‹ JournalChapitre 8 sur 10 · JUIN 1698 S7I · texte numérisé non relu

JUIN 1698 S7I

nouveaux catholiques de ces cantons-b\. — Le roi donna, hier matin, une longue audience à M. l'archevêque de Paris; on croit que c'est sur les affaires de M. de Cambray . Le livre que M. l'évêque de Chartres fait sur ces matièreslà a été présenté au roi. — M. le comte de Gacé, gouverneur du pays d'Aunis, a eu ordre de s'en aller à son gouvernement pour veiller sur la conduite des nouveaux catholiques qui y sont, et surtout de ceux de la Rochelle, qu'on prétend qui ne font pas bien leur devoir.

Mercredi 25, à Mur h/. — Le roi partit de Versailles après son dîner, et s'en vint ici, où il se promena tout le reste du jour. Monseigneur partit à six heures de Meudon et vint ici tout droit. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont du voyage. Madame de Chartres est demeurée malade à Versailles. M. le comte de Grignan a eu un logement ici pour la première fois. — On mande de Turin que M. de Savoie a fait arrêter, par la barque qu'il a armée j\ Villefranche, un vaisseau marchand de Nantes et qu'il a été confisqué, et les marchandises qu'il portoitont été vendues 50,000 livres. M. de Savoie prétend que les vaisseaux marchands françois doivent non-seulement le droit d'ancrage et de mouillage quand ils entrent dans le port de Villefranche, mais de plus qu'ils doivent le cinquantième de leurs marchandises quand ils passent à la hauteur de ce port jusqu'à cent milles en mer, et que ce vaisseau, n'ayant pas voulu payer ce droit, a été justement confisqué.

Jeudi 26, à Marly. — M. l'évêque de Meaux, qui est de cevoyage, présenta au roi , le matin, un livre dans lequel il explique la conduite qu'il a eue avec M. de Cambray, et où il fait le détail des opinions de madame Guyon. Ce livre est une forte condamnation de tout le procédé de l'archevêque de Cambray dans cette affaire. M. de Meaux donna laprès-dlnée ce livre à beaucoup de courtisans qui sont ici ; le roi en parla à sa promenade, et dit qu'il n'y a voit pas un mot dans ce livre qui ne fût vrai.

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— Monseigneur le due de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les cinq heures. Le roi se promena avec eux et avec toutes les daines du palais dans les petites calèches. Le roi, Monseigneur, et monseigneur le ducde Bourgogne menoient chacun une petite calèche où il y avoit trois dames ; ensuite ils revinrent se prôner à pied dans les jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne s'en retournérent à. Versailles après avoir soupe" chez madame de Maiutenon.

Vendredi 27, ù Marhj. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins, et prit plaisir à les faire voir au I*. de la Chaise. — Il y a quelques jours que le roi dit à madame la duchesse de Bourgogne qu'il feroit un voyage ici, où il n'ameneroit qu'elle de princesse. On a su aujourd'hui que ce voyage se feroit le 15 du mois qui vient. Pendant ce voyage-là, Monseigneur sera à Meudon avec madame la princesse de Conty ; Monsieur, Madame et Mademoiselle à Saint-Cloud; madame la duchesse à Saint-Maur. — Le roi a fait arrêter M. de Charnacé*, autrefois officier des gardes du corps; il y a déjà longtemps qu'on est mécontent de la conduite de cet homme, et ilétoit même chassé de la province d'Anjou dont il est. On l'accuse en dernier lieu d'avoir fait et débité de la fausse monnoie, et on le mené a Montauban, où Ton va instruire son procès.

' Chamaoé avoit eu- page du roi et dans ses gardes du coq* . homme «l'esprit et du monde , et quoique retiré pour d'assez méritantes affaires, il avoit toujours trouvé de la protection dans te roi, mais il l'usa à force d'eu trop faire. Il avoit fort accommodé une nuisou «'ii Anjou, où il avoit planté une tort belle avenue qui y conduisoit. dans le milieu de laquelle se trouvoit une méchante maisonnette et un petit jardin , qu." h* |Kivsan qui y demeuroit s opiniAtra à ne point vouloir vendre à quelque prix (pie ce tïït. C'était un tailleur de son métier, tout seul chez lui. Après des .innées de patience, Charnaee, ennuve de cette lunette dans SOtl avenue , fait dessinerai! naturel la maison, le jardin , dedans it dehors avec toutes ses dimensions et proportions .

et tout (t qui se trouvoit dedans , puis dit qu il est oblige d'aller a Paris , mais qu'il lui faut une livrée neuve et tout au plus tôt ; fait marché avec le tailleur à condition de ne pas sortir du château que sa livrée ne fût prête, lui livre l'étoffe, l'enferme et le fait travailler. Pendant ce temps il fait démonter la maison et ses appartenances, la fait remonter de même et anonée [sir] de la même façon à trois ou quatre portées de mousquet à coté, y fait replacer tous les dedans, et les petits meubles précisément dans la même disposition qu'on les avoit trouvés, et ajuster le petit jardin dans son même ordre et sa même proportion, nettoie bien son avenue et l'aplanit , en sorte qu'il n'y reste trace ni vestige de quoi qne ce soit. Puis, sa livrée faite, la fait essayer et ajuster pour gagner la nuit bien noire , paye son tailleur comptant et le renvoie. Il s'en va donc en filant l'avenue, et va fort longtemps sans rien trouver. Il s'écarte pour en chercher les arbres; mais il étoit bien au delà, revient sur ses pas et se croit ensorcelé. Enfin le jour paroit, et il le croit bien davantage quand il ne voit ni sa maison , ni rien qui prit faire soupçonner qu'il y en eût en une. Enfin , après s'être bien frotté les yeux, il avise à côté une maison qu'il n'avoit jamais vue là, et si ressemblante à la sienne qu'il ne savoit que penser. Il y va , présente sa clef ; il ouvre ; il entre , il y reconnoit tout , et ne doute |ioint que ce ne soit le diable qui l'y ait portée. Enfin , il ne fut pas longtemps sans découvrir des voies plus naturelles quoique peu ordinaires. Il voulut en faire quelque bruit , mais on se moquoit de lui , et l'avenue demeura nettoyée. Le roi le sut, et ne put trouver que Charnacé erit grand tort.

Samedi 28, à Marly. — Le roi a fait dire à M. de Savoie par M. de Briorde, son ambassadeur à Turin, qu'il trouve sa prétention pour le port de Villefranche trèsmal fondée , et qu'ainsi il a défendu à ses vaisseaux marchands de payer le droit du cinquantième de leurs marchandises. — Monseigneur le duc de de Bourgogne et madame la duchtsse de Bourgogne vinrent ici l'aprèsdlnée; il les vit aller à la roulette. Mademoiselle y étoit avec eux ; ensuite ils se promenèrent longtemps à pied dans les jardins, et puis ils s'en retournèrent à Versailles. — On ne parle ici que du dernier livre de M. deMeaux contre M. de Ctunbi-uy, où foute la doetrine de madame liujoii est étalée ; cette dame est toujours à la Bastille . où M. de la Keyniej par ordre du roi. l'a déjà int errogee

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plusieurs fois. On parle de lui confronter le P. de la Combe, qui dans son interrogatoire n'a pas été si réservé qu'elle. On dit qu'elle se défend avec beaucoup d'esprit et de fermeté.

