XIV
HEL SC E6] [La dernière phrase est inachevée.]
Hier mardi XIII Xbre 1836
Je suis aller passer la soirée chez Chopin. Cette fois la petite réunion avait lieu parce que G. Sfand] voulait connaître Custine ! et, je crois, E. Sue. Elle était charmante avec son costume turc et elle a fumé à en perdre, à ce qu’il me semblait, la tête. Elle a été fort bonne femme à l’égard de Senancour, il lui a paru tout simple qu’il s’adressât à elle pour un libraire. Il s’agit des Libres méditations ?. Elle avait oublié son adresse et lui avait écrit N° 4 de la rue de la Cerisaie. 33, ai-je dit. — Oh ! c’est bien, je n’ai qu'à me rappeler l’âge de Jésus-Christ et mon âge, a-t-elle repris. Je suis de l’âge du Christ. Je lui ai dit que son âge m'avait fait mentir et que dans la conversation, je ne lui avais donné que 28 ans. Elle a souri et a dit quelques mots aimables. Elle n’est point comme Mme de Staël, elle n’aime point Paris et elle exprime cette aversion avec énergie. — On subit bien des transformations avant de mourir, mais il faudra qu'il y en ait de grandes en moi avant que j'en vienne à une autre pensée. Nourrit a chanté la Marguerite de Schubert * avec moins d’entraînement solennel que le jour où il la chanta pour M. de Lamennais. Mais il a été encore fort beau et elle a paru le sentir vivement. Si vous écoutez cette belle personne-là, lui avait dit Liszt, elle
1 Sur Astolphe de Custine (1790-1857), cf. Chedieu de Robethon : Chateaubriand et Mme de Custine, 1893 ; Maugras et de Croze : Delphine de Sabran, marquise de Custime, Ame édition, 1912 ; marquis de Custine : Lettres inédites au marquis de la Grange, publiées par le Comte de Luppé (Bibliothèque Romantique).
2 Senancour tenait essentiellement à une édition nouvelle de cet ouvrage. Dans une lettre à Denis, il écrivait : « C’est ma plus grande affaire, l'affaire de ma vie, c’est à présent mon livre ...» Puis, faisant allusion à ces efforts infructueux de George Sand : « Voilà un long billet. Encore n’ai-je rien dit de Mme Sand, quelque grand remerciement que je doive à son obligeante intervention. » (Revue de littérature comparée, janvier 1931, p. 105.) Ces Libres Méditations semblent avoir été particulièrement malheureuses auprès des libraires. Un an après la mort de Senancour, Jay écrivait à sa fille (qui nous le rapporte dans sa notice) : « Ne vous livrez pas au découragement... Il faut publier ses Libres Méditations telles qu’il les a produites en dernier lieu. Il importe qu’on rende justice à ce livre ; je trouverai un éditeur... »
8 Sur Nourrit, cf. N° XII, note 3.