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avoit ordonné qu'on lui en fit les honneurs. 11 prendra, mardi à Versailles, son audience de congé. — On mande de Vienne que l'empereur a donné l'ordre de lu Toison au prince d'Eggemberg, au prince de Liechtenstein, gouverneur de l'archiduc Charles, et aux comtes de VVrmb, Breyner et de Thun. 11 y court un bruit que le l'eu a pris au magasin a poudre de Belgrade, qui a renversé une partie des remparts ; on prétend, si cette nouvelle est vraie , que cela facilitera la paix dont on dit que le grand vizir a déjà fait faire des propositions.

Jeudi 15, à Versailles. — Le roi revint ici de bonne heure de Marly. Monseigneur alla dîner à Meudon, et revint ici le soir. Le roi y doit aller mercredi pour y passer le reste de la semaine. — M le due de Lesdiguières eut, ces jours passés, une querelle en sortant de la comédie avec le marquis de Lainbes, colonel d'infanterie; l'affaire a été raccommodée par MM. les maréchaux de France *. — On mande de Suède que les affaires du maréchal de Bielk, bien loin de s'accommoder, sont plus aigries que jamais ; le roi de Suède lui a donné des gardes, et en a fait mettre dans sa maison. On l'accuse d'avoir fort abusé de son autorité dans son gouvernement de Poméranie, et surtout dans la monnoie qu'il a fait }>attre. Ses commissaires sont presque tous ses plus grands ennemis. Ses enfants, qui sont a Paris , où ils avoient un grand équipage, s'en vont à Angers et cassent tout leur train.

* M. de Duras seul accommoda cette affaire , qui fut une bagatelle sortant de la comédie. Les ducs n'ont jamais reconnu les maréchaux de France pour juges, et, quand ils l'ont été, c'a été comme commissaires députés à cela par le roi, et jamais le tribunal, ni comme marécliaux de France.

Vendredi lu, à Versailles. — Le roi lut enfermé l après-dinée avec le P. de la Chaise, son coufesseur. Jl se confesse toujours la veille des jours qu'il veut communier. — On a des lettres de Madrid 1 er de ce

mois; LL. MM. CC. sont à Tolède. L'affaire du comte de Monterey n'est point encore finie ; il n'a pas permission de sortir de sa maison. On croit que la querelle de l'amirauté avec le marquis de Cifuentes s'accommodera, et que ce dernier pourra revenir à la cour. On mande que les Maures ont reçu un renfort considérable devant Ceuta, et que les assiégés pressent fort pour avoir du secours. On craint que cette place-là ne soit obligée de se rendre. — M. de Lorraine arriva le 11, en chaisede poste, à Strasbourg, où on lui a fait toutes sortes d'honneurs. Le marquis d'Huxelles l'a régalé magnifiquement et lui a fait voir toutes les fortificatio ns de la ville et de la citadelle j et le lendemain il en repartit pour continuer sa route en Lorraine. Le prince Antoine , son plus jeune frère, est parti de Vienne pour aller le joindre; mais l'évèque d'Olmutz y demeurera encore quelque temps avant que d'aller prendre possession de Tévéché d'Osnabruck.

Samedi 17, à Versailles. — Le roi lit ses dévotions le matin , et toucha près de trois mille malades ; il n'avoit pu en toucher à Pâques , à cause de sa goutte , c'est ce qui fait qu'il y en a tan teu. L'après-dlnée le roi se promena à pied dans ses jardins. Monseigneur le joignit à la promenade, et demeura jusqu'à la fin. — Le roi a donné le prieuré de l'Ile de Rhé à l'abbé de Sainte-Hermine, frère de la comtesse de Mailly ; il n'y a eu que ce bénéfice-là de donné qui soit un peu considérable. — Le duc de Chaulnes, qui avoit fait partir ses équipages pour Bourbon, s'est trouvé mal, et a été contraint de demeurer à Paris; on craint que cette maladie n'ait de fâcheuses suites.

Dimanche 18, jour de la Pentecôte, à Versailles. — Le roi tint chapitre des chevaliers de l'ordre, où M. de Barbezieux, qui en est chancelier, lut les preuves du prince Vaini, et S. M. donna ordre, ensuite qu'on lui envoyât le collier. Après le chapitre, le roi alla entendre la grande

messe; il n'y avoit point de prélat de Tordre pour y officier; on avoit compté sur M. de Noyon, qui se trouva mal. L'après-dlnée, le roi entendit le sermon de l'abbé Anselme , et assista à toutes les dévotions de la journée. Monseigneur et messeigneurs ses enfants v suivirent le roi. — M. l'abbé de Marsillac, frère du duc de la Rochefoucauld, mourut à Paris après une longue maladie ; il avoit 12,000 écus de rente en deux abbayes, dont la plus considérable étoit la Chaise-Dieu, qui a de très-belles collations. — Le roi a envoyé ordre au marquis d'Harcourt d'offrir au roi d'Espagne ses vaisseaux et ses galères, en tel nombre que le conseil d'Espagne le jugeroit à propos, pour aller faire lever le siège de Ceuta et le blocus d'Oran.

Lundi 19, à Versailles. — \œ roi alla tirer dans son grand parc. Monseigneur alla à Meudon ; il y donna à dîner à milord Portland , et lui fit voir ensuite sa maison et ses jardins. Monseigneur y demeurera huit ou dix jours. — Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions. Elle a témoigné au roi avoir envie d'une ménagerie ; le roi lui a indiqué plusieurs maisons dans le parc, qu'elle ira voir pour choisir celle qui lui plaira le plus, et le roi veut bien faire la dépense de la faire accommoder comme elle le souhaitera. — Le roi n'a pas encore nommé celui qui doit commander, sous monseigneur le duc de Bourgogne, les troupes qui camperont au mois d'août à Compiègne, et on croit que ce sera le maréchal de Boufflers.

Mardi 20, à Versailles. — Milord Portland prit son audience de congé du roi et de toute la maison royale. Monseigneur revint tout exprès de Meudon pour lui donner son audience, et ensuite il s'y en retourna. — Julien, brigadier d'infanterie dans les troupes du roi , et qui a presque toujours servi parmi les ennemis, où il avoit un régiment, a témoigné tant d'affection pour la France depuis trois ans qu'il y sert que le roi lui a augmenté

sa pension de 1,000 écus. 11 en a 2,000 présentement, et le roi même, quand il l'en a remercié, lui a dit que ce n'étoit qu'en attendant qu'il trouvât une occasion de faire quelque chose de plus considérable pour lui. — M. l'archevêque de Paris et M. de Meaux ont fait chacun des réponses aux dernières lettres do M. de Gambray. On dit qu'elles sont très-bien faites et très-fortes , et vont

être publiques.

