INTRODUCTION XIX
Elle conduit à des concessions, à des compromis, qui ressemblent parfois à des faiblesses et fournissent prétexte à des jugements sévères. Les résolutions extrêmes, les attitudes rigides, les coups de tète hardis, rencontrent plus de sympathie que les actions prudentes et sensées. On s'intéresse aux aventures d'un Agrippa d'Aubigné plus qu'aux sages conseils de ces Politiques circonspects qui, catholiques, adhèrent à un prince hérétique, ou, protestants, restent fidèles à ce prince, malgré son abjuration plus habile que sincère.
Mais, après tout, c'est par leur politique souple, accommodante, terre à terre, que la France fut sauvée, et nous ne voyons pas par quelle autre voie elle aurait pu l'être. Cela suffirait pour les rendre respectables et leur assurer, non seulement notre reconnaissance, mais encore quelque gloire. Ajoutons bien vite que ce ne fut pas sans grands risques, sans courage, qu'ils adoptèrent et firent triompher cette politique salutaire.
On n'adhérait pas impunément au tiers parti; qui s'en déclarait, se voyait « pelaudé à toutes mains », devenait guelfe au gibelin, gibelin au guelfe. On était dès lors, comme le dit Etienne Pasquier, estimé de pire condition que le huguenot parce que Ion plaidait pour la paix, et l'on risquait d'être « ruiné à feu et à sang ». M. le Légat « ne nous a-t-il pas mis la bride sur le col pour prendre tout le bien des politiques, tuer, assassiner, pourvu que nous soyons bons catholiques sans 'amais parler de trêve ni de paix? > En faisant tenir ce langage au sieur de Rieux, les auteurs de la Ménippée n'exagéraient pas; nous voyons dans le Journal de l'Estoile qu' t il n'était pas permis à Paris de se montrer autre que Ligueur. Les gens de bien étaient exposés à la perte de leurs biens et de leur vie, et aux mouvements d'une populace furieuse que les moines, curés et