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de Bourgogne. M. l'évoque d'Autun portoit la parole. — L'apiès-dinée, avant que de sortir, le roi donna audience à la ville de Paris, qui présenta ses nouveaux éehevins. M. de Lamoignon le fils fit un fort beau discours. — Madame la princesse d'Épinoy *, la mère, tomba en apoplexie chez M. de Bar)>ezieux à cinq heures et demie, et mourut à huit heures trois quarts sans que la counoissance lui revint.
• Cotte princesse d'fepiuoy étoit Chabot , sœur du duc de Rohan et de mesdames de Soubise et de Coetquen , presque aussi laide que ses sœurs étoient belles ; femme d'esprit , d'intrigue , du grand monde et du grand jeu , ayant beaucoup d'amis ; femme aussi de grand cœur, et qui avoit graud'peine a supporter que les enfants de sa sœur fussent princes et les siens ne l'être pas ; mais en femme habile, vivant avec
Elle avoit on habit gris de lin en falbala , tout garni »le dentelles d'argent , de diamants et d'émeraudes. Sa tête en étoit aussi cliargée , et tous les rubans garnis. Sur le devant de la tète, elle avoit des |H»ndeloqu«s de très gros diamants, surtout une au milieu du front, et deux aux oreilles, avec un collier de diamants, le plus beau qui ait jamais été fait, et une |>cndeloque au milieu, placée comme une croix. Elle alla dans les plus belles boutiques, et choisit beaucoup de porcelaines chez le Maire, faïencier, qui les fui porta le lendemain. Elle entra chez un marchand de rubans et de bijoux , nommé d'Afanville , où elle joua avec les dames, et perdit plusieurs bijoux. Ce marchand , 'qui savoit que cette princesse devoft aller chez lui, fit servir une collation très- propre. Elle alla ensuite chez la Frenaye , où elle acheta beaucoup de chose* , des boites fort riches, des étuis et des flacons d'or, et d'autre* galanteries , dont elle lit donner tout ce qu'on lui demanda. Elle en lit autant chez Laigu, et avec la même noblesse. M. le duc de Chartres et Mademoiselle vinrent trouver celte princesse à la foire et l'accomiiagnèrent partout , jusqu'à ce qu'elle en sortit. Cette princesse alla ensuite voir les danseurs de corde , puis les marionnettes, oit elle paya fort largement. On remonta en carrosse sur les six heures et demie . et l'on tourna sur le rempart à la |»orte Saint-Denis jusque dans la nie Saint-Louis. Elle lit deux tours dans la Place- Ro) aie , revint par la rue Saint- Antoine, par la Grève, par le quai Pelletier, tourna sur le pont Notre- Daine jusqu'au Marclié-Neuf ; passa sur le quai des Orfèvres jusqu'au Pont-Neuf. Elle tourna à droite , marcha le long du quai «le l'Ecole et des galeries du Louvre jusqu'au Cours, où le jour cnmmençoit a devenir trop foible pour laisser discerner les objets , et reprit le chemin «le Versailles, ou elle arriva a dix heures du soir, et distribua aux dame* tout ce qu'elle avoit acheté à la foire. Elle avoit fait aussi distribuer beaucoup d'argent aux pauvres de Paris. .. (Mercure «l'août . pages 234 à 241. )
elle , avec l'union et la subordination qu'elle croyoit due à sa beauté et a ce que cette beauté lui valoit. Elle avoit été la seconde femme de ce prince d'Épinoy, n qui sa première femme, fille de M. Charost, avoit valu un brevet d'honneur et de tabouret de grâce, dont la fille unique fut première femme du marquis deCharost, depuis duc-pair, capitaine des gardes, et gouverneur de Louis XIV, et mère du duc de Béthune. Madame d'Épinoy eut deux fils et deux filles, et devint veuve de fort bonne heure; tous les biens de ses enfants étoient en Flandre, et cela l'obligea à y faire des séjours. Elle y devint amie intime de Pelletier, intendant de la province et depuis des fortifications , qui , dès qu'il fut veuf, l'épousa. Cette intimité a toujours duré depuis eux entre leurs enfants. M. deLouvois, dont elle étoit aussi amie intime, lui fit obtenir de bonne heure un brevet d'honneur et de tabouret de grâce pour son fils , qu'elle maria à une lorraine , intimement avec Monseigneur, et très-propre à étayer les désirs de principauté. Son second fils mourut fort jeune , et elle eut l'entregent de produire ses filles à la cour, qui ne se marièrent point , et de leur faire éviter toutes les occasions où Ton s'asseoit ; ailleurs très-attentives à céder, non-seulement aux titrés comme toutes celles qui ne l'étoient pas, mais à être fort polies. Après la mort de leur mère , assez longtemps enflées de ce qu'on leur souffroit cette délicatesse de tabouret, il arriva à la cadette , mademoiselle de Melun , bien plus du monde et de la cour que l'autre , de se trouver à une musique à Versailles où le roi étoit, de s'y trouver placée auprès de la dernière duchesse, et de ne se pas baisser pour nue autre qui arriva après. Le roi, qui le vit, rougit , le montra à Monsieur; et comme il se retourna de l'autre côté, élevant la voix, Monsieur l'interrompit , en le prenant par le genou en se levant , et lui demanda ce qu'il alloit faire : - La faire ôter de là , dit le roi ; . à quoi Monsieur redoubla d'instances pourépargner un affront, et promit sous sa caution que cela n'arriveroit plus. Le roi eut peine à se contenir le reste de la musique, et tout ce qui y étoit vit si bien de quoi il s'agissoit, parce que le cas étoit fort nouveau , que mademoiselle de Melun ne savoit que devenir au sortir de là. Monsieur lui lava bien la tête, et la rendit sage pour l'avenir. Monsieur mourut assez peu de mois après.