Mercredi 21, à Meudon. — Le roi partit de Versailles après son dîner pour venir ici. Mesdames les princesses de Conty sont du voyage. Madame la duchesse de Chartres et madame la Duchesse sont demeurées à Versailles malades. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont à Saint-Cloud — J'appris que l'abbesse du Lis, sœur de feu M. de Croissy, avoit donné, il y a quelque temps, la démission de son abbaye à madame de Rannes, fille du premier lit de la princesse de Montauban , mais que le roi n avoit point voulu agréer cette démission-là pour elle , et avoit donné l'abbaye à une fille du duc de Mazarin , qui étoit religieuse dans l'abbaye. M. de Sens, qui est leur archevêque, a eu beaucoup de part a cette affaire. On laisse à l'ancienne abbesse 2,000 francs de pension sur l'abbaye. — On mande d'Allemagne qu'enfin le landgrave de Hesse-Cassel a pris jour pour évacuer Je château de Hheinfels. Les électeurs de Mayence et de Trêves y mettront garnison pour les princes de Rheinfels, qui n'en veulent pas faire la dépense.

Jeudi 22, à Meudon. — Le roi ne se put pas promener de toute la journée, non plus que le jour d'auparavant, tant il fait vilain. Monsieur vint de Saint-Cloud dtner avec le roi. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent l'après-dlnéc , et ne sortirent point de chez madame de M m tenon, où le roi s'amusa à jouer au brelan avec eux ; ils ne s'en retournèrent à Versailles qu'après avoir soupé chez madame de Mainte n on. — Le comte de Gramont avoit donné des

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avis au roi, il y a deux ans, contre des gens qui s'étoient mêlés des fourrages en Alsace ; la plupart de ces genslà, sur le bruit qu'ils alloient être recherchés, s'étoient retirés de l'autre côté du Rhin ou en Suisse. Il y en

avoit un condamné à 12,000 écus, et qui vouloit bien payer en revenant ; le comte de Gramont a prié le roi» pour le dédommager des frais qu'il a faits dans cette affaire depuis deux ans et le récompenser de ses peines, de lui abandonner cet homme-là; S. M. y a consenti, et le comte de Gramont en tirera 40 ou 50,000 livres.

Vendredi 23 , à Meudon. — Le vilain temps qui continue empêche le roi de se promener. — S. M. a nommé M. le maréchal de Boufflers pour commander les troupes qui doivent camper à Compiègne au mois d'août, et le roi a eu la bonté de parler ensuite au maréchal de Villeroy, qui sera en quartier auprès de lui en ce temps-là. — On mande de Montpellier que madame de Cauvisson la mère y étoit morte ; elle avoit fait grand bruit autrefois pour sa beauté, étant mademoiselle de Marivaux. — M. le cardinal de Bonzi salua hier le roi revenant de Languedoc. — Cavoie vint ici voir le roi , le jour qu'il y arriva. 11 a toujours demeuré à Paris depuis le voyage de Fontainebleau , et n'est pas entièrement guéri. — Madame la duchesse de Bourgogne avoit visité quelques maisons dans le parc pour avoir une ménagerie; on n'en a point trouvé qui lui convienne, et le roi a pris sa première résolution là-dessus, qui est de lui donner la véritable Ménagerie. On prendra pour faire des jardins quelques-unes des cours où il y a des bêtes présentement , et on lui accommodera et meublera la maison comme elle le désirera.

Samedi 24, à Versailles. — Le roi revint ici de bonne heure de Meudon, sans avoir pu s'y promener une seule fois durant son voyage. Monseigneur y est demeuré et y restera jusqu'à mercredi. Mesdames les princesses de Conty et toutes les dames en sont revenues. — Le roi a

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donné à M. le comte de Horn, brigadier et colonel de cavalerie, une pension de 2,000 écus; il est de la même maison des comtes de Horn de Flandre , et a toujours été attaché à la France. — M. le duc d'Elbeuf est revenu du voyage qu'il a fait en Lorraine ; il a laissé M. le duc de Lorraine a Lunéville, qu'on a fait raccommoder pour le recevoir. Le roi a nommé M. le marquis de Bouzoles, beau- frère de M. de Torcy, pour aller lui faire des compliments sur son arrivée en Lorraine. 11 doit partir dans huit jours, et compte de le trouver au Pont-à-Mousson , où ce duc demeurera jusqu'à ce que Nancy soit en état qu'il puisse y demeurer. M. d'Elbeuf parle de M. de Lorraine comme d'un homme qui est dans une trèsgrande dévotion.

Dimanche 25, à Ytrmlle*. — Le roi alla tirer l'apresdlnée. — Mi lord Portland vint lui faire sa cour, quoiqu'il ait pris son audience de congé. Le maréchal de Villeroy le mena à Marly, et le roi donna ordre à Mansart de lui en faire voir toutes les eaux. Monseigneur alla de Meudon à Paris, à un opéra nouveau qui n'a pas réussi (1). — Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Cyr, d'où elle revint avec madame de Maintenon. Elle a déjà disposé de tous les logements de la Ménagerie , où le roi va faire travailler incessamment. — M. de Chamilly, qui s'en va ambassadeur en Danemark, a pris congé du roi. le prince Gaston , second fils de M. le Grand- Duc, est arrivé depuis quelques jours à Paris; il est incognito ici ; cependant on a jugé à propos qu'il baisât madame la duchesse de Bourgogne en la saluant. Le roi a témoigné à Albergotti qu'il seroit bien aise qu'il se tint auprès de lui, et qu'il ne vit que bonne compagnie à Paris. Ce prince est son neveu à la mode de Bretagne (2) ; ainsi le roi a plus d'attention à sa conduite.

(I) /jt's Fêtes galantes, paroles de Duché , musique de Defimareis.

(7) \At prince .Iean-Oa»ton do Médiris était fil* de Corne 111 . grand-duc de

Lundi 26, à Ver tailles. — Le roi prit médecine , et, après l'avoir prise, il fit entrer milord Portland dans le balustre, entrée et honneur qu'il n'a point accoutumé de donner à aucun ministre étranger. Au sortir de là, milord Portland alla trouver Monseigneur à la chasse, et au retour soupa avec lui à Meudon. A ce souper, M. le grand prieur se mit au-dessus de milord Portland, dont il fut très-fâché ; il a dit même qu'il étoit résolu de s'en plaindre au roi. 11 prétend qu'un ambassadeur ne doit céder qu'aux princes du sang, et il croit même que M. le grand prieur a eu de l'affectation à prendre cette place. — La duchesse de la Ferté vint le soir parler au roi, et lui demander son agrément pour le mariage de mademoiselle de Menetou, sa fille, avec M. de la Carte, qui prendra le nom de marquis de la Ferté; on lui donne cette terre-là en mariage. La duchesse de la Ferté se réserve la Loupe ; on donne quelque argent au duc de la Ferté pour le faire consentir au mariage et à ce que M. de la Carte porte son nom. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent se promener à Noisy, et madame de Maintenon étoit avec eux.

