‹ Journaux et journalistesChapitre 10 sur 43 · DIRECTION POLITIQUE : M. HAVIN · texte numérisé non relu

DIRECTION POLITIQUE : M. HAVIN

3 février. — Le principe d'association repoussé par les anciens partis, est adopté par le Siècle. L'application du principe d'association, dit M. Jourdan, contient en germe la solution des plus difficiles problèmes de ce temps. On admet bien les principes généraux, mais on recule devant l'application. Hors de ce principe on ne fera rien cependant, on tournera dans ce cercle vicieux de la charité, de la nécessité de la misère.

6 février. — La dotation demandée par M. le président de la république doit être refusée par l'Assemblée. Les républicains, dit le Siècle, refusent, comme c'est leur devoir, une dotation princière au premier magistrat d'un état démocratique, Point de dotation, dit M. Lamarche, doit être le cri de ralliement de tous les citoyens qui veulent épargner à la France une nouvelle révolution.

10 février. — La dotation qui trouble, qui agite les esprits depuis plus d'un mois, est enfin rejetée par l'Assemblée. Dans cette discussion, M. de Montalembert a subtitué le mot autorité au mot argent.

Mais, dit le Siècle, l'idée d'autorité se spiritualise chaque jour, tandis qu'un manteau de velours, un sceptre, un trône, cela se traîne dans la boue, tout cela se brûle.

16 février. — Le Siècle demande l'amnistie qui est, selon lui, une grande question politique, parce qu'elle est au fond une question de famille, d'honneur et de loyauté.

23 février. — Un service en commémoration de la révolution de février, sera célébré demain à Notre- Dame. Maintenons la République, dit le Siècle, pour sauver la religion, la famille, la propriété; dans tous ces cas, elle préservera le monde d'un bouleversement général. Constitution et République sont aujourd'hui synonymes d'humanité.

24 février. — Jamais l'anniversaire du 24 février, dit le Siècle, n'avait été célébré avec une solennité plus vraie; jamais l'hommage rendu aux fondateurs de la République n'a été plus complet, plus sincère, plus universel. L'effet de la journée, continue M. Emile de la Bédollière, a été immense. Le troisième anniversaire de la révolution contribuera puissamment à l'affermissement de la République et à la sécurité du pays.

17 mars, — Une commission de l'Assemblée a rédigé un libelle contre les associations ouvrières ;

la majorité l'a applaudi des deux mains; les journaux royalistes fulminent contre les tendances pacifiques des classes laborieuses. Le Siècle défend les associations ouvrières qui ont réalisé depuis un an surtout des progrès incontestables. Ce succès est dû pour beaucoup au travail, à l'honnêteté, au dévouement de leurs membres.

29 mars. — Le terrain est toujours livré aux coups d'État. Le Siècle trace le rôle de l'opposition qui est désormais de forcer les mauvaises volontés et les impuissances avérées du nihilisme, de le poursuivre dans ses sophismes et dans ses retraites et d'obtenir pour la nation les réformes pratiques.

2 avril. —Sous ce titre : ils ri oseront pas, le Siècle publie un article contre les ennemis de la République. Dans tous les cas, dit M. Léon Plée, secrétaire de la rédaction, notre drapeau est celui de la constitution et de l'ordre; la bannière adverse, celle de la contre-révolution, de la confiscation, de la loi et du désordre. Si ces deux drapeaux se rencontraient, la victoire ne saurait être douteuse; veuille néanmoins le ciel nous préserver d'un pareil choc, et ne pas permettre la nécessité d'une telle victoire.

5 avril. —Le Siècle annonce que l'association des ébénistes prendra part dune façon éclatante à

l'Exposition Univervelle de Londres. Partout, dit M. Jourdan, le nombre des associés s'accroît, les dissidences s'effacent, les ouvriers répondent par leur travail, leur honnêteté, la loyauté avec laquelle ils remplissent tous leurs engagements, aux calomnies dont ils sont l'objet.

14 avril. — Le Siècle dit qu'il n'est pas nécessaire de chercher un autre drapeau que celui de la constitution, il n'est pas de système qui soit plus complet dans son but; toutes les réformes imaginables sont là en germe et sans nuire à aucun intérêt. Assurons donc, dit-il, l'avenir de la République démocratique en la défendant, et ne cherchons pas d'autre bannière.

19 avril. —Le cri de guerre de toutes les nuances républicaines doit être : réformes, constitution ! liberté, dit le Siècle, égalité, fraternité, religion, nationalité, ordre public, famille, travail, propriété, voilà ce que nous avons à protéger avec un indomptable bon sens contre les folies rétrogrades des factions monarchiques. L'heure est solennelle, ne nous laissons pas diviser.

26 avril. — Le Siècle donne les résultats obtenus par l'association des manufactures des cuirs et peaux de Paris. Voilà de simples travailleurs, dit M. Plée, secrétaire de la rédaction, qui ont résolu

dans leur modeste sphère les plus graves des problèmes industriels. Ils se sont affranchis. Ils travaillent sous les auspices de la plus entière liberté; leurs instruments de travail sont à eux. Avions-nous raison de dire dernièrement que le drapeau de la constitution suffisait, et ne doit-il pas être, par excellence, celui des associations?

2 mai. — Tout le monde s'adresse aujourd'hui cette question : Ou allons nous? Le Siècle répond: Rapportez la loi du 31 mai, renouvelez les serments de décembre, traitez en ennemis les factieux du Constitutionnel ainsi que tous ceux qui veulent changer par des voies illégales ce que la France entière a établi, et personne ne s'adressera plus cette question.

5 mai. — La fête du 4 mai a été calme. On a remarqué les illuminations de l'Elysée qui étaient les plus brillantes de la capitale. Le Siècle croit que le rôle de Washington est le seul qui puisse sauver devant l'histoire M. L. Bonaparte. Courage donc, démocratie! Au 4 mai 1852 maintenant!

21 mai. — Le Siècle s'adresse à tous les partis. Soyez donc Français avant tout, dit-il, voyez donc l'état des esprits, posez-vous donc dans la situation. Ne rouvrez pas l'abîme ; ayez pitié de votre pays. N'a-t-il pas assez vécu, depuis soixante ans, parmi

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les troubles et les angoisses. Il a trouvé une forme de gouvernement qui donne satisfaction à tous les droits et à tous les intérêts honnêtes.

14 juin. — L'archevêque de Paris publie un mandement inspiré par des sentiments libéraux. Le Siècle voudrait que l'Église nous donnât toujours de tels enseignements; le progrès se ferait sans obstacle; la justice et la fraternité, dominant toutes les relations, adouciraient la vie du pauvre.

19 juin. — Des partis en insurrection morale contre la République qualifient le Siècle de « factieux. » Nous les laisserons sans colère, dit le Siècle, continuer à nous couvrir d'injures. Permis à ceux surtout qui sont partis de Boulogne et de Strasbourg de nous menacer d'une humiliante défaite; nous n'envierons pas le succès de ceux qui se révolteraient contre l'Assemblée et contre la constitution, car ils commenceraient une ère qui les ferait maudire de la France.

25 juin. — Les révisionnistes ont échoué dans leurs entreprises. Le Siècle dit : Nous, républicains, profitons de l'exemple. Trop longtemps nos dissensions et nos faiblesses ont fait la force de la réaction. Serrons-nous plus étroitement que jamais autour de la constitution, et, quoiqu'il arrive, ne cédons pas!

2 juillet — M. le président de la République a prononcé un discours à Poitiers. Autant le discours de Dijon a été hardi, dit le Siècle, autant est sage celui de Poitiers. Le président a parlé de vieux et de nouveau monde. L'ancien régime ne reviendra pas, dit M. Léon Plée, sous aucun nom, môme sous celui de bonapartisme. Quant à la République, elle sera fondée le jour où ceux qui l'administrent consentiront à l'honorer dans leurs discours officiels et à ne pas l'oublier dans leurs actes journaliers.

13 juillet. — Le Siècle croit faire une chose utile, au moment où va commencer la discussion sur la révision, de publier le texte de la constitution, avec les principales opinions de ceux qui l'ont votée. 19 juillet. — A la sixième séance, le projet de révision a été repoussé par 278 voix. Ce résultat, dit le Siècle, a jeté la consternation la plus profonde dans les rangs des ennemis de la République.

25 juillet. — Les adversaires de la République appellent 1852 une échéance fatale. Ceux-là, dit le Siècle, se croient la nation; ils n'en sont que les perturbateurs. M. Louis Bonaparte descendra du pouvoir ; il ne voudra ni ne pourra faire autrement. On aura enfin la vérité de la République. Cette date se fatale, mais pour toutes les mauvaises choses,

et tous le mauvais projets qui lèvent effrontément la tête.

29 juillet. — Le numéro du Siècle du 28 à été saisi pour avoir excité à la haine et au mépris du gouvernement de la République. Heureusement, dit le journal, s'il y a eu des juges à Berlin, il y a un jury en France. Nous attendons avec confiance son verdict.

Étrange accusation portée contre un journal qui défend la République contre tant d'ennemis!

30 juillet. — Le Siècle fait cette triste réflexion, que la presse supporte presque seule aujourd'hui tous les efforts des hommes du pouvoir contre les libertés et les franchises nationales. Situation inouie, incroyable, elle défend la liberté en ayant contre elle la loi sur la presse.

Le public et le jury ne l'oublieront pas.

6 août. — Condamnation du Siècle* M. Sougère est condamné à trois mois de prison et 2,500 fr. d'amende; Louis Jourdan, à deux mois de prison et 500 fr. d'amende ; tous deux aux dépens. C'est une guerre à la libre pensée. La Presse a deux de ses gérants à la conciergerie. L' Evénement, un de ses gérants et deux 'de ses rédacteurs ; le Messager, l'un de ses principaux rédacteurs. L'ancien rédacteur du Peuple est depuis deux ans dans un cachot. Nous

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nous inclinons blessés, dit M. Plée, blessés dans la personne de combattants d'élite; mais nous nous inclinons au cri de Vive la République/ et pour retourner au combat.

11 août. — Le Siècle publie en trois colonnes le compte rendu de la Montagne au peuple, auquel Victor Hugo adhère par une lettre, et qui se termine par ces mots : « Nous ne manquerons à aucun des devoirs que nous commandera le salut de la République. » Suivent les signatures de tous les représentants de la Montagne.

12 août. — Le Siècle s'occupe du candidat de 1852, et déclare d'abord que, quoi qu'en dise la docte cabale de l'inconstitutionnalité, M. Louis Bonaparte, président de la république actuelle, élu pour trois ans et quelques mois, n'est pas, ne peut pas être et ne sera pas le candidat de 1852.

14 août. — Le choix du candidat futur à la présidence est plein de difficultés; mais le Siècle compte sur le patriotisme et l'intelligence de tous ceux qui aiment la république. Ainsi qu'il l'a déjà dit, le candidat avéré, acclamé, vérifié, certain de la démocratie sera le sien.

17 août. — Le Siècle publie un manifeste du comité démocratique français — espagnol — italien, tout entier consacré à la question extérieure... Il

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est signé de Lamennais, Joly, Mathieu (de la Drôme) Schoelcher, Baune, Bertholon, Lesteyras, Michel (de Bourges), tous représentants du peuple. Le manifeste occupe cinq colonnes du journal.

20 août. — Le Siècle insère une lettre concernant le duel qui à eu lieu en Belgique le 19 août, entre M. Charles de Fiennes du Siècle, et M. Villemessant. ce dernier a été blessé à l'épaule droite, mais sans gravité. L'engagement étant devenu assez vif, disent MM. de la Pierre et Maquet, les deux témoins ont usé de leur autorité pour déclarer le combat terminé.

26 août. — Les journaux de la réaction et de la prorogation saluent le Siècle de longues bordées d'injures; il leur oppose son programme de liberté, et il dit à tous ses adversaires pétris de mauvaise foi et de trahison ! « Faites ce que nous faisons, aimez assez la liberté pour la défendre même contre ses excès; alors seulement vous aurez le droit de parler d'elle. Jusque-là, non, dit M. Plée; jusque-là nous vous appliquons le titre de cet article : les Tartuffes de la liberté.

42 septembre. — La République offusque tout ce qui n'est pas le produit du suffrage universel. Quoi qu'on fasse, on ne se fera pas pardonner par l'Europe nos grandes époques révolutionnaires ; il faut donc nous préparer. Pour la gloire future du pays,

dit le Siècle^ pour sa sécurité extérieure, pour son influence demandons le rappel de la loi du 31 mai. Demandez-le surtout, vous monsieur le président de la République, qui avez si bien invoqué en juin 4849, dans un danger moins grand, la légitimité de la République fondée sur le suffrage universel.