Dimanche^ , à Marly. — Le roi tint conseil le matin et se promena toute l'après-dlnée. — La reine d'Angleterre se trouva fort mal le soir, à Saint-Germain; le roi, son mari , qui devoit partir le lendemain pour la Trappe, a différé son voyage. — Milord Portland a toujours persisté à dire ici qu'on ne payeroit point en Angleterre le douaire de la reine tant qu'elle seroit à Saint-Germain, et qu'on le payeroit sûrement si LL. MM. BB. vouloient choisir une autre demeure qui leur donnât moins de jalousie. — Nos directeurs et nos inspecteurs de cavalerie et d'infanterie ont ordre de revenir ici sans faire la réforme dont ils étoient chargés; on remet cette réforme après le camp de Compiègue. — Le mariage de Mademoiselle avec M. de Lorraine ne se fera que vers la mi-septembre, entre le voyage de Compiègne et celui de Fontainebleau.

Lundi 30, à Marly. ■— Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les cinq heures; ils se promenèrent le soir dans les jardins avec le roi, et ne s'en retournèrent qu'après avoir soupe chez madame de Maintenon. — On écrit de Home que l'affaire de M. l'archevêque de Cambray, qui est depuis deux mois renvoyée à la congrégation du saint-office , commence à aller fort mal pour lui. On croit que son livre y sera condamné. M. le nonce envoya au pape, il v a six semaines, par ordre du roi , le mémoire de cet archevêque, que M. de Meaux vient de faire imprimer; dans ce dernier livre de la Relation du quiélisme , les amis de M. de Cambray disent qu'il répondra sûrement au livre de M. de Meaux. — Monseigneur se trouva mal la nuit et toute l'après-dlnée ; mais sur le soir il se trouva mieux , et alla joindre le roi i\ la promenade.

Mardi l w juillet, à Marly. — Le roi tint conseil tout

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le matin, et se promena toute l'après-dinée dans les jardins. — La reine d'Angleterre a eu un accès de fièvre qui lui a duré quarante heures ; elle n'a plus de fièvre , mais elle est encore fort abattue. Dès que le roi sut son mal, il envoya M. le Premier pour savoir de ses nouvelles. — On mande de Cadix que les galions y sont arrivés du juin; il y en a neuf rentrés dans le port. On attend encore le vice-amiral avec trois autres vaisseaux qui se séparèrent des autres par un coup de vent a la sortie de la Havane. On compte que ces galions en tout sont chargés de 36,000,000 d'écus en or et en argent, outre les marchandises. Nous avons à Cadix plusieurs vaisseaux marchands du Havre-de-Gràce , de Saint-Malo et de Dunkerque, pour nous apporter, quand les galions seront déchargés , ce qui est pour le compte des marchands de France. — Le mal de Monseigneur n'a eu aucune suite.

Mercredi 2, à Marly . — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les cinq heures. Le roi les mena promener à Noisy dans les petites calèches ; le roi , Monseigneur et monseigneur le duc de Bourgogne en menoient chacun une , où étoient les dames de madame la duchesse de Bourgogne. — Le roi a choisi six aides de camp pour monseigneur le duc de Bourgogne pendant le camp de Compiègne ; ces six aides de camp sont : M. deLévis, mestre de camp de cavalerie ; M. de Murcé, mestre de camp de cavalerie: M. de Wartigny, colonel réformé de dragons; M. de Lignerac, colonel d'infanterie; M. le chevalier de Croissy, colonel d'infanterie; M. de Dénonville, colonel d'infanterie. — M. le marquis de Villars prit congé du roi ces jours passés pour s'en aller à Vienne, où il va envoyé du roi. On mande de ce pays-là que l'empereur a nommé le comte de Walstein pour venir ici en la même qualité. —Outre le conseil que le roi «voit tenu le matin à son ordinaire, il le tint encore l'après-dlnée jusqu'à cinq heures.

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Jeudi 3, à Marly. — Le marquis d'Harcourt mande que le roi d'Espagne est revenu à Madrid, et que sa santé continue à se fortifier. — Polastron, sous-lieutenant aux gardes, achète de M. de Sainte André le régiment de la couronne 51 ,000 livres ; c'est la mauvaise santé de Sam t- André qui l'oblige à se défaire. — On mande de Pologne que la reine douairière a obtenu permission d'aller passer deux ans à Rome, où on lui fera toucher tous ses revenus qui vont à plus de 400,000 livres. Le nouveau roi île Pologne a eu une grande conférence avec l'électeur de Brandebourg dans la Prusse ducale ; il a envoyé ordre au prince Sapieha et au sieur Oginski de se rendre incessamment à Varsovie, où il veut tacher d'accommoder leurs différends à l'amiable. 11 fait toujours espérer aux Polonois de reprendre dès cette campagne le siège de Kaminiek.

Vendredi 4, à Marly. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bougogne vinrent ici, se promenèrent longtemps avec le roi, et puis s'en retournèrent souper à Versailles. — On a enfin eu la nouvelle certaine que, le 18 du mois passé, les troupes de Hesse- Lassel avoient évacué la forteresse de Rheinfels, Saint- (ioar et le château de Rats, qui est de l'autre côté du Rhin, et qu'il y étoit entré des troupes de l'électeur de Mayence et de l'électeur de Trêves qui les remettront entre les mains du landgrave de Rheinfels , comme le roi l'avoit fait mettre dans le traité de Ryswyck. — Madame la princesse de Conty , la mariée, a pris une nouvelle fille d'honneur de la maison de Matignon , en la place de mademoiselle de Saint-Osmane qu'on a mise dans un couvent à Paris avec une pension de 1 ,000 francs.

Samedi 5, à Versailles. — Le roi revint ici le soir après sclre promené tout le jour à Marly. Monseigneur alla de Marh dîner a Meudon , et revint ici le soir. — I^es ambassadeurs de Hollande prétendent que, quand ils feront leur entrée . le carrosse de madame la duchesse de Verneuil

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ne passe pas devant le leur. Il y a quelques ambassadeurs qui Font souffert sans s'y opposer; mais milord Portland s'y opposa quand il fit la sienne, et dit toujours que, si on ne renvoyoit le carrosse de madame de Verneuil, il ne feroit point son entrée ; mais qu'il s'offroit d'en écrire au roi son maître ; qu'il lui falloit un ordre pour consentir à une chose qui n'a voit jamais été faite à aucun ambassadeur d'Angleterre. On jugea à propos ici que le carrosse de madame de Verneuîl ne fût point à celte entrée, et les ambassadeurs de Hollande veulent qu'on ait les mêmes égards pour eux.

Dimanche 6 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée tirer dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne alla l'après-dinée àSaint-Cyr, comme elle y va tous les dimanches, et en revint avec madame de Maintenon , qui y étoit dès le matin. — Aussitôt que le roi eut appris que Rheinfels étoit restitué à son ancien maître , et Ebersbourg rasé , il envoya ordre d'évacuer les places que nous avons promis de rendre à l'empereur et à l'Empire par le traité de Ryswyck, hormis Brisach, où l'on est convenu de démolir quelque chose qui n'est pas entièrement achevé. — Le marquis de Maillé, enseigne dans la gendarmerie , mourut ces jours passés à Paris. Madame la princesse de Conty compte que l'enseigne sera donnée à un des guidons du corps, et demande le guidon qui vaquera pour le chevalier de la Vallière. — l>e marquis d'Harcourt mande que le roi d'Espagne est revenu a Madrid , et que l'air de Tolède lui a fait l>eaucoup de bien.