Mardi 27, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Milord Portland vint le matin se plaindre au roi de M. le grand prieur; il dit à S. M. que, si elle donnoit à MM. de Vendôme le rang des princes du sang , il ne leur disputeroit rien; mais que, ne leur donnant pas | il croit que M. le grand prieur devoit avoir pour lui les honnêtetés qu'il n'a point eues. Le roi lui répondit qu'il ne donnoit point à MM. de Vendôme le rang de prince du sang , et qu'il manderoit à Monseigneur, qui est encore à Meudon , de dire à M. le grand prieur que cela n'arrivât plus. Milord Portland est — 1

Toscane et de Marguerite- fouine d'Orléan*, fille d<* Oavton, dur d'Orléans , frère de Louis Xlfl.

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charmé des bons traitements qu'il a reçus du roi , et le roi paroi t fort content de lui. — On mande de Tolède que la santé du roi d'Espagne se fortifie tous les jours ; il va à la chasse à pied. Avant qu'il partit de Madrid, on a levé le séquestre du comte de Monterey , et il eut permission de venir saluer le roi au palais. — Le conseil souverain d'Alsace a été transféré de Brisach AColmar, et y a déjà tenu quelques séances.

Mercredi 28 , à Versailles. — Le roi et La reine d'Angleterre vinrent ici sur les six heures, et furent, assez longtemps enfermés avec le roi. — Le matin S. M. donna une longue audience au cardinal de Furstemberg. — Le chevalier de Coetlogon , le plus ancien des chefs d'escadre, a mis à la voile avec sept vaisseau x du roi pour aller faire la guerre àceuxde Salé qui depuis cinq ou six ans troublent fort notre commerce dans la Méditerranée. — L'escadre de nos galères , que commande Montaulieu , est allée sur les côtes d'Espag ne, et le bailli de Noailles doit , dans un mois , aller avec vingt galères sur les cotes d'Italie. 11 n'en conte quasi pas plus au roi d'avoir ses galères a la mer que de les tenir dans le port, et la chiourine se perdroit si on les laissoit sans rien faire. — Le marquis de Manneville est toujours fort incommodé , et souhaite que sa femme retourne auprès de lui , si bien qu'elle sera obligée de quitter la place qu'elle a de dnme d'honneur de madame la duchesse du Maine.

Jeudi 29 f fête du Saint Sacrement] , à Versailles. — Le roi, à neuf heures etdemie, monta en carrosse avec Monseigneur, les trois princes ses enfants, madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse du Lude , et alla à la paroisse, où Monsieur, Madame et Mademoiselle étoient déjà arrivés de Saint-Cloud. Le roi accompagna le saint sacrement de la paroisse à la chapelle, et le reconduisit toujours à pied. Monseigneur et tous les princes et princesses -suivoient le roi et entendirent la grande messe à la paroisse. En revenant, Monsieur, Madame et

Mademoiselle montèrent dans le carrosse du roi , si bien qu'ils étoient dix. L'après-dlnée le roi alla à vêpres et au salut, et puis se promena dans ses jardins à pied. — Le roi a donné à M. Spar, Suédois et colonel d'infanterie , une augmentation de pension ; il n'avoit que 500 écus, il en aura 1,000 présentement. — Monsieur, Madame et Mademoiselle dînèrent avec le roi, et puis s'en retournèrent à Saint-Cloud. — M. de Lorraine avoit envoyé ici faire compliment au roi par ; le roi lui a fait un présent magnifique , et il s'en est retourné auprès du duc son maître.

Vendredi 30, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'après le salut, et alla se promener àTrianon. Monseigneur courut le loup. Madame la duchesse de Bourgogne alla A Saint-Cyr, au salut , comme elle fera durant toute l'octave. — Le roi a donné à madame la marquise de Bétliune fc,000 livres de pension, outre les neuf qu'elle avoit déjà, si bien qu'elle en a treize présentement. — Le marquis de Fervaques, gouverneur du Maine , est mort sur le chemin de Bourbon ; il n'avoit point de brevet de retenue sur son gouvernement, qui vaut 14,000 livres de rente, et qu'il avoit acheté de M. le grand prévôt. 11 a fait un testament par lequel il laisse à la duchesse de Ventadour, dont il étoit cousin germain , la jouissance d'une terre qui vaut 13 ou n .mm livres de rente. Il fait encore l>eaucoup d'autres donations à des dames pour qui il avoit de l'amitié. Il n'avoit jamais été marié, et, malgré les donations qu'il a faites, M. de Bullion, son frère, héritera encore de beaucoup.

Samedi 31 , à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure, alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, et ensuite il se promena à Marly jusqu'à la nuit. — Madame la maréchale de la Mothe, tante de M. de Fervaques. apprit au roi la mort de son neveu, et en même temps lui demanda le gouvernement du Maine pour M. de Bullion, qui offroit de donner 200,000 livres. fclle i-epré-

mm lia au roi que ses deux frères avoient acheté pour plus de 200,000 écus de charges qu'ils avoient perdues . Le roi lui a accordé ce qu'elle demandoit pour M. de Bullion, et lui a donné à elle 12,000 livres d'augmentation de pension , si bien qu'elle touche présentement du roi plus de 50,000 livres tous les ans. — Le roi donne à M. Rosen, lieutenant général , les 200,000 francs que M. de Bullion paye pour avoir le gouvernement du Maine, et a ordonné à M. de Barbezieux d'envoyer ce soir à Paris, où il est, pour lui en porter la nouvelle.

Dimanche V r juin, à Versailles. — Le roi, aprèsle salut, se promena à pied dans ses jardins. Monseigneur alla a Saint-Cloud voir Monsieur et Madame. — M. Rosen vint remercier le roi, et le roi lui dit qu'il ne lui faisoit cette grâce qu'en attendant de plus considérables, et pour l'honneur et pour l'intérêt. Le roi durant la guerre lui avoit donné une confiscation dont il tiroit un gros revenu, et qu'il a fallu rendre par la paix. — M. l'électeur palatin avoit envoyé ici son chancelier pour les affaires qu'il a avec Madame ; ce chancelier avoit d'abord dit qu'il avoit de pleins pouvoirs pour terminer cette affaire; mais , la chose approfondie, il s'est trouvé qu'il n'en avoit point, et il a fait des offres si peu raisonnables sur cela qu'il s'en ira sans avoir rien avancé.

lundi 2, à Versailles. — Le matin, avant le conseil, le roi fut assez longtemps enfermé avec M. de Beauvilliers, et le soir on sut que S. M. avoit chassé de sa cour MM. les abbés de Langeron et de Beaumont , MM. Dupuy et de l'Échelle. L'abbé de Langeron étoit lecteur; l'abl>é de Beaumont, sous-précepteur; MM. Dupuy et de l'Échelle gentilshommes de la manche de monseigneur le duc de Bourgogne. On accuse ces messieurs d'être fort attachés aux nouvelles opinions. L'abbé de Beaumont est neveu de M. l'archevêque de Cambray. Le roi en même temps a cassé Fénelon , exempt de ses gardes, qui est frère de M. de Cambray. M. de Beauvilliers a ordre du roi de lui

présenter un mémoire des sujets qu'il croira propres à remplir les quatre places qui vaquent par là chez messcigneurs les princes *. — Le roi alla, après le salut, se promener à pied dans ses jardins ; il n'éloit point sorti toute l'après-dlnée.

