VI
[un feuillet de 4 pages + un feuillet simple]
[29 X 19] Paris, 22 Octobre 1831.
[rer feuillet, p. 1] Ballanche ! vient de donner sa première séance ?. Je voudrais me rappeler les excellentes choses qu'il a dites si simplement. En entrant dans le salon, je l'ai trouvé avec Bianco étendue sur le bras, que pendant plus d’une demi-heure, il n’a pas voulu déranger, riant de la mollesse de la jolie bête qui était venue le trouver ainsi familièrement. Après quelques instants de conversation, où il a été question d’Ant. de la Salle, dont il n’estime guère les notes sur Bacon 4 et dont il n'a pas lu les autres ouvrages, je lui-ai lu le commencement de la préface de la Confession, par Jules Janin 5. S[ainte]-Bfeuve] est arrivé et la conversation s’est animée. Ballanche a été trois fois en Italie, la première ou la seconde, . il à ramené, je crois, Mme de Chateaubriand en France f. Il a vu Naples
1 Les études auxquelles F. Denis venait de se livrer pour son Tableau des Sciences occultes (1830), l'avaient familiarisé avec la pensée de Ballanche. (Il le cite dans cet ouvrage, p. 238, 261 ; il y signale son Essai de palingénésie sociale, « ce bel ouvrage où l’auteur montre un sentiment si élevé de l’antiquité ».) Ballanche restera l’un de ses écrivains de prédilection et il trouvera en lui l’expression de l'inquiétude de son temps, de sa propre inquiétude : « Croyez-vous que notre âge et ses sombres tristesses, et ses froissements douloureux, et ses études laborieuses, ne seront pas révélés aux siècles à venir par ces... paroles de Ballanche : Une grande tristesse est accourue les saisir, ils ont été dégoûtés de la vie sans oser désirer la mort. » (F. Denis : Essai sur la philosophie de Sancho, dans le Livre des Proverbes français de Leroux de Lincy, CODE Ve)
? Il s’agit très probablement d’une séance de pose chez le peintre Arsenne (v. la suite). Une note manuscrite de Denis, dans un exemplaire de ses Navigateurs, parle, à propos de Ballanche, de la « peinture d’Arsenne qui dit, dans un style élevé mais sincère, l’excellence de cette âme et la difformité adoucie de cette aimable figure » (V. la note de M. André Monglond, Revue de Littérature Comparée, janvier 1931, p. 103).
3 ai [nsi] swrchargé par le.
4 La traduction des Œuvres de François Bacon par la Salle, avec des notes critiques, a paru en 15 vol. in-8 à Dijon, an VIII, 1800.
5 La Confession de Janin venait de paraître en 2 vol. chez Mesnier (1830).
6 C’est à son premier voyage, en 1807, que Ballanche ramena Mme de Chateaubriand de Venise, au moment du départ de Chateaubriand pour l'Orient. (Cf. Les Cahiers de M€ de Chateaubriand publ. par Ladreit de Lacharrière, 1909, p. 33.) Il retournera en Italie, en 1813 et en 1823, avec Mme Récamier.
dans son étouffante splendeur. Il a vu Marseille. Etant à Chamberry !, M. de Mestre ? voulut le voir, mais il venait de quitter la ville. M. de Mestre vint à Paris. M. Ballanche voulut, à son tour, aller le voir, mais lorsqu'il s’adressa à son hôtel, l’auteur des Soirées de St-Petersbourg venait de s'éloigner. Aïnsi l’apôtre du Passé et celui de l’Avenir n’ont pu se rencontrer. De Mestre a écrit à Ballanche une lettre fort curieuse, où il lui dit : Au surplus, Monsieur, nous sommes tous plus ou moins Jacobins. Fabre d'Olivet demeurait Rue des Vieilles Thuileries et dans le voisinage de Ballanche et il vint le trouver avant son dernier voyage pour l'Italie, pour qu'il voulut bien [p. 2] bien * rendre compte de sa traduction de Caïn, l’artficle] fut fait pour les Tablettes Universelles, remis à Coste 4, qui ne l’inséra pas et qui le perdit. Ballanche, dans ce curieux morceau, comparait l’œuvre de Byron au Prométhée d’Eschyle, puis rentrait dans l'examen de la tradition primitive qui a été léguée 5 au monde par la Bible. Ballanche à demandé à Sainte-Beuve s’il n'avait pas fait quelques efforts ou quelques recherches pour former un nouveau rhythme poétique. Notre ami lui a répondu des choses fort curieuses à ce sujet. C’est ici que je sens combien les grâces d’une conversation animée sont fugitives. Sfainte]-Bleuve], tout en regardant la rime comme nécessaire, a avoué qu’elle avait enfanté un nombre prodigieux de lieux communs poétiques chez les hommes médiocres qui ont cependant à un certain degré le sentiment d’une pensée harmonieuse. V. Hugo n’est pas exempt de cette nécessité qui soumet au joug ennuyeux de la rime le génie le plus capricieux 6. Sainte-Beuve a cité comme essai brillant et heureux de versification les Djins. J'ai vu que Ballanche n'avait point lu les Orientales. Il trouve encore, mais ceci avait été dit antérieurement, que Delille a épuisé toutes les formules de l’ancienne versification ? et S[ainte]|-Bleuve] a dit à ce sujet
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