‹ Journaux et journalistesChapitre 9 sur 43 · H8 JOURNAUX · texte numérisé non relu

H8 JOURNAUX

31 juillet. — La question suivante est posée : La Constitution peut-elle légalement être révisée assez à temps pour que le président actuel puisse être prorogé dans ses fonctions? Non , répond le Siècle. Nous espérons que l'homme qui a eu la rare fortune de passer du fond d'une prison, des misères de l'exil, à l'insigne honneur de gouverner la France, saura assez ce qu'il doit à son pays pour descendre du pouvoir au jour fixé par la Constitution qui l'y a fait monter.

1er août. — On organise la lutte contre le pacte fondamental ; on agit par les conseils généraux, les conseils d'arrondissements et les conseils municipaux. On n'ose pas faire un coup d'État à main armée, mais on veut, par une agitation qui aurait une apparence de légalité, perpétuer les inquiétudes, empêcher les travaux de reprendre. Les hommes qui poursuivent un pareil but, dit le Siècle, se cachent sous le masque de l'ordre; nous arracherons ce masque, et le pays connaîtra les véritables ennemis de la prospérité et de la sécurité publiques.

2 août. — Dans la cinquième livraison du Conseiller du peuple, M. de Lamartine développe l'idée de l'impossibilité d'un coup d'État. Le Siècle est pleinement d'accord avec l'illustre écrivain. Espérons , dit ce journal, que cette voix puissante sera enten-

due. Espérons surtout qu'après avoir accablé et démasqué les ennemis de la République, M. de Lamartine s'appliquera à l'étude des moyens les plus propres à atteindre le but que la République doit se proposer : l'ordre, le travail, le bien-être pour tous ses enfants.

8 août. — La Presse expose les quatre systèmes politiques qui se trouvent aujourd'hui en présence. Qu'est-ce que tout cela peut prouver? Laissons donc, dit le Siècle^les drapeaux politiques servir de suaire aux hommes politiques du passé; mais, au nom du ciel ! occupons-nous des trente-cinq millions d'habitants, de vingt-cinq millions de prolétaires. Passons la revue dé cette armée de la misère pour lui donner l'instruction qu'elle n'a pas, les outils, la paix, les souliers qui lui manquent. Vos drapeaux politiques, c'est la guerre, la lutte inféconde, et cette armée dont nous parlons attend un nouveau drapeau, celui de la paix et du travail.

16 août. — Le Siècle reçoit du procureur de la République sommation d'insérer une note, au sujet d'une lettre de M. Bareste qu'il aurait publiée. Mais le Siècle n'a pas inséré cette lettre, seulement il aurait pu l'insérer, qu'importe ! le procureur Victor Fouché n'est pas tenu à être juste.

20 août. —En rapportant les rumeurs, les bruits

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de coup d'Etat qui paralysent la remise des affaire,», le Siècle n'accuse que le pays. Il aurait cru flatter un homme, une faction, en lui supposant la puissance d'élever une folie jusqu'à la proportion d'un coup d'État.

22 août. — Le Siècle rend compte de la première séance du congrès des amis de la paix universelle.

31 août. — Venise es. tombée! Aux efforts héroïques du peuple luttant contre les rois, au bruit des armes, va bientôt succéder un silence '<rofond. Il n'a pas dépendu de nous, dit le Siècle, que la France ne comprît autrement sa mission. Les faits se sont accomplis, l'histoire jugera, et elle jugera sévèrement.

6 septembre. — Les journaux anglais publient force réclames en faveur de M. le comte de Chambord pour sa réintégration dans « l'héritage de ses pères. » Le Siècle, qui n'a d'autre passion que celle du bonheur et de la gloire de la France, a peine à comprendre que des hommes de cœur puissent jouer ainsi comme des enfants cruels avec l'avenir et le repos de leur pays, en vue de la restauration d'une personne et d'un principe, il n'y a plus qu'une personne souveraine et digne de toute la sollicitude du gouvernement : c'est le peuple dont il faut purifier le corps, élever le cœur et l'intelligence. Là est toute

la politique, là est le sauveur des sociétés modernes.

7 septembre. — Le Siècle publie la lettre adressée par M. le président de la République à M. le lieutenant-colonel Ney, officier d'ordonnance, en ce moment à Rome. Les paroles contenues dans cette lettre, sont dignes et françaises, dit le Siècle, qui rend hommage à la pensée toute patriotique qui l'avait inspirée.