* L'affaire de M. de Cambray s'étoit tournée en cabale de cour. La faveur de MM. de Chevreuse et de Reauvilliers et de leurs femmes étoit ancienne, et de plus en plus florissante. La vertu, l'estime, la confiance en étaient la base , et une longue habitude ne laissoit rien à espérer à leurs envieux jusqu'à cette occasion. Madame de Maintenon, entraînée par M. de Chartres, à qui M. de Cambray avoît tenté d'enlever la faveur et la confiance jusque dans son retranchement de Samt- Cyr, étoit devenue ennemie des deux ducs et de leurs femmes , par leur attachement n M. de Cambray, à madame Guyon, et à la cause qui étoit portée à Rome. I>es difficultés que sa condamnation y reçut, et la conduite du cardinal de Bouillon contraire à ses ordres , aigrissoit madame de Maintenon au dernier point , qui en avoit fait son affaire personnelle. I,es trois prélats qui en ét oient les tenants sentoient tout le contrecoup de n'y pas réussir, et les Noailles, avec qui madame de Maintenon venoit de s'unir si étroitement par le mariage de sa nièce, n voient alors auprès d'elle toutes les grâces de la nouveauté auxquelles elle ne résistait jamais. Ils résolurent donc d'en profiter pour chasser les deux ducs et profiter de la dépouille de M. de Beauvilliers en faisant donner à M. dé Noailles les places qu'il occupoit auprès des enfants de France et dans le conseil . Madame de Maintenon y entra et le proposa au roi , comme un moyen sur lequel il étoit obligé en conscience pour faire réussir à Rome la lionne cause, et y ôter à la mauvaise les appuis dont elle s'y paroit , en faisant entendre en ce pays-là que si le roi en avoit une aussi mauvaise opinion que MM. de Paris , Meaux et Chartres le f ai soient entendre, il ne laisseroit pas M. de Beauvilliers dans son conseil et beaucoup moins auprès des princes ses petits-fils, avec un nombre de subalternes qu'il y avoit mis et qui étoient dans les mêmes opinions que lui, ce qui avoit une apparence très-plausible et à laquelle le procédé du cardinal de Bouillon donnoit un grand poids, au lieu qu'ôtant ces appuis à leur cause , c'étoit la renverser et montrer au pape qu'il n'y avoit aucun ménagement à garder en chose où le roi lui mont mit l'exemple. M. de Beauvilliers fut instruit par un ami intime , quoique d'âge peu proportionné, du péril qu'il couroit , dont il apprit toutes les circonstances , combien le roi étoit ébranlé , et il avoua lui-même à cet ami que lui , sou beau-frère et leurs femmes s'apercevoient depuis longtemps de l'entier changement de madame de Maintenon à leur égard , de celui de la

oour avec elle, et de l'entraînement du roi même. La-ilessus k'anu crut devoir presser le due Savoir plus de complaisance par moins d'attachement à ce qui l'exposoit si fort et a parler au roi ; mais il fut inébranlable. Il répondit sans s'émouvoir qu on lui en disoit tant qu'il ne doutoit point de tout le péril qu'on lui apprenoit; mais qu'il n'avoit jamais souhaité aucune place; que Dieu l'y a voit mis, et que quand il les lui (keroit il étoit tout prêt de les lui remettre ; qu'il n'y avoit d'attachement que par le bien qu'il y pouvoit faire , et que, n>n pouvant plus procurer, il seroit plus que content de n'avoir plus de comptes a eo rendre à Dieu, et de n'avoir qu'à le prier et avoir soin de son salut dans la retraite ; que ses sentiments n etoient point opiniâtreté , mais que, les croyant bous, il n'avoit qu'à attendre la volonté de Dieu en paix, avec soumission, et se garder surtout défaire la moindre chose qui pût en mourant lui donner du scrupule. Il embrassa son ami avec tendresse , avec simplicité, et s'euveloppa dans sa seule vertu. Cependant l'orage grossit de plus eu plus et vint au point de maturité ; mais il arriva aux Noailles un revers d'où Us ue l'avoient pas attendu. Us se servoient bien en gros de M. de Paris pour persuader au roi la nécessite d'un éclat qui retentit jusqifa Rome, et l'obligation de conscience d'ôter d'auprès des princes les levains de mauvaise doctrine; mais ils le connaissoient trop homme de bien pour espérer son secours dans la vue d'enrichir son frère des dépouilles de M. de Beauvilliers, et Dieu permit qu'il en devint l'arbitre. L* roi, pressé sans relâche en gros par les evéques , en détail et à découvert pur madame de Maintenon, et tiraillé pourtant par un reste d'habitude , * l'estime et de confiance pour M. de Beauvilliers , crut devoir confier ses peines à M. de Paris, en qui alors il avoit une confiance sans réserve sur tout ce qui regardoit conscience, et l'estima assez, pour le préférer là-dessus à M. de M eaux et à M. de Chartres, quoiqu'il y eût un intérêt bieu personnel par rapport au maréchal de Noailles. Il lui expliqua donc la resolution qu'il avoit enfin prise, malgré sa répugnance , de chasser M. de Beauvilliers, etc., et de donner a M de Noailles ses places dans le conseil et auprès des princes. Si M. de Paris y eût consenti , à l'heure même l'affaire étoit faite et déclarée; mais M. de Paris s'y opposa de toutes ses forces. U représenta au roi la droiture , la candeur, la vertu du duc de Beauvilliers avec toute la force possible, et la sécurité où le roi devoit être à tous égards sur lui, et combien même cotte chute pourroit mal sonner par sa réputation, et attirer de blâme jusque dans tout Rome à la cuise qui l'auroit opérée, et à ceux qui l'y soutenoieut, et il se rabattit à «onseiller au roi d'ôter d'auprès des princes des subalternes dout ou ue seroit pas si sûr, et dout la disgrâce moutreroit dans Rome la partialité et les soins du roi , sans Dure un éclat aussi préjudiciable et même aussi scandaleux que d'éloigner le duc de Beauvilliers. Ce fut ce qui le sauva,

