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Le 16 Juin 1842. J'ai reçu à la séance du soir une lettre de M. Damas Isnard ! qui, faisant appel à ma loyauté, disait-il, me priait comme un léger service de lever les scrupules de M. Masgana ?, qui consentirait, dit-il, a imprimer son Romancero. Malgré l'intérêt réel que mérite la position de mon compétiteur, il serait certainement étrange que j'allasse ainsi diminuer, pour mon éditeur, les chances de vente et il est au moins étrange qu’une demande pareille soit faite. — Le traducteur des Contes fantastiques d'Hofmann % Christian 4, m'apercevant dans un café, où je lisais dans le Charivari un sot article contre mon frère *, est venu franchement à moi, m'a demandé l'oubli de ce qui avait eu lieu et de ce qu’il appelait un fâcheux malentendu, puis il$ m'a raconté les rudes épreuves de sa carrière littéraire. Il est une preuve vivante de ce que peut la volonté et toute 7 sa prospérité présente (modeste cependant) vient d’un article sur Scarron offert pour rien et à propos à un libraire. Scarron me rappelle involon-
1 Jean-Joseph Damas Hinard, né à Madrid en 1805, collaborateur de la collection des Classiques Latins de Nisard et de plusieurs périodiques (notamment du Correspondant). Auteur de divers travaux d’histoire et de littérature espagnole, traducteur de Calderon (3 vol. 1841 et années suiv.) de don Quichotte (1847). Sa traduction du Romancero General ou Recueil des Chants Populaires de l'Espagne, romances historiques, chevaleresques et movresques... paraîtra à Paris, en 2 vol., en 1844.
2 Ce n’est pas chez ce libraire (Galeries de l'Odéon), — une lettre adressée à Mme Masgana par Sainte-Beuve le 26 septembre 1849 se trouve dans le fonds Eovenjoul, — mais chez Adolphe Delabays que paraîtra « Le Romancero general traduit par M. Damas Hinard, traducteur des chefs-d’œuvre du théâtre espagnol ».
SNS:
4 P. Christian, auteur de La Morale merveilleuse, Contes de tous les temps et de dous les pays... (Lavigne, 1843), et de traductions avec notices, de Machiavel, Ossian, Washington Irving. Sa traduction des Contes Fantastiques d'Hofimann, précédée de souvenirs intimes sur la vie de l’auteur, a paru chez Lavigne, en 1843, avec des illustrations de Gavarni.
5 Il s’agit, en fait, à la date du jeudi 16 juin 1842, d’un article anonyme contre les députés ministériels, intitulé : Candidature en l'air de ministériels pourtant fort bas : «... Nous ne voulons point parler non plus de M. Denis, député de Toulon, qui, pour obtenir la voix de quelques électeurs d’un village étiqueté Six-Fours, a fait donner un secours de 1,500 fr. pour réparation à l’église. Les 1,500 fr. sont pris, bien entendu, sur les fonds de l'Etat. Pour son propre compte, M. Denis s'est borné à donner à l’église un vieux tableau qu'il avait dans sa salle à manger : ce tableau représente Ménélas se désolant à la nouvelle de l'enlèvement d'Hélène ; mais M. Denis en a fait un Jérémie pleurant sur les murs de Jérusalem, —— Malgré toutes ces cajoleries pour Six-Fours, espérons que la candidature de M. Denis en fera un complet, »
6 il ajouté dans l’interligne.
7 son avenir, effacé.
tairement l'Espagne et ses poètes exilés. Ce qu’elle a de mieux se réfugie en France et vient y faire un triste apprentissage de douleurs. Il y a quelques jours, M. Galiano ?, l’ancien ministre, l’homme plein d'instruction et d'intelligence, est venu me voir à la Bib{liothè]jque et il se contenterait maintenant de quelques travaux l’aidant en sa mauvaise fortune : il a admiré notre Cancionero, notre Propaladia de Torres Naharro ? et a donné quelques renseignements sur certains personnages qui figurent dans la Collection de Desmoutier.
J'ai depuis deux ou trois jours à ma disposition tous les papiers diplomatiques qui rappellent les rapports odieux qui eurent lieu entre le Portugal et la France durant 1830 et 1831 et l’insulte faite au gouvernement français en la personne de son représentant, lorsque le misérable vicomte de Santarem ? (ce sont les propres expressions du Courrier Français) lui renvoya insolemment une de ses notes dans laquelle M. Cassas établissait quelques griefs et donna à ce consul un démenti aussi formel qu'il était faux et imprudent f.
[Verso] M. Cassas, avec lequel j’ai renouvelé une bien vieille connaissance, a été ferme, digne et conciliant autant qu’on pouvait l'être dans cette affaire. J'ai dévoré cette masse de papiers diplomatiques et j'ai acquis une preuve nouvelle des difficultés qu’il y a à écrire quelques lignes historiques raisonfnlables et vraies.
1 Sur Antonio Alcala Galiano, homme politique espagnol, né à Cadix vers 1791, exilé pour la deuxième fois depuis 1835, « figure laide, distinguée, spirituelle », dit Fontaney en 1836, cf. Fontanev Journal intime 1925, p. 216 et la note de M. Renë
Jasinski.
? La Propaladia de Bartholomé de Torres Naharro, —- un des fondateurs du théâtre espagnol, mort vers 1531, — est un recueil important de comédies et de poésies
lyriques, publié à Naples, en 1517.
3 Emmanuel Bayros y Souza, vicomte de Santarem (1790-1856) ministre des Affaires étrangères sous le règne de don Miguel. de Portugal. Quitta le Portugal avec ce prince, en 1834, pour s'installer à Paris, où il s’occupa d’ouvrages d’histoire de la géographie.
4 Ces lignes concernent l’insulte faite à la France en la personne de l’amiral Roussin, qui, en 1831, au moment du gouvernement du roi D. Miguel Ier (frère du roi D. Pedro IV dont il avait usurpé la couronne)-était entré dans le port de Lisbonne, pour obtenir la liberté des Français emprisonnés, avait bombardé les forteresses portugaises et s'était emparé de l’escadre portugaise. Le Vicomte de Santarem était alors Ministre des Affaires étrangères du Portugal. — Cette affaire, sur laquelle l’opinion des historiens portugais est partagée, a fourni matière à toute une série de publications (notamment : Relaçao dos successos occoridos no Fejo e documentos officiaes acerca das operaçoes da esquadra francesa desde 8 de Julho até 15 d'Agosto de 1831. Folheto escripto pelo Vice-Almirante Roussin, commandante da força naval que hostidizon a Naçao Portugueza, Lisbonne, 1832).