11 septembre. — Le Siècle s'écrie : Le sort en est jeté ! il faut que la France désavoue hautement le président de la République, ou qu'elle appuie ses paroles. Les affaires d'Italie pour nous en sont venues là; la France a posé nettement son ultimatum : amnistie générale, sécularisation de l'administration, Gode Napoléon et gouvernement libéral.

24 septembre. — Le Siècle reproduit la lettre adressée par l'ex-triumvir Mazzinià MM. de Toqueville et de Falloux ; elle tient six colonnes du journal en petits caractères ; le Siècle la publie à titre de document historique.

12 octobre. — M. Napoléon Bonaparte a donné une nouvelle forme à sa proposition relative à l'exil des familles qui ont régné en France. Pour nous, dit le Siècle, nous souhaitons vivement que la proposition soit favorablement accueillie. Mais si le résultat,

quel qu'il soit, nous rassure complètement, l'incertitude nous paraît un danger; ce sont des questions qui, une fois posées, doivent être résolues le plus tôt possible.

24 octobre. — La question de la proscription des Bourbons est résolue en fait; il reste la question d'opportunité. M. Thiers a voté avec les légitimistes l'exil du comte de Ghambord. Voilà, dit le Siècle, de ces phénomènes politiques correspondant à l'apparition des monstres dans la nature !

29 octobre. — Un projet de caisse de retraite est soumis à l'Assemblée. Le Siècle est de l'avis qu'on ne doit demander à l'État que sa protection et sa surveillance éclairée ; mais il faut laisser à l'énergie, à l'intelligence, à la prudence humaine le soin de préparer l'avenir; encourager seulement les efforts, voilà la mission de l'État.

31 octobre. — On se .trouve dans une situation impossible, devant une population résignée, calme, dont les aspirations sont tournées vers le progrès par la tranquillité, vers le bien-être par le travail ; cependant les coryphées des vieux partis, dit le S iècle^ narguaient la politique, la république et tout ce qui s'y rattache dans des discours qui tendaient à décourager du présent, à l'entraver, à le frapper d'impuissance ou de ridicule, Dans ces circonstances

graves, le chef du gouvernement croit devoir faire acte de volonté ; il communique à l'assemblée, par la voie du président Dupin, un message par lequel il fait appel à la bonne volonté de chacun pour établir l'accord entre les différents pouvoirs de l'État : « Relevons, y est-il dit, l'autorité sans inquiéter la vraie liberté; calmons les craintes en domptant les mauvaises passions et en donnant à tous les nobles instincts une direction utile; affermissons le principe religieux sans rien abandonner des conquêtes de la Révolution. »

Ce message du Président de la république est accueilli par le Siècle avec sympathie, avec réserve, et avec l'ardent désir de voir les actes du pouvoir se conformer à ses paroles. La ligne politique ainsi tracée est, à peu de chose près, celle que le Siècle a indiquée avec persévérance.

5 novembre. — La dernière communication présidentielle est discutée par tous les journaux ; le Siècle déclare que le message est une rupture ouverte avec les anciens partis, et plus encore avec les chefs de ces partis.

7 novembre. — Le Siècle défend contre M. Nathan

Harington la Constitution attaquée violemment

dans une très-longue lettre publiée par un des

nuls journaux de la réaction. Si M. Harington,

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dit ce journal, veut savoir les noms des vices de notre Constitution, nous les lui dirons : ils s'appellent ïhiers, Mole, de Broglie, Montalembert, Falloux, Berryer. Otez à ces hommes, ajoute-t-il, le crédit funeste que leur ont donné l'intrigue et un incontestable talent de parole, et la République est consolidée.

Le Siècle signale une reprise du travail : sur 28,474 ouvriers en garni, 23,119 sont occupés, 5,355 sans travail.

10 novembre. — M. Garlier, nommé préfet de police, fait afficher sur les murs de Paris une proclamation très-violente : « Habitants de Paris, dit-il, il s'agit aujourd'hui d'une ligue sociale contre le socialisme, c'est la cause de toutes les familles, de tous les intérêts. » Le Siècle reproche à M. Carlier de n'avoir pas compris les circonstances nouvelles, il qualifie de malencontreuse cette proclamation, et il blâme le ministre de l'intérieur, M. F. Barrot, de l'avoir approuvée et signée, probablement sans la lire.

