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REDACTEUR EN CHEF : M. CHAMBOLLE

27 mai. — La direction politique du Siècle est confiée à M. Chambolle. Il fait connaître, dans un article intitulé : Notre Mission, les sentiments qui le guideront désormais dans la défense des intérêts qui lui sont confiés. Selon lui, c'est l'intelligence qui domine aujourd'hui, et la vraie mission du journaliste, mission sainte, consiste dans le développement de ce qu'il y a d'élevé et de moral dans le cœur de l'homme. Telle est sa volonté.

Contrairement aux habitudes de la presse, M. A. Chambolle signe ses articles; c'est un bon exemple.

9 août. — Le Siècle consacre tout un article au Malaise de la classe ouvrière. Cet état de malaise est plus que permanent parmi les classes ouvrières; cette situation résulte de circonstances très-com-

plexes qui tiennent à l'action du pouvoir, à la nature de l'industrie et aux rapports des ouvriers avec les maîtres. Il constate que les entrepreneurs, les fabricants, les patrons se coalisent impunément pour fixer le salaire et imposer des amendes; tandis que, quand les ouvriers se liguent pour établir ces minimum, il y a toujours poursuite judiciaire. Le Siècle réclame contre cette injuste inégalité qui confère aux maîtres un droit funeste aux ouvriers.

Charles Fourier, chef de l'école sociétaire, venait de mourir. Le Siècle s'empresse de payer à cette haute intelligence son hommage respectueux. Tout le système d'association de Fourier était basé sur cette théorie, que le mal n'est nullement dans la nature de l'homme ni dans ses penchants natifs; il n'est que dans les circonstances sociales qui, au lieu de ménager à ces penchants un essor heureux et juste, ne leur présentent le plus souvent que des voies de fraude, de lutte et d'iniquité.

1838. — L'année 1838 est calme; les questions d'intérêt se débattent gravement, sans exciter de passion. Aprè-j le* élections qui n'ont rien tran-

ché, on a voté les lois de conversion, discuté les lois sur les commandites, les chemins de fer.

Les pairs, constitués en Cour de justice, condamnent M. Laity à cinq ans de détention, à dix mille francs d'amende et à la surveillance perpétuelle de la haute police, comme auteur d'une brochure faisant l'apologie d'un mouvement insurrectionnel accompli depuis deux ans. Selon le Siècle, cette condamnation paraît être une sorte de vengeance de l'acquittement des accusés dans le procès de Strasbourg.

Le Siècle reçoit un Communiqué qu'il insère en tête de son journal, sur toute la largeur du journal, en vertu des lois de septembre; c'est signé Berrurier.

La note officielle par laquelle le gouvernement français demande au directoire fédéral l'expulsion du prince Louis-Napoléon du territoire suisse, est combattue par le Siècle, qui soutient que le titre de citoyen suisse doit couvrir le prince.

Thurgovie repousse de la manière la plus formelle la demande d'expulsion du prince Louis Napoléon faite par la France. Le Siècle conseille au gouvernement français de remplacer M. le duc de Montebello par un ambassadeur.

Le Siècle signale, en les approuvant, les pétitions

pour la réforme électorale qui se couvrent partout de signatures.

L'affaire de Suisse reçoit] sa solution : le prince Napoléon va se retirer volontairement à Londres, d'où ne l'expulsera pas le cabinet des Tuileries.

Les Chambres sont convoquées; le ministère paraît nul à tous les yeux; le Journal des Débais luimême en fait l'aveu. Le Siècle le juge en trois mots : incapacité, servilité, corruption. Ces trois mots sont sa condamnation.

1839. — La coalition est formée entre les opinions parlementaires; toutes les oppositions sont réunies. L'adresse rédigée par la commission est trouvée « insolente et factieuse » parla majorité. Le Siècle croit que le moment est venu, de dire simplement la vérité. Il est bien temps, dit-il, que le pays cesse de sommeiller.

Les discussions sur l'adresse, auxquelles prennent part les plus grands orateurs, sont très-ardentes : M. Odilon Barrot, M. Thiers, M. Guizot, M. Berryer, luttent éloquemment contre le ministère Mole

qui ne pourra survivre, 'dit le Siècle, que quelques jours au vote de l'adresse.

L'adresse est votée à cinq voix de majorité. Le Siècle dit que la France le tient pour mort et croit sa succession ouverte.

