‹ JournalChapitre 43 sur 84 · XXIX] [10 X · texte numérisé non relu

XXIX] [10 X

20 Mai 1840 (mercredi)

Conduit chez Lamartine 1 M. St-René Taillandier, l’auteur de Beatrix ?. I1 3 avait oublié le rendez-vous, mais il est arrivé vers dix heures, le système nerveux fort irrité, disait-il, à cause d’une invitation à dîner intempestive (il y avait 14 personnes à dîner au lieu de trois). Nous n’étions que cinq 4 en comptant Mme de Lamartine, on a parlé politique et poésie. Lamartine] a dit qu'il procédait des Anglais et des Italiens, de Byron et de Pétrarque. On a beaucoup parlé du Bfarjon d’Eckstein 5 et de ses tristesses. — Elles viennent, dit-on, d’un grand malheur éprouvé il y a peu de tems. Une jeune dame à laquelle il avait voué une sorte de culte est morte il y a six mois en couches et il est inconsolable 5. Il prépare un grand ouvrage sur l'Inde, et ne veut plus qu’on parle de l'Inde, nous dit Lamartine, depuis qu’il l’étudie. C’est un peu le péché mignon de tous les Indianistes, témoin ce pauvre Morenas ? e futii quanti.

1 Ce nom reparaîtra encore dans ce journal, prononcé avec une visible sympathie. En Lamartine, Denis a aimé « la poésie de la mer » (v. son Essai sur la Philosophie de Sancho Pança dans le Livre des Proverbes français de Leroux de Lincy, t. I, p. xI1). Son « Brahme Voyageur » (1833), pour dire la gloire de la France, se contente de citer deux vers de Lamartine (p. 63).

2 Saint-René Taïllandier (1817-1879), critique et historien ; successivement professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg, à celle de Montpellier et à la Sorbonne. Son poème de Beatrix a paru à Paris, en 1840.

3 Il s’agit évidemment de Lamartine.

# cinq swrcharge quatre.

5 Pour d’Eckstein, cf. N° IV, note 1. Présenté à Lamartine par Aymon de Virieu (v. lettres de d’Eckstein à Mme de Menthon, citées par le P. Burtin dans son ouvrage récent sur d’Eckstein), il était devenu l’un des conseillers les plus écoutés de Lamartine qui l’appelle le baron sanscrit. (Lettre à Mme de Raïgecourt, Covresbondance V, 326, cf. lettre à Virieu, tbid., p. 323, etc.) Cf. également Citoleux : La poësie philosophique de Lamartine, p. 63-64.

$ Il s’agit très probablement ici de la Comtesse Valérie de Menthon, pour qui d’Eckstein avait professé une admiration respectueuse et qui était morte en 1839 (v. Fleuriot de Langle : Glanes lamartiniennes, Revue de France, 1° avril 1929). Ballanche écrit le 26 décembre 1839 : «Le baron d’Eckstein a eu un très grand chagrin, la mort d’une personne à qui il était fort attaché. » (A. Marquiset : Ballanche et Mme d'Hautefeuîlle, 1912, p. 153).

T Joseph Elzear Morenas (1778-1830) orientaliste (Des Castes de l'Inde ou lettre sur. les Hindous, 1822).

Page 1