13 novembre. — Le jury a rendu son verdict dans l'affaire du 13 juin. Sont condamnés, par arrêt delà haute cour : 17 à la déportation, 3 à cinq ans de détention, tous solidairement aux frais et dépens. Le Siècle espère qu'en présence des faits qui ont pré-

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cédé le verdict du jury, le président voudra effacer ce que la rigueur du texte a mis de sévérité dans l'arrêt de la cour.

15 novembre. —Un projet de loi sur les coalitions est soumis aux délibérations de l'Assemblée ; plusieurs systèmes sont en présence. Le Siècle déclare que la coalition ne doit être punie que lorsqu'elle se manifeste par des faits coupables et dangereux. C'est ainsi, dit-il, qu'on arrivera à une protection réelle des droits de tous, des droits de l'ouvrier surtout.

16 novembre. — L'ordre du jour appelle la deuxième délibération sur le projet de coalition. M. Morin a la parole; mais les bancs s'étant dégarnis, dit le Siècle, force est de renvoyer la discussion à demain.

17 novembre. — MM. Walewski, Valette, Bastiat et Morin prennent tour à tour la parole, sur la question de coalition. On ne peut se faire une idée, dit le Siècle, de tant d'indifférence, de tant d'apathie. Ce difficile problème n'a pu parvenir à éveiller l'Assemblée. Les orateurs ont crié dans le désert.

19 novembre. — Enfin, dit le Siècle, cette longue, froide et diffuse discussion sur les articles 414, 415, M6 du Gode pénal s'est terminée par le vote pur et simple du projet de la commission ; c'est la condamnation de toute coalition.

28 novembre. — Suivant une version, le président aurait fait venir les préfets et les aurait entretenus d'éventualités politiques possibles en dehors du texte de la Constitution. La nouvelle est grave ; le Siècle voudrait un démenti aux bruits qui circulent ; le commerce, le travail, l'industrie, dit-il, en sauraient gré à M. Louis-Napoléon Bonaparte. Le Siècle se confie à la Constitution en dehors de laquelle tout zèle lui paraît suspect.

10 décembre. — Au banquet donné au palais de la présidence, M. Dupin a porté un toast auquel a répondu M. le président de la République. Le toast était : à l'Union des pouvoirs publics ! Le Siècle déclare que c'est là de la banalité, et de la banalité mensongère. L'union, l'accord des grands pouvoirs de l'État n'est qu'un danger de plus s'ils ne s'entendent pas pour satisfaire aux vœux, parlons net, à la volonté du peuple. M. le président de la République est parfaitement libre de dédaigner nos avertissements et de se fourvoyer à la suite de la majorité.

21 décembre. — Le Siècle conseille à la classe moyenne de ne pas se laisser entraîner dans une sorte d'émigration morale contre la République , et de ne pas porter ses sympathies , son concours et ses suffrages aux partisans d'une royauté : Cette conduite

deviendrait bientôt dangereuse, car une révolution a fait passer le suffrage universel.

La Patrie insiste pour connaître le programme tout entier du Siècle qui répond : notre programme, c'est la défense de la République contre ses ennemis honteux ou fanfarons ; le respect de la Constitution; le maintien du suffrage universel ; le respect des nationalités étrangères; la sympathie la plus profonde pour tous les peuples qui sous l'influence de nos principes, se sont levés à notre exemple pour reconquérir leurs libertés et leurs droits, etc., etc., etc.

27 décembre. — La réaction a fait de très-grands progrès; aux élections prochaines, la question sera celle-ci : Monarchie ou République. Le Siècle dit : le peuple a conquis un moyen de progrès considérable; il a déblayé le terrain de tous les intérêts de dynastie. La conquête a été faite si vite que l'on en conteste aujourd'hui la légitimité. Défendons-la. La 1» ('publique est un moyen d'arriver au but, qui est la société fondée sur la justice.

1850. — 6 janvier. — M. Chambolle, qui a fondé le journal Y Ordre, dit qu'il s'est séparé du Siècle qui

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est le journal de l'équivoque. M. Perrée lui renvoie l'accusation ; et d'ailleurs, dit-il, c'est le Siècle qui s'est séparé de vous.

A cette question de M. Ghambolle : étes-vous pour les socialistes? — M. Perrée répond. « Je suis contre ceux qui veulent détruire la République, la Constitution et le suffrage universel.

27 janvier. — Le Siècle critique le rapport général de M. Thiers sur l'assistance publique ; il touche à toutes les questions, parle de toutes choses avec cette imperturbable suffisance qui fait le fond de son talent; on y retrouve tout « le papillotage d'idées » auquel on est habitué de la part de l' exprésident du conseil.

