JOUR NAIT X
duit les discours et les manifestes électoraux; il inspire, il encourage, il tient ferme le drapeau de l'opposition.
11 juillet. — Les élections ont été favorables à l'opposition. Le Siècle s'adresse aux électeurs de Paris: « Vous avez noblement rempli votre devoir; vous venez encore une fois de donner un grand exemple; vous avez fait acte d'intelligence et de fermeté; vous vous êtes élevés au-dessus des intérêts égoïstes, des injustes préventions, des vaines frayeurs. Vous avez parlé dignement au nom de la population qui s'est associée tout entière aux généreux élans de 1789 et de 1830. »
Dupont (de l'Eure) est élu trois fois dans le même département.
13 juillet. — Mort du duc d'Orléans, à trente-deux ans. Au moment de partir pour Saint-Omer, à midi, le prince allait prendre congé du roi; les chevaux de sa voiture s'emportent, le duc saute par la portière; blessé dans sa chute, il a vainement reçu les secours de l'art. « Pour la France, dit le Siècle, la mort du prince royal est un événement funeste; il attriste le présent, il est inquiétant pour l'avenir... »
En présence de la mort du duc d'Orléans, le gouvernement convoque les chambres pour le 26 juillet,
« La France a besoin de calme et d'union, dit le Siècle, mais la dynastie a besoin de popularité. »
Le Siècle veut un changement de ministère; il ne songe pas à poursuivre M. Guizot; mais le système doit tomber avec le ministre qui le personnifie; il doit tomber, parce que le corps électoral l'a moralement condamné et flétri aux applaudissements du pays tout entier.
26 juillet. — La séance d'ouverture de la session, sous l'influence de la catastrophe récente, a été profondément triste. A l'entrée du roi et de ses fils, le cri de: Vive le roi! a retenti sur tous les bancs de l'assemblée. Une pareille unanimité, dit le Siècle, ne s'était pas retrouvée depuis 1830.
9 août. — Un projet de loi sur la régence est présenté. M. Du pin en est le rapporteur. Le Siècle place la loi sur la régence en dehors de toute préoccupation de parti; chaque député doit ne consulter que sa conscience.
11 septembre. — Refus de la pairie par M. Royer- Collard. L'explication possible de ce refus, c'est le peu de cas que fait de la pairie et de ceux qui la lui offrent l'ancien député de la Marne, un élu de sept départements qui a présidé la Chambre, hottime grave et religieux, bon citoyen, admirable orateur. Le Siècle se demande quelle estime on peut faire
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d'un gouvernement où les meilleurs citoyens refusent les dignités qu'on leur offre.
4b septembre. — L'intention d'améliorer le sort des classes laborieuses est si louable, que le Siècle est toujours disposé à applaudir aux efforts de ceux qui se montrent animés de cette préoccupation, en tenant compte des nécessités de l'ordre.
22 septembre. — Le Siècle, qui a publié un article approfondi sur l'instruction publique, dans lequel il demandait l'instruction primaire gratuite, reproduit un discours de M. de Lamartine qui proclame le même principe devant les élèves de l'école normale de Saône-et-Loire.
30 septembre. — Le Siècle reçoit une sommation de M. Berrurier, qu'il place toujours en tête de ses colonnes, selon l'ordre. Cette sommation joue sur les mots. Usage insignifiant des lois de septembre.
7 décembre. — Le Siècle félicite la magistrature d'avoir reconnu sur un point les droits de la presse. Chaque journal, d'après cette décision, est libre de publier, à côté de son édition périodique, sous sa responsabilité, un journal spécial, avec augmentation de prix, traitant de matières politiques, littéraires, judiciaires, scientifiques et commerciales. C'est une véritable révolution dans la presse périodique. Le Siècle. en profitera.
18 décembre. — Parmi les questions qui s'agitent en France, questions d'un avenir certain, inévitable, la plus importante, selon le Siècle, c'est celle de l'instruction publique et surtout de la direction nouvelle à donner aux études pour le plus grand nombre de jeunes gens. Il veut un enseignement professionnel.
1843. — 1er janvier. —Les harangues de nouvel an sont sans intérêt. Elles sont inaperçues. Le Siècle les passe sous silence.
L'adresse est discutée avec vivacité. Sur le droit de visite, M. Rillault oppose à M. Guizot des citations accablantes, lorsque du temps de la coalition dont il faisait partie, il pleurait sur les ruines de notre puissance et sur l'abandon de notre dignité nationale. Mais M. Guizot ne se rappelle de la coalition que pour en gémir, dit le Siècle; il n'a rien à regretter, rien à démentir; plus il s'abaisse dans ses actes, plus il relève la tête. Ses roueries, ses faiblesses, ses palinodies, sa dissimulation prennent un nom superbe dans son langage. C'est Tartuffe
devenu arrogant.