Le 22 janvier, la prophétie du journal est accomplie : le ministère est mort. Le Siècle ne veut pas troubler ses cendres.

Un nouveau ministère est toujours laborieux à composer. Le Siècle, tout à fait désintéressé personnellement dans la question, donne le conseil de renoncer à l'astuce et à la ruse ; il voudrait qu'on essayât de la droiture et de la franchise. Ce serait nouveau. Mais l'opinion est éveillée, le pays est sur ses gardes, on ne parviendra pas à gouverner la France contre son droit et contre ses vœux.

Un nouveau ministère n'ayant pu se former, le roi n'accepte pas la démission des ministres; mais la chambre est dissoute. Heureuse la France, s'écrie le Siècle, si les^ électeurs, investis en ce moment de la souveraineté nationale, savent en user avec fermeté et discernement.

Le Siècle insère, en les approuvant, les manifestes de MM. Guizot, Thiers, Gormenin, Odillon Barrot, Duvergier de Hauranne, tous se prononcent contre le gouvernement personnel du roi, qui conduirait

à une catastrophe, aune révolution. « J'aime mieux déplaire au gouvernement, dit M. Thiers, que de le trahir. »

Les élections n'ont pas trompé les espérances du Siècle. A Paris, sur quatorze candidats, l'opposition en compte dix. Le relevé des élections donne 230 voix à l'opposition, 189 au ministère qui doit se préparer à mourir. En résumé, la coalition parlementaire a 50 voix en sa faveur. C'est une victoire pour les libertés.

Démission du ministère. Le Siècle espère que l'attente du pays, cette fois, ne sera pas trompée. Pour être fidèle à l'esprit des élections, il faut aller en avant.

Au 30 mars, aucune solution ministérielle. Le Siècle, est impatient de ces lenteurs qui font souffrir tout le monde et ruinent l'industrie. On aperçoit, dit-il, clairement dans les complications de la situation actuelle : intrigue, mensonge et fourberie.

Enfin, après vingt jours, le ministère est formé; on le qualifie de ministère de suppléants.

Une souscription pour les ouvriers sans travail est ouverte le 3 avril par le Siècle qui indique les noms et les demeurés des citoyens qui se sont chargés de recueillir les souscriptions chacun dans son arrondissement.

On est retombé en crise ministérielle. M. Guizot fait défection à l'opposition; mais le public, dit le Siècle, n'aura plus foi à ses paroles. C'en est fait désormais, il est jugé et pour toujours.

Le Siècle est frappé de la simultanéité des crises ministérielles dans presque tous les États constitutionnels de l'Europe : en Angleterre, en Espagne, en Portugal, dans la péninsule comme en Belgique, et en France où elle est permanente.

Au milieu de toutes les discussions sans fin, sans solution, de ces crises ministérielles, le Siècle signale avec douleur les cris de l'émeute, le rappel dans les rues, les soldats et les gardes nationaux courant aux armes, le bruit de la fusillade, et le sang qui coule pour le malheur du pays.

Nous sommes au 12 mai.

Après soixante jours de crise, — nous avons un ministère. Est-ce l'émeute qui l'a formé ? Le Siècle le qualifie d'escamotage politique. Il ne rencontre là ni unité, ni harmonie, ni par conséquent garantie de durée et d'avenir.

A propos de la Cour des pairs qui est appelée à prononcer sur une accusation d'attentat, le Siècle croit que la France ne peut vivre de ce pauvre régime auquel on la condamne. La démocratie est vaste et forte : il faut l'éclairer, l'élever, l'associer

aux idées et à la pratique des affaires ; en un mot, il faut puiser dans son sein cet élément de vie dont l'absence se fait sentir et qui ne se trouvera qu'en elle.

La Cour des pairs a rendu son arrêt contre les insurgés du 12 mai. Barbes est seul condamné à la peine de mort. Le Siècle espère que la clémence du gouvernement s'exercera en faveur de Barbes.

Le roi a commué la peine de Barbes en celle des travaux forcés à perpétuité le 13 juillet.

Au neuvième anniversaire de la révolution de juillet, le Siècle interroge le pouvoir : Qu'avez-vous fait pour le peuple? et pour vous-même qu'avezvous fondé? Les embarras de la situation, les dangers, les crises menaçantes, les mécontentements ont une cause évidente, c'est la lutte engagée par le pouvoir contre la souveraineté du peuple. Contre ce principe, le gouvernement ne pourra jamais rien.