28 janvier. — Le rapport de M. Thiers est inséré dans ls Siècle, il occupe vingt-quatre colonnes. Quelle loquacité ! M. Thiers n'écrit plus, ne parle plus, dit le Siècle, il déborde.

4 février. — Des avertissements ont lieu sur plusieurs points de Paris, à propos de la destruction des arbres de la liberté. Ceux qui appellent le peuple aux armes, dit le Siècle, ceux qui le provoquent à des manifestations déplorables, qui paralysent les sources du travail, qui ferment les ateliers, ceux-là sont les ennemis de la République et de la liberté.

10 février. — On crie : A bas les riches ! Puisqu'il faut absolument un cri de guerre en ce monde, le Siècle en propose un qui fera bientôt tomber tous les autres. Ayons le courage de l'adopter; qu'il nous anime tous et nous soutienne ; qu'il parte du cœur et qu'il soit répété dans les villes et les campagnes; il est digne peut-être de la France, entreprenante et émancipée :

Guerre, guerre à outrance à la misère!

A bas la pauvreté !

4 mars. — On se prépare pour les élections du 10 mars. Pourquoi parler encore de classes? dit le Siècle. Où commence une classe? Anciens électeurs, ne vous séparez pas de la masse ; ne refaites pas imprudemment ce que le suffrage universel a détruit; ne reformez pas une classe bourgeoise au profit d'un despotisme ridicule ou d'une royauté sans avenir.

7 mars. — Le Siècle signale une brochure qui vient de paraître faisant appel aux coups d'État; elle est signée par M, Vaucorbeil, l'un des employés ou le bibliothécaire de l'Elysée. Le Siècle se refuse à le croire.

1 1 mars. — Quel que soit le résultat de l'élection, le Siècle le proclame respectable et sacré. La nation française a voulu; sa volonté, c'est sa puissance.

17 mars. — Élus : Garnot, de Flotte, Vidal. Le triomphe de la cause démocratique, malgré la colère, ou à cause de la colère de ses ennemis, est assuré si le peuple sait attendre.

16 mars. — Qui va gouverner ? s'écrie le Siècle. — Nous tous, répond-il , unissons-nous dans une pensée d'ordre et de conciliation ; unissons-nous contre les démolisseurs, quels qu'ils soient qui voudraient plonger la France dans d'interminables angoisses et la ramener vers la barbarie du passé.

22 mars. — Le Siècle ouvre une souscription nationale au profit des instituteurs révoqués pour cause politique.

26 mars. — Sous le titre: République on Monarchie. emprunté à M. Henri de la Rochejaquelin, qui a posé cette question à l'Assemblée, le Siècle signifie aux légitimistes, aux orléanistes et aux impérialistes, de prendre bravement leur parti de la République et de la Constitution. Il faut qu'ils maintiennent l'un et qu'ils respectent l'autre. Ils y sont désormais engagés d'honneur.

Il avril. — Nous sommes dans ces moments de crise, dit le Siècle, où la franchise et la loyauté peuvent seules conjurer le péril; il faut que chacun dise nettement, hautement ce qu'il veut. Ce que nous voulons, ce que veut le parti modéré, c'est le pro-

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grès sans révolution ; ce que nous repoussons énergiquement, c'est l'immobilité ; ce que nous combattons à outrance, c'est la réaction.

12 avril. — Le Siècle soutient énergiquement la candidature de M. Dupont (de l'Eure), qui aura lieu le 28. Le nom de M. Dupont (de l'Eure) peut se passer de toute désignation personnelle.

— Je persévère, je maintiens, — tel est le sens de ce nom-là, dit le Siècle.

14 avril. — M. Dupont (de l'Eure), se retire, M. Eugène Sue est seul candidat de l'opposition.

17 avril. — Le Siècle ouvre une souscription en faveur des soldats blessés ou noyés dans la Loire, le 15 avril 1850. Il souscrit pour 500 francs.

21 avril. — Devant le manifeste de M. Sue, le Siècle s'abstient; son abstention est une protestation contre un dictature inintelligente et une exclusion impolitique.

23 avril. — La candidature de M. Hébert, soutenue par le parti de l'ordre ou la réaction, est combattue énergiquement par le Siècle, qui déclare que cette candidature est un leurre, un acte impolitique et un danger.