.Hardi 10, àMarly. — Le roi revint ici après son diner. Il avoit donné le matin audience à l'envoyé de Cologne, au résident de Suède et à l'ambassadeur de Venise en |>articulier. — Monseigneur vint ici de Meudon. Madame la duchesse de Bourgogne, après la messe à Versailles, alla prendre conpé du roi , à son ordinaire, »»t Taprès-dlneV
elle alla à la Ménagerie, où ellesoupa. — Le roi a amené, ici de dames nouvelles , madame la duchesse de Lauzun , madame la comtesse de Solre et sa fille. Le roi a amené ici, pour la première fois, la seconde fille de M. le Prince. — Le roi a donné l'intendance de Hainaut à M. de Ber- • nières, en la place de M. Voisin; cette intendance est fort diminuée depuis les places que nous avons rendues. — Le roi envoie deux bataillons suisses à Cômpiègne pour aider à faire la moisson. 11 n'en coûtera rien au peuple, et le roi la veut hâter afin de n'être pas obligé de retarder le camp. — Le premier président de Bordeaux épouse mademoiselle de Cominges ; il a soixante ans, et a déjà été marié deux fois.
Mercredi 20, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne arrivèrent ici sur les cinq heures. Le roi les mena d'abord au mail, où madame la duchesse de Bourgogne joua avec mademoiselle d'Armagnac , la duchesse de Guiche et madame de Montgon ; ensuite on vint se promener dans les jardins. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne ne retournèrent à Versailles qu'après avoir soupé chez madame de Maintenon. — Madame la duchesse de Richelieu mourut le matin, à Paris, après une longue maladie. C'étoit la seconde femme de M. de Richelieu, mais il n'avoit point eu d'enfants de la première; il a de celle-ci un garçon et des filles. — Le parlement de Dijon a condamné au feu un curé de Seurre accusé des erreurs de Molinos et d'être tombé dans de grandes abominations ; ce curé étoit fort des amis de madame Guyon et du P. de la Combe.
Jeudi 21 , à Marly. — Le roi reçut des nouvelles de Madrid du 8 de ce mois. Le roi d'Espagne se porte un peu mieux , mais on ne croit pas que cela puisse aller bien loin. — Outre les dames de madame la duchesse de Bourgogne qui viennent au voyage, il y a sept dames
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qui seront dans ses carrosses, savoir : madame de Soubise , la princesse de Rohan , la duchesse de Noailles , la duchesse de Guiche, mesdames de Beringhen, deTorcy et de Maulevrier ; il y en a encore d'autres qui sont du voyage , mais elles seront dans les carrosses des princesses. — Madame d'Épinoy avoit fait un testament, il y a longtemps, • par lequel elle donne 100,000 livres à ses tilles; elle veut qu'en cas que ses enfants m eu rent sans enfants, son bien ne retourne pas à ses parents, mais elle le substitue à la maison de Melun pour aider, dit-elle , à soutenir la grandeur de cette maison. Sa famille a paru fort blessée de cet article.
Vendredi 22, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur le duc et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici sur les cinq heures, et y soupèrent che* madame de Maintenon, à l'ordinaire. — On mande de Turin que M. le duc de Savoie y est de retour; il revient des bains de Saint-Maurice chez les Grisons. — Madame la comtesse de Clermont mourut à Paris; elle étoit mère du comte de Tonnerre; mais elle Q avoit jamais paru à la cour. — Quelques jours après que le comte de Guiscard eut été nommé pour l'ambassade de Suède, le roi lui donna 9,000 francs de pension, comme ayant été gouverneur de Hinant ; il en avoit déjà douze comme ayant été gouverneur de Nainur, si bien qu'il en a 21,000 présentement, outre les appointements qu'il a comme gouverneur de Sedan.
.Samedi 23, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly en chassant. Monseigneur alla tirer dans la plaine de Saint-Denis, et dîna aSaiut-Ouen. Monseigneur le duc de Bourgogne alla tirer dans la plaine de Montrouge. Madame la duchesse de Bourgogne partit d'ici à six heures pour aller a Sainl-Cyr; elle voulut voir le réveil des petites tilles. — Les réponses de M. de Carabray aux lettres de M. l'archevêque de Paris et de M. de Meaux commencent à paroitre ici; il y a déjà quelque temps qu'elles
sont à Rome. La réponse à M. de Paris est en latin , et celle à M. deMeaux est en francois. — Madame la duchesse de Choiseul est à l'extrémité à Paris ; elle a fait une confession générale au P. Gaillard, qui ne la quitte plus. — L'abbé Genest fut élu à l'Académie à Paris, et le soir le roi approuva le choix.