Un projet de réforme électorale est élaboré par l'opposition de gauche. Les bases sont : plus de cens spécial de l'éligibilité, tout électeur est éligible. Une indemnité de 20 fr. par jour à chaque député pendant la session, etc. etc. Ce projet rencontre beaucoup d'adversaires. Le Siècle déclare que, malgré les clameurs, l'opposition poursuivra ses travaux et fera son devoir.

Le Siècle, qui vient de parcourir quelques pages des Idées napoléoniennes, se propose d'en rendre un compte scrupuleux, exempt de faveur et de prévention. En attendant, il en publie les conclusions.

Une nouvelle crise ministérielle se prépare, et le Siècle attribue à ces crises le malaise général. Depuis dix ans, c'est toujours a recommencer, le temps se perd en intrigues, et les affaires sérieuses sont abandonnées complètement.

Des désordres viennent d'éclater au Mans, à La Ferté, à Mamers et dans plusieurs autres cantons. A Lille, des masses d'ouvriers menacent les filatures, réclamant une augmentation de salaire. C'est à l'occasion des subsistances et de leur cherté que le peuple s'est ému. Le Siècle examine l'état du commerce des grains; il démontre l'urgence d'une réforme dans l'établissement des mercuriales et dans les procédés en usage pour la vente des céréales.

4 octobre. — La réforme électorale est soutenue par la gauche, et l'extrême gauche unie aux radicaux. Le Siècle croit que les sentiments de modération et d'humanité ont pénétré dans toutes les classes, et que le respect du droit commun tend de plus en plus à passer clans les mœurs de la démocratie.

L'extrême gauche se sépare de la gauche consti-

tutionnelle et adopte le programme des radicaux. Aux yeux du Siècle, cette résolution ne va à rien moins qu'à renverser les institutions et les lois qui nous régissent.

26 novembre. — Le Siècle demande qu'on sorte des généralités en ce qui touche les intérêts populaires; il croit que l'organisation de la petite industrie serait le moyen de détruire la hideuse misère qui ronge notre société, de donner de la dignité aux classes laborieuses en leur procurant le bienêtre.

La science sociale ne sera bien commencée que du jour ou le goût et l'habitude des associations seront développés parmi les classes ouvrières. Ce principe se prête à toutes les formes et à tous les caractères : caisses d'épargne, sociétés de bienfaisance, assurances mutuelles et autres. C'est ainsi que l'éducation du peuple peut se faire, et c'est de lui ou du moins des organes qui surgiront de son sein par la discussion de ses intérêts que l'on pourra apprendre les secrets de son avenir.

Le problème social était assez nettement posé pour le temps : si on y a ajouté un peu, on n'en a rien retiré. Le Siècle était dans le vrai.

4 décembre. — Le Siècle combat la proposition

de M. Michel (de Bourges) qui conduirait au suffrage

universel; il croit que la fonction politique électorale ne doit être confiée qu'aux plus indépendants et aux plus capables, il est uniquement pour les capacités.

1840. — Après les discours d'usage de janvier prononcés aux Tuileries, après les discussions de l'adresse, le fait important est la nomination de M, Guizot à l'ambassade de Londres. Le Siècle ne s'explique pas bien cette nomination ; il professe un grand respect pour le talent de M. Guizot, mais il déclare n'avoir pas autant de confiance dans son caractère politique.

Le Siècle est contre les apanages en général, et contre la dotation de 500,000 fr. demandée au profit ou en l'honneur du duc de Nemours. Il donne des extraits d'un pamphlet que M. de Gormenin publie sous le nom de Timon qui ne comprend pas la demande d'une dotation de 500,000 fr. pour un prince qui a déjà une fortune de 15 millions.

Le projet de dotation que le Siècle qualifie de scandale est rejeté. Le ministère doit tomber avec lui, non pas vaincu, mais ridicule.

1er mars. — Un nouveau ministère est formé, sous la présidence de M. Thiers, ministre des affaires étrangères. Le Siècle n'est pas satisfait; il attendra les actes du nouveau cabinet pour le juger ; jusque-là, il se maintiendra vis-à-vis de lui dans les termes d'une réserve bienveillante.

29 février. — Le Siècle, pour satisfaire aux exigences de l'époque, dit qu'il faut modifier les bases de l'éducation publique; il demande, pour toute la France, des écoles préparatoires du commerce et de l'industrie; c'est ce qu'on appelle aujourd'hui l'instruction professionnelle. On voit que le Siècle est toujours vivement préoccupé des progrès sociaux.