30 avril. — Eugène Sue est élu par 128,007 voix. Retournons aux affaires* aux intérêts, dit le Siècle,

et laissons les passions politiques à ceux qui en vivent.

ler mai. — Les burgraves font une démarche près de M. Baroche pour l'inciter à proposer une loi d'urgence sur les élections. M. Baroche engage les burgraves à prendre l'initiative d'une modification. Déconcertés, mais non abattus, les burgraves chargent M. le duc de Broglie d'attaquer le suffrage universel. Ne touchez pas au suffrage universel, s'écrie le Siècle, c'est l'arche sainte qui peut seule préserver la France de nouvelles et sanglantes révolutions ; c'est le flambeau qni vous éclaire, et vous guide.

2 mai. — Recensement des votes. Le nom de M. Sue est proclamé. La foule, qui a écouté en silence, chapeaux bas, répète à trois fois le cri de: Vive la République! Les tambours battent aux champs, et la foule se disperse.

8 mai. — Aujourd'hui, le projet de modifications à la loi électorale a été présenté par dix-sept royalistes. M. G. de Beaumont le qualifie d inopportun et de malavisé.

10 mai. — Aujourd'hui, dit le Siècle, le peuple apprend avec autorisation et par privilège de M. Garlier à insulter la République et la Constitution. Si ce fait que nous citons est faux, que l'on fasse prononcer par le jury sur notre invention calomniatrice.

11 mai. — Il semble au Siècle que ce soit le gouvernement lui-même qui prenne à tâche de faire haïr la République. De là ce trouble moral, ces inquiétudes, cette atonie dans les affaires, constatés à l'Assemblée par MM. Mauguin et Berryer.

13 mai. — Le Siècle publie à sa première colonne et en gros caractères une pétition adressée aux membres de l'Assemblée nationale contre le projet de loi qui a pour but de restreindre le nombre des électeurs. Ce projet, disent les pétitionnaires, menace la République dans son essence , le droit dans ce qu'il a de plus sacré, l'ordre lui-même. Cette pétition est signée de noms connus, la plupart anciens constituants.

14 mai. — La pétition contre le projet des royalistes est déposée dans les bureaux du Siècle où les citoyens se pressent en foule pour la signer.

18 mai. — M. Peauger, directeur de l'imprimerie impériale, a envoyé sa démission qui aurait pour cause, dit le Siècle, surtout sa résistance à des destitutions dont plusieurs ouvriers de l'imprimerie nationale, désignés par M. Carlier, préfet de police, devaient être victimes.

21 mai. — Discussion de la loi électorale. Le général Cavaignac, Victor Hugo, Pascal Duprat défendent avec beaucoup d'éloquence et de netteté le suf-

frage universel, mais la majorité ne veut pas discuter. L'Assemblée législative, dit le Siècle,pe\it toucher au suffrage universel, mais elle se blessera du même coup, et de cette blessure elle mourra. Un jour peutêtre ils demanderont grâce, mais à qui? — Au peuple qu'ils auront dépouillé, ou bien à l'homme de Strasbourg et de Boulogne ?

22 mai. — Victor Hugo a qualifié le projet de loi électorale soutenu parM.deMontalembert: un enfant de Tartuffe baptisé par Escobar. Maintenant, dit le Siècle, prêchez la guerre de Rome à l'intérieur, appelez à grands cris un autre 13 juin, vous ne l'aurez pas 1 Vos clameurs ne lasseront pas la longanimité de cette grande population parisienne qui déjà deux fois, au prix de son sang, vous a sauvés des horreurs de la guerre civile.

31 mai. — Le Siècle a été saisi pour un feuilleton, accusé d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement de la République. Le feuilleton est de M. Louis Desnoyers.

2 juin. — La loi contre le suffrage universel a réuni 436 voix contre 241. Le Siècle fait cette réflexion. «On a dit de l'empereur Napoléon: L'enfant de la liberté a tué sa mère. Ne pourrait-on pas dire ainsi avec plus de raison encore, de M. Louis-Napoléon Bonaparte , président de la République :

L'enfant du suffrage universel a mutilé son père. »

3 juin. — La nouvelle loi électorale est promulguée dans le Moniteur. Le Siècle l'insère entièrement. Ce qu'on a fait, dit ce journal, on a enlevé à cinq millions d'électeurs leurs droits politiques.

6 juin. — La loi sur le droit de réunion est votée. Le Siècle la qualifie de loi de vengeance et de compression qui restera, ainsi que la loi électorale, comme un monument de la sagesse et de la rare pénétration de la majorité actuelle.

