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les dédaigner. C'était au milieu de tout cela un être excellent et inofensif1. Aujourd'hui, sa démence est vagabonde, on ne peut le laisser voir. Il enfante dans une élucubration incessante des monceaux de poèmes, de tragédies et de romans, qu'il n’écrit point et qui ne présenteraient point deux idées assemblées ; il vit je crois d’une petite rente qui lui a été laissée par sa femme, bonne créature et de taille démesurée que j'ai connue. J'étais à cette représentation qui a [verso] commencé le mal du pauvre homme et à l'issue de laquelle on l’amena sur le théâtre où il s’'évanouit sous le poids des couronnes. Cette mauvaise plaisanterie fut prise au sérieux par une tête déjà malade de folle vanité. Puis vinrent des succès vulgaires, et des attaques de choléra, qui firent le reste. Il y avait quelques beautés dans Rienzi.

23 Février 1843 .

Il y a quelques jours, Victor Hugo a marié sa fille à un armateur du Hâvre 1, la chose s’est passée en fort petit comité — l’union a été contractée dans une chapelle fermée ; les deux témoins de la jeune femme étaient Louis Boulanger et Roblain ?, il n’y a pas eu de réunion, pas même, m'a-t-on dit, de billet de faire part. On parlait dernièrement à * Olympio 4 du succès probable de la pièce de M. Ponsard 5. Il dit avec une superbe condescendance : J'aime à voir les jeunes gens s'exercer. Quel fol orgueil avec ce grand talent. — Les comédiens français sont particulièrement contents des Burgraves 6 ; c’est un fait à constater et que nous tenons de Regnier 7. Quant à Lamartine, il renie la poésie. Sa belle âme égarée y reviendra. M. de Humboldt est parti. C'est, dit-il, la 28me fois qu'il passe par Metz. C'est une bien pauvre route pour ce grand génie.

M. N. de la Bib[liothèque] Royale] m'a fait hier une querelle de péd{ant] à propos du Prestre Jehan &.

1 Ce mariage, célébré dans la chapelle du Catéchisme de l’église Saint-Paul, à Paris, a eu, comme le dit Denis, un caractère de très stricte intimité (cf. Biré : V. Hugo GDTÉSS TOGO PLSOL, ALP 7)

? Pour Robelin ; architecte du gouvernement, vieil ami de Hugo qui n'avait pas hésité à l’occasion du mariage de Léopoldine à lui emprunter argerterie et couteaux (sur les relations de Robelin avec les Hugo, cf. l’article d'Henri Lapauze, Tigaro, 21 février 1891 ; cf. aussi Léon Séché : Le Cénacle de Joseph Delorme, I, p. 132 sqq.). Néanmoins « l’épais et trivial Robelin » comme l'appelle Fontaney (/owrnal Intime, 1925, p. 37) ne fut pas, comme le dit Denis, témoin de Léopoldine : ces témoins au mariage civil (mardi 14 février) et au mariage religieux (mercredi 15) étaient Abel Hugo et Louis Boulanger. — Quant aux relations entre Robelin et Denis, elles ont dû être particulièrement étroites vers 1843, en raison de l’aide que l'architecte apportait à la Bibliothèque Sainte-Geneviève contre les prétentions du lycée voisin.

3 cette, effacé.

% du succès probable, effacé.

5 Lucrèce avait été reçue à l'Odéon le 20 décembre 1842. On en parlait beaucoup en ce mois de février : « Les Ponsardisants, écrit Gautier le 21 février, dans /a Presse, augmentent en nombre et en ferveur... » La représentation aura lieu le 22 avril (cf. Latreille : La fin du théätre romantique et François Ponsard, livre II, chap. 2).

$ Ce drame, lu devant le Comité de la Comédie française, le 23 novembre 1842, sera joué le 7 mars 1843. Le Théâtre français annonçait à grand bruit cette « œuvre immense... qui devait infailliblement remuer tout Paris... » (E. Laugier : La Comédie française depuis 1830, 1844, p. 203).

? Fryançois-Joseph Regnier de la Brière (1807-1885), de la Comédie Française.

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HT x. 23)

Il y a quelques jours, Chaudesaigues ! me raconta quelques parti-

cularités sur l’égoïsme du fameux critique Pflanche] ? qui vont au delà

de tout ce qu'on peut imaginer. Chfau]desaigues avait pris soin du personnage, l'avait hébergé, l'avait soigné, s'était efforcé de guérir une odieuse maladie, dont tout le monde s’éloignait, lorsque lui-même tomba malade. Le personnage entre chez lui et demande ? s’il a quelque argent. — Il me reste trente francs et c'est tout. — Tu peux bien me prêter, quelque chose. — Mais je n'ai que cette faible somme et elle m'est indispensable, car je puis tomber plus dangereusement malade. — Ah bas, j'en aurai... et ? vingt francs de partir, et le personnage de rester 8 jours sans paraître,

-et le pauvre diable de guérir comme il l’a pu faire sans argent et sans ami.

