S JOURNAUX
gitimiste départementale, publie un livre sur la légitimité dans lequel l'auteur est beaucoup plus préoccupé de vilipender le parti démocratique que de démontrer l'excellence du parti légitimiste. M. Jourdan répond que la vieille monarchie a admirablement préparé l'œuvre de notre unité nationale et l'œuvre d'égalité démocratique; quant au principe de la légitimité, il est impérissable, il réside dans le peuple. Plus le peuple se développera moralement, intellectuellement et matériellement, plus l'application du principe sera féconde.
30 août. — M. Havin, dans une lettre adressée de Torigny-sur-Vire à M. Plée, combat la Gazette de France qui prétend mettre en contradiction avec eux-mêmes les rédacteurs politiques du Siècle. Nous n'avons pas donné à un partisan de l'aristocratie, M. de Montalembert, dit M. Havin, le droit d'attaquer la démocratie, de calomnier la jeunesses française, les classes laborieuses qui s'élèvent par le travail, qui se confondent chaque jour davantage avec la bourgeoisie.
31 août. — Aujourd'hui a eu lieu l'inauguration de l'asile pour les ouvriers convalescens élevé à Vincennes. Le Siècle publie le discours prononcé par M. le ministre de l'intérieur sur cette institution.
7 septembre. — Le Siècle, en général, M. Emile de la Bédollière, enparticulier, se montrent toujours sympathiques aux modestes publications littéraires. Le Courrier politique annonce le Présent, l'Impartial, le Béranger, qui veulent continuer par le roman, par la science, par la poésie, l'éducation populaire qu'à commencée l'illustre chansonnier,
M. Jourdan consacre trois colonnes au neuvième volume de la Révolution française que vient de faire paraître Louis Blanc exilé. Cet ouvrage est un acte de réparation et de justice. C'est payer noblement sa dette à la patrie que de lui envoyer du fond de l'exil des livres si fortement pensés et si éloquemment écrits.
8 septembre. — M. Jourdan plaisante les Anglais sur la mauvaise humeur que leurs journaux laissent éclater à propos de la médaille commémorative de Sainte-Hélène. Une médaille destinée à perpétuer le souvenir de grandes conquêtes morales, politiques et sociales n'a rien d'oftensant, dit-il, pour les Anglais ni pour le peuples qui prirent part aux luttes gigantesques de cette grande époque.
22 septembre. — M. Havin annonce la mort du président de la république de Venise. Manin est mort, exilé en France, à l'âge de cinquante trois ans.
30 septembre. — Les Italiens résidant à Paris se proposent d'élever un monument à l'ancien président de la république de Venise. M. Havïn dit que le Siècle, s'associant à ce témoignage . de reconnaissance, ouvre une souscription et s'inscrit pour 100 francs.
Sous ce titre : Nos Morts , M. Plée rappelle les grands cortèges qu'il a fallu suivre depuis quelques années : Armand Marrast, Arago, Vivien, Dupont (de l'Eure), David (d'Angers), Lamennais, Béranger, Eugène Sue. En voyant disparaître ces morts illustres, plutôt que de désespérer comme font quelquesuns, il faut les remercier d'avoir si bien vécu et de nous avoir laissé de si nobles traditions. Cette vie, cette gloire, cette tradition, sont notre force.
20 octobre. — Le Siècle signale dans plusieurs articles des publications religieuses en vers et en prose que M. Jourdan qualifie de « monstrueuses; » il les signale au corps épiscopal dont la dignité est engagée par ces niaises et bouffonnes productions.
24 octobre. — Le Siècle est autorisé par M. de Lamartine à publier des fragment de ses entretiens littéraires sur le caractère et les œuvres de Béranger. La qualité dominante de Béranger, dit M. de Lamartine, était dans son cœur.
27 octobre, — M. Havin annonce la mort du général Cavaignac, qui sera pleuré, dit-il, par tous ceux qui ont du patriotisme dans le cœur, qui savent honorer l'austère vertu, l'abnégation et la véritable dignité.
2 novembre — Le Siècle se consacre à la défense de Béranger attaqué par les jésuites, insulté par M. Louis Veuillot dans Y Univers. La bande noire de saint-Ignace ne pardonnera jamais au poëte national certaine chanson.