Le Siècle dit que, dans la situation actuelle, il croit devoir prêter son loyal concours au ministère sorti de l'opposition, il aime le gouvernement représentatif, parce que la discussion libre, c'est en définitive le triomphe de l'intelligence sur la force brutale, de la volonté réfléchie de la nation sur les passions qui, en l'exaltant, peuvent l'égarer.

12 mai. — Aux acclamations de la chambre des députés, un projette loi a été présenté, portant demande de crédit d'un million pour élever à Napoléon un tombeau sur la terre de France, où ses restes glorieux vont être rendus. Le Siècle applaudit

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à l'intention qui a inspiré le ministère, intention qui lui paraît noble et patriotique; il défend le projet contre les Débais, le National, la Gazette de France et le C apitoie.

L'allocation de 2 millions réclamée pour la translation des restes de l'empereur et pour le monument qui doit lui être élevé, est réduite, par un vote de la chambre des députés, à un million.

27 mai. — Le Siècle, reconnaissant que la Chambre a fait une faute, accueille la pensée d'une souscription nationale qui lui paraît justifiée. Il fait appel à toutes les sympathies nationales pour honorer dignement la mémoire de Napoléon qui a personnifié la Révolution devant les aristocraties et les rois de l'Europe.

En conséquence, il recevra dans ses bureaux les souscriptions qui lui seront adressées et dont un comité réglera l'emploi.

31 mai. — Les souscriptions sont suspendues, sur la communication d'une lettre de M. Odilon Barrot, et d'après la décision prise par le comité qui s'était réuni chez le vénérable maréchal Moncey.

10 juin. — Une grande manifestation a lieu aujourd'hui à la barrière Montparnasse. Le banquet réformiste du 12e arrondissement a eu lieu au milieu d'une aftluence considérable. On porte a 800

les gardes nationaux qui s'étaient réunis, la plupart en uniforme, auxquels se sont adjointes des députations des autres arrondissements. MM. Laffitte et Arago assistaient à cette fête donnée en l'honneur du suffrage universel absolu.

Le Siècle est persuadé que le suffrage universel, réclamé comme un droit absolu, ne peut produire que l'anarchie, et voilà pourquoi il le repousse.

14 juin. — On annonce que des démonstrations en faveur du suffrage universel doivent avoir lieu dans tous les arrondissements de Paris et dans les principales villes de France. Le Siècle, qui est pour le suffrage restreint dans lequel il voudrait faire entrer toutes les capacités, combat les prétentions absolues des radicaux; il conseille au gouvernement d'aller au-devant de toutes les réformes praticables.

3 juillet. — Les banquets réformistes se succèdent avec des formules différentes. Le banquet des communistes s'est tenu à Belleville au nombre de douze cents. Le Siècle ne croit devoir ni s'étonner ni s'effrayer de ces rêveries qui reparaissent à toutes les époques.

Une formule générale se dégage de toutes ces manifestations politiques, c'est celle de la liberté l'égalité et la fraternité que le National adopte.

parce qu'elle est complète. Le Siècle ne s'élève, pas contre ces démonstrations qui lui paraissent légitimes tant qu'elles ne troublent pas l'ordre, et moins dangereuses que les sociétés secrètes.

30 juillet. — Cette année, la célébration des anniversaires de juillet a eu un caractère de grandeur. Soixante mille gardes nationaux et la majorité de la population parisienne ont pris part à cette solennité populaire. Le pouvoir, dit le Siècle, représenté par des hommes de la révolution, ne craignit pas de laisser une pleine liberté aux manifestations de l'esprit public.

7 août. — Louis Bonaparte vient de faire une tentative sur Boulogne. Arrêté, il est transféré au château. Aujourd'hui, comme en 4836, le Siècle pense que satisfaction est due aux lois violées, et que les lois, dans un pays libre, sont applicables à tout le monde.

8 août. — La question d'Orient, par suite du traité signé à Londres par les quatre puissances, est susceptible d'amener la guerre; ce qui arrivera infailliblement si la force était employée contre le pacha d'Egypte et qu'on lui ravît ce que la guerre lui a donné; ce serait pour la France, dit le Siècle un échec immense, et la guerre générale, pour avoir été retardée, n'en serait que plus terrible.

