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MONSIEUR

Ma mère et moi avons la douleur de vous annoncer la mort de ma tante Cormier décédée hier à 5 h. 1, du soir et de vous inviter au convoi qui aura lieu demain, vendredi à midi très précises (sic) église St-Sulpice.

SAINTE-BEUVE

Monsieur F. Denis, rue Notre-Dame des Champs, N° 26, Paris ?. »

Un jour, les deux amis projettent de faire ensemble une visite, puis Sainte-Beuve se ravise . Puis, c’est un petit dîner de voisin à voisin 4. Et aussi, sans doute, des conseils de voisin à voisin, semblables à ceux que le critique avait donnés dans son article. Dans les Scènes de la Nature, dans le roman d'André le Voyageur qui paraît en 1827, Sainte-Beuve reconnaissait, — il le dira plus tard, — « un représentant très pur

1 Ms. 3418. — 7 de ces lettres, on le verra, ont été publiées dans le Livre d'Or de Sainte-Beuve, Paris, 1904. Nous publierons au cours de cette préface les 8 lettres qui restent inédites. — Voir Appendice, note 4.

2 Inédit.

3 « Ce dimanche,

J'ai bien l’honneur de saluer Monsieur Denis et de le prier de me pardonner mon étourderie. Quand j’acceptai hier la visite chez M. Villenave, j'avais tout à fait oublié que j'étais retenu cette même soirée pour entendre le discours d’ouverture du cours de M. Lami à l’Athénée. En rentrant à la maison, une lettre de lui me l’a rappelé. Si donc Monsieur Denis voulait avoir la bonté de me désigner un autre jour, soit aujourd’hui soit demain, soit mercredi, je serais à ses ordres et doublement obligé de sa complaisance. » Publié dans le Livre d'Or de Sainte-Beuve, 1904, p. 418. — Le cours de M. Crussolle Lami fut fait à l’Athénée, en 1827.

4 « Ce dimanche, 9,

MON CHER FERDINAND

Serez-vous assez aimable pour vouloir bien faire (demain, lundi à 6 h. moins le quart) un petit dîner bien simple et frugal chez ina bonne mère. Vous nous feriez bien du plaisir, vous n’en pouvez douter.

Tout à vous.

Amitiés à M. Arsène. SAINTE-BEUVE. » — Publié 1bid., p.419.

et très sensible de l'inspiration propre venue de Bernardin de Saint-Pierre », un écrivain de « son école » 1; et c’est aussi ce qu'il disait, sur un petit billet, un «in-18 » rapide, aussitôt après la lecture d'André le Voyageur ?. Mais en même temps, il devait lui répéter les avis littéraires qu'il lui avait ‘donnés dans Ze Globe: pour la couleur exotique et historique, Bernardin ne suffit pas ; voyez Cooper, voyez Walter Scott.

Or les Denis étaient en relations avec des écrivains qui proposeront à l’auteur des Scènes de la Nature des conseils semblables : Thierry à qui Alphonse Denis dédiera bientôt un livre ; Raynouard sans doute, qu'Alphonse regarde comme un maître % et qui, « depuis longtemps » a signalé à Ferdinand certains détails érudits— «le savant et respectable Raynou21rd auquel il faut toujours avoir recours dans tout ce qui a rapport aux littératures du midi de l’Europe »4. Le moyen âge est un monde bigarré que l’un et l’autre se plaisent à évoquer — et Paulin Pâris aussi — « M. PaubnP4rts 7 un de ceux qui ont le plus fait dans cette œuvre de régénération du moyen âge »5. Aux yeux des frères Denis, la couleur locale et historique n'est . pas aussi démodée que l’on commence à le prétendre ; le roman historique, la chronique pittoresque gardent leur attrait romantique : « On a dit et les feuilles périodiques commencent à répéter, — écrit Alphonse en tête

1 Beynardin de Saint-Pierre dans l'édition de Paul et Virginie, Curmer, octobre 1836, Portraits Littéraires, t. II, p. 140.