Lundi 7, à Versailles. — Outre le conseil de dépèches qu'il y eut le matin , le roi tint encore conseil l'aprèsdinée avec ses ministres. Avant le conseil du matin, il «voit donné audience a l'archevêque de Paris, et ensuite alla voir M. de Chevreuse et M. de Beauvilliers, et ils .se sont séparés fort contents les uns des autres, convenant tous des extravagances de madame Guyon, qu'ils

n'ont apprises que par le livre de M. de Meaux. — L'abbé de Courcelles est mort ; il étoit cousin germain du maréchal de Villeroy. C'étoit un homme qu'on ne voyoit point en ce pays ici; il laisse une abbaye vacante , qui vaut 12,000 livres de rente. — Le roi donna a la comtesse de Roucy, dame du palais, l'appartement qu'avoit la duchesse d'Arpajon, sa mère, pendant qu'elle étoit dame d'honneur de madame la Dauphine, et que le roi lui a toujours conservé ; et il donne l'appartement qu'avoit la comtesse de Roucy à la duchesse de Guiche, qui avoit cédé le sien à la comtesse d'Aven , sa belle-sœur, quand elle épousa son frère.

Mardi 8, à Ver taille». — Le roi, sur les quatre heures, alla à Chaville voir des chevaux qui sont venus à Monseigneur de son haras. — Le roi a donné l'enseigne vacante dans la gendarmerie à Champigny, ancien guidon du corps , et le guidon au chevalier de la Valiière, pour qui madame la princesse de Conty l'avoit demandé. — Le comte de Nonant*, premier sous-lieutenant des gendarmes du roi , est mort chez lui après une longue maladie. Buzenval devient premier sous-lieutenant; le marquis de Trainel est le premier enseigne de la compagnie. M. de Soubise a fort parlé au roi pour demander quelque pension ou quelque argent sur le guidon pour madame de Nonant, qui demeure fort pauvre; son mari a mangé tout son bien ; heureusement il n'a point laissé d'enfants. — Monseigneur prit hier médecine.

* Ce Nouant, homme de tort bonne mine et grand connoisseur eu chevaux, s'appeloit, en son nom, le Comte, dont il avoit fait son titre de comte de Nonant

Mercredis, à Versailles. — Le roi entendit la messe dans son lit, et puis prit médecine ; il travailla ensuite jusqu'à son dîner avec M. de Ponlchartrain. L'après-dlnée il tint conseil jusqu'à sept heures Madame la duchesse de Bourgogne, au sorlir de la inesse . alla voir le roi, qui

étoit encore dans son lit à travailler avec M. de Pontchartrain. — Il arriva un courrier du marquis d'Harcourt, parti de Madrid du 29 du mois passé. Le roi d'Espagne eut, le 25, un évanouissement considérable; il n'en fut pas plutôt revenu qu'il tomba encore dans le même accident , qui fit beaucoup craindre pour sa vie. Cela n'avoit eu aucune suite jusqu'au jour que le courrier partit ; mais le marquis d'Harcourt mande qu'on ne soit pas surpris ici si, au premier jour, on apprend que cette rechute-là ait eu une suite funeste.

Jeudi 10, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur alla courre le loup dans la forêt de Sénart, et la chasse le mena si loin qu'il ne put revenir ici; il demeura à Meudon, où il arriva fort tard, avec une partie des gens qui l'avoient suivi à la chasse, et y coucha. — M. le duc d'Albret, qui depuis quelque temps est brouillé avec M. son père et madame sa mère,avoit trouvé, dans un voyage qu'il litàTurenne. le testament de M. le maréchal de Bouillon , grand-père de M. de Bouillon d'aujourd'hui, par lequel testament M. d'Albret prétend que tous les biens de la maison de Bouillon sont substitués à l'ai né, et qu'ainsi M. son père ne peut ni vendre, ni engager, ni emprunter, ni avaiitager ses cadets. Il a porté ce testament à M. le lieutenant civil, et veut qu'il ait toute sa force et teneur. M. d'Albret av oit prié madame la duchesse du Luded'en parlera M. de Bouillon ; mais il n'a pas attendu sa réponse.

Vendredi 11, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à la chasse. — L'affaire de M. de Bouillon avec son fils devient publique. M. de la Trémoille approuve et soutient le procédé du duc d'Albret, son gendre. Ils prétendent tous deux que le testament dont il est question a été enregistré à Brives-la-Gaillarde, a Sarlat , à Turenne et à Sedan, et qu'ainsi il ne tiendra qu'à eux de faire perdre aux créauciers de M. de Bouillon tout ce qui leur est dû. — ÏAi roi a donné 2,000 livres de pension à madame de

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la Roche ; c esta la recommandation de M. Bontemps, avec qui elle demeure depuis fort longtemps. — Quoique M. de la Trémoille approuve le procédé de M. le duc d'Albret, son gendre, il assure qu'ils n'en ont eu aucune connoissance, madame de Créquy ni lui, que depuis que l'affaire a été portée à M. le lieutenant civil. — Monseigneur revint ici de Meudon, où il avoit couché.

Samedi 12, ô Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée dans son parc. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener le soir aux Moulineaux , où M. Félix lui donna une fort jolie collation. — Le roi , à la prière de Monsieur, donna ces jours passés 20,000 écus à M. le chevalier de Lorraine pour lui aider à payer ses dettes. Ces 20,000 écus ne seront payés qu'au bout de trois ans, savoir 20,000 livres par an , mais ses créanciers s'en accommodent; et quand M. le chevalier de Lorraine vint en remercier S. M., le roi lui dit : « Ce présent-là , Monsieur, est indigne de vous et de moi , mais l'état de me* affaires ne me permet pas présentement d'en faire davantage. »

Dimanche 13, à Versailles. — M. le duc d'Elbeuf a reçu des lettres de M. de Lorraine et du comte de Carlingford, qu'il prétend qui le justifient de beaucoup de choses qu'on disoit qu'il avoit avancé de M. de Lorraine sans aucune mission; cela regardoit particulièrement le voyage que devoit faire ce prince en ce pays ici pour rendre ses respects au roi et pour voir Mademoiselle. — L'envoyé de M. l'électeur de Saxe est arrivé à Paris, et nous allons reconnoltre son maître roi de Pologne. — On parle d'envoyer un ambassadeur à Rome, et les courtisans parlent de M. le prince de Monaco pour cet emploi ; je ne sais s'il y a quelque fondement à cette nouvelle.

Lundi IV, à Versailles. — Le toi alla tirer l'aprèsdinée. Il a résolu que le mariage de Mademoiselle avec .M. de Lorraine se feroit le I V de septembre. Ce sera I».- dur d'Elbeuf qui l'épousera , comme l'ainé des princes de l;i

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maison de Lorraine. M. le duc de lorraine viendra audevant d'elle et la recevoir à Bar-le-Duc. — Le roi a choisi Pracomtal, maréchal de camp, pour commander la réserve; et il aura deux brigadiers sous lui, qui sont Cheladet et Sousternon. M. Phélypeaux, frère de M. de Pontchartrain et intendant de la généralité de Paris, seraintendant de l'armée, qui seracomposée de cinquantehuit mille cinq cents hommes, en comptant les officiers. M. Rosen commandera l'aile droite; Busca commandera la gauche , et Crenan commandera l'infanterie.