17 février. — En traçant le devoir de l'opposition, le Siècle déclare qu'il faut voter franchement au scrutin contre l'homme qu'on attaque tout haut et dont on réprouve la politique ; il faut voter contre lui chaque fois que sa politique est en œuvre, chaque fois que se pose la question de confiance.
2 mars. — Dans un vote de confiance à propos d'une réduction de 50,000 fr. sur les fonds secrets, le ministère a obtenu 244 voix contre 155. En présence de ce résultat, le Siècle demande que l'opposition légale se concerte, s'organise dans la Chambre, dans la France entière. Le droit du pays prévaudra dès qu'il saura manifester sa volonté sans faiblesse, sans violence.
23 mars. — Dans la séance d'aujourd'hui, le ministre de l'intérieur déclare qu'il repousse les réformes petites ou grandes. Le ministère aime mieux, dit le Siècle, donner gain de cause aux radicaux et courir la chance des révolutions que de se réformer. Les gouvernements qui ne veulent pas inscrire sur leur drapeau le mot Progrès, y trouveront écrit par une main qui n'est pas la leur lé mot Révolution.
21 mai. — M. Michelet, à son dernier cours au collège de France, avait pris pour texte de son dis cours : La liberté de la presse a sauvé la liberté de la
parole. Le Siècle, sur qui on doit toujours compter quand il s'agit de défendre la liberté, reproduit une grande partie de ce beau discours, qui se termine par ces paroles de l'Hospital : « Perdre la liberté, ô bon Dieu! que reste-t-il à perdre après cela? »
8 juin. — Le Siècle publie textuellement le discours prononcé au banquet de Mâcon par M. de Lamartine. Qu'importe, dit-il, un léger dissentiment, dont le souvenir s'efface bientôt, quand il n'y a au fond qu'une pensée, qu'un but : organiser la démocratie, c'est-à-dire le peuple tout entier; fonder la stabilité publique sur l'égalité des droits, la fraternité entre les hommes?
13 juillet, — Le Siècle est convaincu que la mission actuelle de la France, c'est l'émancipation des classes laborieuses, leur émancipation par la liberté de l'industrie, par l'instruction, la moralité qui naît de la prévoyance et de la sécurité dans l'avenir. Il indique comme conformes aux principes les réformes suivantes qui sont en voie de réalisation : salles d'asile, instruction primaire, sociétés de secours mutuels, caisses d'épargne, loi sur le travail des enfants, marques de fabrique, conseils de Prud'homme, caisse de retraite.
30 juillet. — L'anniversaire de la révolution de juillet s'est passé sans aucune pompe officielle. Le
Siècle pense que la révolution de juillet ne peut pas s'eflacer; c'est un ensemble d'idées, d'institutions, de principes auquel l'avenir appartient.
22 août. — Le Siècle se préoccupe vivement des classes laborieuses. Il dit que le travail a obtenu une formule nouvelle comme les autres droits de l'humanité : la liberté de l'industrie a été proclamée en même tempo que la liberté de la pensée. Il énumère à quelles conditions le progrès social peut se faire.
14 novembre. — Le ministère est triomphant de n'avoir en face de lui personne qui lui dispute le pouvoir. On ne peut attendre de changement que d'une crise, selon l'expression de M. de Lamartine. Les ministres s'applaudissent de cette situation. Mais qui pourrait affirmer, s'écrie le Siècle, que cette crise ne sera pas un péril ? Qui dit qu'elle sera purement ministérielle? qui assure qu'on en sortira sans secousses, sans violences et sans dommage?
14 décembre. — Le Siècle termine aujourd'hui son sixième et dernier article sur l'émancipation des esclaves.
27 décembre. — L'ouverture de la session a eu lieu aujourd'hui, au milieu des cris. Le Siècle constate que les députés de l'opposition sont restés calmes et silencieux.
Le pays, dit-il, n'a plus rien à apprendre sur le
système qui prévaut; la corruption, l'intrigue, les prétentions à l'omnipotence monarchique, sont maintenant à découvert.
1844. — 2 janvier. — Les réceptions aux Tuileries ont donné lieu à une multitude de harangues qui se valent toutes pour la pensée et pour l'expression. Le Siècle juge qu'il est parfaitement inutile de les citer; cependant à la lecture du discours de MM. Pasquier et Sauzet, il n'a pu se défendre d'un sentiment de tristesse et presque de honte.
5 janvier. — Un des moyens d'assurer l'indépendance de la Chambre, du mandataire, et qui se pratique en Belgique et aux États Unis, c'est de donner une indemnité à chaque député. Cette opinion est soutenue dans le Siècle par M. G. de Beaumont, comme elle l'a été par Léon Faucher, collaborateur de ce journal, au fort de la lutte de la coalition.
9 janvier. — La situation actuelle présente un rapport singulier avec celle qui a précédé 1830. Le Siècle constate dans le pays de tristes pressentiments, de vagues terreurs et une sorte d'attente :