2 « Ce vendredi, MON CHER AMI,

Je vous envoie quelques-uns des ouvrages que vous avez eu la complaisance de me prêter, et en particulier votre André que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt. C’est un roman de la famille de Paul ei Virginie et qui ne dépare nullement ses aïnés. Je vous ferai, si vous jugez à propos d'envoyer un exemplaire au Globe, une petite annonce que nous tâcherons de faire passer avant le 1° janvier. Veuillez me le dire : elle sera faite aussitôt que le livre envoyé au bureau. Si vous avez fini de Montaigne je vous serais obligé de le remettre à la porteuse du billet parce que je vais m'y mettre et à Rabelais. Pour clore mon in-18 mille amitiés.

Mes respects chez vous. SAINTE-BEUVE. »

Publié ibid., p. 419, avec un assez piquant contre-sens. Le Livre d'Or imprime : { Je vais m'y mettre et à Rabelais pour clore mon in-18 », et en conclut que Sainte- Beuve ne prévoyait pas encore les 2 vol. in-8 de son Tableau de la Poésie française

au XVIME siècle. En fait cet in-18 est sa lettre, de petit format. — L'annonce TEE dans ce billet a paru dans le Globe du 25 décembre 1827. # Alphonse Denis : Chroniques et traditions provençales, 1831, p. 167. — F. Denis

avait cité une ode de Raynouard dans ses Scènes de la Nature.

4 Essai sur la philosophie de Sancho, par F. Denis au t. I du Livre des Proverbes français de Leroux de Lincy, p. 17, note.

5 F. Denis, dans le Manuel du peintre d’Arsenne, t. I, p. 235. Cf. Le Monde Enchanté, p. 158, note.

de ses Chroniques et Traditions Provençales ! — qu'on avait à satiété goûté

de la couleur locale..., que les vitraux gothiques, à travers leurs mille couleurs, reflétaient un jour faux et fatigant. On n’a pas voulu voir que les reproches s’adressaient directement aux défauts du genre plutôt qu'au genre lui-même. » Ferdinand approuvait assurément ces lignes. Non pas qu'il fût romantique effréné : en écoutant la préface des Orientales il faisait des réserves ; et je ne sais si Hernami, qu'il vit à sa troisième représentation ?, parut bien espagnol à cet érudit des lettres espagnoles. Mais il s’intéressait aux efiorts poétiques de la jeune école. Il écoutait Sainte-Beuve et Ballanche parler de rythmes nouveaux. Il appuyait à coup sûr le critique ami auprès de son autre ami, Senancour, pour arrêter celui-ci sur la voie d’une prose terne et incolore %, et il apportait sa part aux conquêtes romantiques, sa part d’exotisme, de folklore, de fantatisque et d'histoire.

HS SIC PIASO.

2 « Voici, Monsieur, trois parterres. Il faudrait être avant $ h. % au théâtre du côté de la rue de Montpensier. J’ai l'honneur de vous saluer.

Pour M. V. Hugo, SAINTE BEUVE. »

Publié dans le Livre d'Or de Sainte-Beuve, p. 419. — Une main (peut-être celle de Denis) a reproduit au crayon, au bas de ce billet, le nom de Sainte-Beuve, peu lisible dans la signature et écrit au haut de la feuille : « Envoi de billets de parterre pour la 3€ représentation d’'Hernani (mars ou mai 1830) » (en fait 127 mars) — M. Le Gentil a noté une analogie entre Heynani et le Luiz de Souza de Denis (Biblos, Coïmbre, 1928, p. 318).

3 Voici, à ce sujet, une lettre s. d., publiée dans le Livre d'Or de Sainte-Beuve, p. 339. En la reproduisant nous ajoutons entre crochets les particularités qui ne nous paraissent pas indifférentes

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