‹ Journal;Chapitre 21 sur 47 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

On peut citer aussi quelques passages très vifs sur les mœurs du siècle, « égout des précédents », sur les vilenies et abominations auxquelles les contemporains sont trop enclins, sur ce « pauvre royaume dont on pouvait plutôt attendre la ruine qu'en espérer aucune ressource ».

Mais d'ordinaire L'Estoile reste calme, froid, circonspect. Impartial par humeur, par tempérament, il l'est plus encore peut-être par curiosité. Une extrême avidité d'information préserve des partis pris aveugles , ne permet guère de faire un choix, de rien laisser échapper, d'envisager une seule face des choses en négligeant les autres. Le zèle que L'Estoile met à collectionner les moindres nouvelles, quelle qu'en soit la nature ou l'origine, les cancans les plus futiles comme les documents les plus sérieux, dégénère en une sorte de manie. En outre, il prend des notes pour son usage exclusif, ne songeant à aucune espèce de publicité, et comptant que le fatras qu'il entasse sera brûlé après sa mort; il n'a aucun intérêt à rien feindre, à rien dissimuler. Tout lui est bon; il tient moins à la qualité qu'à la quantité. En môme temps et avec le même soin qu'il note les misères du siècle, qu'il montre les pauvres gens mourant de faim quasi par toute la France, coupant les blés à peine mûrs et les mangeant en dépit des laboureurs qu'ils menacent de manger eux-mêmes, ou les Parisiens « tellement enragés après les dévotions de la Ligue qu'ils se levaient la nuit pour aller quérir les curés de leurs paroisses pour les mener en procession »; il dit les étrennes qu'il donne à sa femme et à sa fille, l'argent qu'il dépense pour acheter les pamphlets nouveaux, le costume de Henri III, le prix des denrées, les variations de la température, la neige épaisse de six doigts dans les rues de Paris, le 18 avril 159o, les prédictions des

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