Mardi 15, à Versailles. — Le roi, étant laprès-dlnée a la chasse , apprit par une lettre de M. le chevalier de Lorraine que Monsieur avoit la fièvre. Dans le moment le roi remonta en calèche et alla a Saint-Cloud le voir. — Il n'y aura aucune dame, au voyage que le roi va faire à Marly, que les daines de madame la duchesse de Bourgogne, et pas un courtisan que ceux qui sont en fonction, les grands officiers de madame la duchesse de Bourgogne et les maris des dames du palais , quoiqu'il y en ait parmi eux qui n'aient pas été des voyages de Marly, comme M. du Chàtelet et M. de Lé vis ; mais le roi a dit qu'il vouloit que les dames du palais n'eussent rien à regretter. Madame la duchesse de Bourgogne ne mènera que quatre femmes de chambre. — Monsieur se porta mieux sur le soir; on espère que cette fièvre n'aura point de suite. «

Mercredi 16, voyage de Marly. — Le roi vint ici de lionne heure après son dîner. Monseigneur alla aMeudon avec madame la princesse de Conty. — Monsieur se porte mieux, et demeure à Saint-Cloud avec Madame et Mademoiselle. Madame de Chartres est restée malade a Versailles. Madame la Duchesse est à Saint-Maur avec M. le Duc, et le roi est seul ici avec madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères sont demeurés à Versailles. \a> roi n'a amené ici , outre le service et les gens que je

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marquai hier, que M. le duc de Noailles. — Après la promenade, le roi lit jouer madame la duchesse de Bourgogne et ses dames à la rafle ; celles qui gagnèrent eurent de fort jolis lots. Il n'y a ici que la table du roi , où sont madame la duchesse de Bourgogne, madame de Maintenon, la duchesse du Lude et les dames du palais; tout ce que le roi fait jouer, il n'en coûte rien auA dames. Le soir après souper, le roi se promena avec madame la duchesse de Bourgogne.

Jeudi 17, à Marly. — Le roi se promena tout le matin dans ses petites calèches seul , et l'après-dlnée il mena madame la duchesse de Bourgogne à la roulette, et ensuite il la mena sur les réservoirs et sur les hauteurs de Marly, et trouvèrent la promenade charmante. Le temps fut si beau toute la soirée que le roi voulut souper dehors ; il fit mettre sa table sur la terrasse qui est devant son appartement. Après souper, le roi remena madame la duchesse de Bourgogne chez elle , et puis il la laissa jouer à de petits jeux à courir. — On apprend par les nouvelles de Rome que le cardinal Altieri , sous- . doyen du sacré collège , est mort. C'est le cardinal de Bouillon qui va être sous-doyen présentement.

Vendredi 18, à Marly. — Le roi se promena le matin dans sa petite calèche; et l'après-dlnée il y eut un grand orage -qui l'empêcha de se promener. Monsieur, qui est entièrement guéri, vint ici voir le roi et s'en retourna à Saint-Cloud. Monseigneur le duc de Bourgogne vint ici , sou pu avec le roi, puis s'en retourna à Versailles. Il y eut une grande loterie chez madame de Maintenon pour les dames; on leur donna à chacune une boite de la Chine dans laquelle il y avoit cent billets, parmi lesquels il y en avoit six noirs; il y en avoit vingt-deux dans la boite de madame la duchesse de Bourgogne. Monseigneur le duc de Bourgogne eut sa boite aussi ; mais il voulut que les dames rejouassent entre elles tout ce qu'il avoit gagné, l^i loterie étoit composée de fort jolis bijoux.

— Le cardinal Altierî étoit camerlingue, qui est la première charge à Rome. Le cardinal de Bouillon aura l'évêché de Porto, qui est toujours pour le sous-doyen. Le cardinal d'Estrées va entrer dans Tordre des évêques.

Samedi 19, à Mari y. — Le roi courut le cerf dans la forêt de Mari \ . Il était seul dans une petite calèche découverte, avec madame la duchesse de Bourgogne. Le roi d'Augleterre et le prince de Galles vinrent de Saint-Germain à la chasse. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères y vinrent aussi de Versailles. Après lâchasse, le roi, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne se promenèrent longtemps, et puis il y eut portique; madame la duchesse de Bourgogne le tenoit. Monseigneur vint ici dès le matin ; il fut à la chasse avec le roi, et s'en retourna à Meudon. —-Mardi, à Versailles, le roi appela Saumery, et lui dit qu'il exécutoit un dessein qu'il avoit déjà il y a longtemps, qui est de lui donner le gouvernement des lies de Sainte-Marguerite et Saint-Honorat. Saint-Mars , qui avoit ce gouvernement, à enfin consenti à le quitter pour prendre celui de la Bastille, a Paris, que le roi veut bien lui donner.

Dimanche 20, à Marly. — Le roi de voit se promener dans la foret avec madame la duchesse de Bourgogne ; il y avoit une grande collation ordonnée pour les dames, mais le violent orage qu'il lit toute l'après-dlnée empêcha la promenade , outre que madame la duchesse de Bourgogne , qui avoit eu mal aux dents toute la nuit, fut assez incommodée toute la journée , et même le soir après souper, quand le roi la ramena chez elle, M. Fagon lui trouva de la fièvre. Il y eut l'après-dlnée un tourniquet chez madame de Maintenon, où les dames gagnèrent beaucoup de petites bagatelles que le roi leur fit jouer.

— Monseigneur alla de Meudou à l'opéra à Paris , avec madame la princesse de Conty, et retourna coucher a Meudon. — M. de Savoie a fait rendre le vaisseau nantois

qu'il avoit confisqué et toutes les marchandises qui étoient dessus. 11 a ordonné à tous les réfugiés françois qui étoient dans les vallées d'en sortir; de plus, il fait payer à M. d'Herleville, quiétoit gouverneur dePignerol pour le roi, les 4,500 francs que le domaine de Pignerol vaut par an , et dont S. M. avoit fait don à M. d'Herleville, mais que M. de Savoie n'avoit pas voulu payer jusqu'ici. S. A. R. a fait ces trois choses-la pour plaire au roi.

Lundi 21 , à Mari y. — Le roi tint conseil le matin, et travailla l'apres-dlnée avec M. de Pontchartrain. — Madame la duchesse de Bourgogne fut fort incommodée tout le jour; sa fluxion est fort augmentée ; elle dîna et soupa en particulier chez madame de Maintenon. — On mande de Strasbourg que, le 11 de ce mois, la ville et les forts de Fribourg furent remis entre les mains des Allemands, commandés parle comte de Furstemberg, qu? nous avons vu ici prisonnier. Nous avons remis aussi le fort de Kehl au général VVurts, qui y commandera pour l'empereur, et le I V les troupes de l'empire que commande le général Thungen entrèrent aussi dans Philipsbourg. Nous n'avons plus à évacuer que la ville de Brisach , mais il faut attendre pour cela que la rupture du pont et les autres démolitions dont on est convenu à la paix soient achevées. — Le prince de Furstemberg, gouverneur général des États de Saxe, est arrivé à Varsovie, et a assuré le nouveau roi de Pologne que le dinde Saxe-Zeitz, évèque de Javarin, y ap|>orteroit les premiers jours du mois prochain deux millions pour payer ses troupes.

Mardi 22, à Meudon. — Le roi partit sur les cinq heures de Marly et passa à Saint-Cloud , où Monsieur lui iil voir quelques fontaines nouvelles. S. M. arriva le soir ici, où elle passera le reste de la semaine. Madame la duchesse de Bourgogne fut fort incommodée toute la nuit a Marly; elle ne put aller à la messe, et sVn retourna

il Versailles, à deux heures, où elle se mit au lit en arrivant. — Mademoiselle de Menetou, fille de la duchesse de la Kerté, épousa, le soir àParis, le marquis de la Carte, qui a pris les armes et la livrée de Senneterre et le nom de marquis de la Ferté. Le chevalier de la Ferlé, frère du duc , et le marquis de Senneterre , colonel de dragons , prétendent pouvoir l'obliger à quitter les armes, les livrées et le nom qu'il a pris; mais comme le duc de la Ferté, qui y est le plus intéressé, y a consenti, on espère que cette affaire s'accommodera, d'autant plus que Monsieur, qui protège le marquis de la Carte . a la bonté de s'en mêler.