15 septembre. — Le Siècle enregistre deux condamnations pour délit de presse. M. E. -Victor Hugo fils est condamné à neuf mois de prison et à 2,000 francs d'amende, il ira rejoindre son frère à la conciergerie. M. Paul Meurice est frappé de neuf mois de prison et de 3,000 francs d'amende. U Événement est suspendu pendant un mois.

18 septembre. — L'Événement, tué par le verdict du jury de la Seine, sera remplacé par Y Avènement du peuple. M. Victor Hugo fait connaître cette détermination dans une lettre très-développée qui se termine ainsi : « Quel bonheur si nous pouvions arriver sans secousse, sans représailles à cet avenir inévitable, où la patrie sera grande, où le peuple sera heureux, où la République française créera par son seul exemple la république européenne, où nous serons tous sur cette bien-aimée terre de France, libres comme en Angleterre, égaux comme en Amérique, frères comme au ciel. »

25 septembre. — Dans un discours prononcé à

Châlons, M, Léon Faucher a traité ft abîme la révolution de février. Vous qui avez glorifié la révolution de février, dit M. Plée, vous doutiez-vous que vous la qualifieriez un jour d'abîme ou de catastrophe? Soyez donc plus sobre d'entraînement, qui sait si vous ne maudirez pas un jour l'édifice que vous voulez élever, comme vous maudissez aujourd'hui le prétendu abîme de février.

3 octobre. — Le gouvernement de la République refuse à M. Kossuth l'autorisation de traverser la France pour se rendre au Havre où il devait s'embarquer pour Southampton. Cette mesure indigne le Siècle, il dit que le gouvernement du 10 décembre s'est placé au-dessous d'une monarchie.

13 octobre. — La Presse accuse le Siècle d'être pour le suffrage restreint, et pour la guerre civile. .C'est là évidemment une calomnie. Mais, dit le Siècle, on veut faire de M. Bonaparte un candidat à perpétuité, on veut nous acculer à la guerre civile si nous ne consentons pas à sa réélection. Nous n'accepterons ni sa réélection ni la guerre civile. Nous en appelons à la justice et à la raison.

18 octobre. — La Presse interroge le Siècle sur la résolution du président de proposer l'abrogation complète de la loi du 31 mai et de laisser à l'Assembler l'initiative de la révision de la constitution :

« Nous voulons être francs jusqu'au bout, dit M. Husson, en conséquence nous ajoutons qu'après avoir obtenu de l'Assemblée législative le rejet de la révision , nous combattrons la réélection inconstitutionnelle de M. Louis Bonaparte de toutes nos forces et de tout notre courage. »

M. Cochut a écrit un livre sur les associations ouvrières. M. L. Jourdan examine cette publication; il dit: « Les associations ouvrières, écloses sous le régime démocratique, ont élevé la moralité, accru le bien-être des classes laborieuses; elles ont intéressé au maintien pacifique et libre du développede nos institutions des masses de travailleurs qu'autrefois l'émeute eût recrutés sans peine. »

27 octobre, -p Le ministère est complètement changé; le préfet de police, Carlier, remplacé par M. de Maupas. Le Siècle suivra avec impartialité les mouvements de cette nouvelle situation. Les républicains convaincus, dont il est un des organes, seront avec le pouvoir exécutif pour le rétablissement du suffrage universel; ils seront avec l'Assemblée nationale contre tout empiétement sur ses droits constitutionnels et sur ses prérogatives parlementaires.

28 octobre. — Un manifeste insensé, dit le Siècle, publié par le Constitutionnel, a ému profondément

les esprits. «Nous attendons le message avec calme, dit le secrétaire de la rédaction, M. Husson. Si, par impossible, ce message était factieux, comme on ose l'annoncer, nous saurions ce qui resterait à faire, et nous saurions le dire. »

30 octobre. — Le Siècle revient sur le manifeste du Constitutionnel, il le discute et il leur dit : Vous êtes les plus mortels ennemis de cette société française dont vous vous dites les défenseurs. Vous lui avez été plus funestes pendant ces trois jours de révélations ou de silence calculés que les plus mau vais actes du gouvernement depuis trois années. Nous en appelons au jugement impartial de tous les bons Français f Vous êtes des factieux !

4 novembre. — Le Siècle publie en outre le message du président de la république aux représentants. Le point essentiel du message, c'est la. condamnation du suffrage restreint.

12 novembre. — Le Siècle dit que la constitution gagne du terrain ; à l'unanimité qui est en train de se former, il ne manque plus qu'une déclaration de M. Louis Bonaparte. Serait-il donc difficile à M. Louis Bonaparte, dit M. Plée, de se résigner à être grand par l'honnêteté? Faite en présence de l'hostilité de la majorité, une déclaration d'honnêteté apaiserait bien des mauvaises volontés.

13 novembre-. — Rejet de la proposition du gouvernement touchant la loi du 31 mai. Le vote d'aujourd'hui ne finit rien, dit le Siècle, il commence tout.

17 novembre. — La proposition des questeurs, touchant le droit que l'Assemblée tient de la constitution, de se garder et de se défendre, est rejetée. Le ministre delà guerre, répondant à M. le général Bedeau, que le décret du 11 mai, pour la réquisition directe, ayant disparu des casernes par ses ordres, les menaces de mise en accusation circulent sur tous les bancs de l'Assemblée. Les membres de la gauche se proposent de la voter.

27 novembre. — Il y aura une élection à Paris, le 30 novembre. Le Siècle commande le calme au peuple. Il ne faut laisser, dit-il, dans les jours où nous sommes, aucun prétexte à l'emploi de la force, de la force sur laquelle on paraît compter. Il ne faut laisser aucun prétexte à une nouvelle alliance de M. Bonaparte et de la majorité.

30 novembre. — Jour électoral. Le peuple de Paris, dit le Siècle, a porté un coup décisif à l'œuvre du dix-sept. Quoi qu'on fasse, quoi qu'on dise, le suffrage universel est rétabli en fait, il ne tardera pas à l'être en droit. Que les royautés déchues, que les prétentions surannées, que les défenseurs des

vieux régimes en prennent leur parti : la République et le suffrage universel ont remporté aujourd'hui une victoire solennelle.

1er décembre. — Le Siècle examine la question de la révision impérialiste ; il dit que le succès a, de tout temps, eu le privilège de conduire à leur perte les mauvaises causes et les ambitions mal fondées.

2 décembre. — Coup d'État. Le Siècle enregistre le décret de M. Louis-Napoléon Bonaparte, qui dissout l'assemblée nationale et convoque le peuple français dans ses comices, à partir du 14 décembre jusqu'au 21 décembre; 1° l'appel au peuple par le président de la république qui rétablit le suffrage universel; 2° une proclamation du président à l'armée, etc., etc.

Le Siècle fait la déclaration suivante, signée de tous ses rédacteurs :

« Par suite de l'état de siège décrété le 2 décem- » bre, autant que par respect pour nos principes » qui sont inaltérables, nous sommes obligés de » nous abstenir de toute appréciation et de toute » discussion des faits et actes officiels que nous » nous bornerons" par conséquent à enregistrer. » 10 décembre. — Le Siècle engage les électeurs à se faire inscrire ou à vérifier s'ils sont inscrits.

16 décembre. — • Le Siècle donne un supplément contenant tous les actes officiels.

20 décembre. — Le Siècle rappelle que c'est aujourd'hui le dernier jour du vote, et engage ses concitoyens à ne point s'abstenir d'y prendre part.

1852. — L'année commence triste et silencieuse; le pouvoir seul a la parole, que reproduit sans observation chaque journal. Le Siècle continue à enregistrer toutes les nouvelles officielles, les décrets, et les événements extérieurs. Mais point de réflexions. Il publie en huit lignes le vote sur le plébiscite du 2 décembre tel qu'il a été présenté à M. le président de la république par la commission consultative : Oui, 7,437,107 voix; non. 645,211.

8 janvier. — Le Siècle rompt le silence, et audessus des nouvelles officielles, il place un Premier- Paris, traitant De la Production de loi\ signé par M. Bénard. Dans le même numéro, en Variétés, M. Louis Jourdan publie une étude sur les cafés de Paris.

Ces sujets n'ont pas d'actualité, mais attendons;

ce qui importe en ce moment, c'est que la plume soit en main et l'écrivain debout.

10 janvier. — M. Léon Plée commence une série d'articles sur les systèmes économiques, leurs conséquences et le progrès. Il combat les systèmes et les panacées ; il est convaincu que le problème général des améliorations morales et matérielles, a toujours été posé soit au delà, soit en de çà de la juste mesure. Il repousse tout ce qui est exclusif; l'éclectisme lui paraît le parti le plus sage pour remédier aux maladies du corps social. On sent que l'auteur a longtemps réfléchi à son sujet, qu'il le traite en maître et avec conviction.

On le voit, la pensée reprend ses droits.

11 janvier. — Publication du décret d'expulsion de soixante-six représentants, et un autre décret éloignant momentanément du territoire français dix-huit autres représentants. Aucune appréciation n'accompagne ces décrets.

15 janvier. — MM. Havin et Tillot signent une note qui rappelle, en termes sympathiques, les qualités de Louis Percée, à l'occasion de l'anniversaire de sa mort.

M. Plée continue ses savantes dissertations sur les systèmes économiques et sur la constance du progrès.

Le Siècle publie, en supplément, la Constitution faite en vertu des pouvoirs délégués par le peuple français à Louis-Napoléon Bonaparte, par le vote des 20 et 21 décembre 1851.

Cet acte important n'est l'objet d'aucune critique, ni d'aucune espèce d'approbation, ou d'assentiment : il est inséré; il donne lieu seulement à quelques recherches sur la valeur et sur la teneur des principes de 1789 que la nouvelle constitution reconnaît, confirme et garantit.

M. Emile de La Bédollière fait l'historique des communes dans le numéro du 21 janvier.

M. Louis Jourdan continue ses études sur l'industrie parisienne : ce sont là des travaux très-curieux, soit qu'il parle de l'alimentation, du bâtiment, des industries de vêtements, des fils et des tissus.

31 janvier. — Le Premier-Paris est consacré au conseil d'État; M. Emile de la Bédollière fait l'historique de cette institution , dont il examinera les transformation qu'elle a subies depuis 1804 jusqu'en

4 février. — Le Siècle publie le décret organique pour l'élection des députés au Corps-Législatif. Ce décret est suivi de deux articles de M. Léon Plée, qui traite de nos lois électorales, mais s'abstient de tout jugement à. l'égard de la loi nouvelle.

Le journalisme entre dans une nouvelle phase; un progrès vient de s'accomplir. Sous ce titre : Courrier universel quotidien, le Siècle fait une revue rapide de tous les actes politiques intérieurs et extérieurs. M. L. Plée signe le Courrier.

C'est le 10 février que s'accomplit cet acte audacieux.

Le sang commence à circuler; on sent que la vie revient.

Les élections au Corps-Législatif approchent; elles sont fixées au 29 février. Le Siècle commande l'action ; il engage ses amis à veiller à leur inscription sur les listes électorales, et à se préparer pour le scrutin.

En attendant la loi sur la presse, le Siècle, examine les lois et les décrets qui ont régi cette matière, depuis la vieille monarchie jusqu'à nos jours.

Le décret organique sur la presse a paru dans le Moniteur du 18 février. Le Siècle en donne les principales dispositions; pas un mot de réflexion, par une observation ; rien.

Les élections au Corps-Législatif approchent. Le Siècle publie une liste qui a été apportée par les délégués des diverses réunions qui l'ont adoptée :

Cette liste est ainsi composée :

lre ciconscription. Dupont (de l'Eure) ; 2e, général

Lamoricière, 3e, général Eugène Cavaignac; 4e, Carnot; 5e Goudechaut (iMichel) ; 6e; Bixio: 7e, Eugène Sue ; 8e Ferdinand de Lasteyrie.

Ce journal engage tous les électeurs, comme il l'avait déjà conseillé sous la loi du 31 mai, ainsi qu'au 20 décembre, à user de leurs droits, a Nous voulons indiquer, dit-il, les noms d'hommes honorables autour desquels puissent se rallier nos amis politiques, tous les amis de la Révolution française, tous les hommes qui, imbus des principes de 1789, veulent loyalement et sérieusement l'application de ces principes »

C'était là la meilleure conduite à tenir à cette époque, car si petit que soit votre pouvoir, si limité que soit votre droit, il faut s'en servir pour conquérir le tout. Là est le devoir. S'abstenir, c'est ne croire ni à son droit ni à la justice, ni à la raison. Qu'on s'abstienne pour des questions personnelles, c'est le droit de l'individu; mais quand il s'agit des autres, du peuple, de l'humanité, alors, l'abstention est une trahison, un crime.

En tête de sa partie politique, le Siècle annonce les obsèques de M. Armand Marrast, auquel il donne les plus vifs regrets. Ce journal fait remarquer qu'un seul jour a séparé les funérailles de la mort. En ce temps-là on enterrait précipitamment et

silencieusement les hommes qui avaient marqué dans la politique.