48 août. — En perspective d'une guerre prochaine, le Siècle définit le rôle de la France à l'extérieur. Elle respectera la nationalité, le culte, les mœurs, dit-il; elle protégera tous ces droits; si elle peut, elle délivrera la Pologne, elle affranchira l'Italie; si un mouvement d'indépendance éclate parmi les petits États allemands, elle leur offrira son appui sans porter atteinte à leur droit de souveraineté. La France sera toujours prête à donner aux forts son alliance, aux faibles son appui.

22 août. — Le Siècle consacre un premier article aux classes laborieuses, sous ce titre : De l'organisation du travail. Il examine les théories de Saint- Simon, Owen, Fourier, et Louis Blanc. Il condamne les théories absolues et la guerre faite à la concurrence.

28 août. — Les puissances coalisées voudraient faire descendre la France au rang des puissances de 3e ou de 4e ordre. Qu'on ose le tenter I s'écrie le Siècle. La France n'envoie pas de défis, mais elle accepte ceux qu'on voudra lui porter. Avec une cause juste, la sympathie des peuples et le souvenir de sa gloire, elle n'a rien à craindre, même de l'Europe coalisée.

1er septembre. — Le Siècle rend compte d'un banquet radical tenu dans le village de Ghatillon;

six mille convives étaient groupés autour de treize tables, dans une grande plaine. Des dames assistaient à ce banquet. Ce journal reproduit quelques passages du discours de M. Bûchez, inspiré par le plus pur patriotisme.

Au 3 septembre, les coalitions d'ouvriers sont nombreuses; les rassemblements de mécaniciens, charrons, serruriers, fondeurs, tailleurs de pierre, etc., se forment dans plusieurs endroits de la capitale, et donnent lieu à des sommations. Le Siècle s'engage à examiner de nouveau les questions économiques avec le soin qu'elles réclament et l'intérêt qu'il porte à toutes les classes des travailleurs.

17 septembre. — Le Siècle se préoccupe de la pensée de fortifier Paris. Il adopte cette idée.

22 octobre. — Le ministère Thiers a donné sa démission acceptée par le roi. D'autres devoirs commencent pour nous, dit le Siècle; nous aurons à surveiller et à combattre les desseins et un système qui ne peuvent tourner qu'à l'abaissement du pays.

29 octobre. — Le nouveau ministère est constitué. M. Soult, président du conseil; M. Guizot, aux affaires étrangères; telle est sa signification.

L'ouverture des Chambres a eu lieu le 5 novembre. Après avoir pris connaissance du discours du

trône, le Siècle dit que c'est la rougeur au front qu'il rend compte de l'inconcevable harangue que le ministère de M. Guizot a eu la criminelle folie de placer dans la bouche de la royauté.

M. Guizot a arboré sa politique dans un discours qu'il a prononcé à la chambre des pairs. Sa devise est : la paix partout, la paix toujours. Le Siècle ne lui demande rien de grand, rien de difficile; il espère que, pour la sécurité du présent et pour le salut de l'avenir, le ministère ne laissera pas bafouer la France.

15 décembre. — Le Siècle présente un tableau magnifique de la solennité consacrée aux cendres de Napoléon, et qui avait attiré la population entière de Paris et de nombreuses députations accourues de tous les points de la France. Aux cris de : Vive l'Empereur! se sont mêlés, à l'adresse du ministère, ceux de : A bas les traîtres! à bas Guizot! à bas les Anglais! Le Siècle espère qu'on comprendra ces démonstrations; car lorsque le peuple avertit avec calme, c'est le moment de s'instruire à sa voix.

1841. — Janvier nous ramène les éternelles harangues officielles. Le Siècle n'y trouve qu'un mot cligne d'être relevé, extrait du discours de M. le baron Pasquier: « Il y a quelque chose, au-dessus de la gloire guerrière: l'union de la paix, de la liberté et de l'honneur. » Mais le journal voudrait que l'application de cette maxime pût être faite par la voix sincère du peuple et non par la flatterie d'un vieux courtisan.

13 janvier. — M. Thiers présente à la Chambre son rapport sur le projet de loi relatif aux fortifications de Paris. Ce rapport occupé dix colonnes du journal. Le Siècle, non- seulement approuve ce projet, mais il engage la gauche à soutenir les amendements qui seront proposés sur la question de durée et sur la désignation des ouvrages extérieurs.

1er février. — Après dix jours de discussions trèsanimées et très-savantes, le projet de loi sur les fortifications est adopté par 237 voix contre 162, grâce à l'accord entre toutes les fractions modérées de la

Chambre, accord, dit Le Siècle, qui malheureusement cessera demain.