et le roi en fut fort aitt'. Quelque soin qu'on eût pris, et même arec succès, de l'aliéner du duc , on n'avait pu lui en ôter l'estime , et l'hâtelude fit que, n'ayant que la conscience à combattre , il se sentît soulagé quand M . de Paris , en qui il avoit mis sa confiance sur ce point , le força , aux dépens de la grandeur du maréchal son frère , de conserver M. de Beauvilliers ; mais l'orage tomba sur les autres sans retardement , et sans que M. de Beauvilliers , si suspect à leur égard , pût leur en sauver à pas un la moindre lie ; mais les INoailles furent outrés et le maréchal en fut longtemps fort froid avec son frère, sans trop oser le montrer ; et puis sa femme, qui en sentoit les conséquences, fit tant qu'elle les raccommoda. Madame de Maintenon en fut pour le moins aussi fâchée qu'eux ; elle vit son projet échoué au moment du succès et sans espérance de retour contre des gens qui ne pouvoicnt donner aucune autre prise. Kl le ne leur pardonna jamais . donna un grand eloignement d'eux à madame la duchesse de Bourgogne , et prit en habile femme le parti de s'accommoder au goût du roi sans plus faire de tentatives inutiles , de vivre au moins honnêtement avec ses anciens amis. Mais le maréchal Villeroy, M. de la Bochefoucauld et un gros d'envieux qui, chacun à sa façon, avoient poussé à la roue, et qui, ravis de la chute des deux beaux-frères, auraient peut-être été encore plus piqués d'en voir profiter le maréchal de Noailles comme la Bochefoucauld , mais qui ignoroient qui en auroit personnellement profité , furent longtemps sans s'en pouvoir consoler. Ce qui montra bien la difficulté d'y revenir dans la suite fut que le roi mit en la place des deux gentilshommes de la manche chassés , Puységur, si connu à la guerre, et Monvielle, que M. de Beauvilliers lui proposa ; Vittement fut sous-précepteur. Il ne le dut qu'à son mérite et à la beauté de la harangue qu'il avoit faite au roi à la paix comme recteur de l'Université. 11 eut depuis la même place auprès du roi d'aujourd'hui, où il signala son desintéressement et sa vertu, laquelle à la fin le fit honnêtement renvoyer.

Mardi 3, à Vermilles. — Le roi, après le salut, alla se promener dans ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne alla à Saint-Cloud voir Monsieur et Madame ; elle y 'entendit le salut et fit collation, et puis Monsieur et Madame la promenèrent longtemps en calèche dans les jardins hauts et bas. — M. de Savoie fait payer à M. d'Urfé l'argent que son conseil l'avoit condamné à rendre ; on craignoit qu'il n'apportât quelque nouvelle difficulté à cette affaire ; mais il l'a finie de très-bonne grâce. La somme se monte a près de 30,000 écus, ar-

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gent de France. On dit à Turin que S. A. R. envoie ici pour ambassadeur, à la place du marquis Ferreiro , le comte de Vernon , qui est son grand maître des cérémonies et en qui il témoigne avoir assez de confiance.

Mercredi 4, à Versailles. — Le roi fut enfermé le matin assez longtemps avec M. l'archevêque de Paris et M. le premier président, et travailla à des règlements pour les hôpitaux de Paris. S. M. alla au salut et ne sortit point de tout le jour. Elle avoit compté de se promener dans ses jardins après le salut, mais le vilain temps l'en empêcha. Elle chargea madame la duchesse de Bourgogne, qui alloit entendre le salut à Saint-Cyr, de prier madame de Maintenon, qui y étoit dès le matin, d'en revenir de bonne heure. — Le roi a choisi Puységur, lieutenant-colonel de son régiment d'infanterie, pour remplir une des places de gentilhomme de la manche de monseigneur le duc de Bourgogne. S. M. lui a dit qu'il ne prétendoit pas qu'il quittât pour cela aucunes de ses fonctions dans ses troupes. — Le roi a donné les places de lecteur et de sous-précepteur à l'abbé le Fèvre et à M. Vitteraent, recteur de l'Université, qui harangua le roi A la paix et parla fort bien. On ne dît point encore qui le roi a choisi pour remplir l'autre place de gentilhomme de la manche.

Jeudi 5, à Marly. — Le roi alla sur les dix heures à la paroisse de Versailles. 11 y avoit dans son carrosse Monseigneur, messeigneurs ses enfants, madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse du Lude. De la paroisse, le roi accompagna le saint sacrement jusqu'à un reposoir qui étoit derrière l'hôtel de Conty , et le reconduisit toujours à pied jusqu'à la paroisse, où il entendit la grande messe. L'après-dlnée, le roi alla au salut, comme il a fait durant toute l'octave , et de là monta en carrosse pour venir ici. Monseigneur, Madame et Mademoiselle ne sont point du voyage; ils sont à Saint- Cloiul. Madame la duchesse de Chartres et madame la

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Duchesse, qui se portent mieux, sont ici. — Le marquis de Boissière , de la maison de Duras et grand joueur, a un logement ici. — Le matin, à Versailles, le roi nomma pour second gentilhomme de la manche de monseigneur le duc de Bourgogne, Mon vielle , un des premiers capitaines du régiment du roi, qui faisoit la charge de maréchal des logis dans l'armée de Catinat Tannée passée ; il est l'ami intime de Puységur.

Vendredi 6, à Marly. — Le roi partit d'ici a midi, et alla dans la plaine de Grésillon par delà Poissy , où il ht la revue des quatre compagnies de ses gardes , des grenadiers à cheval et des deux compagnies de ses mousquetaires. Le roi et la reine d'Angleterre étoient à la revue; cela n'empêcha pas beaucoup d'Anglois de la suite de milord Portland d'y venir; son fils même y étoit. Tous ces Anglois trouvèrent le prince de Galles, qui étoit à cheval , fort joli. Le roi d'Angleterre entretint longtemps Wassenaer, Hollandois fort attaché aux intérêts du roi Guillaume. Monseigneur étoit à la revue avec le roi , et messeigneurs ses enfants y étoient venus aussi de Versailles. Monseigneur le duc de Bourgogne ne s'en retourna à Versailles que le soir avec madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit venue ici sur les cinq heures , et il soupa avec elle à Versailles. — J'appris que depuis peu de jours on avoit mis à la Bastille madame Guyon ; on croit qu'elle y demeurera toute sa vie. On lui laisse deux femmes pour la servir.