Le Siècle insère une communication de M. de Lamartine sur Marrast. En parlant de l'attitude respectueuse du peuple devant ce cercueil, notre grand poëte, s'écrie : « La France à de bien vilaines années et de beaux moments. C'est de la poussière ; ' oui, mais cette poussière n'est jamais de la boue. »

L'élection de M. Carnot est vivement attaquée par les journaux qu'inspire le pouvoir; le S iècle répond avec beaucoup d'énergie. On signifie à la bourgoisie de se mettre à la tête du mouvement quia applaudi au 2 décembre, sinon l'influence passera à d'autres. La table est louée, lui crie- t-on. —Nous ne savons, répond le Siècle, si la table est louée, mais nous pouvons affirmer que la bourgeoisie ne regrettera jamais de n'être point assise à une table où la liberté n'a pas été conviée jusqu'ici.

21 mars. — Le Siècle insère un article qui porte ce titre significatif : la Clémence ; On y réclame l'amnistie en faveur des prisonniers politiques qui vont subir leur châtiment « derrière l'horizon. » Ils laissent là « des mères, des sœurs, des femmes, des veuves avant l'heure. » 11 faudra plus d'un article encore pour obtenir ce grand acte de sagesse, ou plutôt de justice.

Le Siècle continue à soutenir l'amnistie contre la Patrie dans son numéro du 25 mars : « Nous savons, dit-il, tant de familles désolées, tant de pauvres enfants orphelins par l'absence de leur père, nus, sans asile et sans pain, que c'est pour nous un impérieux devoir d'élever la voix en leur faveur. »

2 avril. — le Siècle publie un article, sous ce titre: la République ou V Empire. Le but de l'article était de rassurer contre les propos des amis trop zélés qui annonçaient la proclamation prochaine de l'Empire. Le Siècle s'appuyait des paroles que M. Louis Napoléon Bonaparte avait prononcées dans son discours d'ouverture, où il disait : « la République ne menace personne et rassure tout le monde. » Les réflexions de ce journal sont faibles, et la fin peu rassurante : « Soyons en république, ou qu'on nous donne l'Empire, soit, pourvu que l'on s'arrête définitivement à une forme quelconque. » Ce langage fait trop beau jeu aux courtisans; c'est une faute. La forme définitive, c'était la République existante. Pourquoi des doutes !

6 avril. — Attaqué par la Presse, avec insistance, au sujet du général Cavaignac, le Siècle répond nettement qu'il est et reste ce qu'il a toujours été : l'organe d'une opinion, et non l'organe particulier d'un homme, quelque éminent qu'il puisse être.

Quand il s'agit de liberté, le Siècle ne tergiverse jamais; tous ses rédacteurs sont unanimes sur ce point. Répondant à F Univers, M. Havin déclare que le Siècle a pour mission de défendre toutes les libertés, aussi bien celles qui furent conquises et consacrées par la glorieuse Révolution de 1789 que celles dont l'origine remonte à des époques antérieures.

8 juillet. — La Correspondance de Rome est supprimée. L'épiscopat français, par suite de cette mesure, se sent redevenir libre. Mais les intrigans, dit M. Lamarche, ne se tiennent pas pour battus. Pix IX s'arrête sur la pente où de faux amis croyaientl'avoir lancé irrésistiblement. Nosopinions, dit le Siècle, n'ont jamais eu rien d'hostile au culte de la majorité de nos concitoyens. Ce que nous voulons à Rome et partout, c'est la séparation du spirituel et du temporel.

M. Louis Jourdan entreprend ce qu'il appelle ses promenades industrielles. Il rend hommage à l'industrie proclamée partout la souveraine des temps modernes, dont les luttes pacifiques et fécondes seront les seules auxquelles les peuples doivent être appelés dans l'avenir. Il expose ensuite les curieux travaux qui s'exécutent à la teinturerie située à

Clichy-la-Garenne.

170 JOUUiNAUX

10 juillet. — Le Siècle rappelle les services que la presse a toujours rendus eu tout temps. Il est étonné que des journalistes trouvent à blâmer leurs collègues, accusant le journalisme en masse de n'avoir éclairé aucune question, sans même tenir compte de la situation de la presse dont la liberté est si étroitement limitée par la législation nouvelle. A qui devons-nous, fait observer M. Jourdan, notre émancipation, nos progrès, notre supériorité nationale, si ce n'est à la presse? Est-ce que les plus grands mouvements sociaux de l'ère moderne ne sont pas nos contemporains ? qui a préparé l'immortelle Révolution de 1789 et formulé si péniblement les principes impérissables sur lesquels s'appuie aujourd'ui la constitution actuelle? n'est-ce pas la presse du xvme siècle ?

11 juillet. — M. Léon Plée entreprend l'examen du problème de la misère.

15 juillet. — Il n'y aura désormais qu'une fête politique, celle du 15 août, d'après un décret du président de la république. Le Siècle veut apporter à cette fête son vœu : l'amnistie. Nous qui recevons tous les jours, dit M. Plée, par position, d'affligentes confidences; nous qui savons en particulier la plupart des misères que soulageraient des grâces générales, nous demandons constamment à

nos confrères de toutes les opinions de se joindre à nous pour que ces misères soient soulagées.

16 juillet. — Dans son deuxième article sur le problème de la misère, M. Plée dit que le grand malheur de ce problème, c'est que, pour le résoudre, on ait toujours tourné dans les deux cercles de l'assistance et de la répression. Les causes de la misère, qu'il ne faut pas toujours mettre sur le compte de l'homme, ne sont souvent que des effets de l'infortune, de l'oisiveté forcée ou du travail excessif. Les solutions doivent donc être des solutions de fond et non de forme,

20 juillet. — A propos d'un voyage du président de la république, le Siècle constate la décadence des journaux et des députés ministériels. Autrefois, dit-il, il était d'usage de soulever les questions de politique générale ou d'économie publique qui intéressaient les localité que parcourait le cortège royal. Aujourd'hui on a changé tout cela : l'un raconte les fleurs dont le sol était jonché, l'autre l'ivresse des populations en termes pindariques. Flattez, fhîtcz toujours, brûlez sous le nez des gens un encens perpétuel. C'est bien banal.

2'J juillet. — On demande au Siècle ■, sous une forme accusatrice, s'il ne désespère pas de la France qu'il regarde comme ayant perdu le sens monarchique.

Au contraire, répond-il, nous n'en avons jamais mieux espéré. Est-ce qu'un monde nouveau se fonde sans orages? non, les luttes, les convulsions et toutes ces tempêtes morales qui ébranlent la conscience de l'homme sont inséparables d'une telle fondation.

27 juillet. — Un des remèdes à appliquer à la misère. M. Plée mentionne l'augmentation de la production agricole qu'il développe savamment.

28 juillet. — Les élections communales se préparent. Le Siècle invite tous ses amis à déposer leur bulletin dans l'urne. Ce bulletin sera d'accord avec les véritables intérêts du pays et de la civilisation, intérêts, qui exigent impérieusement qu'il n'y ait pas dans la nation que l'État représenté.

30 juillet. — Le Siècle vient parler pour la dernière fois d'amnistie, afin d'accomplir jusqu'au bout un devoir sacré. « Nous recevrons l'amnistie, dit M. L. Havin, comme un acte de haute conciliation, de sage politique. Nous la recevrons comme un acte de justice pour les uns, d'humanité pour les autres.

6 août. — Sous ce titre : ta Tombe du pauvre, le Siècle annonce que le gouvernement prépare un décret sur les inhumations. M. Louis Jourdan se prononce énergiquement contre la fosse commune qui est, dit-il, la violation de la loi, la morale

offensée: c'est le principe de la famille atteint dans ce qu'il a de plus sacré, ce sont les affections les plus saintes cruellement froissées, c'est l'inégalité devant la mort, c'est la spoliation des pauvres. Au nom de la loi, de la morale, de la famille, nous en demandons l'abolition.

9 août. — Le Siècle combat les flatteurs qui donnent des éloges à tout ce qui se fait sans exception. Il faut, dit M. Jourdan, que le président de la république, qui n'a pas la science infuse, voie par d'autres intelligences que la sienne. L'autorité n'est plus le droit donné à un homme de faire ce qui lui plaît : c'est le devoir imposé à un homme et accepté par lui de faire ce qui convient à la nation.

11 août. — Le Siècle insère une lettre de M. Proudhon attaqué par plusieurs journaux, au sujet de l'autorisation accordée par M. le président de la République à son dernier ouvrage : la Révolution sociale démontrée par le coup d'Etat du 2 décembre.

24 avril. — Le Siècle s'attaque aux pédants qui viennent donner des leçons à la presse opposante qui n'est pourtant pas dans une merveilleuse situation. Le journalisme ne devrait plus dominer, selon le Pays, il doit enseigner. Le journalime n'a jamais fait autre chose. Croyez-vous, dit M. Jourdan, que les principes de 1789 ont reçu tous leurs dévelop-

pements? Et s'il est vrai que la liberté ne soit pas en pleine floraison, que la presse soit entravée, est-il convenable de choisir ce moment pour jeter l'injure à des vaincus ?

9 septembre. — En vertu de l'art 32 de la loi du 17 février, le Corsaire est supprimé par un décret du président de la République. Ce journal, dit le Siècle, représentait sous un de ses aspects les plus vifs cet ancien esprit français qui perd chaque jour de ses droits. Ce n'est point toutefois une raison pour perdre courage et pour ne pas espérer encore que là s'arrêteront les rigueurs du gouvernement contre la presse quotidienne.

12 septembre. — Le Siècle répond à ses adversaires qui font chaque jour le panégyrique du principe de l'autorité. Selon M. Plée, la puissance du principe d'autorité ne s'accroît ni en raison de la force dont l'autorité l'environne, ni de la rigueur qu'elle déploie pour la répression. Cette puissance du principe conservateur des sociétés n'augmente qu'en raison du bien-être moral et matériel qu'il procure aux sociétés par la manière dont on le fait valoir. On respecte plus un pouvoir prévoyant et réformateur qu'un pouvoir qui serait uniquement occupé à punir et à réprimer.

29 septembre. — Le Siècle rappelle aux électeurs

de la 3e et 4e circonscription de la Seine que les élections auront lieu le dimanche 26, et que M. Goudchaux est, dans la 4e circonscription, le seul candidat de la démocratie.

1er octobre. — MM. Sougère et Louis Jourdan sont condamnés chacun à un an de prison et 1000 fr. d'amende à propos d'un article publié le 11 août sur les fonds de non-valeurs.

18 octobre. — M. le président de la République rend la liberté à Àbd-el-Kader. Dans les paroles adressées à l'illustre prisonnier, le président a dit : « La générosité est toujours la meilleure conseillère. » M. Havin espère que cette conseillère ne lui laissera pas oublier les Français, qui, par suite de nos discordes civiles, errent encore sur la terre étrangère, loin de leurs familles et de leurs plus chères affections :

23 octobre. — V Assemblée nationale raille le Siècle sur le silence qu'il garde à l'égard du décret qui convoque le Sénat et à l'égard de la transformation de la République en Empire. M. Havin répond que, restés fidèles à nos convictions, nous serons, n'importe sous quelle forme de gouverment, les défenseurs infatigables des lois, des droits descitoyens et des libertés publiques.

5 novembre. — A sa première séance le sénat

entend la lecture d'un message de S. A. le prince président. Il est dit dans ce message : « Je ne me dissimule pas tout ce qu'il y a de redoutable à accepter aujourdhui et à mettre sur sa tête la couronne de Napoléon... Ce sera la nation qui, en m'élevant au trône, se couronnera elle-même. »

Le Siècle passe à l'examen de l'industrie des métaux précieux à Paris.

6 novembre. — Le Siècle s'occupe de la question de la toilette de Paris.

10 novembre. — Le sénat proclame l'Empire. A ce propos le Siècle examine la situation où était la France et l'Europe quand le premier Empire fut proclamé au commencement de notre siècle. M. Louis Jourdan termine en disant : « Nous nous bornons à désirer que cette situation porte dans ses flancs le bonheur et la gloire de notre patrie, le triomphe de la cause sacrée que l'on a résumée en ces termes : l'amélioration du sort physique, intellectuel et moral des classes les plus nombreuses et les plus pauvres.

15 novembre. — Le Siècle continue à engager ses concitoyens à exercer leurs droits électoraux pendant les journées des 21 et 22 novembre; M. Havin se prononce contre toute abstention.

3 décembre. — le Siècle publie le recensement

général des votes sur le plébiscite ; votants : 8,140,660; oui, 7,824,109; non, 253, 146, nuls, 62,326. L'Empire est fait.