Nous primes congé du roi , madame de Dangeau et moi, pour aller à la Bourdaisière.

Mercredi 28, à Meudon. — Le roi se promena tout le jour dans les jardins, et vit le nouveau mail qu'a fait faire Monseigneur. Madame la duchesse de Bourgogne devoit venir ici l'après-dlnée, mais sa fluxion, qui continue, l'en empêcha. — On mande de Vienne que le czar de Moscovie avoit eu une audience de l'empereur. Il entra par l'escalier secret, et l'empereur le vint recevoir jusques dans son antichambre. D'abord, après les premiers compliments, l'empereur mit son chapeau, le czar ne voulut point se couvrir, à cause qu'il étoit incognito; l'empereur, voyant cela, se découvrit aussi. Cette audience se donna au palais de la Favorite , où il n'y avoit que deux des grands officiers de l'empereur, et le sieur Lefort, général des troupes du czar, qui lui servit d'interprète. — Il y a quelques jours que M. de Bonneuil , introducteur des ambassadeurs, mourut à Paris. Il avoit eu cette charge en survivance de son père, qui avoit partagé la charge en deux, et en avoit vendu la moitié à M. de Sainctot, qui l'a encore présentement.

Jeudi 2fc , à Meudon. — Le roi se promena tout le matin et toute l'après-dlnée dans les jardins; il envoie tous les jours A Versailles sa voir des nouvelles de m;ir. vi. i:>

386 JOUKNAL Dh DANGfcAU.

dame* la, duchesse de Bourgogne, dont la fluxion est encore augmentée. — M. h* duc d'Alhret a envoyé un huissier de la chaîne à M. le duc de Bouillon, qui est à Évreux , qui lui a porté un exploit; cet huissier étoit accompagné d'un valet de chambre du duc d'Alhret. Cette circonstance a augmenté l'indignation du père; et les courtisans et le roi môme ont paru fort désapprouver le procédé de M. d'Alhret. De plus, un vieil intendant de M. de Bouillon étant mort , M. d'Alhret a demandé (pi on mille scellé chez lui, prétendant qu'il y avoit des papiers de conséquence chez lui. Opposition au scellé de la part de M. de Bouillon ; instance au Chàtelet ; et M. d'Alhret a perdu cet incident tout d une voix. Cette affaire-là s'aigrit fort, et jusqu'ici le procédé de M. d'Alhret ne paroi t pas bon.

Vendredi 25, à Mewlon. — Le roi étant l'après-dlnée à la promenade avec madame la princesse de Couty et madame de Maiutenon, dans sa calèche, on lui vint dire que madame la duchesse de Bourgogne étoit arrivée au château ; il v retourna d'abord. Comme la fluxion de cette princesse est un peu diminuée , elle n'a pu résister à l'envie de voir le roi, et partit pour cela de Versailles sur h's cinq heures. Le roi Voulut qu'elle se promenât; mais il la mit dans une calèche fermée avec ses dames. La pluie qui survint les lit bientôt rentrer tous à la maison , et madame la duchesse de Bourgogne s'en retourna à Versailles, où monseigneur le duc de Bourgogne soupa avec elle. — Monsieur vint de Saint-Cloud dîner avec le roi, et perdit beaucoup d'argent l'après-dlnée. — Il arriva le matin un courtier du marquis d'Ilarcourt. D'abord la nouvelle se répandit que le roi d'Espagne étoit fort mal; cependant les lettres ne (lisent point qu'il lui soit survenu aucun accident, mais c'est une santé fort chancelante.

Samedi 2G, ri Versailles. — Le roi partit de Meudon a trois heures, pour retourner a Versailles en chassant.

JUILLET 1608. 3 s?

Monseigneur demeura à Meudon, où il sera encore quelques jours. — Le dernier courrier arrivé de Rome a apporté au roi l'induit pour l'archevêché de Besancon. — Boyer, de l'Académie françoise , mourut ces jours passés à Paris. — On reparle fort du mariage de madame de Morstein avec M. de Sassenage , el on croit enfin que cette affaire se terminera. — Clément est ici depuis quelques jours pour accoucher madame la duchesse de Chartres; cette princesse a été toujours si malade durant sa grossesse, et elle est présentement si maigrie et en si mauvais état, qu'on croit que son accouchement ne sera pas sans péril; eela.est d'autant plus fâcheux que M. le duc de Chartres n'a point de garçon.

Dimanche 27, à Versailles. — Le roi tint conseil d'État le matin, comme à son ordinaire , et Monseigneur y vint de Meudon; et après le conseil il y retourna dîner. Madame la duchesse de Bourgogne , dont la santé est entièrement rétablie , alla entendre vêpres à Saint-Cyr, où elle demeura jusqu'à huit heures. Le roi, à quatre heures, alla tirer dans son parc, et en revint à la nuit. — Le roi a donné 4,000 livres de pension à la veuve de M. de Nonant. — Tous les enseignes des gendarmes ont monté. M. de Trainel-Palaiseau est devenu second sous-lieutenant, mais les guidons n'ont point monté; M. d'Arbouville, quiétoit le premier, étoit depuis trop peu de temps dans le corps. La troisième enseigne a été donnée à M. de Gouffier, mestre de camp de cavalerie , qui a épousé uue sœur de M. le duc de Chevreuse.

Lundi 28 , à Versailles. — 11 y eut le matin conseil de dépêches. Monsieur y vint de Saint-Cloud , dîna avec le roi, et puis s'en retourna. Madame la duchesse de Bourgogne fit porter son dîner chez madame de Maintenon, et dînèrent seides ensemble. Le roi y vint en sortant de table, et y demeura jusqu'à six heures , et puis alla se promener à Trianon ; mais la pluie lit que la promenade fut courte. — Le soir, après le coucher de Monseigneur à

3S8 JOURNAL DK DANGKAU.

tteudon , il y eut un grand démêlé en suite du jeu entre M. le prince de Conty et M. le grand prieur. Monseigneur se releva et commanda au marquis de Gesvres «l'aller à Versailles trouver le roi, pour l'informer de cette affaire. Le marquis de Gesvres trouva le roi couché, et attendit au lendemain à s'acquitter de sa commission. M. le grand prieur demandoit réparation à M. le prince de Conty des paroles piquantes qu'il prétendoit qu'il lui avoit dites au jeu. M. le prince de Conty dit qu'il lui manquoit de respect , mais qu'au reste il étoit facile à le trouver, parce qu'il se promenoit beaucoup.

Mardi 29. à Versailles. — Le roi, à son lever, ayant su, par le marquis de Gesvres, que Monseigneur lui avoit envoyé hier au soir, œ qui s'étoit passé entre monseigneur le prince de Conty et M. le grand prieur, S. M. manda à Monseigneur d'envoyer M. le grand prieur à la Bastille et de l'y faire mener par l'officier de ses gardes. Le grand prieur, qui ne savoit point l'ordre que le roi avoit donné, étoit venu pour avoir audience de S. M. qu'il lit demander par la Vienne. Le roi répondit à la Vienne qu'il défendoit à M. le grand prieur de se présenter devant lui, et qu'il avoit commandé a M. de Pontchartrain d'expédier l'ordre pour qu'on le reçût à la Bastille , on le grand prieur est présentement. M. le prince de Conty est venu, et a eu audience du roi, qui a été favorable. — Le roi, après son lever, donna audience au général Jourdan, envoyé du nouveau roi de Pologne; il eut ensuite audience de toute la maison rovale.