19 juin. — Le Siècle reçoit de M. le préfet de police une rectification ou une confirmation ad libitum, relativement à ce qu'il a dit que le chef de l'État touche un demi-million sur les fonds spéciaux accordés pour secours généraux aux ministères de la guerre et de l'intérieur. Le fait est exact, mais cette somme est distribuée aux nombreuses infortunes qui s'adressent au chef de l'État.

24 juin. — L'Assemblée législative accorde un crédit extraordinaire de 2 millions 160,000 francs pour frais de la Présidence. Ce vote n'a rien concilié; il n'a pas grandi l'Assemblée, dit le Siècle, il a amoindri la Présidence.

27 juin. — Le Siècle reçoit, par exploit d'huissier, une nouvelle communication de M. le préfet de police Carlier, touchant les dépenses de l'Elysée.

28 juin. — Le Siècle reçoit encore des communications de M. le préfet de police, au nombre de deux. Il maintient ses affirmations et il cite les dénégations de M. Teste, qui étaient sans valeur, et l'affaire Benier, qui causa la mort de l'honnête homme qui avait signalé des faits coupables.

29 juin. — Le numéro du Siècle a été saisi à la poste et dans ses bureaux. L'article incriminé se rapporte au rappel du procès Teste. Le Siècle compte sur la justice du pays, comme le pays peut compter sur sa persévérance et sa modération.

30 juin. — Le Siècle insère en Variétés des articles sur les Mémoires d'Outre-Tombe, de Chateaubriand : « Si quelques grands transfuges élevés sur le progrès et la liberté donnent aujourd'hui le cynique spectacle d'une négation aussi ambitieuse que folle, c'est une chose consolante de voir quel Juvénal inattendu vient tout à coup de surgir contre eux, du fond de la tombe. » Tel est le début du premier article.

1er juillet. — Nouvelle communication de M. Garlier.

6 juillet. — Un projet de loi sur la presse est soumis aux délibérations de l'Assemblée. Mais on aura beau faire, dit le Siècle, on ne bâillonnera pas la presse. Sans doute plus d'un champion succomberait dans la lutte, mais il léguerait à ceux qui lui

survivraient le soin, non de le venger, mais de venger et de réhabiliter l'idée opprimée, et malgré tous les échecs, la liberté de la presse, la liberté de la pensée, finiront toujours par triompher de leurs ennemis. •

8 juillet. — La séance consacrée à la liberté de la presse a été très-tumultueuse. Est-ce aux scènes les plus terribles de la Révolution, dit le Siècle, est-ce à l'anarchie que le gouvernement veut nous ramener? On le croirait. M. le ministre de la justice, M. Rouher, a déversé l'injure sur la révolution de février qu'il avait autrefois qualifiée de politique et sociale. Une réunion de la gauche a décidé de remettre à M. le président de l'Assemblée une protestation contre les paroles de M. le ministre de la justice, soit contre l'institution du jury, soit contre la révolution de février.

24 juillet. -— Le Siècle vient de gagner un des deux procès qui lui sont intentés.

C'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort d'Armand Garrel. « Si Garrel manque à la jeune République, dit le Siècle, les républicains ne manqueront jamais à sa mémoire. »

10 août. — A titre de renseignement historique, le Siècle publie un manifeste signé par quatre-vingtdix représentants de l'extrême gauche. Nous vou-

drions, dit ce journal, que la montagne comprît enfin ce qu'elle perd de force, d'éléments vitaux, à se modeler sur la montagne de notre première ré" volution. Elle ferait ainsi preuve d'intelligence politique, et c'est quelque chose par le temps qui court.

14 août. — Le Siècle insère un article de M. Louis Blanc, exilé, en réponse à un article critiquant son dernier ouvrage : Pages d'histoire. Cette réponse est intitulée : De la véritable Histoire du Progrès.

25 août. — Le Siècle a toujours été trouvé prêt à combattre les erreurs du gouvernement de M. Bonaparte. Ce que nous avons fait, dit-il, nous le ferons encore, sans parti pris, sans esprit de dénigrement. Le droit, la loi, la liberté, voilà le critérium de tous nos jugements. Le président de la République ne saurait égaler ni le génie ni la gloire de son oncle, mais il peut en suivant les inspirations de son honnêteté, atteindre à la gloire si pure de Washington. »

27 août. — La nouvelle de la mort de l'ex-roi Louis-Philippe est confirmée. « Si la politique des dynasties, dit le Siècle, veut que l'exil se prolonge pour les vivants, elle ne croira peut-être pas que l'exil est bon même pour les morts. L'ex-roi peut reposer auprès de son fils aîné, le duc d'Orléans,

