XVIII INTRODUCTION
tiques. Ce nom leur a peut-être fait tort. Ils sont peu honorés parce qu'on se fait d'eux une idée inexacte. Leur plus illustre représentant ne passe-t-il pas pour un sceptique, sommeillant mollement sur le doux oreiller de l'ignorance et de l'incuriosité? Au fond, Montaigne n'est ni sceptique ni égoïste, il n'a pas fait une lâche retraite. Indigné de ce qui se passait autour de lui, il s'est tenu à l'écart pendant quelque temps, mais son abstention, dictée par les motifs les plus respectables, fut plus courte et surtout beaucoup moins complète qu'on ne le dit.
Il s'est isolé, non par indifférence ou paresse, mais parce qu'il détestait, comme L'Hospital, ces mots diaboliques, ces noms de parts, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes ; parce qu'il tenait à garder sa liberté d'esprit et refusait de se donner à un parti en telle manière que son entendement en fût infecté. Il ne voulait pas marcher avec les gens qui adorent tout ce qui se trouve d'un côté et blâment tout ce qui est de l'autre, méconnaissant aussi bien ce qu'il y a de reprochable chez leurs amis que ce qu'il y a de louable chez leurs adversaires, et opinent de cette façon vicieuse : « II est de la Ligue, car il admire la grâce de M. de Guise ; l'activité du roi de Navarre l'étonné , il est huguenot; il trouve à dire aux mœurs du Roi, il est séditieux en son cœur ».
Les hommes du tiers parti pensaient comme Montaigne, s'inspiraient de lui * ; comme lui ils ont été incompris et méconnus. On les a crus timorés, mous, guidés par des sentiments peu généreux ou même peu sains. Une humeur très raisonnable n'est guère admirée.
1. L'Estoile a les Essais ordinairement à la main, les cite fréquemment.