16 février. — Le Siècle recherche en vain sur quel principe repose le gouvernement actuel. On a beau se débattre, dit-il, contre la vérité, la France est une démocratie, qu'il faut organiser, au lieu de la nier, sur des bases larges et sincères.

26 février. — La France, poursuivie en cour d'assise pour la publication de lettres attribuées à Louis Philippe, sous la prévention d'offense à la personne du roi, est acquittée. Ce verdict écrasant, dit le Siècle, devra décider le gouvernement à reconnaître définitivement les principes de 1830 ou ceux de 1815; il faut qu'il abandonne ce régime faux, bâtard, menteur, qui l'oblige à s'appuyer sur les consciences flétries, vénales, et qu'il demande sa force à la nation qui lui apportera dans les jours de péril un principe invincible.

27 avril. — Les procès de presse se multiplient: la France, la Gazette de France et le National sont poursuivis.

16 mai. — M. Girod (de l'Ain) dépose son rapport à la cour des pairs sur l'attentat de Darmès et de ses complices: le rapporteur laisse entrevoir comme un lien mystérieux entre les énergumènes qui veulent des bouleversements par le crime, par l'assassi^

nat, et différentes écoles socialistes ou réformatrices. Le Siècle repousse cette calomnie contre les socialistes, dont on peut combattre ou rejeter les utopies, mais qui n'ont rien de commun avec les odieux sectaires dont on veut les rapprocher.

24 juin. — M. Garnier-Pagès est mort, à peine âgé de quarante ans. Réprouvant la violence et les témérités qui manquent le but pour vouloir le dépasser, dit le Siècle, il acceptait toutes les améliorations, les réformes, môme celles qui étaient loin de répondre aux exigences de ses opinions : il mérite d'être regretté de tous les hommes sincères.

26 juin. — Les obsèques de Garnier-Pagès ont eu lieu aujourd'hui. Il a été conduit au Père-Lachaise. Des discours ont été prononcés sur la tombe de ce citoyen par MM. Arago, Bastide, Lesseps, Dupoty, Duthoy, ouvrier, Joly, Pagnerre, Blaize et Mariet. Le Siècle fait l'éloge de cette touchante cérémonie qui fait honneur à une nation qui sait récompenser si dignement les services qui lui ont été rendus.

28 juillet. — Les anniversaires de la révolution de juillet n'éveillent, selon le Siècle, que des pensées de tristesse, des images de deuil. Déceptions, mensonges, divisions, défiances, voilà ce qu'on a vu, ce qu'on a recueilli à l'intérieur, au dehors, humilia-

tions, concessions gratuites, abaissement continu et absence complète de sécurité. L'accord entre le peuple et le gouvernement a cessé d'exister.

30 juillet. — M. Ledru-Rollin a été élu en remplacement de Garnier-Pagès. Le Siècle blâme la violence de son langage, et lui cite l'exemple de son prédécesseur qui exprimait sa pensée avec hardiesse et vigueur, sans manquer pour cela d'équité et de mesure. M. Ledru-Rollin est bien aveugle, ditil, s'il se persuade qu'il y a maintenant un parti en mesure d'accomplir l'œuvre de régénération et de salut, en marchant sur le corps de tous les autres.

5 août. — M. Ledru-Rollin, député de la Sarthe, est cité devant le président de la cour royale d'Angers, à l'occasion du discours qu'il a prononcé devant les électeurs. Le Siècle est très-étonné de cette poursuite. Ainsi, dit-il, tout ce qui a une existence indépendante doit se trouver un jour ou l'autre en conflit avec ce ministère de pédants qui vise à faire de la force et ne se doute pas qu'il n'y a ni force ni durée en dehors du consentement des esprits.

19 août. — Le Siècle publie en tête de ses colonnes une communication faite en exécution de la loi du î) septembre 1835. Cette insertion est commune au Courrier Français, au National et au Corn-

merce. Le Siècle discute cette communication relative à des mesures fiscales.

27 août. — M. Guizot, sorti en triomphateur de Lisieux, reçoit un charivari à Gaen. Le Siècle trace en quelques lignes un portrait du ministre qui n'est pas flatté. M. Guizot n'a qu'un but: le pouvoir; pour y parvenir, il prie, il flatte, il se fait humble, il se redresse, il est libéral, il est parlementaire, il est courtisan; les transformations lui sont faciles, les professions de foi se succèdent sans embarras, il trouve au besoin des élans et les apparences de l'enthousiasme; mais c'est toujours la soif du pouvoir qui l'agite, l'orgueil irrité qui gronde dans sa poitrine, et trop souvent encore il fait illusion.