En décembre, le Siècle est rempli de décrets impériaux et de considérations sur l'important rapport de M. Troplong.

1853. — 19 janvier. — Le Siècle commence une série d'articles sur les principes de 1789. Les développements sont très-longs et peut-être obscurs. Ces articles portent le nom de M. Pelletan.

27 janvier. — Une amnistie est annoncée ; le Siècle en accepte la bonne nouvelle. Nous n'avons jamais mis en doute, dit M. Pelletan, la bonne intention de l'Empereur à cet égard.

30 ja .vier. — M. Plée revient sur l'amnistie. « Parmi les exilés, parmi les transportés d'Afrique, dit-i', c'est là un de nos orgueils, nous comptons beaucoup d'amis. Notre estime pour eux s'est accrue de leur infortune; car quel est leur crime après tout, si ce ne n'est d'avoir été fidèles à une cause vaincue ?

31 janvier. — Le Moniteur enregistre l'amnistie; il publiera prochainement les nom des déportés.

M. Havin dit qu'il lui en coûte de reproduire les termes par lesquels le journal officiel annonce l'amnistie, mais il n'aura que des paroles de reconnaissance pour l'acte de l'Empereur.

Le 4 février. — Le Siècle publie le décret graciant 4,312 condamnés politiques ainsi que tous les noms des graciés. M. Havin espère que ce grand acte ne restera pas isolé.

7 avril. — La discussion qui s'est engagée entre le Siècle et l'Univers au sujet du mariage civil et du mariage religieux, trouve sa fin dans une note du Moniteur où l'on affirme qu'il n'y aura rien de changé dans la condition du mariage civil. Le gouvernement, dit M. Havin, prend aujourd'hui vis-àvis des prétentions cléricales une attitude ferme et convenable qui déjouera bien des intrigues. Nous souhaitons qu'il maintienne aussi, contre les éternels adversaires de tous progrès, les principes politiques de 1 789, comme il vient de maintenir les principes civils qui établissent la souveraineté de l'État et séparent les choses temporelles des choses spirituelles.

23 avril. — M. Jourdan, dans son troisième article, définit . ainsi la fraternité : la fraternité, ditil, n'est pas autre chose que l'application de cet esprit de paix et d'union aux institutions sociales

modernes. C'est ainsi que l'entendirent les révolutionnaires de 1789.

2 mai. — M. Plée combat l'indifférence politique où la France est tombée. C'est à l'administration elle-même, dit-il, à se préoccuper de cette question. Nous ne doutons pas qu'en l'examinant elle n'acquière une double certitude, d'abord que l'on est allé trop loin dans la réglementation de la vie politique, et ensuite qu'à côté du développement matériel on doit susciter ou encourager un autre développement d'un ordre plus élevé et non moins utile.

14 mai. — M. L. Pelletan entreprend dans le Siècle une série de lettres adressées à M. Troplong sur le principe d'autorité.

17 juin. — On répand le bruit d'arrestations nombreuses. A cet égard le Moniteur est muet. M. Havin use de son droit et de son devoir d'interroger, dit-il, le gouvernement sur tous ces bruits qui ne sont pas démentis. Les citoyens, à défaut de la liberté politique, doivent être au moins garantis par la liberté civile qui leur a été promise ; ils ne doivent donc redouter ni les arrestations, ni les emprisonnements arbitraires.

2 juillet. — M. Havin engage le gouvernement à s'expliquer sur la question d'Orient; il doit d'autant

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moins hésiter que, plus on approche du moment critique, plus cette question devient populaire. Nul ne peut dire qu'elle sera la conséquence du premier coup de canon tiré sur les rives du Bosphore; mais quant à la France, son rôle est admirable. Elle défend le droit; elle a pour elle toutes les nationalités.

17 juillet; — Le Moniteur a parlé; le langage de M. le ministre des affaires étrangère est, dit M. Havin, digne, ferme et modéré. C'est ainsi que doit parler le droit appuyé sur la vérité et la justice. Autant l'appui du Siècle est acquis à tout ce qui se fera de national, autant nous serons impitoyables contre toutes les faiblesses.

21 juillet. — Les royalistes se lamentent du silence où sont tombés les intérêts moraux, mais ce qu'ils appellent intérêts moraux, ce sont leurs doctrines et leurs ambitions. Pour nous, dit M. Plée, les intérêts moraux sont ceux de la liberté de la France et ceux de la liberté du monde. Pour nous, la liberté est l'aliment nécessaire de l'intelligence; pour les royalistes, cet aliment est la soumission. Un océan nous sépare.

28 juillet. — La commission supérieure des sociétés de secours mutuels, a adressé à l'Empereur un document qui prouve que l'initiative des gouverne-

ments relative aux sociétés de secours mutuels est impuissante. Le Siècle applaudit à la formation des sociétés de secours mutuels. C'est ainsi, dit M. Louis Jourdan, que se réalisera la parole de saint Jean : aimez-vous les uns les autres, et que les pauvres se sauveront mutuellement et vaincront la misère.

3 août. — L'article du Siècle du 28 juillet lui a attiré l'accusation de socialisme. M. Louis Jourdan, qui ne s'effraye pas des mots, répond : Si les sociétés de secours mutuels et la prévoyance sont du socialisme, va pour ce socialisme t qui du moins a l'avantage de sauvegarder ce qu'il y a de plus respectable au monde, la famille, et ce qu'il y a de plus sacré chez l'individu, le sentiment de sa propre dignité ; de réparer, en un mot, les désordres que l'aumône a produits.

8 août. — Le Siècle reproduit cette pensée que le second Empereur écrivait pendant sa captivité à Ham. « La classe ouvrière ne possède rien; elle n'a de richesse que ses bras ; il faut donner à ces bras un emploi utile pour tous. Elle est comme un peuple d'ilotes au milieu d'un peuple de sybarites, il faut lui donner une place dans la société et attacher ses intérêts à ceux du sol. » C'est par l'enfance qu'il

faut commencer, fait observer M. Jourdan, et il est

urgent d'y songer. Le nombre des enfants soumis à la détention correctionnelle, était, de 1846 à 1850, huit fois plus fort qu'il ne l'était de 1826 à 1830. Le flot a monté en dix ans ! il monte encore.

1er septembre. — M. Berryer disait un jour à la tribune : « J'appelle socialisme cet assemblage de théories vulgaires, insensées, épuisées, qui se sont produites dans tous les siècles, chez tous les peuples. » M. L. Plée répond que pour lui, aux yeux du Siècle, le socialisme vrai, celui que l'on a quelquefois nommé le bon, comme Mgr. l'archevêque de Paris, par rapport à l'autre, est au contraire le perfectionnement des choses sociales. Ce n'est pas la ruine de la société, c'en est l'affermissement,

3 septembre. — Le Siècle défend le principe des nationalités. Il applaudit à tout ce qui rapproche les peuples, il applaudit à tous les chemins de fer, à l'abaissement des tarifs, à la libre circulation des denrées; il applaudit à la fédération humaine. Mais fédération ne dit pas conquête, alliance ne dit pas violence, fusion des intérêts ne dit pas absorption. Peuples, s'écrie M. Plée, respectons-nous mutuellement. Conquérons-nous réciproquement à force d'intelligence et de déférence. Mais que chaque nation reste nation.

4 octobre. — Le Siècle annonce avec une pro-

fonde douleur la mort de l'illustre savant François Arago. Dans une notice, M. Havin retrace les principaux actes de cette grande et utile existence. « Qu'il a bien gagné sa gloire, dit-il, ce savant des savants, ce patriote à l'épreuve de toutes les ingratitudes et de toutes les reconnaissances, ce travailleur de jour et de nuit, ce propagateur infatigable et inimitable de la science, ce défenseur invariable des intérêts de la cité et des libertés des pays ! »

2 octobre. — Une souscription nationale est ouverte pour élever un monument à la mémoire de François Arago. Le Siècle donne les noms des membres composant la commission ; il reçoit les souscriptions dont il publiera la liste chaque semaine.

5 novembre. — Première liste de souscription pour élever un monument à la mémoire de François Arago. Le Siècle s'inscrit pour 500 francs.

15 novembre. — M. L. Plée commence une série d'articles sous ces titres : Aristocratie, Bourgeoisie, Démocratie. En montrant où nous en sommes en aristocratie, dit-il, en bourgeoisie et en démocratie, nous ferons mieux toucher du doigt la place où il serait désirable que, pour le plus grand équilibre des forces sociales, le monde français en arrivât.

9 décembre. V Univers, qu'on a baptisé le Père Duchesne de la sacristie, attaque et diffame tous les grands noms de la France. En ce jour il est en train d'éreinter Victor Hugo. M. Havin, prenant la défense de notre grand poëte, dit : « Avons-nous besoin de défendre notre grand poëte que l'exil aurait dû rendre sacré? Est-ce que la voix puissante de Victor Hugo ne se fera pas entendre dans les âges à venir? Est-ce que ses vers sublimes ne seront pas répétés par les générations nouvelles quand ses osbcurs blasphémateurs mourront oubliés, et n'auront pas même obtenu la courte immortalité d'une vie d'homme ?

1854. — 3 janvier. — Les circonstances deviennent de plus en plus graves; l'Empereur de Russie n'accepte ni congrès ni arbitrage: il ne dissimule plus, il agit. « La situation nous semble donc des plus tendues, dit M. Havin. Nous serons dans cette nouvelle phase de l'atfaire d'Orient ce que nous avons été dès le commencement, dévoués avant tout à notre patrie, à ses intérêts permanents; nous nous placerons au-dessus de toutes les mesquines

combinaisons de partis; nous ne penserons qu'à la France, à sa gloire et à son influence dans le monde.

14 janvier. — Le Siècle inaugure la Chronique hebdomadaire que signe M. Edmond Texier.

14 février. — La lettre de l'Empereur des Français à l'Empereur Nicolas, dernier effort en faveur de la paix, est l'objet des réflexions du Siècle. En même temps il répond aux attaques dont il est l'objet. « Nous acceptons la dénomination de révolutionnaires, dit M. Havin. Nous n'avons jamais caché notre attachement à la cause de la Révolution française, à ses principes immortels; nous n'avons jamais caché nos vives sympathies pour l'émancipation des peuples. Nous sommes donc des révolutionnaires; loin de nous en défendre, nous nous en glorifions : c'est et ce sera l'honneur de notre vie. Nous ne dévierons pas de la ligne patriotique qui est la nôtre, et dans les graves complications où va se trouver la France, nous n'aurons qu'une pensée, qu'une volonté, celle d'assurer le triomphe du droit sur la force, de la civilisation sur la barbarie.

11 mars. — Le corps législatif et le sénat ont voté à l'unanimité un emprunt de 250 millions. Cet emprunt sera négocié au moyen d'une souscription publique, et non plus, comme autrefois, par l'intermédiaire des grands capitalistes. Cette idée est sortie

du Siècle ; M. Havin en fait monter l'honneur à son véritable auteur, M. Perrée. (Nous reportons avec bonheur, dit-il, à celui qui tenait avant nous le gouvernail du Siècle sa part d'initiative de la doctrine à lajfois démocratique et nationale qui vient de triompher. »

1er avril. — La dernière tentative de pacification faite par l'Angleterre et par la France a complètement échoué. Le czar et son chancelier ont répondu d'une manière hautaine, presque insolente. « C'est maintenant au glaive, dit M. Havin, qu'il appartient de trancher cette question d'Orient si complexe, si embarrassée, et que toutes les habiletés de la Russie n'ont pu parvenir à dénouer.

13 avril. — M. Jourdan examine un livre que M. Audiganne vient de publier sur les populations ouvrières de la France dans la région du nord. Il défend les ouvriers contre des qualifications barbares. « Les classes ouvrières, dit-il, aspirent tout simplement à avoir leur place légitime au soleil comme la bourgeoisie aspirait à se faire sa place dans l'État depuis l'affranchissement des communes jusqu'à 1789, qui finit par lui donner raison. Le peuple est un corps dont la bourgoisie est la tête ; là où la tête passe, soyez sûr que, dans un temps donné, tous les membres passeront.

24 avril. — M. Jourdan continue l'examen du livre

de M. Audiganne sur les populations ouvrières; il donne d'intéressants détails sur les ouvriers de l'Alsace, la Lorraine et la Champagne.

10 mai. — Dans un article sur les jésuites, le Siècle débute ainsi : «Mon frère, je n'aime pas les jésuites, écrivait Napoléon à Joseph ; il faut les chasser. » D'où ne les a-t-on pas chassés? L'histoire du jésuitisme et une expulsion perpétuelle.

11 mai. — Le troisième article de M. Jourdan sur les populations ouvrières concerne les ouvriers de Lyon et tous ceux du midi. Il conclut ainsi : Les classes laborieuses aspirent au bien-être relatif, au bien-être de l'esprit, de l'âme et du corps. Tout le socialisme est là cependant, et l'œuvre des gouvernements intelligens consiste à donner la plus large satisfactions possible par de sages réformes politiques ou économiques, à ces instincts, à ces aspirations.