Mercredi 30, à Versailles. — M. de Vendôme arriva icid'Anet, où il étoit depuis longtemps; il est venu pour l'affaire de M. son frère. Il a eu audience du roi, et a vu M. le prince de Conty chez lui ; ils ont même paru ensemble dans la galerie avant la messe de Monseigneur, et on croit que l'affaire de M. le grand prieur va s'accommoder. — Le roi alla hier se promener à Mari y, et aujourd'hui il a tenu ronseil toute l'après-dlnée , outre

\oirr ittwt. 380

le conseil d'Etat qu'il avoit tenu le matin, à son ordinaire. — Le roi donna 1,000 écus de pension a M. le marquis duChatelet, et autant à madame sa femme, qui est dame du palais. Le marquis du Chàtelet avoit déjà 1,000 écus de pension , et elle, 2,000 comme dame du palais; ainsi ils ont 15,000 livres présentement. — Les états de Bretagne ont accordé au roi le don gratuit tel qu'il l'a voit demandé, et leurs députés ont eu audience xlu roi, l'évèque de Tréguier portant la parole.

Jeudi 31, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. — M. de Villacerf a obtenu du roi le rétablissement d'un droit sur les tapisseries qui viennent des pays étrangers, qui a toujours été attaché à la charge de surintendant des bâtiments. Ce droit monte à 8,000 francs par an. Les fonds en avoientété faits durant la guerre , et le roi les a fait donner aussi à M. de Villacerf ; cela se monte à 51,000 livres. — Le roi donna à M. le comte d'Egmont le régiment de cavalerie du marquis de Gouffier, qui vient d'être fait enseigne des gendarmes. Le comte d'Egmont avoit eu déjà un régiment de cavalerie, mais il étoit si mauvais qu'on l'avoit réformé.

Vendredi l« r août, à Versailles. — Le roi avoit envoyé M. le maréchal de Boufflers pour visiter les endroits où doit être le camp auprès de Gompiègne; ce maréchal en est revenu ce matin. Il a rendu compte au roi de l'état des moissons de ces cantons-là qui ne peuvent être faites encore sitôt , et sur cela le roi a eu la bonté de différer ce camp jusqu'au commencement du mois qui vient ; et S. M., qui devoit partir le 18 de ce mois, ne partira que le 29. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise

comme il fait tous les vendredis; il ne sortit l'aprèsdlnée que sur les six heures, et alla se promener à pied dans quelques bosquets de ses jardins. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à la Ménagerie, et s'amusa à faire travailler à la petite ménagerie qu elle fait faire dansle bois, et ensuite soupadans la cour avec ses dames.

Samedi 2, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée à Marly. Il a eu une petite colique depujs deux jours, qui n'a eu aucune suite. — Monseigneur Je duc de Bourgogne alla à Maisons au pas, et en revint de même , pour s'accoutumer à marcher le train qu'il faut à la tête des troupes qu'il commandera au camp. Monseigneur alla courre le loup. Madame la duchesse de Bourgogne alla à la Ménagerie, et y soupa. — Le roi a nommé M. le comte de Guiscard à l'ambassade de Suède en la place du, comte d'Avaux , qui a obtenu son congé. Quoique M. de Guiscard ait un gouvernement considérable et qu'il soit chevalier de l'ordre , il n'a pas laissé de souhaiter cet emploi. — M. le duc du Maine et M. le comte de Toulouse ont été voir M. le prince de Conty sur son affaire avec M. le grand prieur, qui a voit tâché de mettre ces deux princes dans ses intérêts; mais ils n'y sont point entrés.

Dimanche 3, à Versailles. — Le roi ue sortit point de tout le jour, La petite incommodité qu'il eut ces jours passés l'empêche présentement de sortir de sa chambre. Il passa l'après-dinée chez madame de Maintenon, qui revint de Saint-Cvr de très-bonne heure. Madame la duchesse de Bourgogne passa l'après-dinée à Saint-Cyr, d'où elle ne revint qu'à la nuit. — On mande de Rome que le comte de Martinitz, ambassadeur de l'empereur, qui avoit été faire un tour à Vienne , avoit depuis son retour fait signifier au prince Augustin Chigi que, si dans deux mois il ne rendoit la foi et hommage pour son fief de Farnèse, il le déclareroit révolu à la chambre impériale. Le prince Chigi a répondu qu'il ne pouvoit le faire sans contrevenir au bref que Sa Sainteté donna il y a quelques années. Sur cela , le pape , en ayant été averti , a donné ordre à son nonce à Vienne de savoir de l'empereur si le comte Martinitz étoit chargé par lui d'en user de la sorte , auquel cas Sa Saintelé se trouveroit obligée d'avoir recours aux princes chrétiens pour lui aider à défendre les droits de l'Église.

Lundi \, à Versailles. — Les députés des étals de Languedoc curent audience du roi après son lever. L'archevêque d'Alby portoit la parole. Après cette harangue, l'archevêque de Paris entra dans le cabinet du roi , et y fut fort longtemps. C'est d'ordinaire les lundis au matin que le roi lui donne audience. Le roi, après la messe, signa le contrat de mariage du marquis de Sassenage avec mademoiselle de Morstein, fille du duc de Chevreuse. L'après-dtnée, à six heures, le roi alla se promener à Trianon. — On apprend par les lettres de Home, qui arrivèrent hier,que, le jour de la coronation du pape, le cardinal de Bouillon, comme sous-doyen en l'absence du cardinal CibOj doyen, fit le compliment à Sa Sainteté, ad multos annos, et qu'à la fin de son discours il dit que tout le sacré collège étoit disposé à sacrifier, non-seulement ses (yens, mais aussi sa vie pour les intérêts de l'Eglise. Le comte Martinitz étoit présent à cé discours. Le cardinal de Bouillon parolt souhaiter que le roi envoie. un ambassadeur en ce pays-là, et on parle toujours de M. de Monaco pour cet emploi.

Mardi 5, à Marly. — Le roi donna le matin , à Versailles, audience à l'envoyé de l'évêque de Munster, qui a pris congé, et ensuite il la donna aux députés de Bretagne, puis entra au conseil. Sur la fin du conseil, madame la duchesse de Bourgogné, revenant de la messe, vint prendre congé de S. M.; elle lui demanda la permission d'aller à la promenade dans une de ses grandes calèches ouvertes. — Le roi, en sortant de table, partit de Versailles pour venir ici, et, pendant qu'il étoit au mail, il fut surpris de voir arriver madame la duchesse de Bourgogne qui avoit été prendre madame de Maintenon à SaintCyr, et l'avoit voulu amener ici. Le roi fit monter madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon dans une petite calèche et les mena au château, et une heure après madame la duchesse de Bourgogne retourna à Versailles dans la grande calèche ouverte, par une pluie

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horrible , où toutes ses dames furent fort mouillées. — Le roi a donné 1,000 écus de pension à madame la marquise de Villars, et autant à mademoiselle sa h lie. — M. de Sassenage épousa hier au soir, à Paris , madame de Morstein; M. le comte de Toulouse a acheté Chàteau- Villain, terre fort considérable, qui étoit à son premier mari.