Hommes noirs, d'où sortez-vous?
— Nous sortons de dessous terre.
Moitié renards, moitié loups, Notre régie est un mystère.
1er décembre. — Un journal ultramontain qualifie les rédacteurs du Siècle, de « mécréants, d'impudents et de scélérats. » Voilà, dit M. Jourdan, comment on argumente dans le monde des sacristies ; voilà comment le procédé de Basile est éternellement à la mode.
13 décembre. — M. Laurentie adresse au Siècle, dans le journal l'Union, cette question: « Qu'entendez-vous par démocratie? » M; Jourdan répond: « Révolution ne signifie pas, comme le croit -M. Laurentie. changement d'un État en un autre État, mais
perfectionnement progressif d'un ordre social qui a son point de départ à 1789. Nous voulons le progrès sans bouleversement, quoique très-partisarH de la Révolution qui a eu l'honneur et la gloire d'inaugurer dans le monde les principes à la lumière desquels nous marchons.
30 décembre. — La révision annuelle des listes électorales commence du 1er au 10 janvier. Le Siècle s'est fait un devoir, auquel il ne manque jamais, d'engager les citoyens à se faire inscrire afin d'être toujours prêts à exercer leur droits.
31 décembre. — M. Jourdan salue la nouvelle année à laquelle il demande l'accomplissement de tous les souhaits que peut former un honnête homme, un bon citoyen : que les peuples forment une seule famille ; que la guerre impie ne les dévore plus ; que les hommes de toute race, de tout climat, de toute communion, s'unissent dans un même sentiment religieux, celui de la fraternité, celui de l'amour que des frères doivent avoir l'un pour l'autre... Peuples, tendons-nous la main, par-dessus nos pouvoirs, car nous sommes tous frères.
Ce bon M. Veuillot, le saint éreinteur, a inauguré les premiers jours de l'année par sept colonnes d'injures contre MM. de Lamartine, Alphonse Karr, Béranger et contre la rédaction du Siècle. M. Jourdan se donne la peine de repousser les insinuations déloyales ou calomnieuses dont le seigneur Basile a dit avec raison qu'il en reste toujours quelque chose. M. Veuillot accuse tous les écrivains de « mercantilisme littéraire. » M. Jourdan lui répond que tout le monde vit de travail ; et c'est la seule manière de vivre honnêtement. Le prêtre vit de l'autel, l'évêque de son épiscopat, le pape de ses fonctions. Dira-t-on que le prêtre, l'évêque et le pape sont mercantiles? M. Veuillot lui-même ne vit-il pas de sa plume?
Le Siècle est accusé de vouloir détruire les principes éternels. « Nous sommes décidés, dit M. Jourdan, à vivre et à mourir humblement dans la sphère obscure où Dieu nous a placés, bien décidés à enseigner toujours ce que nous enseignons et à n'écrire jamais une seule ligne, un seul mot qui soient en
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désaccord avec notre foi profonde, avec nos convictions, avec ces « principes éternels » que d'autres prennent pour enseigne et que nous défendons pied à pied.
Attentat contre l'Empereur et l'Impératrice au moyen de projectiles creux. M. Havin exprime son indignation contre cet odieux attentat. Les assassins sont des étrangers.
Ouverture de la session législative insertion du discours de l'Empereur. Le Siècle ne fait aucune réflexion sur ce discours.
M. Emile de la Bëdollière n'oublie jamais de mentionner la naissance des petits journaux. Il annonce un nouveau journal mensuel, non politique ; il s'appelle la Critique morale, rédigé par M. Goûtant, typographe et Alfred Sirven ; et le Mouvement, qui est une transformation de l'ancien Béranger.
M. Jourdan, qui consacre une article à l'initiative privée et à l'initiative publique, soutient que l'État ne doit entreprendre que ce que l'initiative privée est incapable de faire utilement dans l'intérêt de tous.
Le Siècle publie le procès fait à Gomez, Rudio. Orsini et Pieri, auteurs de l'attentat du 14 janvier, avec tous ses longs détails.
Le Siècle annonce, à sa première page, que, par
décision en date du 4 mars, M. le ministre de l'intérieur ayant interdit la vente du Siècle sur la voie publique, on trouvera désormais des numéros du journal dans ses bureaux, en outre chez MM. Delàvier et Trouvé.