Samedi 7, à Marly. — Le roi, après sa messe, alla iciprès, sur les hauteurs, faire la revue de ses gardes , des grenadiers à cheval et des mousquetaires ; il les vit à cheval et à pied, et un à un ; jamais ils n'ont été si beaux ni si bien montés. — Hommery, lieutenant de la compagnie de Lorges , est mort en venant de son quartier pour être à la revue de hier (1). Le roi a donné sa lieu-

(I) Mettre Claude- Albert d'Arbois, ^wnir de Roinmm, I'Mmws,

362 JOURNAL DE DÀNGEAU.

tenance à Barsum , le plus ancien enseigne de la compagnie, et il a fait monter à l'enseigne des Fourneaux, le plus ancien exempt de la compagnie. — On apprit par les dernières lettres qu'on a de Pologne que le cardinal primat a fait son accommodement avec l'électeur de Saxe, que toute la noblesse du Rococh s'est soumise aussi bien que le primat , qu'on croit que l'armée de Lithuanie se soumettra aussi , et qu'ainsi on ne doute plus que l'électeur de Saxe ne soit bientôt rot paisible ; il fait espérer qu'il fera bientôt le siège de Kaminiek, et que madame l'électrice sa femme se fera catholique. Il parolt, par les nouvelles, que le nonce du pape l'a fort bien servi.

Dimanche 8, à Marly. — Le roi se promena toute la journée dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent l'aprèsdl née se promener avec le roi, et soupèrent chez madame de Maintenon. — Le roi d'Espagne a été fort touché de l'offre que lui a faite le roi de ses vaisseaux et de ses traléres pour chasser les Maures de devant Ceuta et de devant Oran. Lui et la plupart de son conseil étoient d'avis d'accepter ces offres ; mais la reine s'y est fort

l'Argiliers, Olignon, etc., lieutenant «le* gardes du corps, brigadier des armées du roi , grand bailli du Soissonnois et clunalier de l'ordre de Saint-Louis. Il est mort à la soixante-troisième année de *on âge, en passant par Luzarrhes, pour se trouver à la dernière revue des gardes du corps du roi, et âpre*, avoir mis sa brigade en état de |»aroltre devant S. M. Le roi lui a rendu juslice en rlisant qu'il avoil perdu un de m»s meilleurs officiers. Il est généralement regretté de ceu\ dont il a été connn , s'étant toujours piqué de la qualité de bon ami, qu'il avoit dans un souverain degré. Il étoit d une probité reconnue, d'une valeur qui alloit jusqu'à l'intrépidité, d'une babileté fort grande dans le métier de la guerre , peu de personnes entendant aussi bien les marebes que lui. Le sang-froid qu'il avoit dans l'action ne l'empécboit point d'y taire

lui a lait mériter à la cour le surnom de Protecteur des absents. Lne preuve incontestable de son mérite , « 'est que de simple garde du roi, il e-i parvenu, par tous le> grades , à en être lieutenant et a commander le corps ou il avoit obéi. » ( 'Mercure de juin, pages )

opposée, craignant fort que nos vaisseaux et nos galères entrassent dans les ports d'Espagne. Quoique nos offres aient été refusées, cela a toujours fait un fort bon effet. — J'appris que le marquis de Grandpré, neveu du maréchal de Joyeuse, avoit acheté une des lieutenances générales de Champagne du duc d A tri. qui Fa voit achetée de il. de Roquelaure , qu'il n'avoit point encore payé, et qui va être payé par M. de Grandpré.

Lundi 9, à Marly. — Le roi fut tout le matin au conseil, oo mme il a accoutumé de faire, et l'après-dlnée il se promena jusqu'à la nuit. — M. Colin , premier maître d'hôtel de Madame, vend la moitié de sa charge à M. Latier, qui est attaché à Madame depuis longtemps ; il lui en donne f » 0,000 livres; ils seront survivanciersl'un de l'autre, et Monsieur leur donne à chacun un brevet de retenue de 1 0,000 écus. — M. le Grand-Duc a mandé à Monsieur que Curette avoit gagné son procès à Florence , qu'il le faisoit mettre en possession de plusieurs terres qui sont clans ses États, et qui toutes ensemble valent bien 50,000 livres de rente; qu'il avoit été reconnu héritier de la maison de Scevoli, et qu'en conséquence du jugement qui avoit été rendu à Florence, il avoit droit de demander plus de 100,000 livres de rente qui sont dans l'État ecclésiastique, et dont il croit que le pape le fera mettre en possession. Ainsi cet homme que nous avons vu ici faisant la médecine, et que nous traitions de visiounaire sur sa naissance et sur ses biens, se trouve effectivement homme de bonne maison et fort riche.

Mardi 10, à Marly. —■ Le roi tint le matin, a son ordinaire, conseil de finances, mais le chancelier n'y vint point. Le roi l'en dispense , à cause de son grand âge, quand il faut qu'il vienne de Paris et qu'il s'en retourne le même jour. — Monseigneur alla dîner à Meudon, et ne revint ici qu'à huit heures du soir. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne tinrent ici l'après-dlnée, et retournèrent à Versailles un

peu après que Monseigneur fut arrivé. — J'appris que M. l'archevêque de Rheims , comme proviseur de Sorbonne , avoit enfin donné de l'Altesse Sérénissime * à l'abbé de Soubise dans ses lettres de docteur, et cela I>arce qu'on en avoit usé de même pour le duc d'Albret , présentement cardinal de Bouillon , qui a envoyé ici les lettres qu'on lui donna en ce temps-là. 11 ne prétendoil point pourtant que ce qui a été fait pour sa maison fût une règle pour la maison de Rohan , et il a même écrit sur cela à M. de Pontchartrain en termes très-forts et dont la maison de Rohan n'est pas contente ; cela n'empêchera pas pourtant que le mariage de mademoiselle de Chafeau-Thierry , sa nièce, avec M. de Montbazon , aîné de la maison de Rohan, ne s'achève.

* (ht a vu ci-devant, tome I er page 1 12, le Séréni*sime prince et le bonnet donné à l'abbé de Soubise par ordre exprès du roi, à la prière de la belle madame de Soubise , sa mère , à sa première thèse ; ceci en fut une suite nécessaire. Le cardinal de Bouillon, au temps le plus radieux de M. de Turenne, s'étoit emparé de M. de Péréfixe, archevêque de Paris, au point qu'il se fit une affaire capitale de l'obtenir pour successeur, et la pressa à tel point que le roi, qui ne le vouloit point , et qui avoit grande raison, comme la suite l'a trop fait voir, n'en put sortir avtc lui et avec M. de Turenne qu'en lui donnant sa nomination au cardinalat, qu'il eut si jeune qu'il en fut nommé l'Enfant rouge. M. de Péréfixe étoit proviseur de Sorbonne. Il sauta par amitié ce bâton de sérénissime prince , et après é'Mteue Sérénhsime pour le cardinal de Bouillon , dont le roi ne voulut pas se fâcher à cause de M. de Turenne; et de là M. l'abbé de Soubise eut l'un et l'autre par la volonté du roi , qui aimoit beaucoup mieux encore la belle madame de .Soubise, sa mère, qu'il n avoit considéré M. de Turenne.