31 août. — A la requête de M. le préfet de police, le Siècle est sommé d'insérer un article rectificatif en tête de ses colonnes. — Pas de réflexions !

13 septembre. — Attentat contre le duc d'Aumale. L'auteur, nommé Quénisset, sera jugé par la cour des pairs. Le Siècle regrette que ce maniaque ne soit pas déféré en cour d'assises, il craint que l'espèce de théâtre où l'on fait monter les régicides n'exalte les imaginations malades.

24 septembre. — De nouveau traduit en cour d'assises, le National, défendu encore cette fois par Me Marie, est acquitté. « Le gouvernement, dit le

Siècle, comprendra-t-il enfin que les jurés et les électeurs repoussent les doctrines de M. Guizot, et que le pays a pris au sérieux les principes proclamés en 1830?

18 octobre. — L'attention du Siècle est appelée sur ^'établissement projeté des conseils de prud'hommes à Paris; il signale les pétitions et les articles des journaux rédigés par des ouvriers et un écrit d'un compositeur typographe, intitulé: De l'état des ouvriers, pour convaincre le public que les ouvriers sont en position de fournir leur contingent de magistrats capables.

20 octobre. — Le Siècle ouvre une souscription en faveur de la famille d'Adolphe Boyer qui s'est suicidé; il laisse une femme enceinte et trois jeunes enfants sans aucunes ressources. M. A. Boyer est l'auteur d'une brochure intéressante touchant les intérêts de la classe laborieuse.

La souscription s'est élevée à 4,000 francs environ.

4 décembre. — M. Dupoty est impliqué dans l'attentat du 13 septembre; on lui fait un procès de tendance. Le Siècle sait que la pairie n'aime pas la presse radicale et qu'elle ne croit pas devoir de grands ménagements aux républicains ; mais ici il s'agit de justice et non de politique. Or, ce journal ne fait pas l'injure à la cour des pairs de croire

qu'il siège sur ses bancs un seul membre capable de prononcer comme juge une condamnation tombant sur un ennemi avoué ou présumé du gouvernement et non sur un coupable.

M. Hébert soutient contre M. Dupoty la complicité intellectuelle ou la complicité morale. Le Siècle regarde comme un très-grand malheur et un très-grand danger une semblable doctrine. L'arrêt a causé une stupéfaction universelle.

28 décembre. — La condamnation de M. Dupoty donne lieu à une Déclaration solennelle de toute la presse indépendante de Paris, à laquelle adhèrent tous les délégués de la presse des départements. Le Siècle insère cette Déclaration à la première page et avec un luxe typographique qui ajoute encore à son importance.

1842. —13 janvier. — Le gérant du Siècle est mandé à la barre de la chambre des pairs. M. Gham. bolle, directeur politique du journal, adresse au président de la chambre une lettre dans laquelle, protestant de son respect pour la constitution, il se déclare

l'auteur de l'article qui motive la délibération de la chambre et en revendique la responsabilité.

20 janvier. — M. Perrée, directeur-gérant, qui a paru seul devant la chambre des pairs pour répon dre de l'article incriminé, a été condamné à un mois de prison et à 10,000 francs d'amende. Le Siècle ne croit pas que la dignité de la pairie gagne beaucoup à cette condamnation.

30 janvier. — La discussion de l'adresse est trèspassionnée cette année ; grave et profonde sur les affaires extérieures, elle a été vive et franche sur les questions intérieures. Le Siècle pense que le ministère ne se relèvera pas de l'impression produite dans le public par ces débats révélateurs, et si le ministère s'en relevait, le mal en serait plus grand, car ce serait alors le gouvernement qui porterait aux yeux de la nation et du monde la responsabilité de ces actes scandaleux que ne saurait avouer la moralité d'aucun parti.

Le ministère dissout les chambres.

23 mai. — L'époque des élections, bien que trèsprochaine, n'est pas encore déterminée. Le Siècle invite les électeurs à s'y préparer, afin de n'être pas surpris, soit pour la désignation des candidats, soit pour les rectifications de listes.

Le Siècle est tout entier aux élections; il repro-

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