M. Pietri donne sa démission de préfet de police. M. Boittelle le remplace. Le Siècle regrette le départ de M. Pietri qui savait, dit M. Havin, adoucir ce que son ministère avait souvent de rigoureux, et il a prouvé en maintes circonstances que la modération et la justice sont en administration les meilleurs moyens de succès.
Le Siècle est opposé à la modification de l'article 259 du code pénal qui a pour but de rechercher et de punir les usurpations de titres nobiliaires. Dans les sociétés modernes, dit M. Jourdan, quoi qu'on fasse, la considération s'attachera de plus en plus aux œuvres personnelles, aux services rendus. Au temps où nous sommes, la véritable noblesse, c'est le mérite personnel.
• Le Siècle entrevoit un bel avenir pour les sociétés de secours mutuels. Nous aurons, un jour, dit M. Jourdan, autant de sociétés de secours mutuels que nous avons de communes, toutes rattachées par un même lien et formant un immense unité, comme nous n'avons qu'une famille et qu'une patrie. Est-ce
que l'unité n'est pas la loi universelle? Tout tend vers l'accomplissement de cette loi.
Le Siècle publie Les noms des candidats aux élections des 25 et 26 avril, dans les 3e, 5e et 6e circonscriptions de la Seine. Candidats du gouvernement : MM. le général Perrot, Ecket et Perret. — Opposition : MM. Liouville, Ernest Picard, Jules Favre, Armand Lévy, Lemaître et Emile Bertrand.
Le journal de M. Veuillot demande chaque jour la suppression du Siècle qui répond en demandant la conservation de l'Univers qu'il faudrait inventer s'il n'existait pas, parce que chaque matin il dévoile la pensée de son parti. Par opposition au journal religieux, le Siècle, dit M. Havin, professe le culte des grands citoyens; il les défend et les honore chaque fois qu'il en trouve l'occasion. Sa polémique est toujours honnête et digne ; il ne cherche que dans le dictionnaire des gens bien élevés les mots qu'il adresse à ses adversaires... Pour le dire en un mot, nous méprisons souverainement les délations et les délateurs de Y Univers.
Le Siècle revient sur la question des titres nobiliaires, il partage l'opinion du chef actuel du pouvoir, qui a écrit : « Nous voudrions que le gouvernement prît à tache d'anoblir les 35 millions de Français, en leur donnant l'instruction, la morale,
l'aisance, biens qui jusqu'ici n'ont été que l'apanage de quelques-uns et qui devraient être l'apanage de tous. » M. Jourdan applaudit à cette idée d'anoblir les Français par l'instruction, voilà la véritable noblesse digne de notre temps.
M. Legouvé, de l'Académie française, adresse au public un chaleureux appel pour l'engager à souscrire aux œuvres de Lamartine qui porte la peine d'avoir, le premier, en 1848, proclamé la république. Cet homme attend toujours la justice qui lui est due, 0 peuple ! souviens-toi !
M. Jourdan critique le projet décaisse de retraite pour la vieillesse qu'il trouve insuffisant; il voudrait voir établir un vaste système de solidarité qui assurerait à tous les travailleurs, comme on le fait pour le soldat et pour le marin, une retraitre certaine ; il voudrait que l'épargne fût obligatoire pour tous les travailleurs, que la caisse des retraites fût un grand établissement d'utilité publique dans le genre des caisses d'épargne.
Nous terminons ici l'histoire du Siècle. En la continuant jusqu'à ce jour, nous aurions grossi le volume, mais le journal n'eût rien gagné ni perdu
à de plus longs développements, et l'histoire de ces dernières années est encore trop près de nous pour que sa reproduction ait un véritable intérêt.
Le premier jour comme le dernier, le Siècle a été conforme à sa déclaration; sa doctrine est unique, ses principes invariables.
Après la part faite au journal, il convient de tracer l'histoire des écrivains qui ont coopéré, chacun pour sa part, à la réputation, au succès du Siècle. Dans ces biographies, nous nous sommes attaché surtout à la véracité des faits.
Pour le journal comme pour les hommes, nous avons prétendu faire de l'histoire.