Ce jour-là j'arrivai de la Rourdaisière, oùj'étois depuis un mois, et je saluai le roi en arrivant.
Dimanche 24, à Versailles. — Le roi , après son dîner, donna audience à M. le maréchal de Boufflers, et lui donna plusieurs ordres pour le camp. Ensuite S. M. alla à la chasse , et au retour travailla longtemps avec M. de Pontchartrain , chez madame de Main tenon. Madame la duchesse de Bourgogne alla a vêpres à Saint- Cyr. — M. le prince de Conty vend le titre de comté qui est sur Alais 100,000 livres à M. des lssarts, qui est d'Avignon. La comté sera nûse sur la terre des lssarts ; ainsi il aura rang aux états de Languedoc devant tous les Iwrons et devant le vicomte, qui est M. de Polignac. Quand le comte assiste aux états, il a 2,000 livres. M. le prince de Conty conserve la terre d'Alais; il y joint les terres qu'il a eues de mademoiselle de Portes , et le roi l'érigé en duché-pairie; ce prince n'avoit point de duché.
Lundi 25, à Versailles. — Le roi allaTaprès-dinée à la chasse. Monseigneur est à Meudon, où il demeurera jusqu'au voyage. — MM. les ambassadeurs qui sont à Paris ont une prétention de laquelle nous n'avions pas encore ouï parler; ils veulent qu'au voyage on leur donne le pour \ C'est l'ambassadeur de Savoie qui leur a mis cela en tète, en les assurant qu'à sa première ambassade en France on le lui avoit donné; mais cela ne se trouve sur aucun registre, et péraonne ne se souvient môme qu'aucun ambassadeur l'ait demandé ; ainsi on ne leur donnera point. Ils feront le voyage, s'ils veulent. — On a reçu des lettres de Madrid du H. Le roi d'Espagne se
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porte un peu mieux, et les médecins de ce pays-là croient que, s'il peut passer l'automne, ils le pourront sauver.
* Le pour est une distinction de ceux qui ont le rang de princes étrangers dans les voyages où on marque les logements à la craie, sur les logements qu'on leur marque. Le fourrier écrit : Pour M. un tel, et sur les logements des autres point de Pour,, mais simplement : M. un tel. Cela n'emporte ni primauté , ni préférence de logement- entre ceux de ce rang et les ducs qui sont logés< également sans distinction malgré celle du Pour, après le service , c'est-à-dire toute charge de service nécessaire ; puis les maréchaux de France , puis les charges considérables, et puis le reste des courtisans.
Mardi 26, à Versailles. — Le roi, sur les quatre heures, alla à Saint-Cloud avec madame la duchesse de Bourgogne. Le roi et la reine d'Angleterre y étoient déjà arrivés. Monseigneur, qui y étoit venu de Meudon, étoit arrivé aussi avant le roi. On alla dans la chapelle où l'on baptisa mademoiselle de Chartres, qui vient de naître. Monseigneur fut le parrain et madame la duchesse de Bourgogne la marraine. On lui donna le nom d'Adélaïde. Après le baptême, on alla se promener en calèche dans les jardins. 11 y avoit dans la calèche du roi, dan3 le devant, le roi, le roi d'Angleterre et la reine d'Angleterre ; au derrière , madame la duchesse de Bourgogne , Monsieur et Madame. Monseigneur se mit dans une autre calèche avec Mademoiselle et plusieurs dames. Après la promenade , le roi et la reine d'Angleterre s'en retournèrent à Saint-Germain. Le roi rentra dans le château pour x'oir la collation , et puis s'en alla. Monseigneur retourna à Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne demeurèrent pour la collation.
Mercredi*!, à Versailles. — Le roi donna à l'abbé de Pomponne la charge d'aumônier 'qui vaquoit depuis assez longtemps; elle vaquoit par la promotion de l'abbé de Mailly à l'archevêché d'Arles. — Moreuil , qui avoit perdu contre M. de Sailly un procès qui le ruinoit entiè-
rement, a obtenu, par une requête civile, tout ce qu'il demandoit, et rentre en possession de tous ses biens. — Par les dernières lettres de Vienne , on apprend que le czar est retourné en diligence. 11 y a une grande révolte de ses sujets qui Ta obligé de prendre ce parti-là. 11 comptait de s'en aller à Venise et les Vénitiens avoient fait de grands préparatifs pour le recevoir. Avant que de partir, il a offert à l'empereur 25,000,000 et sa sœur pour le roi des Romains , disant même que si on n'étoit point content d'elle, on pourroit la renvoyer, et qu'il trouveroit toujours des gens qui seroient bien aise de l'épouser.