Mercredi 11, à Marly. — Le roi tint conseil le matin, à son ordinaire, et se promena toute l'après-dlnée dans ses jardins. — M. le duc de la Force maria son fils aîné à mademoiselle de Bosmelet, nièce de M. de Chaviffiiy. On lui donne t00,000 livres, et on lui en assure encore 200,000 après la mort de sa mère ; on dit même qu'elle peut espérer d'avoir un million de bien. M. le

duc de la Force donne à son fils la terre de la Force , et lui cédera la duché, si le roi le trouve bon. — Dimanche passé, le comte de Guiscard remit le château de Dinant entre les mains des troupes de Liège ; ils envoyèrent prendre possession de cette place par un capitaine avec cinquante hommes. L'argent que M. de Guiscard a tiré des démolitions va à près de 10,000 écus, outre un millier de pistoles qu'il a fait donner aux ingénieurs qui y ont travaillé.

Jeudi 12, à Marly. — Le roi s'amusa l'après-dinée a voir aller une fontaine nouvelle , qui sera plus belle qu'aucune qui soit ici. Le roi fait faire aussi un mail sur les hauteurs, auprès des gerl>es de la rivière ; il veut que rien ne manque ici de tout ce qui peut divertir les courtisans. Monseigneur courut le loup dans la forêt de Saint- Germain, et au retour il donna à souper dans son appartement aux courtisans qui l'avoient suivi à la chasse. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici se promener longtemps avec le roi et y soupèrent. — On a joué tout ce voyage ici un jeu prodigieux, et le roi ayant su que le garçon qui a soin des comptes avoit payé un mécompte qui s'étoit trouvé dans les jetons , S. M. l'a envoyé quérir, l'a loué et lui a fait rendre l'argent. — M. le Prince n'a point été de ce voyage ici ; il est à Chantilly avec madame la Princesse.

Vendredi 13, à Marlxj. — Le roi se promena toute la journée dans ses jardins. — M. l'électeur de Saxe envoie ici un Livonienqui est colonel dans ses troupes, et en qui il a beaucoup de confiance, qui s'appelle Jourdan. 11 est a Hambourg, et on lui a conseillé de ne pas avancer plus avant sans savoir si le roi voudra bien le recevoir. Il parolt qu'on pourra le recevoir présentement, raccommodement du primat étant fait avec S. A. E. Cet envoyé a écrit ici au nonce pour le prier d'interposer ses bons offices auprès du roi, et le nonce en a parlé sans al-

JOURNAL DE DANGEAlî.

tendre les ordres du pape sur cela ; il a cru qu'il lui suffiroit desavoir que Sa Sainteté appuyoit fort les intérêts de l'électeur de Saxe, et que c'étoit son nonce en Pologne qui l'avoit fait reconnoltre roi par le primat et par l'assemblée du Rococh. — J'appris que le roi avoit donné au prince Gaston de Florence une magnifique épée de diamants ; il s'en est retourné en Allemagne , d'où il étoit venu ici. Il se tient d'ordinaire sur les terres de la princesse de Saxe-Lawembourg, qu'il a épousée ; elle avoit épousé en premières noces un prince palatin , frère de l'impératrice.

Samedi li, à Versailles. — Le roi revint ici sur les sept heures de Marly. Monseigneur alla de Marly dîner a Meudon , et revint coucher ici. — Le marquis de Bouzoles est revenu après avoir fait les compliments du roi a M. de Lorraine , qui lui a fait un très-beau présent. S. M. lui a fait donner 2,000 écus pour son voyage, qui a été fort court. M. de Lorraine ne viendra point ici, comme on avoit dit, avant son mariage, et il a renvoyé ici le marquis de Convonges. Il a nommé madame d'Harcourt dame d'honneur et madame de Lenoncourt dame d'atours de Mademoiselle, future duchesse de Lorraine. — M. de Savoie fait revenir à Turin le marquis de Ferreiro , son ambassadeur,, et envoie ici en sa place le comte de Vernon, son maître des cérémonies. On avoit déjà mandé ce changement d'ambassadeur, mais on ne l'avoit pas cru d'abord.

Dimanche 15, d Versailles. — Le roi donna une audience particulière, le matin, à milord Portland, qui part demain pour retourner en Angleterre, et S. M. ensuite signa le contrat de mariage du fils aîné du duc de la Force avec mademoiselle de Bosmelet (*). S. M. a permis au père de céder la duché à son fils. — L'aprèsdlnée le roi alla tirer. — Le soir, sur les huit heures , dans la maison de madame la princesse de Gonty à la ville, se fit le mariage du marquis de la Vallière , sou

cousin , avec la quatrième fille du duc de Noaiiles. Il y eut musique et illuminations, et Monseigneur y demeura assez longtemps. — Les officiers généraux qui doivent servir au camp de Compiègne sont choisis, mais le roi ne les a pas encore déclarés ; il y aura six lieutenants généraux et huit maréchaux de camp.

* Madame de Bosmelet, mère de cette héritière, étoit sœur de la maréchale de Clérembault et de l'évéque de Troyrs , qui fut du conseil de régence, et se trouva fort mal mariée. La première fois qu'elle fut à Rouen , elle affectoit de ne refuser aucun pauvre, et comme on admirait sa charité : « Ce n'est pas cela, disoit-elle, c'est de peur de refuser l'aumône à quelques parents de M. de Bosmelet, sans le savoir. »

iMndi 16, à Versatile». — Le roi ne sortit que sur les six heures, et alla se promener a Trianon. — Monseigneur alla coucher au Raincy chez le marquis de Livry; il en doit revenir mercredi. — Le roi a résolu de recevoir l'envoyé de l'électeur de Saxe, et l'a fait mander à M. le nonce, à Paris, afin qu'il en avertisse cet envoyé, qui étoit demeuré à Hambourg jusqu'à ce qu'il sût que le roi

voudroit bien le recevoir La province d'Alsace payoit

au roi, durant la dernière guerre, 1,400,000 livres en argent, et donnoit outre cela plus de deux millions pour les fourrages. Le roi leur ôte présentement toutes ces impositions-là; ils ne payeront plus que ce qu'ils payoient avant la dernière guerre, qui ne monte pas tout à fait à 100,000 livres. La ville de Strasbourg ne payera rien de toutes les entrées et toutes les sorties des marchandises.

