‹ Journal;Chapitre 33 sur 47 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

que des choses que l'on croit nouvelles, extraordinaires, ne le sont point du tout, que ce qui semble le caractère proj^re, distinctif d'une époque, se retrouve ailleurs en des circonstances profondément différentes; on comprendrait que les mêmes effets peuvent être produits par des causes contraires, que tel fait, qu'on est tenté d'expliquer par un certain ressort, est arrivé plus d'une fois en l'absence de ce ressort.

Si La Harpe et Taine avaient lu le Journal de L'Estoile, ils auraient remarqué que les fureurs qu'ils appellent jacobines, avaient été précédées de fureurs au moins égales en violence, bien supérieures en durée, et attisées par des prêtres avec une autorité autrement grande que celle des philosophes. Ils auraient vu que, bien avant les révolutionnaires, on avait « raillé les cadavres, plaisanté dans le sang, mêlé le sarcasme au poignard » ; que Mme de Montpensier et sa mère, au lendemain de l'assassinat de Henri 111, haranguaient joyeusement le peuple devant le grand autel des Cordeliers, « montrant grande immodestie de mordre sur un mort », demandant des feux de joie, ameutant la foule contre « ceux qui ne riaient pas ». Ils n'auraient pas parlé des terroristes de gauche sans penser à ceux de droite,

D'autant plus dangereux dans leur âpre colère Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère, Et que leur passion dont on leur sait bon gré. Veut nous assassiner avec un fer sacré.

On a imputé à la philosophie, outre les violences révolutionnaires, la corruption des mœurs au xviii'' siècle; comme si, au xvi*^, une corruption pire ne s'était pas aisément conciliée avec le zèle religieux, comme si la cour des Valois n'avait pas scandalisé le monde par ses dévotions presque autant que par ses turpitudes !

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