Mercredi 6, à Marly. — Le roi demeurera ici jusqu'à mardi prochain. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont du voyage. Madame la duchesse du Maine y est aussi ; sa mauvaise santé l'avoit empêché d'y venir depuis fort longtemps. La marquise de la Vallière la jeune y est pour la première fois. — Madame la duchesse de Bourgogne envoya le matin à monseigneur le duc de Bourgogne de fort jolies tablettes avec des diamants, présent qu'elle lui fait pour le jour de sa naissance. Il entre dans sa dix-septième année. Ils vinrent ensemble tous deux ici l après-dlnée , et, dès qu'ils furent arrivés , le roi fit monter madame la duchesse de Bourgogne dans une petite calèche, et la mena au mail voir jouer une grande partie dont étoit Monseigneur. Ce jeu là se met fort à la mode. — Monseigneur pria le roi , le matin , de pardonner à M. le grand prieur, et lui dit que pour lui il lui avoit déjà pardonné; que M. le prince de Conty lui pardonnoit aussi, et qu'ainsi il espéroit que le roi voudrait bien le faire sortir de la Bastille. S. M. envoya chercher M. de Vendôme ; et , après plusieurs honnêtetés sur son compte particulier, il lui dit qu'il alloit faire expédier l'ordre pour le faire sortir de la Bastille, et que demain il le pourrait amener à Marly, où d'abord il vouloit qu'il allât demander pardon à M. le prince de Conty, et ensuite à Monseigneur; après quoi S. M. le verrait, qu'il s'en retournerait ensuite à Paris, et qu'au retour du roi à Versailles il aurait permission d'y revenir comme auparavant.

JnuHl, à Marly. — L<* roi ne promena toute l'a près-

UH i !«!»« 393

dt née dans ses jardins; il s'étoît trouvé un peu incommodé le matin , mais si légèrement qu'il a trouvé mauvais qu'on l'eut mandé à Versailles à madame la duchesse de Bourgogne, qui, sur cette nouvelle, a voulu venir ici; mais le roi lui a mandé depuis qu'il se portoit à merveille, et elle s'est allée promener sur le canal, et a soupé à la Ménagerie avec ses dames. — M. le grand prieur vint ici; il alla d'al>ord demander pardon à M. le prince deConty; il alla ensuite remercier Monseigneur d'avoir demandé sa liberté au roi, et il n'a vu S. M. qu'après avoir fait ces démarches-là, qu'il a voit ordre de faire. M. de Vendôme s'est comporté dans toute celte affaire avec beaucoup d'esprit, et tant de sagesse qu'il a désarmé les princes du sang, qui étoient fort animés. — Le mariage de Mademoiselle est remis jusqu'à la fin de sej>teiubre: le roi ne partira pour Fontainebleau qu'au commencement d'octobre et y demeurera jusqu'après la Saint-Martin.

Vendredis, à Marly. — Le roi courut le lièvre dans la forêt de Marly avec les chiens de M. le comte de Toulouse. Madame la duchesse de Bourgogne , qui arriva ici de bonne heure, étoit avec le roi dans sa calèche, au devant, et mesdames de Maintenon et du Lude étoient derrière. Après la chasse, le roi et madame la duchesse de Bourgogne se promenèrent longtemps i\ pied dans les jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne vint tout droit au rendez-vous de la chasse, qui étoit au haut de Marly. Le roi avoit été le matin avec ses dames à Louveciennes chez M. de Cavoie, dont il a trouvé la maison fort à son. gré. — Le roi a donné 2,000 pistoles à Monsieur pouf •faire accommoder une cascade à Saint-Cloud, à condition qu'elle seroit faite cette année, sinon que Monsieur rendrait l'argent, et le roi en a fait donner un billet iV Monsieur.

Samedi*.), à Marly. — Le roi se promena toute l'api «V dlnée dans ses jardins . et s'amusa à faire tondre nos

arbres. Monseigneur joua au mai] ; c'est un plaisir fort à la mode. Madame la duchesse de Bourgogne alla de Versailles à Sèvres voir la maison que M. Bourdelot , son premier médecin, a achetée de M. Houllier ; elle s'y promena beaucoup , y fit collation et retourna à Versailles. — Le roi d'Angleterre partit de Londres ]es derniers jours du mois passé, et on a nouvelle qu'il est arrivé à la Haye; il s'en va à Loo, et doit bientôt aller il Zell voir les princes de cette maison. Avant que de partir d'Angleterre, il a fait M. d'Overkerke comte de Grantham. — Les nouvelles de la santé du roi d'Espagne sont toujours fort mauvaises, et l'on mande de Hollande et d'Angleterre que l'empereur presse le roi d'Espagne de se nommer un successeur, espérant que ce sera son fils, l'archiduc Charles, qui sera nommé.

Dimanche 10, à Marly. — Madame la duchesse de Bourgogne vint ici de bonne heure. D'abord le roi la mena à la roulette, et puis au mail, où il la lit jouer avec Mademoiselle, madame la puchesse , mesdemoiselles d'Armagnac, de Tourbes et de Melun. Le roi apprenoit lui-même à madame la duchesse de Bourgogne , qui s'y prend de la meilleure grâce du inonde. Elle ne s'en retourna à Versailles qu'après avoir soupe chez madame de Maintenon. — Il y avoit un marché fait pour achever la place Vendôme à Paris, et on en donnoit au roi 200,000 écus; mais on a changé d'avis sur cela, et on est présentement résolu d'y faire des rues. — M. le nonce a envoyé à la reine d'Angleterre, à Saint-Germain, de la part du pape, 25,000 livres pour assister de pauvres Irlandois. Les docteurs de Sorbonnc se sont cotisés, et ont donné aussi quelque petit argent pour assister ces pauvres , malheureux.

Lundi 11, à Marly. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les cinq heures. Le roi d'abord les promena dans ses jardins, où étaient toutes les dames; on rentra ensuite dans la maison, où ils furent quelque

temps enfermés avec le roi , après quoi la reine joua au lansquenet jusqu'au souper, et après souper s'en retournèrent à Saint-Germain. — - Madame la duchesse de Bourgogne, de Versailles, alla sur les trois heures à l'hôtel de Conty (1), où elle se baigna avec toutes ses dames, et ensuite allase promeneret souper à la Ménagerie. — Raousset est arrivé de Rome. M. le cardinal de Bouillon l'a envoyé pour apporterauroi l'induit pour Besançon ; il apporte aussi une bonne nouvelle pour l'abbé de Villeroy, qu'il ne payera que 21,000 francs pour les bulles de l'abbaye de Fécamp; il étoit taxé à soixante et trois; .ainsi il a eu gratis des deux tiers.

Mardi J2, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly de fort bonne heure; il devoit chasser en revenant, mais le vilain temps l'en empêcha. En arrivant il alla voir madame de Chartres, qui commencoit à avoir des douleurs pour accoucher. On envoya quérir Monsieur et Madame, qui sont h Saint-Cloud. — M. de Monaco a accepté l'ambassade de Rome. On ne sait pas encore s'il partira de Monaco, où il est présen tement, sans revenir ici, ou bien s'il reviendra à la cour recevoir ses instructions. — Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener à la Ménagerie, où M. Mansart étoit venu l'attendre pour recevoir ses ordres sur beaucoup de choses qu'elle y fait faire; ensuite elle alla voir le roi chez madame de Maintenon , à son ordinaire, et puis elle donna à sOuper chez elle A monseigneur le duc de Bourgogne.