Ce n'est pas seulement le sentiment républicain, c'est le sentiment français que nous exprimons en quelques mots. »

20 août. — En présence des intrigues impérialistes, légitimistes, orléanistes, le Siècle fait remarquer que le souverain qu'on cherche, on ne veut pas le voir, car ce souverain aujourd'hui, c'est tout le monde : il est dans les ateliers, dans les champs, dans l'armée, dans le comptoir du négociant, dans l'étude de l'avocat, partout enfin, et le seul pouvoir désormais est celui qui travaille sans relâche et de tout son cœur à amoindrir les misères, à étendre le crédit, à faciliter la productions et les échanges et à accroître ainsi le bonheur de tous.

31 août. — L'ordre et la stabilité ne consistent pas , dit le Siècle, à bâcler un trône et des chartes, mais bien à élever progressivement la moralité et le bien-être de tous. La République suffira à cette grande tâche, avec ou sans le concours des Césars.

5 septembre. — Nous croyons, dit le Siècle, qui répond à des inquiétudes, à l'honnêteté de M. Louis- Napoléon Bonaparte. Tout concourt donc à nous rassurer contre les bruits que l'on jette dans la circulation.

21 septembre. — Le Siècle vient d'être condamné à trois mois de prison et à 2.000 francs d'amende

comme coupable d'avoir excité à la haine et au mépris du gouvernement de la République.

23 septembre. — Le Siècle exécute la loi sur la presse en ce qui concerne les signatures. Les articles sont signés Louis Perrée, Louis Jourdan, H. Lamarche, E. de la Bédollière, Auguste Husson.

4 octobre. — La seconde élection pour la présidence de la République qui doit avoir lieu en 1852, donne déjà lieu à beaucoup de discussions. Le Siècle attend avec confiance. Forts de notre conscience, sûrs de ne pas dévier de notre voie républicaine, dit-il, nous indiquons au pays une route que nous croyons tracée par la Constitution et par laquelle il peut arriver au salut, rien qu'en manifestant légalement et pacifiquement sa volonté. Autrement, nous ne voyons que crises, recours à la force brutale, et nous croyons faire œuvre de bons citoyens en rendant impossible le retour de ces tristes nécessités.

11 octobre. — L'association des ouvriers facteurs de pianos occupe le Siècle. M. Louis Perrée fait l'historique des efforts de cette association qui a complètement réussi. Il n'y a plus rien à faire pour eux, ceux-là sont arrivés.

12 octobre. — M. Louis Jourdan fait la revue des associations ouvrières des menuisiers en fauteuils, des ébénistes, des tapissiers; il dit que cette triple

association offre à un très-haut degré le caractère d'union et de force morale qui sera la règle de toutes les associations ouvrières.

31 octobre.— Le spectacle qui s'offre en ce moment est qualifié par M. Pierre Bernard de décrépitude/ Presque partout, dit-il, le cœur manque ; la vanité la plus misérable tient la place d'ambition chez les hommes.

2 novembre. — La société du Siècle est prorogée pour vingt-cinq ans. M. Perrée a réuni autour de lui toutes les personnes qui concourent de près ou de loin au succès de cette feuille. Par son initiative, une caisse de retraite est fondée pour les travailleurs de tous rangs, de tout sexe, de tout grade.

20 novembre. — Le Siècle publie un démenti donné par le général Gavaignac à quiconque prétendrait qu'il est disposé à mettre ses affections et son épée au service de celui qui, après avoir juré l'observation de la Constitution du pays, accepterait une candidature, une élection repoussée par cette Constitution.

Décembre est entièrement livré aux discussions des partis, aux menées impérialistes, aux intrigues multicolores, qui, toutes sont dirigées contre la République, au risque de mettre tout à feu à sang. Le Siècle, dont la politique est toujours honnête et

loyale, défend la République comme il a défendu, jusqu'au dernier jour, le suffrage universel, comme ila défendu la liberté de la presse.

18M. — 2 janvier. — On constate un dissentiment profond entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. On répète partout que c'est la faute de la Constitution ; le Siècle soutient que c'est la faute des hommes et de leur but respectif. Ainsi M. Louis Napoléon a un but que le Siècle ne doit pas préciser dans le journal ; mais la tendance du pouvoir exécutif est connue de la majorité, les procès-verbaux de la commission de permanence en témoignent longuement. En soutenant le chef de l'État jusque dans ses fantaisies les moins républicaines, la majorité n'a qu'un but: ruiner la République.

