XXII INTRODUCTION
société réduite à un seul membre S car ils font encore pis que les ministres huguenots.
Il expose franchement les torts des deux factions. < Les vices et désordres sont aussi grands et aussi énormes d'un côté que de l'autre. » Catholiques et protestants pillent, brigandent, ravagent, saccagent, brûlent, violent, avec une même barbarie, et pour ainsi dire le pauvre est pillé et ruiné et le peuple mangé de tous les partis, car si en l'un il y a bien des larrons, il n'y a pas faute de brigands dans l'autre -.
Il ne ménage pas Henri III, mais n'a pas contre lui d'hostilité systématique; il parle même de lui, à l'occasion, en termes bienveillants, croit que, dans un temps meilleur, ce prince eût été excellent. Il note ses folies, ses vices, le montre courant à cheval avec ses mignons à travers Paris, « à bride avalée, renversant les uns, battant les autres à coups de bâton » et faisant toutes sortes d'infinies violences le jour de Carême prenant, mais il professe que le débordement « a beau être au comble, si n'y a-t-il corruption si grande soit-elle », qui permette de médire du Roi comme le font certaines gens.
Parfois il s'anime un peu. Après avoir expliqué comment on passait l'hiver de 1596 à la Cour, « où l'on n'était guère sage », il continue en ces termes : « On l'était aussi peu à Paris, encore qu'on eut plus d'occasion d'y pleurer que d'y rire; car la constitution du temps,
1. Pourquoi en conserver un? comme échantillon, sans doute, comme pièce curieuse. L'Estoile avait la manie de faire des collections.
2. A propos de la prise de Pont-Saint-Esprit par les catholiques et de celle de La Charité par les huguenots, il remarque que les uns étaient aussi peu touchés du Saint-Esprit que les autres de la Charité. — Le capitaine protestant La Noue dit à peu près comme le chroniqueur catholique : « De part et d'autre on mérite plutôt le nom de brigand que celui de soldat ».