Mercredi V3,àVersailles. — Le roi prit médecine, comme il fait de six semaines en six semaines par précaution; il n'a pu être aux couches de madame la duchesse de Chartres , qui , après avoir souffert de fort grandes douleurs sans relâche , accoucha, & dix heures et demie du matin, d'une fille. Monsieur, Madame et Mademoiselle,

(1/ Voir la note tome 111 , |«me 330.

3«Mj JOURNAL DE- DANGKAU,

qui étoient venus la nuit de Saint-Cloud , y retournèrent dîner après avoir vu le roi. Madame la duchesse de Bourgogne alla dès les neuf heures chez madame de Chartres, d'où elle ne sortit qu'après l'avoir vue accoucher; elle entendit la messe avec Monseigneur, et puis alla rendre une petite visite au roi, qui travailloit avec M. de Pontchartrain. L'après-dinée , S. M. tint conseil d'État jusqu'à cinq heures, puis alla chez madame de Chartres avant que d'entrer chez madame de Ma in tenon. — M. le duc de Chaulnes tomba en apoplexie à Paris; on ne croit pas qu'il en revienne.

Jeudi ih, à Versailles. — M. de Torcy vint deux fois chez le roi l'après-dlnée , et fit même rentrer les ministres, qu'il trouva sur. le degré , qui sortoient du conseil. On sut que c'étoit un courrier arrivé d'Espagne qui avoit fait ce mouvement. M. d'Harcourt mande au roi que les cautères qu'on a mis au roi d'Espagne ne suppurent plus , et qu'on le regarde comme un homme dans un péril trèsgrand et très-pressant. — Monseigneur le duc de Berry fit sa première communion. Madame la duchesse de Bourgogne alla à la messe avec Monseigneur, et l'après-dlnée elle fut longtemps avec son confesseur. — Le bruit se répandit que le roi donnoit VO.OOO cens à M. le Grand , mais qu'on tiendroit ce présent-là secret, comme celui qu'il fit il y a quelques temps à M. de la Rochefoucauld.

— M. de la Varenne , lieutenant de roi d'Anjou, a prêté son serment au roi , mais dans une chaise , car il est si goutteux , qu'il ne peut se tenir debout.

Vendredi 15 , à Versailles. — Le roi lit ses dévotions à la chapelle, et toucha ensuite quelques malades. L'après-dlnée, S. M. alla à toutes les dévotions de la journée.

— Monseigneur alla coucher à Meudon, où il demeurera jusqu'au voyage de Marly, qui sera mardi. Madame la duchesse de Bourgogne fit ses dévotions aux Récollets ; l'a près-dinée elle fut à vêpres et à la procession aveclc roi, H ensuilealla se promener à Bue, petite maison de M. le

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comte de Toulouse. — Le roi a donné l'archevêché de Be sauçon au neveu du défunt archevêque, frère de MM. de Gramont, qui sont dan» le service. Les deux abbayes vacantes par la mort de l'abbé de Marsillac ont été données A l'abbé de la Rochefoucauld, son oncle; elles valent 30,000 livres de rente. L'abbaye de Saint-Meen, vacante par la mort de l'abbé de Courcelles , a été donné à l'abbé Fagon , fds du premier médecin. — On mande de Hollande que le roi d'Angleterre , qui devoit aller A Zell, n'y va plus, et qu'il assemble un camp des troupes de Hollande vers Ttrecht.

Samedi 16, à Versailles. — Ce n'est plus un secret que les V0,000 écus que le roi a donnés à M. le Grand; ils lui seront payés dans trois ans A V0,000 livres par an. — M. de Tallard a passé en Hollande, et demeurera à Utrecht pendant que le roi d'Angleterre sera A Loo. — Quand le mariage de Mademoiselle sera fait, la fille aînée de M. de Chartres s'appellera Mademoiselle ; et celle qui vient de naître, mademoiselle de Chartres. — On apprend par les lettres de Pologne que les affaires de Lithuanie sont apaisées ; que l'armée de ce duché a reçu une partie de l'argent qui lui étoit dû, aussi bien que l'armée de la couronne, et que le nouveau roi se prépare A partir pour se mettre A la tête de ces deux armées quand elles seront jointes; on dit même que dès eette année il veut entreprendre le siège de Kaminiek.

Dimanche 17, à Versailles. — Le roi dîna de bonne heure et alla tirer. Monseigneur vint ici de Meudon pour être au conseil, et après le conseil s'en retourna dîner à Meudon. M. le grand prieur, qui est du voyage de Meudon, est venu chez le roi lorsqu'il s'est habiUé pour la chasse, et il parolt entièrement raccommodé avec toute la maison royale. — Madame la duchesse de Bourgogne alla A vêpres A Saint-Cyr comme elle a accoutumé de faire tous les dimanches; Monseigneur le duc de Bourgogne et elle soupêrent chez madame de Mainte-

non. — L'évêquede Séez (1) est mort; cet évèché n'est pas d'un revenu fort considérable. — Le roi a donné 500 pistoles à la quête qui se fait pour les pauvres Irlandois. Monseigneur en donna 100, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne autant. — M. Mélian, évêque d'Àlet, a envoyé la démission de son évèché; ses infirmités l'empêchent de pouvoir bien faire les fonctions d'évêque .

Lundi 18, à Versailles. — Le roi, sur les six heures, se promena à pied dans ses jardins. Monseigneur ne partit point de Meudon, où il a mené moins de monde ce voyage ici qu'à l'ordinaire. — Madame la duchesse de Bourgogne alla à Paris à la foire Saint-Laureut, et partit d'ici à une heure ; elle passa par les principales rues , et on lui fit voiries plus belles places; elle alla de là par le rempart à la place Royale, où elle fit deux tours; elle repassa pàr le Coure, mais il faisoit déjà si tard qu'à peine l'y vit-on. 11 y avoit un nombre infini de carrosses à l'attendre (2). — Le roi donna, le matin, audience aux états

(1) Mathurin Savary.

(2) « Madame la duchesse de Bourgogne vint à Parte le 18 de ce mois. Elle y arriva a deux heures et trois quarts, et entra par la porte de Saint- Honnit 1 , avec quatre carrosses inagniliques de sa livrée , surtout le premier et le second du corps, qui étoient remplis de ses dames, .«avoir : de mesdames les duchesses du Lude et de Sully, de mesdames de Roussy, de Nogaret , du Chastdet , de Mongon , d'fcstrées et d'Ayen , et île mesdames de Maulevricr, de Torcy et de M.uirepas. M. le comte de Tesse marchoit dans son carrosse à la téte de celui du corps, et celui des ccuyers à la tête de tout. Tous les carrosses étoient chacun de huit beaux chevaux , qui avoient des liarnoi* fort riches. Ce cortège tourna dans la rue de Richelieu , puis dans la rue Neuve-des-l'etits-Champs , entra dans la place des Victoires , et de là dans la nie des Petits-Champs; mais un embarras de paveurs obligea de prendre la rue Coquillière, et ensuite par la rue de Grenelle, pour regagner la rue Saint- Honoré, le long de la rue Saint-Denis. On tourna à gauche, et l'on continua la route jusqu'à la foire par la porte de Saint-Uenis. On y avoit envoyé trente gardes du roi, avec deux brigadiers qui gardoient les portes. Madame la duchesse de Bourgogne y descendit a\ec toute sa suite, et cette princesse attira les regards et les applaudissements du peuple, qui y éloit accouru en foule. Tout le monde se récria sur sa bonne grâce et sur ses agréments, et l'on admira sa parure, qui étoit grande.

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