président à Pignerol, et à qui le roi, depuis la paix de Savoie, avoit donné une place de président à mortier à Rouen. Il a la permission de la vendre, et en tirera près de 50,00» écus ; il avoit cru être récompensé de ses services par la première charge que le roi lui avoit donnée, mais S. M. a jugé que ce n'étoit point assez pour un homme qui avoittémoigné tant d'attachement à la France, et lui a donné ces deux emplois ici, sans qu'il y songeât, et vient de lui envoyer un courrier à Rouen , où il étoit , pour lui en porter la nouvelle. Ces deux emplois de Roussillon lui vaudront 25,000 bvres de rente.

Vendredis, à Versailles. — Ia* roi alla à la chasse avec

une nouvelle chienne que M. de Boissière lui a donnée, dont le roi est content au dernier point. — Le roi , a la prière de M. le premier président, a donné à M. le président Molé, qui est fort pauvre, une charge de conseiller du parlement de Paris pour son fils. Cette charge avoit été supprimée par la retraite de M. Misson, qui «'•toit sorti hors du royaume pour la religion, et le roi Ta créée de nouveau , M. Misson étant mort , à qui le • roi la gardoit toujours en cas qu'il se convertit et qu'il revint. — M. deVillacerf, le fils, eut une affaire avec un mousquetaire, que MM. les maréchaux de France terminèrent dès le soir. — Trois pages de madame la duchesse de Bourgogne ont été envoyés à Saint-Lazare par une lettre de cachet pour quelques débauches de jeunesse. — Le roi avoit cassé, ces jours passés, six hommes de sa musique parce qu'ils ne se conduisoient pas assez sagement ; le roi en a rétabli un qui s'est justifié et qui est gentilhomme.

Samedis, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly. Monseigneur revint de Meudon le jour d'auparavant. Monseigneur le duc de Bourgogne partit d'ici à cheval pour aller à la promenade sur le chemin de Paris, et poussa sa promenade jusqu'au Cours, où il y avoit fort peu de monde à cause du vilain temps. — Il gela si violemment la nuit que presque toutes les vignes de ces pays ici sont gelées ; on a dit au roi que cette perte alloit à de fort grandes sommes pour le royaume. — Le roi prit mercredi le deuil en noir pour la mort de M. le prince de la Roche-sur-Yon. M. le prince de Conty, son père, reparut ici jeudi , et le même jour s'en alla coucher à Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne alla vendredi chez madame la Princesse faire ses compliments, et monseigneur le duc de Bourgogne alla aussi les faire à M. le Prince.

Dimanche 4, à Versailles. — Le roi alla l'aprèsdlnéeà la chasse, et au retour alla chez M. le Prince, où étoient madame la Princesse et toutes les princesses du

sang , qui allèrent recevoir le roi à la porte. S. M. ne s'assit point, mais il demeura assez longtemps. Les princes du sang reconduisirent le roi jusque chez madame de Main tenon , où il s'en alla passer la soirée, à son ordinaire. — Comme l'empereur et l'Empire n'exécutent point les conditions du traité de paix, le roi ne rend point les places d'Allemagne, et il y a fait mettre du canon et des munitions, voyant que l'affaire tralnoit en longueur. — Le roi a donné une pension de 500 écus à M. Oudinet, garde de ses médailles ; il avoit déjà il ou 4,000 francs pour cet emploi-là. — M. d'Odick, ambassadeur de Hollande , est arrivé à Paris depuis quelques jours.

Lundi 5 , à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc. Monseigneur courut le loup et le manqua ; il a déjà couru ce loup-là huit fois sans le pouvoir prendre.

— Le roi Guillaume a nommé mi lord Jersey pour l'ambassade de France ; il relèvera milord Portland, qui doit s'en retourner à la tin du mois. Ce milord Jersey étoit plénipotentiaire d'Angleterre à Kyswyck ; il s'appeloit milord Villers, et a été depuis fait comte de Jersey.

— L'archevêque de Besancon est mort ; il avoit quatrevingt-cinq ans ; il étoit oncle des comtes de Gramont, qui sont officiers généraux dans nos troupes. On croit que le roi donnera cet évèché à un de leurs frères qui est évèque in parlibus, et qui a toujours demeuré avec son oncle. — L'Empire a enfin donné son consentement que nous remissions les places au delà du Kl» in. que nous rendons entre les mains du général qui sera nommé par l'empereur ; il n'y a nulle difficulté sur le pont de Brisach ; ainsi il ne reste plus d'obstacle à l'exécution du traité de paix, que les démolitions d'Ebersbourg- et que le landgrave de Hessc-Cassel rende Kheinfels au landgrave de Hesse-Hheinfels. son cousin.

Mardi G, à Versailles. — Le roi donna, le matin, une audience en particulier aux ambassadeurs de Hollande, et

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