22 juin. — Au sujet de la punition, le Siècle constate que la société a deux devoirs impérieux à remplir : prévenir d'abord, puis réprimer. On invoque la charité, dit M. Jourdan; laquelle? La vraie charité, c'est dans les institutions dans les lois d'impôts, de douanes, de tarifs, dans les progrès agricoles, industriels, dans l'intruction publique, dans le respect de la liberté et de la dignité humaines, qu'elle doit prendre place aujourd'hui.

30 juin. — Les correspondances de Russie annoncent que les préparatifs d'attaque et de défense prennent des proportions gigantesques. « Imitons notre ennemi, dit M. Havin, soyons prêts pour toutes les éventualités ; nous n'obtiendrons de sérieuses garanties de paix que si nous avons pu par une éclatante victoire abaisser l'immense orgueil du despote mocovite, »

26 juillet. — Le Siècle voit un événement considérable dans l'étroite alliance contractée entre les deux gouvernements d'Angleterre et de France, alliance qui est un gage de civilisation. Les armées, les flottes des deux pays marchent ensemble et tendent au même but; le Français combat ou voyage sous le pavillon britannique, l'Angleterre se range sous nos drapeaux. Des deux côtés du détroit, il n'y a plus qu'une politique, c'est la politique Anglo- Française.

19 août. — Le canon des Invalides a annoncé la première victoire de nos troupes dans la Baltique. Le Siècle tressaille de joie et d'orgueil national. « Comme Français, dit M. Havin, comme ennemis déclarés du despotisme, nous faisons les. vœux les plus ardents pour que le châtiment si bien mérité par le violateur de tous les droits, ne soit pas retardé ! »

21 août. — M. Plée entreprend de combattre l'organisation du colportage qui ne concerne pas seulement les livres outrageants pour les mœurs, ou simplement hostiles à la politique du jour; on songerait à remplacer la littérature populaire par une littérature de commande.

25 août. — Le Siècle pose cette douloureuse question : Faut-il une Pologne! qui a fait l'objet d'une brochure. Pour que l'on discute sérieusement une pareille question, il faut que le problème surgisse des événements et non des livres, il faut que la force des choses la propose non-seulement au cœur, mais à la politique de tous.

24 septembre. — La partie ultramontaine entreprend une guerre contre les idées révolutionnaires. Mais, dit le Siècle, c'est une guerre dans le vide et dans l'impossible. Leurs cris, leurs injures, leurs excentricités, leur jésuitisme, n'atteignent que ceux qui veulent bien être atteints. Quant à nous, continue M. Plée, nous croyons que la Révolution n'a rien à redouter d'eux.

13 octobre. — Le Siècle reproduit la lettre de

M. Barbes qui proteste contre l'acte de clémence

dont il a été l'objet. Elle se termine ainsi : « Je vais

passer deux jours à Paris pour qu'on ait le temps

de me remettre en prison, et ce délai passé, ven-

dredi soir, je cours de moi-même chercher l'exil. »

Suivent le nom et l'adresse.

22 octobre. — M. Plée combat le projet d'une commission de colportage. Si les tribunaux ordinaires ne suffisent pas, formez ouvertement un tribunal des livres, mais que les séances en soient publiques comme celles des autres tribunaux, que l'intéressé puisse s'y défendre, afin qu'il ne soit pas étranglé secrètement... La pensée, depuis 1789, a conquis des droits qui sont placés sous la garantie, non-seulement de la constitution, mais aussi des lois relatives à la propriété.

31 octobre. — Le Siècle, à propos de l'exposition universelle, rappelle le mot de Kant, qui a dit : que si les hommes ne devaient pas un jour former une fraternité universelle, l'humanité lui paraîtrait de la part de Dieu un dessein bien méprisable. Le Siècle met au service de l'exposition universelle ses études, ses travaux, sa bonne volonté et le faisceau de son dévoûment collectif, si bien habitué à marcher d'accord sous une impulsion dont tout le monde reconnaît le patriotisme large et élevé.

5 novembre. — On a réuni en brochure une belle et grande discussion sur le droit entre M. de Girardin et M. de Lourdoueix dans la Gazette de France. Le Siècle, qui en rend compte donne sa solutionne Le

droit est analogue au devoir de chacun de nous, dit M. Jourdan ; travailler sans relâche à l'affranchissement de la raison humaine, à l'établissement de la liberté humaine, au développement de la science humaine. Tout autre droit que celui-là ne peut-être qu'un instrument d'oppression.

21 novembre.— V Univers demande la suppression du Siècle qui abuse, au dire du journal de M. Veuillot, de la liberté illimitée qui lui est laissée, ce qui compromet les droits de la presse. Nous continuerons, dit M. Havin, à discuter le miracle de la Salette, son authenticité ; nous verrons qui méritera les censures des pouvoirs publics et des honnêtes gens; qui a favorisé l'imposture et le mensonge; qui sert mieux les intérêts d'une religion de vérité et de charité, d'égalité et de liberté.

24 novembre. — Le Siècle veut qu'on exige des garanties contre l'ambition du czar; il demande qu'une barrière s'élève entre l'ambition sauvage des czars et la partie occidentale de l'Europe : il faut que la Pologne renaisse des cendres de Sébastopol; et en reconstituant une Pologne indépendante, dit M. Havin, il faudra songer à toutes les nationalités qui furent sacrifiées à une détestable politique.

B décembre. — Une souscription est ouverte dans les buraux du Siècle pour élever un tombeau au ser-

rurier poète Gilland, ancien représentant du peuple.

16 décembre. — Le roi de Naples veut chasser les Jésuites de son royaume. M. Jourdan supplie Ferdinand de les conserver chez lui. « Quand un épidémie se déclare, dit-il, on tâche d'en concentrer le foyer, on établit des cordons sanitaires pour en empêcher la propagation. Dévouez-vous, roi magnanime ! gardez dans vos États ce choléra pestilentiel, et puissent toutes les autres nations s'en garantir ! »

31 décembre. — M. Havin propose l'amnistie pour bien commencer l'année. Nous reconnaissons, dit-il, que nous n'avons aucun droit de conseiller le gouvernement-; mais, forts de notre patriotisme, de l'indépendance que nous avons voulu conserver, môme à l'égard de nos amis politiques, nous disons notre opinion avec loyauté, sans arrière-pensée.

1855. — 8 Janvier. — Le Siècle passe en revue tous les actes importants de l'année, sous ce titre : Les quatre trimestres de 1854.

12 janvier. — La philosophie moderne enseignée dans les séminaires rejette le dogme de la souveraineté du peuple imaginé par les protestants. M. Jourdan examine tout au long cette philosophie qu'il qualifie d'étrange. « En vérité, dit-il, quand on entend les déclamations quotidiennes du parti ultramontain contre les œuvres qui ont honoré, élevé

l'esprit humain, et lorsque, d'un autre côté, on s'arrête aux incroyables doctrines dont nous venons de donner une idée, on ne sait à quel sentiment donner place dans son cœur.

14 janvier. — Dans son troisième article de revue politique de l'année, M. Plée dit ce qui domine le troisième trimestre de l'année, ce qui fait de septembre 1854 un mois historique, ce sont les grands coups du débarquement si heureusement opéré à Eupatoria, de la glorieuse battaille de l'Aima et de la marche habile sur Balaklava.

21 janvier. — Le Siècle préconise l'alliance de la France avec le Piémont. La question posée, dit M. de Lasteyrie, est celle des nationalités; nous nous en sommes déclarés les champions. Cette alliance établit des liens de solidarité qui, à un jour donné, peuvent devenir la base la plus solide de l'indépendance italienne, et qui, dans tous les cas, le couvre aujourd'hui contre tout danger extérieur.

31 janvier. — Le secrétaire de la rédaction, M. Plée, constate que de très-grandes choses s'accomplissent en ce moment ou sont en voie de s'accomplir. Pourquoi, dit-il, ce silence si peu en rapport avec la situation? Pourquoi cette espèce de langueur des esprits et des caractères en face de la marche ascendante du progrès et de l'humanité? Le

remède a tout cela est facile. La Constitution de 1852 est progressive, elle admet les amendements, nous demandons ces amendements; nous les demandons au nom de cette bourgeoisie française qui ne calcule pas quand la France a besoin d'elle, et qui, en un an, a noblement donné sept cent cinquante millions pour soutenir une guerre de civilisation; au nom de ce peuple, dont les enfants combattent si héroïquement pour la cause du monde.

3 février. — Le Journal de l'Empire est satisfait de la liberté actuelle, il n'y a qu'une chose que la loi ne permette point, ce sont les mauvaises passions. L'organe semi-officiel se trompe. Le Siècle ne se trouve pas assez libre. En gardant notre indépendance absolue, vis-à-vis du gouvernement, nous demeurons l'avant-garde de la société contre les bou. îeversements que rêve la contre-révolution. Pour défendre cette société, que nos adversaires veulent ramener aux folies, aux malheurs et à l'esclavage du passé, nous avons besoin de liberté, d'une grande liberté. C'est par la liberté que doit vivre cette Révolution contre laquelle l'esprit de secte lève l'étendard.

6 février. — Un professeur de philosophie d'un séminaire quelconque, M. Bensa, abbé, réclame l'interdiction de toute discussion sur les matières

ET JOURNALISTES 19o

religieuses afin de protéger la religion. Un bâillon, s'il vous plaît, s'écrie M. Jourdan. Quant à nous, nous persévérerons à affirmer la liberté de conscience, l'indépendance de la raison.

K> février. — Le Siècle dénonce un scandale. La mort frappe presque en même temps trois membres de la famille royale de Turin; aussitôt des hommes noirs, fardés de piété, masqués de religion, d'un lambeau de linceul se font un drapeau, une arme au profit de leurs doctrines, un fouet contre leurs adversaires. M. Jourdan 'proteste hautement contre cette odieuse profanation. Mais rassurez-vous, hommes noirs, vous ne serez ni comprimés, ni persécutés. La démocratie triomphante comprendra l'Évangile mieux que vous ne le compreniez quand vous faisiez massacrer les protestants, emprisonner Galilée, quand vous marchiez à la tête des dragonnades. On ne vous persécutera pas; le ridicule fera justice de vos scandales.

3 mars. — M. Dupont (de l'Eure) est décédé hier 2 mars. M. Havin se propose de rendre hommage à cette vie si modeste et si remplie, à ce noble caractère qui ne s'est jamais démenti; nous le ferons avec piété et gratitude.

5 mars.— Les obsèques de Dupont (de l'Eure) se sont faites telles que les avait réglées le vertueux citoyen

dans une instruction écrite de sa main. Le Siècle consacre deux articles, l'un de M. Havin sur la vie honnête et laborieuse de Dupont, l'autre de M. Plée rendant compte de la cérémonie funéraire... Selon la volonté du défunt, il n'y a pas eu de discours.

25 mars. — Constamment préoccupé des nationalités, le Siècle pose cette question devant la logique. Je m'appelle homme, dit M. Plée, je ne suis qu'un cent millionième ou moins encore de l'humanité; cependant la vie de ce rien si infime est sous la protection des lois fortes et puissantes, souvent implacables. Y toucher, c'est, sous l'empire de la légalité, toucher à la hache elle-même. Mais voilà que je fais partie d'une association, d'une agrégation naturelle qui a sa racine dans les temps. Je ne suis plus simplement un homme. Ce que les hommes ont fait pour se protéger mutuellement en tant que membres de la société humaine, les nations n'ont pas encore songé à le faire pour elles. Il y a autant de codes pour les particuliers qu'il y a de peuples différents. Il n'y a pas de codes des peuples. Vous n'aurez en Europe de véritable état normal que quand la logique y sera satisfaite... Appelez à vos assemblées diplomatiques les représentants de la Pologne, de la Moldavie, de la Valachie, des provinces lombardes... De même qu'il n'y a pas si petite

existence d'homme que la loi ne protège, laissez faire au suffrage universel des nations des lois qui protègent aussi chaque existence de peuple si infime qu'il soit.

