‹ Journal;Chapitre 9 sur 47 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

monde » tant de pauvretés » que chacun se plaignait de vivre en un siècle si malheureux.

Pendant quelques heures trop courtes, Rabelais s'est réjoui à la vue de « ce tant beau, tant florissant, tant riche royaume de France », dont la félicité était telle que i tout le monde avait sur elle envie, tout le monde s'y ralliait, tout le monde la redoutait ». Mais Montaigne n'admet pas que l'état du pays fût, sous François l"" et Henri II, beaucoup meilleur que sous les fils de ce dernier : « La santé doù nous partîmes était telle qu'elle soulage elle-même le regret que nous en devrions avoir. Ce n'était santé qu'à la comparaison de la maladie qui l'a suivie. Nous ne sommes chu de guère haut... c'était une jointure universelle de membres gâtés, d'ulcères envieillis qui ne recevaient plus guérison... La corruption et le brigandage étaient déjà en honneur et dignité... Notre fièvre est venue en un corps qu'elle n'a guère empiré; le l'eu y était, la flamme s'y est prise. Le bruit est plus grand, le mal de peu. »

La fin du siècle fut épouvantable. La Saint-Barthélémy et quelques autres journées célèbres ne sont que des épisodes; il faudrait voir le drame tout entier, assister à tous les accès de cette démence, à toutes les péripéties de la « guerre monstrueuse » (c'est le mot de Montaigne), qui, pour c venger l'honneur de Dieu ' », se prolongea pendant près de quarante ans.

Montaigne et le brave La Noue, un des meilleurs capitaines de ce temps, ont exprimé, presque dans les

Vous ne combattez pas, soldats, comme autrefois, Pour borner plus avant l'empire de vos rois. C'est pour l'honneur de Dieu et sa querelle sainte. Qu'aujourd'hui vous avez l'épée au coté ceinte... Pour ce grand Dieu, soldats, les armes avez i^rises. Qui favorisera vous et vos entreprises.

Ronsard, Discours des Misères du temps.

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