Mardi 17, à Versailles. — Le roi alla après son dîner se promener à Marly . — Monseigneur courut le loup dans la forêt de Livry, et retourna coucher au Raincy, d'où il étoit parti. — Les six lieutenants généraux que le roi a nommés pour le camp de Compiègne sont : MM. Rosen, Busca, Crenan , marquis de Créquy, Artagnan , Gassion. Les maréchaux de camp sont : MM. Alliergotti, Marsin, Bezons , duc de Villeroy, Vandeuil, Surville et Davéjan.

— M. le cardinal de Furstemberg prit congé du roi pour s'en aller à la Bourdaisière. La comtesse prit congé aussi il y a quelques jours, mais c'est pour s'en aller en Allemagne.

Mercredi 18, à Versailles. — Le roi alla, en sortant de son diner, chez madame de Maintenon , où étoit madame la duchesse de Bourgogne, et sur les six heures ils allèrent se promener à Trianon. Le roi fit mettre dans son carrosse toutes les dames du palais. — Le roi a résolu que monseigneur le duc d'Anjou et monseigneur le duc de Berry seroient du voyage de Compiègne , et accompagneraient monseigneur le duc de Bourgogne aux revues. — Monseigneur courut le loup à Livry à six heures du matin, et puis alla dîner à Meudon, où madame la princesse de Conty le vint trouver, et ils revinrent ensemble ici le soir. — Le roi d'Espagne avoit donné à madame la comtesse de Soissons la mère sa maison de Treuvre, auprès de Bruxelles. M. l'électeur de Bavière en a eu envie ; il s'en est accommodé avec elle, et lui donne en échange 2,000 écus de rente sa vie durant.

Jeudi 19, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur alla le soir se promener à Chaville. Madame la duchesse de Bourgogne alla avec toutes ses dames souper à la Ménagerie. Elle avoit été quérir madame de Maintenon à SaintrOyr; elles revinrent de bonne heure ici pour être à l'arrivée du roi, qui étoit allé se promener à Marly. — Le roi donna, le matin, audience dans son cabinet au duc deCroy, qui étoit venu en poste tout droit ici. On ne sait point ce qui l'amène; il avoit demandé au roi une audience d'une heure et demie, elle a été beaucoup plus courte. C'est M. de Torcy qui l'a présenté. 11 a été, durant quelques campagnes, général des troupes de l'empereur en Hongrie. — Le prince de Parme s'en va en Angleterre et reviendra pour voir la revue de Compiègne. On lui a fait voir Trianon et toutes les eaux de Versailles.

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Vendredi 20 , à Versatiles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Mari y, et y mena madame la duchesse de Bourgogne avec toutes ses dames. — M. le duc d'Elbeuf vouloit retourner en Lorraine ; il en parla au roi, qui ne lui a pas conseillé ce voyage. M. de Couvonges, envoyé de Lorraine, a parlé fort différemment de ce que M. d'Elbeuf avoit dit à son retour, et c'est ce qui a obligé S. M., sur les instances que faisoit le duc d'Elheuf, de lui défendre enfin de faire ce voyage. — M. le marquis d'O est en traité du marquisat de Francon ville, qui est depuis longtemps dans sa maison; cette terre relève du comté de Clermont en Beauvoisis, qui est présentement à M. le prince de Carignan , a qui il reviendrait des droits considérables. On lui a écrit là-dessus pour lui demander quelques grâces, et il a donné ordre ù l'homme qui fait ses affaires à Paris de donner une quittance entière à M. d'O, et ne veut rien prendre pour tous ses droits.

Samedi 21, à Versailles. — Sur les quatre heures après midi se firent les fiançailles de mademoiselle de Château- Thierry avec M. de Montbazon, dans le cabinet du roi, où il n'y a que les filles de princes qui soient fiancées. Mademoiselle de Bouillon portoit la queue de la mante de la fiancée , quoique sa cadette. Le roi et toute la maison royale signèrent le contrat , mais le secrétaire d'État ne lesigna point. Autrefois les secrétaires d'État signoient ces contrats, et M. de Pomponne l'étant avoit signé celui de madame de Cadaval. M. de Seignelay est le premier qui ne les ait point signés. On avoit accoutumé aussi de mettre dans ces contrats que le roi donnoit 100,000 livres à la mariée , quoique dans le fond on les donnât rarement; mais cela ne laissoit pas de se mettre. M. de Bouillon souhaitoit qu'il fût mis dans celui-ci , mais le roi veut abolir cette coutume. Après les fiançailles, Monseigneur alla à Saint-Cermain voir LL. MM. BB.

Dimanche 22, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il fit un temps affreux: il alla au salul. r. vi. 24

370 JOURNAL DE DANGKAU.

Monseigneur partit après dîner pour aller à Meudon, où il demeurera jusqu'au premier voyage de Marly. Madame la duchesse de Bourgogne alla àSaint-Cyr, comme elle y va tous les dimanches , et en ramena madame de Maintenon. — Le roi diffère de quelques jours le camp de Compiègne, parce que la saison est fort tardive , et que le roi veut attendre que la moisson soit faite pour ne rien gâter. 11 augmente le nombre des troupes qui y doivent être; il y fait venir les régiments de Picardie , de Bourbonnois , de Poitou , du Maine et de Toulouse , qui n'en dévoient pas être d'abord. 11 a nommé encore six maréchaux de camp pour y servir, si bien qu'ils y seront quatorze ; ces six maréchaux de camp sont de Roucy, de Courtebonne, d'Alègre, d'Antin, Locmaria et le comte de la Motte.

Lundi 23, à Versailles. — Le vilain temps empêcha le roi de sortir ; il passa toute l'après-dlnée chez madame de Maintenon, où étoitmadame la duchesse de Bourgogne. — Milord Portland a demeuré trois jours à Chantilly, où M. le Prince l'a reçu et régalé magnifiquement ; il en partit samedi, et va voir plusieurs de nos places de Flandre, où le roi a ordonné qu'on lui rendit beaucoup d'honneurs. On tirera le canon partout; on lui donnera une garde avec un capitaine; il y a des ingénieurs charges de lui faire voir toutes les fortifications, et, sur la tin de la semaine, il s'embarquera à Calais pour repasser en Angleterre. Le roi lui a envoyé son portrait dans une boite de diamants qui vaut bien i,000 pistoles. — I^e roi a nommé le comte d'Estrées pour commander les vaisseaux qu'il fait passer de l'Océan dans la Méditerranée et qui y doivent demeurer.

Mardi 2i , à Versailles. — Le roi donna, le matin, audience au lwiron de Plettemberg, envoyé et frère de l'évêque de Munster. — Le roi envoie M. le maréchal d'Estrées pour commander en Poitou et sur les côtes des pays voisins; on n'est pas content de la conduite des

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