7 avril. — Un Mémoire sur le paupérisme a été envoyé au conseil général de la Nièvre. Les auteurs se proposent de guérir la plaie la plus profonde, la plus douloureuse des sociétés modernes, le paupérisme. Les causes de la misère sont aux yeux des auteurs du Mémoire : l'affaiblissement de l'autorité paternelle, l'absence du sentiment religieux et le morcellement de la propriété. Le Siècle , en réfutant ce Mémoire, ne veut que montrer combien sont actives et nombreuses les attaques dirigées contre les institutions et les principes de la révolution de 1789. « Ce que nous pouvons affirmer, dit M. Jourdan, c'est que la conscience publique se révoltera toujours contre toute tentative ayant pour objet de ressusciter des abus et des privilèges hautement condamnés sans retour. »

13 avril.— M. Lehodey, ancien préfet de la Manche sous la République, est nommé directeur-gérant du Siècle, à la place de M. Tillot, démissionnaire. En annonçant ce changement, le Siècle, renouvelle sa profession de foi ; il défendra toujours avec indépendance les libertés publiques et les conquêtes de

nos révolutions. Le conseil de surveillance, la rédaction et la gérance continueront à mériter, par de nouveaux services, les sympathies de la démocratie et la faveur toujours croissante du public. Cette profession de foi, digne et concise, est signée de tous les rédacteurs du journal.

25 avril. — Une nouvelle édition, la centième peut-être, des chansons de Béranger attire sur le poète la colère de M. de Pontmartin, qui, pour récompense, reçoit une chaude accolade de M. Veuillot qui le traite de frère et ami. Je plains sincèrement M. de Pontmartin, dit M. Jourdan; si grave qu'ait été sa faute, elle ne méritait pas un tel châtiment,

28 avril. — En tête du journal, le Siècle flétrit le « lâche attentat » commis sur la personne de l'Empereur, aux Champs-Elysées. Un italien a tiré sur Sa Majesté deux coups de pistolet qui ne l'ont pas touché.

6 mai. — M. de Beaumont-Vassy publie un livre : Histoire de mon temps, pour exprimer et faire partager les craintes que lui inspire le grand mouvement d'idées de notre époque, et il conclut à la fatalité. M. Jourdan repousse cette conclusion orientale ; humble fils de Voltaire, il a foi en la liberté, comme au milieu des ténèbres de la nuit, le vova-

geur a foi au soleil qui viendra à l'heure marquée porter à toute la nature la joie, la lumière et la fécondité. Ce qui est pour d'autres un sujet de tristesse et de désolation est pour le Siècle une source de joies profondes, de vastes espérances, car ce désordre, ces chocs violents qui déplacent les bases du monde moral et du monde matériel sont à nos yeux le symptôme d'une réorganisation prochaine : à travers les ténèbres, nous voyons poindre les lueurs d'un monde nouveau.

8 mai. — Sous ce titre : Les gloires nationales, le Siècle repousse énergiquement et avec l'esprit qu'on lui connaît les attaques insensées de M. Veuillot contre les grands hommes de France, les plus célèbres littérateurs. L'indignation qu'à soulevée cette croisade contre nos gloires nationales est générale, dit M. Jourdan, et si le Nonotte contemporain voulait prendre connaissance de notre correspondance, il verrait comment sont appréciées par les gens de cœur ces attaques indécentes contre des hommes qui ont le plus honoré leur pays.

14 mai. — Le rédacteur en chef de Y Univers, las d'insulter, charge un Basile de second ou troisième ordre de calomnier la mémoire du général Hoche; cette fois, dit le Siècle, il ne restera rien de tant de calomnies: la noble et pure figure du général repu-

blicain ne sera pas atteinte par la boue dont on essaie en vain de la salir. Nous voulons constater, écrit M. Jourdan, qu'en insultant à nos gloires, le parti jésuitique espère surtout frapper le principe démocratique que nous ne nous lasserons pas de proclamer et de défendre.

28 mai. — Le Siècle constate le succès obtenu à Kertch et à Iénikalé. Nous touchons, dit M. Havin, à un dénoûment sur cette terre de Grimée où fut déjà versé tant de sang glorieux. En faisant les plus patriotiques vœux pour l'honneur et le succès de nos armes, nous sommes certains d'en faire pour la cause de la civilisation et de l'indépendance des peuples.

30 mai. — ■ Le Siècle souhaite bonne chance à M. Gourcelle-Seneuil, qui va professer l'économie politique aux Chiliens.

3 juin. — M. de Laprade vient de publier un volume de poésie que le Siècle examine; il reproche au poëte de se laisser aller au découragement ; il pense que c'est là une défaillance momentanée. Plus les temps actuels ont de tristestes, dit M. Jourdan, plus la voix des poètes doit nous soutenir et nous encourager. Ce n'est pas à eux d'écrire le sauve qui peut.

8 juin. — M. de Lamartine a promis au Siècle sa

collaboration philosophique et littéraire; c'est le dimanche et deux fois par mois que paraîtront les Notes sur mes lectures. Le dimanche a été choisi, parce que ce jour-là, le peuple a plus de loisirs.

16 juin. — Le Siècle rappelle l'article 45 de la loi de germinal qui interdit les cérémonies religieuses hors de l'église. Il espère que le gouvernement ne se prêtera pas aux envahissements sur la voie publique, qu'il fera respecter la vraie loi de liberté, qui défend à un culte quelconque de s'emparer du temporel et du moral au détriment de tous les autres.

2 juillet. — Le discours d'ouverture de la session extraordinaire de 1857 est inséré dans le Siècle; le sujet principal de ce discours est relatif à la guerre d'Orient.

3 juillet. — Le Siècle ne croit pas devoir s'abstenir de réflexions sur ce discours impérial ; il stipule en faveur de la Pologne et de l'Italie ; et termine en disant que la liberté ne diminuerait en rien l'élan du pays.

11 juillet. — On se livre à des recherches historiques pour connaître la politique de la France à diverses époques. Le Siècle répond que la révolution telle qu'il l'entend, c'est la sécurité commune, c'est la défense des opprimés , c'est le dépôt sacré des

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principes, c'est l'ordre général installé sur des bases de droit, de pondération et de justice.

29 juillet. — La Gazette de France entonne un chant de triomphe en faveur de la situation de la presse qui est, dit-il, le fanal éclairant la marche de l'humanité dans les voies de l'avenir. Le Siècle est un peu étonné de cette exaltation en présence du régime imposé aux journaux par les lois de 185:2. Nous vivons sans doute, dit M. Plée; mais avouonsle tous, ne trompons personne : notre véritable existence n'est que dans la liberté.

1er août. — Les amis de Frédéric Degeorge ont élevé un monument à la mémoire de cet éminent journaliste. L'inauguration a eu lieu le 26 juillet, en présence d'une foule compacte composée de toutes les classes de la société. Des discours ont été prononcés par MM. Lenglet, Degouve-Denuncques, Havin, Garnier-Pagès. Le Siècle reproduit le discours de M. Havin qui se termime ainsi : « Devant cette tombe, il me reste à prendre le solennel engagement, je ne dirai pas de surpasser ou d'égaler Degeorge, mais de suivre son exemple, de défendre la liberté jusqu'à notre dernière heure ; et cet engagement, je le prends non-seulement en mon nom, mais au nom des rédacteurs de la feuille que j'ai l'honneur de diriger. »

4 août. — h' Indépendant de l'Ouest se fait l'écho d'un prétendu changement d'opinions du Siècle. M. Havin répond par une lettre à ce qu'il qualifie de la plus odieuse des diffamations. « Nos principes et nos sympathies, dit-il, restent invariablement les mômes. En mon nom personnel, au nom de toute la rédaction, au nom du conseil de surveillance, au nom de l'administration du Siècle, je vous demande d'insérer dans votre plus prochain numéro cette protestation contre la plus indigne des manœuvres. »

22 août. — Le Siècle s'associe à tout ce qui est fait pour recevoir dignement la reine constitutionnelle de la Grande-Bretagne qui vient resserrer l'alliance des deux nations les plus civilisées et les plus braves. « Cette union, dit M. Havin, c'est le triomphe des grandes idées de civilisation, de progrès, de liberté, d'égalité, que nous saluons dans la personne de la reine d'Angleterre, acclamée par la nation d'un bout à l'autre de la France, sans exception d'opinions. »

6 septembre. — M. Havin présente aux abonnés du Siècle un nouveau collaborateur, M. Taxile Delord, un des écrivains très-distingués de la presse quotidienne.

10 septembre. — Les trois attaques dirigées cou-

tre Malakoft', le redan du carénage et le redan ont été couronnées d'un plein succès. « Le drapeau français, dit le regrettable II. Lamarche, a flotté le premier sur les défenses renversées de Sébastopol. La France reconnaissante saluera bientôt les noms de ceux qui sont morts en combattant pour la civilisation. »

17 septembre. — Le Siècle veut qu'on poursuive la guerre de civilisation qu'on a entreprise pour la Turquie, il demande la liberté de conscience, l'égalité civile, l'unité ottomane. Pour la Pologne, il faut réparer les fautes de deux siècles et relever cette héroïque nation qui en est réduite adonner son sang pour le triomphe de la politique de Pierre le Grand.

20 septembre. — Le Moniteur constate l'insuffisance de la récolte qu'il évalue à 7 millions d'hectolitres. L'écrivain du gouvernement, demandant ce qu'il y a à faire, répond qu'il faut provoquer la charité publique et privée et activer le travail intérieur. Le Siècle engage les patrons, les directeurs, les chefs de toutes nos industries à augmenter les salaires. Élever les salaires, dit M. Jourdan, n'est-ce pas un acte de charité, un acte d'amour bien supérieur à l'aumône ?

10 octobre. — Le Siècle préconise les sociétés de consommation ainsi nommées aujourd'hui, qu'il

expose sous le titre : Y Épargne à court terme. Un ouvrier, dit M. Plée, place quatre ou cinq sous par jour à la caisse d'une société d'épargne spécialement fondée pour l'achat des denrées en gros. La mauvaise saison arrivée, cette société lui fournira en gros les denrées qu'il voudra pour la somme versée. Elle les lui livrera au prix coûtant, qu'elle aura payé elle-même en faisant des achats considérables. Ces sociétés d'épargne existent en Allemagne, en Angleterre et en Suisse; il n'y a donc pas là d'utopie.

31 octobre. — On reproche au Siècle qui ne s'en inquiète guère, son utopie relativement au rétablissement de la Pologne. Il déclare qu'il professera cette utopie aussi longtemps qu'il croira à la justice de Dieu.

15 novembre. — Le Siècle rend compte de la cérémonie de la remise des médailles; il publie le rapport du prince Napoléon et le discours de l'Empereur ; puis les noms des industriels médaillés.

29 novembre. — Mgr l'évêque de Poitiers vient de publier une brochure violente. Il n'est pas un paragraphe qui ne contienne ou une erreur, ou une parole blessante, ou une injustice, il appelle le Siècle « l'organe otiiciel de l'enfer. » Mais de même que le clergé ne se lasse pas de poursuivre la domination universelle, dit M. Jourdan. nous ne devons pas

nous lasser de le combattre. Quiconque a l'honneur de tenir une plume et ne s'élève pas contre cette prétention opiniâtre, faillit à son devoir et trahit la cause du progrès, la cause du peuple.

6 décembre. — M. Plée publie son deuxième article sur la liberté des élections; il examine les arrêts des tribunaux relativement aux bulletins électoraux. Les interprétations diverses dans cette question créent des dangers. Quand il s'agit d'une institution aussi fondamentale que le suffrage universel, aucun nuage ne doit obscurcir la pensée ou contrarier l'exercice des droits.

19 décembre. — Dans ses études politiques contemporaines, le Siècle prouve par des faits, par des noms, que le gouvernement de Louis-Philippe a été le véritable organisateur du parti républicain en France ; c'est lui qui l'a constitué, qui a mis ses chefs en évidence, qui lui a créé des adhérents.

29 décembre. — La rentrée des troupes de Crimée a eu lieu aujourd'hui avec solennité. Le Siècle rend compte de cette cérémonie nationale.

M. Jourdan trace de sa plume poétique et sentimentale le bilan de l'année. Il termine en invitant à penser sérieusement à tous ceux qui souffrent sans distinction de race, de nationalité, de secte ou de foi.

1856. — 5 janvier. — Accusé par Y Univers, de falsifier les citations, le Siècle répond qu'il ne suffit pas d'accuser, il faut prouver. Chaque fois que le journal des dévots niera les citations, il sera aussitôt confondu. « Vous avez salué la République comme vous saluez tous les pouvoirs qui sont debout, dit M. Sougère. Vous lui avez jeté de la boue quand elle est tombée, comme vous et vos coreligionnaires en avez jeté à tous les pouvoirs qui se sont succédé en France depuis 1789.

23 janvier. — M. Jourdan s'attaque à la bande noire qui s'agite dans tous les pays. Puissante ou non, cette bande noire, dit-il, qui compromet à la fois le clergé et la religion, n'empêchera pas, nous le savons, le progrès, mais elle peut retarder son éclosion, et c'est pour cela que nous devons résister de tous nos efforts, à cet envahissement dont nous sommes menacés. C'est à tous ceux qui sentent vivre Dieu en eux et hors d'eux de résister à ce torrent de superstitions, de folles terreurs, de préjugés et de haines que l'on voudrait déchaîner contre les sociétés modernes, au nom d'un Dieu de paix, de vérité et d'amour.

