‹ Journaux et journalistesChapitre 21 sur 43 · G JOURNAUX · texte numérisé non relu

G JOURNAUX

térature commerciale, La Bédollière ne s'arrêta plus.

«Je vous plains de tout mon cœur, lui disais-je quand il me raccontait cette phase de son existence; vous avez dû bien souffrir en vous voyant ainsi condamné au métier.»— -Mais non, me répondit-il,cette diversité de sujets à traiter me distraisait, me plaisait même; elle était cause, que je compulsais des livres dont j'étais loin de soupçonner l'existence, et j'ai acquis ainsi une variété de connaissances dont je suis fort aise aujourd'hui. »

Il faudrait, en effet, plusieurs pages de notre volume pour citer les travaux de toute nature, les vers, les chansons, les nouvelles, les romans, les traductions d'anglais, d'Espagnol et môme de latin que l'on doit à sa plume intarissable.

Que n'a-t-il pas écrit, où n'a-t-il pas écrit, ce charmant conteur, ce spirituel chansonnier qui n'a qu'un défaut, selon nous, celui justement de trop prodiguer son talent; mais, bast ! il est si riche!

Parmi les œuvres qu'Emile de La Bédollière a signées, et qui tiennent la première place dans son énorme bagage littéraire, citons : Soirées d'hiver, histoires et nouvelles; Beautés des victoires et conquêtes des Français, fastes militaires de la France depuis 1792 jusqu'en 1815: Histoire des mœurs et de la vie

privée des Français, dans les premiers siècles de la monarchie. Cet ouvrage, l'un des plus remarquables d'Emile de La Bédoliière, a reçu en 1858 de l'Académie des inscriptions et belles-lettres la première mention très-honorable au concours annuel, pour les écrits relatifs aux antiquités de la France. L'auteur se propose de continuer ce travail jusqu'à nos jours, et nous l'y engageons fortement, car cette œuvre achevée restera comme un des plus <beaux monuments élevés à notre histoire ; Histoire de la garde nationale, depuis son origine jusqu'en 1848; Sébastopol, histoire de la guerre d'Orient ; Histoire de la guerre de l'Inde; La Morale en action illustrée, petit recueil fort original et dont le succès fut grand.

De La Bédoliière a traduit du latin : Geneviève de Brabant; Les Lettres de saint Jérôme ; La Vie de sainte Thérèse. Il est aussi le correct et agréable traducteur de quelques contes d'Hoffmann et des œuvres de Fenimore Cooper, du capitaine Marryat, de Dickens, de Walter-Scott, de Mme Beecher Stowe, de Mayne-Reid, de Miss Comming, etc.

Emile de La Bédoliière a, en outre, collaboré pour une large part à ces désopilantes publications dont le succès n'est pas encore épuisé*: Les Français jjfin/s par eux-mêmes; Les Animaux /teints par eux-

mêmes et dessinés par un autre; Scènes de la vie privée et publique des animaux, trois petits chefs-d'œuvre que le crayon plein d'une exquise finesse, d'une incomparable originalité de Granville a rendus si populaires.

Mentionnons enfin les trois récentes publications d'Emile de La Bédollière : Le nouveau Paris ; Les environs du nouveau Paris; Le domaine de Saint- Pierre*

Après 1848, les affaires de librairie, comme toutes les affaires du reste, se trouvant au calme plat, Emile de La Bédollière se vit dans la cruelle nécessité de mettre un frein à sa verve, et par suite de serrer sensiblement la boucle de son pantalon.

Il entrevoyait déjà, si ce temps d'arrêt se prolongeait, le retour de cette existence peu fortunée qu'il menait à son début. Aussi était-il triste, lugubre, et errait-il mystérieusement dans les rues de Paris à l'instar d'un conspirateur Italien, cherchant, non les moyens de faire réussir un complot, mais tout simplement les moyens de vivre : Escam quœres. Tout en cherchant, il fit comme le coq de la fable, Margaritam reperit, c'est-à-dire qu'il entra au Siècle par l'entremise d'un de ses amis, Pierre Bernard, alors tout-puissant dans cette feuille. La place de

bibliothécaire qu'on lui donna tout d'abord était peu importante, il est vrai, mais de La Bédollière l'accepta, bien persuadé que ses capacités l'en feraient promptement sortir. Ce qui arriva. Le bibliothécaire devint rédacteur à l'article, et bientôt après bulletinier politique du Siècle, c'est-à-dire rédacteur en pied, et l'une des colonnes de ce journal.

Le bulletin que rédige six mois de l'année Emile de La Bédollière est bien certainement l'un des plus agréables à lire que nous connaissions. Il est clair, vif, spirituel, dégagé de pédantisme. Quoi d'étonnant à cela ? Chez Emile de La Bédollière il y a deux journalistes : celui de la petite presse et celui de la grande presse. Le second n'a pu tuer le premier.

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