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9 Mars 1843

Il y aurait bien d’autres histoires à à raconter touchant ait personnage,

et. elles sont toutes l'expression d'un - ‘impitoyable égoïsme comme de demander à un pauvre diable qui n'a que quelques francs dans sa poche

et qui lui a donné un excellent diner, une bouteille de Constance. Il y 2, bien d'autres histoires qu eut raccontées 5 Tallemant des, Réaux, de

scandaleuse mémoire. Je me tais.sur ce point et laisse faire à d’autres.

Le personnage en question ‘est”depuis deux ou trois ans en Italie, il a hérité de 80,000 fr. f, il aurait pu payer ses dettes, il vit du dôtee far Lie Fe n'a Ver ire un Fo à rembourser le Dar diable di avait

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1 Jacques Germain Chaudesaigues (1814-1846), critique littéraire etrpüèté. Sur la charité de ce « pauvre Chaudesaigues », dont Denis nous fournit un pie

cf. Mme de Bassanville : Les Salons De PAC MDeZOTE vo OT

2 Gustave Planche (1808-1857) a été communément accusé d’égoiïsmé‘et de sor-

-dide ingratitude par ses contemporains (cf. en particulier quelques pages.de Fe

Beuve, Nouveaux Lundis, 2m€ édit., 1872, t. V, p. 67 sqq.). \« HAE EE

3 à son, effacé. | Le

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5, Sic. — M, effacé. UN euèT ET

6, « Planche; en 1840, hérita de 30,000 fr., disent les uns, de 70,o00-disent les autres. On dit qu’il mit les 30,000'fr. dans un Sriet partit pour l'Italie, ‘où il.puisa à même dans son sac pendant cinq ans. Après quoi, son sac étant vide, il revint en France... » (M.-L. Pailleron : François Buloz et ses amis, t. T). RATES

[XLVIT]

20 Avril 1843

Victor Hugo a envoyé, affirme-t-on !, sa trilogie, des. Burgraves aw grand maître de l’université. M. V... ? lui a dit avec la finesse spirituelle qu'il met d'ordinaire dans ces sortes d'exécution : — Vous m'avez donné, mon cher confrère, une preuve de plus de votre indomptable talent !

J'avais été engagé la semaine dernière à aller entendre Eucrèce ? chez Mme d'A 4, L'invitation ne me parvint pas, mon frère qui ne l'avait reçue qu'à 3 h[eures] ne put me la faire tenir à temps. Je l'ai regretté et Dieu sait si je cours d'ordinaire après ces sortes de solemnités 5. Tout le monde est d'accord dans cette admiration sérieuse. Mme d’Afgoult avait réuni M. de Lamartine, Sainte-Beuve, M. d’Eckstein Beauvallet © a lu. Alphonse est revenu enchanté de cette belle et simple poésie. Durant la lecture, Lamartine s’est montré plein d’un sincère enthousiasme, il n’a pas craint de rapprocher cette œuvre nouvelle des belles choses de Corneille, il l’a classée tout d’abord parmi les grandes ? tragédies du XVIIme siècle. J'ignore quelle a été l’opinion de Sainte-Beuve 8. Je sais seulement * qu'il s’est montré favorable au jeune talent comme tous ceux qui étaient là du reste. Il n’y a qu’un avis. C’est après demain que la pièce

affirme-t, au-dessus de dit, effacé.

Villemain.

Cf. No XLV, note 5.

Mme d’Agoult. — Cette lecture eut lieu le 12 avril en l’absence de Ponsard. Sic.

Erreur probable : c'est Bocage et non Beauvallet que cite Sainte-Beuve. tragédies, au-dessus de choses, effacé.

Cette opinion (qui plus tard sera moins bienveillante), Sainte-Beuve l'exprimait dans la Revue Suisse (15 avril) après cette lecture chez Mme d’Agoult ; il signalait le « succès complet et Vrai » : « C’est un vrai poète qui se lève. » Et il confirme l’enthousiasme de Lamartine : « Lamartine y était et ne cessait d'admirer. » (Chroniques Parisiennes, p. 20.)

9 quelle, effacé.

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