31 janvier. — La statistique des prisons est des plus affligeantes. M. Perrot, inspecteur général, dit qu'en 1835 les maisons centrales renfermaient

14,000 condamnés; end 854, on en comptait 22,328. Sur ce nombre, plus de 20,000 ignorants. Si nous voulons voir décroître, dit M. Jourdan, les chiffres effrayants résumés dans ce rapport, il faut multiplier les éléments de l'instruction publique. En d'autres termes, la société actuelle a trois ennemis implacables ; ils se nomment : l'ignorance, la misère et l'intolérance. Pas de trêve avec eux, combattez-les sans relâche.

1er février. — Le discours de la reine d'Angleterre appelle les réflexions de M. Havin. L'occasion est unique, dit-il, jamais circonstance aussi favorable ne se représentera. Nos préparatifs sont faits, ils se poursuivent. Les États secondaires nous accompagnent de leurs vœux. Ayons le courage de réviser la carte d'Europe qui fut en 1815 remaniée contre nous, contre la civilisation dont les nations de l'Occident sont les représentants. Appuyons-nous sur les peuples qui gémissent et qui espèrent : là est une force qui ne nous fera pas défaut.

9 février. — M. Jourdan termine ses études politiques contemporaines, son dernier chapitre est consacré au socialisme. Il dit que le socialisme n'est nouveau que pour les esprits superficiels ; mais pour tous ceux qui savent voir et prévoir, le socialisme tient par de fortes racines à tout le passé de notre

histoire. La révolution de 1789 fut une révolution à la fois politique et sociale,

23 février. — Le Siècle pose le problème polonais; il n'en est pas de plus vital, dit M. Plée, ni de plus difficile ; il est persuadé que la Pologne, si elle n'a pas encore pu être rétablie sur la carte des États constitués, n'a pas cessé de vivre un seul jour dans le cœur des patriotes de tous les pays.

3 mars. — Le Siècle reproduit le discours par lequel l'Empereur a ouvert la session législative de 1856. Le journal ne fait aucune réflexion à ce sujet.

14 mars. — M. Plée publie son dernier article sur le problème polonais; il termine ainsi: « Persuadés que les causes justes, même celles qui déplaisent passagèrement aux Dieux, finissent par trouver quelqu'un ou quelque chose pour les faire triompher, ces mots seraient notre conclusion, si nous ne savions que tout, même une grande réparation, doit avoir un commencement. »

21 mars. — M. L. Plée commence une série d'articles sur l'Italie. Quand on veut parler dignement de l'Italie, dit-il, il faut, comme les lutteurs d'Olympie, s'être longtemps frotté d'essence et de préparation. Nous n'avons pour nous que notre amour des nations et de leurs libertés 1 Cependant

nous essaierons.

22 mars. — Malgré la discrétion des plénipotentiaires réunis au congrès de Paris, il transpire au dehors quelques bruits. Le correspondant du Siècle indique quelques points qui font l'objet des discussions de ces messieurs chargés de la paix du monde. On dit que le nom de l'héroïque Pologne ne serait même pas prononcé. Nous le disons avec conviction, s'écrie M. Havin, le congrès n'aura pas rempli sa grande tâche si rien n'est fait pour la Pologne, et nous voulons espérer qu'au retour de la commission d'Orient, au moment où le congrès, se réunira de nouveau, cette grande cause obtiendra plus qu'un silence dédaigneux.

8 avril. — Le Siècle , préoccupé du sort de l'Italie, désirerait savoir si le congrès s'est occupé de ce peuple qu'il voudrait voir indépendant de l'Autriche. Il est impossible, dit M. Havin, que le congrès ne s'occuppe pas de ce royaume de Naples où règne un dispotisme barbare. Le remède héroïque, le seul que l'Occident victorieux devrait appliquer et pour lequel il trouverait peut-être, dans le congrès, des appuis inespérés, ce serait de déclarer l'indépendance et l'unité de l'Italie.

46 avril. — Henri IV est resté populaire pour son vœu socialiste de la poule au pot. Quelle popularité n'acquerraient pas, dit M. Plée, quelques chefs de

gouvernement, si, se réunissant, ils tombaient d'accord sur la nécessité de songer à la grande condition matérielle de l'existence humaine et aux conditions morales. Ces pauvres nations, si longtemps malheureuses, ont presque toujours lutté pour deux choses: sauver leurexistenee et conquérir leur liberté. Hélas ! il faut demander cela, il faut combattre pour cela, faire des guerres, des traités, et cependant est-ce autre chose que la justice?

24 avril. —Le congrès de Paris touche à sa fin; il n'a rien décidé relativement au sort des Principautés, de la Pologne, de l'Italie; mais un autre congrès de qui relèvent tous les congrès, un congrès universel s'ouvre aussitôt où l'on discute le sort de l'Italie. Écoutez tout ce qui se dit, tout ce qui s'écrit, l'Italie est au fond. L'Italie dit M. Plée, comme question actuelle, a remplacé la question d'Orient. Si on ne règle pas aujourd'hui sa situation, il faudra la régler demain.

28 avril. — M. Havin fait un grand éloge des crèches; il blâme les esprits chagrins qui trouvent des défauts aux institutions la plus précieuses. Les crèches lui semblent tout bonnement sublimes.

29 avril. — Le Siècle insère le traité de paix conclu entre la France, l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse, la Russie, la'Sardaigne et la Turquie. Plu-

sieurs numéros sont remplis par ce traite et ses annexes.

3 mai. — Le compte rendu des courses est dirigé par M. Léon Gatayes, qui est un maître en steeplechase. C'est ainsi qu'il explique ce jeu : « Singulier plaisir pour les uns de jouer à tuer leurs chevaux, et accessoirement à se casser les membres; pour les autres, d'assister à un spectacle où, si la peine est quelquefois un plaisir, le plaisir est bien plus souvent une peine. » Chateaubriand, esprit sombre, n'a-t-il pas dit : « Un charme est au fond des souffrances, comme une douleur au fond des plaisirs ; la nature de l'homme est la misère. »

4 mai. — Ce qui à frappé le Siècle dans le traité de paix, c'est surtout la facilité avec laquelle la Russie a accepté la solution de la question d'Orient, telle que l'avaient tracée les quatre garanties. En cédant si facilement, la Russie, dit M. Havin, n'aurait-elle pas une arrière-pensée ? il est évident qu'elle conserve en Europe une prépondérance qui s'accorde mal avec un véritable équilibre. Mais ce qui attire surtout, pour le moment, l'attention du Siècle, c'est la question la plus délicate, l'Italie. Si nos conseils ont été bons, dit M. Havin, patriotiques dans la question d'Orient, ils ne le sont pas moins quand nous disons à la France et à l'Angleterre : « Méritez en Italie la

reconnaissance des peuples; mettez un frein au clespotime brutal de ces races royales dégénérées qui font détester le pouvoir, de ces prêtres cruels et inintelligents qui compromettent le nom et l'autorité du chef de l'Église; cela vous est facile : vous n'avez qu'à vouloir.

7 mai. — Les conférences de Paris appellent l'attention, de tous les journaux. Le Siècle se prépare à examiner en détail et à approfondir ce traité qui est une grande page de la vie des nations; et comme le perfectionnement est la loi des alliances comme celle des autres institutions sociales, dit M. Plée, il se croit le droit de présenter des observations sur les conférences de Paris, sur les opinions qui y ont été émises, sur les solutions qui ont été adoptées et sur les événements qu'elle font pressentir.

10 mai. — Le Siècle a reçu quelques fragments des Entretiens littéraires de M. de Lamartine. Trois sur les poètes anglais ; il publie la vie de lord Byron.

12 mai. — Un incident du congrès de Paris a soulevé en Angleterre, en Belgique et en France la question de la presse. M. Walewski, dans la séance du 8 avril, appela l'attention de ses collègues sur les excès de la presse Belge. Lord Clarendon prit la défense de la liberté. M. Plée explique ainsi l'utilité

de la presse. « La liberté est une puissance tutélaire qui veille dans les temps calmes, et qui, aux jours d'orage, protège tous les droits et tous les intérêts. La liberté de la presse est pareille à ces lampes suspendues pendant le jour au plafond des voitures de chemin de fer. Tant que le convoi galope à la clarté du soleil, nul ne songe à leur présence ; mais dès que le train s'engage dans les ténèbres et dans les profondeurs d'un tunnel, chaque voyageur bénit l'humble et bienfaisante lumière. »

46 mai — Sous ce titre plein de promesses; la Liberté du crédit, M. Bénard donne l'explication des différents systèmes de crédit qui n'est, selon lui, qu'un supplément du capital. Malgré tous les essais, dit-il, faits pour créer les crédits agricoles, fonciers, maritimes, industriels,, sur l'honneur, sur le revenu, sur gages, ou même sur rien, le crédit est encore dans son enfance ; nous voulons montrer quelles sont les lisières qui l'empêchent de croître et de grandir, et quels développements il prendrait si on lui donnait quelques jours la liberté.

20 mai. — Le Siècle demande pourquoi un factionnaire se met au port d'arme quand passe un soldat décoré de la Légion-d'honneur, et pourquoi il reste indifférent devant un bourgeois porteur d'une médaille d'argent. Pourquoi cette différence

de traitement? si l'un a risqué sa vie sous les drapeaux, l'autre a exposé ses jours pour sauver la vie à un ou plusieurs de ses semblables. M. Jourdan réclame sur ce point une réforme qu'il croit imminente. »

21 mai. —Les ultramontains et les légitimistes sont dans une grande désolation. Leurs cris de désespoir et leurs imprécations contre M. deCavour, contre le gouvernement et contre la famille royale de Savoie, dit M. Havin, prouvent que c'en est fait du gouvernement clérical en Italie. Les petits potentats, s'ils veulent conserver leurs trônes, vont être obligés d'entrer dans le mouvement des idées nouvelles pour arriver à ce qui doit être le but de la politique de la France et de l'Angleterre, de laPrusse comme de la Russie : la liberté, l'indépendance de l'Italie !

1er juin. — Le Siècle a une pleine confiance dans l'avenir du Piémont, dont la situation est excellente # La gloire lui sourit, la civilisation le contemple, les nationalités espèrent en lui. Qu'il continue à ne rien céder, dit M. Plée, ni à l'Autriche, ni à l'ambition pontificale, tout en guidant les espérances Italiennes sans se laisser déborder, et nous osons lui prédire une grande place dans l'histoire, dans ce livre de l'émancipation de l'Italie où MM. Gavour

et de Yillamarina, au congrès de Paris, ont récemment écrit quelques pages ineffaçables.

2 juin. — Une souscription est ouverte dans les bureaux du Siècle pour secourir les familles frappées par l'inondation à Lyon. « Jamais, dit M. Emile de la Bédollière, dans son courrier, le fléau des inondations n'avait sévi d'une manière plus terrible. Des milliers de malheureux vont se trouver sans asile et sans pain, » Le Siècle soùcrit pour 1,000 fr.'Les rédacteurs et les compositeurs se sont empressés de se faire inscrire.

3 juin. — Les souscriptions abondent au Siècle. Un grand nombre de personnes venant souscrire après leur travail, des employés spéciaux reçoivent les souscriptions jusqu'à neuf heures du soir.

4 juin. — Le journal est tout entier aux inondations; les souscriptions modestes ou considérables abondent au Siècle.

6 juin. —Les inondations sont la grande préoccupation. Le Siècle expose tous les moyens qui ont été présentés à plusieurs reprises pour atténuer les inondations. Ne disons pas que c'est impossible, dit M. Jourdan, car, selon le mot ancien, si c'est impossible, ça se fera; si c'est possible, c'est fait. Quatre colonnes du journal sont remplies de souscriptions.

11 juin. — Un journal légitimiste demande au Siècle ce que ferait l'Italie si elle entrait en possession de laliberté qu'elle envie et que ce journal désire pour elle. Quand ce ne serait, dit M. Jourdan, que pour effacer les lois caduques, les lois qui mettent à la disposition du clergé la vie, la fortune, l'honneur des citoyens, nous appelons de tous nos vœux la liberté de l'Italie!

16 juin. — M. Bénard expose à quelles conditions le commerçant et l'industriel peuvent aujourd'hui, grâce à nos lois sur le crédit et sur l'intérêt, se servir du capital des autres.

28 juin. — Le parti clérical attribue les inondations à ce que les magasins sont ouverts le dimanche. M. Laurentie, qui voit ici la main de Dieu dans ce fléau, dit : « Le travail, c'est le mal, le mal dans toute son horreur, et vous condamnez le peuple au travail ! » A cette accusation, M. Jourdan répond : « Gela est tout simplement un blasphème. Non, le travail n'est pas le mal. Le travail, sous toutes ses formes est la manifestation la plux sainte, la plus éclatante par laquelle l'homme puisse honorerDieu. Le travail, ce sont nos vêtements, nos demeures, c'est le pain nourricier, l'instrument de la liberté, le point de départ de toute civilisation. Le travail est le moyen dont la providence se sert pour nous

élever progressivement dans l'échelle des êtres et des mondes.