11 janvier. — La minorité de l'Assemblée ne veut pas de malentendu ; elle repousse toute coalition ; elle veut agir publiquement, au grand jour. Le Siècle dit que les partis hostiles à la République se renvoient les accusations les plus graves, et se soupçonnent les uns les autres de projets odieux.

14 janvier. — Les anciens chefs de la majorité se livrent à de petites taquineries bien dignes de ces partis monarchiques, et cependant, dit M. Perrée, ce sont ces luttes misérables qui , depuis deux ans, entravent toutes choses. Le jour où le pays retirera sa confiance aux hommes qui les fomentent, on sera étonné devoir que le gouvernement républicain peut réaliser pacifiquement les réformes et les améliorations vainement attendues depuis soixante années.

46janvier. — M. Louis Perrée est mort ce matin, à la suite d'une congestion cérébrale; il était âgé de trente-cinq ans. La mort l'a surpris au milieu de ses travaux, au moment où il terminait le projet de caisse de retraite en faveur de tous les travailleurs de l'administration. Perrée voulait la république modérée, le progrès par l'ordre, l'ordre par la légalité. On lui rend cette justice qu'il a défendu loyalement des opinions qui étaient et sont encore celles de toute la France.

18 janvier. — Les obsèques de Louis Perrée ont eu lieu aujourd'hui. L'idée de Louis Perrée, ditle Siècle, a reçu la consécration populaire et religieuse. Un homme du peuple s'étant approché du cercueil, a dit : « Louis Perrée , issu d'une famille riche et honorée ; Louis Perrée, fils de tes œuvres, la République te bénit. » C'est ainsi, dit M. Pierre Bernard

qu'à la veille des graves événements, l'alliance de la bourgeoisie et du peuple a été cimentée devant Dieu.

Plusieurs discours ont été prononcés : par M. Havin, au nom du conseil de surveillance; par M. Lamarche, au nom de la rédaction politique; par M. Louis Desnoyers, par M. Tramont, par M. Voivenelle, au nom des typographes.

20 janvier. — Le Siècle jette un coup-d'œil sur la route qu'il a parcourue depuis deux ans , alors que ce journal, quittant la trace des anciens partis, s'est rangé résolument du côté de la République. Il se résume ainsi : La démagogie sait que nous ne la suivrons jamais dans ses écarts ; la bourgeoisie, que nous ne sacrifierons jamais ses intérêts légitimes. La bourgeoisie ne voit pas en nous de démagogie hypocrite; le peuple n'y voit pas d'aristocratie cauteleuse. Cette ligne de conduite explique l'hommage rendu de tous côtés à celui qui fut le patron d'une politique vraiment nouvelle, politique dont les collaborateurs de Perrée ne s'écarteront pas d'une ligne, d'un mot.

24 janvier. — M. Dupin donne lecture à l'Assemblée d'un nouveau message de M. le président de la République, dans lequel il est dit que, pour ne t point prolonger une dissidence pénible, le chef de

l'État s'est résolu à former un ministère de transition composé d'hommes n'appartenant à aucune fraction de l'Assemblée. Soit, dit le Siècle, faites donc les affaires du pays, faites-les honnêtement, dans l'esprit de la Constitution, et tout le monde applaudira.

2G janvier. — Le Siècle renouvelle aujourd'hui des engagements de marcher dans la ligne politique que Louis Perrée a tracée, et qu'il a toujours suivie avec tant de loyauté et de résolution, Désormais, le Siècle, sera placé sous la direction de M. Havin qui, depuis son entrée dans la vie politique, n'a pas cessé d'être un des plus dignes défenseurs des idées libérales.

La société du journal décide qu'une pension de 3,000 fr. sera servie à la veuve de M. Perrée et une pension annuelle de 1000 fr. à chacun des trois enfants, pour toute la durée de la société du Siècle.

27 janvier. — Le mot de M. Thiers (l'Empire est fait,) circule sur plusieurs bancs de l'Assemblée. Le Siècle n'est pas de cet avis. Non ! s'écrie M. Louis Jourdan, l'Empire n'est pas fait; non, l'Empire ne se fera pas; il y a dans le bon sens, dans la volonté de tous, dans cette force mystérieuse qui s'appelle l'opinion publique, une puissance que les plus

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téméraires n'osent affronter et qui les brisent quand ils l'osent.

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