Juillet. — Ce mois ne contient rien qui puisse signaler particulièrement le Siècle ; plusieurs articles sont consacrés à la liberté du crédit par M. Bénard, économiste laborieux et savant; une critique du livre de M. de Tocqueville, L'Ancien régime et la Révolution; de très-belles considérations de M. Plée, au sujet d'une publication de Louis Mieroslewski, sur la nationaliié polonaise et l'équilibre européen.

11 Août. — M. Bénard examine le rapport adressé au ministre de l'intérieur sur les tours, les abandons, les infanticides et les morts^nés. Il combat l'opinion généralement reçue et qui rend toute tâche facile, que toutes les causes de la misère sont dues à l'ivrognerie, à la paresse, à l'imprévoyance, à la débauche. « C'est ne voir les choses, dit M. Bénard, que par le petit côté, prendre l'effet pour la cause ; c'est en persistant dans ces solutions que l'on arrive à ne rien faire... » La misère est l'état de l'homme naturel... Plus les nations se civilisent, continue M. Bénard avec un grand esprit de justice et de vérité, c'est à dire plus elles travaillent, plus elles acquièrent de savoir, de capital et de crédit, plus elles triomphent de la misère originelle.

23 Août. — Le Siècle soutient une polémique con-

tre le Constitutionnel, dans laquelle il est contraint de parler de lui. «Non, dit M. Havin, nous n'avons pas été des républicains de la veille; mais le jour où la monarchie s'est elle-même suicidée, le jour où une nouvelle forme de gouvernement a été proclamée aux applaudissements de la France entière, nous nous sommes légalement attachés à la défendre... Nous avons voulu la guerre d'Orient en vue de l'honneur et des intérêts de la civilisation, en vue de la liberté et de l'indépendance des peuples. »

31 Août. — M. Plée entreprend une série d'articles sur les questions actuelles au point de vue des œuvres de Napoléon III. Il aborde successivement les questions de la liberté, de l'autorité, des impôts, de la dette, du commerce, du clergé, de l'instruction publique, etc., etc.; toutes ces questions sont traitées dans l'esprit libéral du Siècle et avec les connaissances profondes et logiques qui rendent si intéressants les écrits de M. L. Plée.

15 Septembre. — Le Siècle insère la lette de Manin démentant le bruit que la souscription pour donner cent canons à la forteresse d'Alexandrie avait été interdite par le gouvernement français. La souscription est toujours ouverte chez Manin, à Paris, rue Blanche, 70.

2o Septembre. — Le Siècle reproduit un article

de la Biographie [universelle, de Jules Janin, sur le suicide de Gérard de Nerval, exécuté le deuxième jour du mois de février 4855, rue de la Lanterne, au sommet d'un escalier qui touchait par la base aux fanges de la Cité, par le faîte à la porte horrible d'une maison borgne ! Gérard était un des bons écrivains de l'époque de 1830.

30 Septembre. — Contre M. l'abbé Benza, collaborateur à Y Univers, M. Jourdan soutient ou maintient que, dans les préceptes les plus importants de la loi morale, il n'y a rien de mystique, rien d'obscur, rien que l'esprit et le cœur ne saisissent à première vue; qu'elle constitue le dogme de l'humanité. On peut se consoler de n'être pas avec les rédacteurs des journaux catholiques, quand on est avec le Christ et avec les deux grands apôtres qui ont dit ces paroles où se résument toute religion, toute philosophie, toute sagesse, toute charité ! Vous êtes tous frères, selon saint Paul ; aimez-vous les uns les uns les autres, selon saint Jean.

20 Octobre. — Invité, provoqué par les journaux royalistes à s'expliquer sur le principe de non-intervention au sujet de l'Italie, le Siècle répond qu'il croit fermement que les grandes puissances libérales doivent, dans l'intérêt de l'équilibre européen, un appui, non-seulement moral, mais effectif aux

nationalités opprimées,, et, dit M. Havin, tout ce que fera le gouvernement de notre pays en leur faveur aura notre approbation.

12 Octobre. — Revenant sur la question étrangère, et répondant à diverses accusations portées par des royalistes, accusations qui ne méritent pas d'être ici mentionnées, le Siècle déclare que sa politique est bien simple : Nous croyons, dit M. Havin, que la première condition de l'existence d'un peuple est son indépendance et l'estime qu'il inspire aux autres peuples. Pour nous, lorsque l'honneur, l'influence de notre patrie sont mis en question, nous faisons taire tous nos ressentiments, et mettant de côté toutes les autres considérations, nous ajournons la solution de toute question intérieure.

14 Novembre. — Les journaux légitimistes objectent au Siècle que les tendances du système actuel de la France la portent plutôt vers la Russie que vers tout autre peuple. M. Plée oppose à ces journaux la constitution de 1852 qui a pour base les principes de 1789, c'est-à-dire la révolution. Or, dit-il, la révolution ne peut s'allier qu'avec ellemême. C'est là son seul salut, comme l'empereur l'a reconnu à Sainte-Hélène. Les' rois ne lui sourient que pour la tromper. Elle n'a d'espoir que dans les peuples, et pour aller jusqu'aux nations

encore esclaves, il lui faut d'abord s'appuyer sur les peuples libres.

28 décembre. — Aux termes du décret du 2 février 1852, les listes électorales vont être révisées. Le Siècle saisit cette occasion pour combattre, ainsi qu'il l'a déjà fait, l'abstention. Chacun comprend, dit M. Havin, que ce serait s'abandonner soi-même et renoncer au bénéfice du suffrage universel que de se renfermer dans cette négation de l'abstention.

1857. — 6 janvier. — Le Siècle fait connaître un journal l'Exemple qui a pour but spécial la publication des actes de courage et de dévouement. Après la mention des personnes qui ont mérité de figurer dans ce recueil, M. Jourdan dit : « Nous voudrions pouvoir mettre en évidence tous ces noms honorables. Nous nous bornons à demander l'affiche trimestrielle dans tous les chefs-lieux de canton et un ruban spécial pour la médaille, un ruban qui puisse être porté sans la médaille elle-même, qui signale à la sympathie et à l'admiration tous les courageux citoyens.

19 janvier. — Le saint Univers ne se fatigue pas

d'attaquer les libres penseurs. Les jésuites, dit M. Emile de la Bidollière, ne perdent pas une occasion de dénigrer ni d'insulter Bé ranger, l'illustre poëte; mais leur haine ne peut que l'honorer.

16 février. — Le Siècle insère à sa première page le discours prononcé par Sa Majesté à l'ouverture de la session législative de 1857. Ce discours n'est l'objet d'aucune observation de la part du journal.

19 février. — Le compte général de la justice criminelle, que l'administration publie chaque année, est un document précieux pour le philosophe et le politique. Ils y trouvent l'état des vices et la cause du mal. Après avoir examiné ce document, le Siècle dit qu'en résumé, l'ignorance et la misère étant les pourvoyeurs les plus actifs du mouvement de la criminalité en France, c'est vers la destruction progressive de ces deux causes de désordre que les gouvernements doivent diriger leurs efforts.

23 février. — Le Siècle combat les dispositions du public qui se livre tout entier aux affaires, dont le courant déborde ; il voudrait ramener aux théories et aux idées, car, dit M. Ch. de Bénazé, les belles choses ne se font qu'aux époques de haute moralité ; les nations ne sont grandes que par les grandes idées, que par les nobles sentiments. Si donc la société française veut -retrouver sa grandeur morale.

retremper aux vraies sources son énergie qui s'éteint, il faut qu'elle donne moins aux intérêts, qu'elle accorde plus aux sentiments et aux idées.

25 février. — Le Siècle insère un deuxième avertissement qui lui est donné en la personne du sieur Sougère, gérant responsable, et du sieur Léon Plée, signataire de l'article.

7 avril. — Un arrêt du conseil d'État vient d'être rendu contre Mgr l'évêque de Moulins. Le Siècle se réjouit de cet arrêt. « Le parti, dit M. Havin, qui prétendait mettre l'Église au-dessus de l'État, audessus des lois, reçoit une première leçon qui a d'autant plus de gravité qu'elle émane d'un pouvoir qui, depuis son avènement, avait beaucoup accordé au clergé et à l'Église. » Le Siècle fait suivre le texte du décret qui déclare abusifs les actes commis par Mgr l'évêque de Moulins.

18 mai. — Le bas clergé appelle l'attention du Siècle. Le clergé de second ordre, dit M. Jourdan, est dans une situation matérielle et morale qui est incompatible avec la dignité et l'indépendance de ses membres, incompatible surtout avec l'esprit de la religion chrétienne. D'une part, la vie et l'honneur des simples prêtres sont livrés à l'arbitraire épiscopal, devant lequel aucune garantie ne les protège; de l'autre ils reçoivent des émoluments insuf-

fisants. C'est une discussion sérieuse que le Siècle provoque sur ces deux points.

" 21 mai. — En vue des élections prochaines, le Siècle conseille et a déjà conseillé aux électeurs d'user de leur droits et de prendre part aux élections du corps législatif. La France libérale, dit M. Havin, qui s'étend de la bourgeoisie aux rangs les plus obscurs du travail, toute cette grande famille démocratique qui a accepté la Révolution de 1789, qui réclame l'application sage, modérée,, des grand principes proclamés à cette époque, se présentera aux élections.

7 juin. — Les élections sont fixées au 20 juin. Le Siècle commande l'action, il s'agit de montrer à l'Europe, au monde, que la démocratie, alors que la contre-révolution arme partout, que la démocratie, elle aussi, est debout, qu'elle veille sur l'héritage de ses pères, décidée à le défendre par tous les moyens légaux en son pouvoir.

17 juin. — Le Siècle a reçu un avertissement qui a été notifié à M. Sougère, gérant, et à M. Havin, rédacteur.

La candidature de la 2° circonscription de la Nièvre est offerte par des électeurs de ce département à M. Emile de la Bédollière, qui accepte cet honneur.

La communication (les électeurs, publiée dans le

journal, est accompagnée de quelques réflexions de M. Havin, en faveur de cet esprit charmant dévoué à la démocratie.

19 juin. — L'opposition a deux listes de candidats. M. Emile Ollivier fait un appel chaleureux à M. Garnier Pages pour établir l'unité. Cet appel n'est pas entendu. Le Siècle déclare qu'il repousse toutes les candidatures qui ne sont pas sur sa liste.

M. Havin n'a pas accepté la candidature qui lui a été offerte par des électeurs de Paris; il a égalemen remercié les électeurs de la Manche qui lui ont fait la môme offre.

6 juillet. — Les élections du 5 et 6 juillet de la Seine sont terminées : l'opposition est victorieuse ; les candidats portés par le Siècle sont élus : MM. Ca« vaignac, Emile Ollivier et Darimon.

16 juillet. — En tête du Siècle, on lit ce titre : Mort de Déranger. « Nous ne connaissons pas de plus grande et de plus noble figure que celle de Béranger, dit M. Havin, qui a voulu rendre hommage lui-même au poëte national ; nous défierons le plus envieux comme le plus injuste de citer un mot, une pensée de lui, qui ne soit en parfaite harmonie avec les grands principes de la Révolution française, qui a été le culte de sa vie entière.

17 juillet. — Le Siècle rend compte des obsèques

de Béranger. « Toute la population ouvrière, dit M. Plée, avait quitté ses ateliers; elle assistait avec calme et recueillement, comme le poëte avait voulu que cela fût, à cette cérémonie, l'une des plus imposantes, des plus magnifiques et des plus touchantes à laquelle il nous ait été jamais donné d'assister. » Le char funèbre a été salué par un seul cri : Honneur à Béranger !

Dans un article plein de faits très-exacts, M. Emile de la Bédollière rappelle la carrière de Béranger, qui fut à la fois un des plus grands poètes et un des plus nobles caractères dont la France puisse s'honorer.

1G août. — Le Siècle combat encore une fois l'esclavage qui dévorera l'Amérique comme la servitude indienne dévorera l'Angleterre si l'Angleterre et l'Amérique ne se mettent pas d'accord avec la loi de Dieu.

21 août. — Attaqué par les Débats pour avoir critiqué un jugement de M. de Montalembert qui déclare notre société en décadence, le Siècle répond : « Si c'est un crime de croire à son pays, d'espérer en lui et dans ses destinées, nous l'avouerons bien haut, jamais nous ne nous résignerons à désespérer de notre patrie ni de nos famille s, i 23 août. — M. Qh. Muller, écrivain de la presse ]é-

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