M. CHARLES FLOQUET
Le 40 mai 1864, Le Temps publiait la lettre suivante adressée à M. Netftzer :
Mercredi 4 mai.
Mon cher ami,
Au moment des dernières élections de Paris, et en vous voyant sacrifier à un nom moins significatif celui de If. Carnot, ancien ministre de la République, je vous ai offert ma démission. Mais sur les instances de plusieurs amis, je F ai retirée. Je vois aujourd'hui que j'ai eu tort, et que, par ma collaboration au Temps, je ne puis plus servir utilement ni mes principes ni le journal lui-môme.
Naguère obligé de me taire dans cette question importante des élections, j'ai été encore réduit au silence pendant la discussion si grave qui vient d'avoir lieu au Corps-Législatif, et dont l'appréciation semblait à tous de ma compétence. Je ne pouvais en
1. Charles-Thomas Floquet, né à Saint Jean Pied de Port (Basses-Pyrénées) en 1829, a fait ses études au collège Saint-Louis-
effet me maintenir en équilibre entre les opinions si opposées qui se sont produites, ni garder une neutralité bienveillante vis-à-vis des adversaires qui se sont combattus avec tant d'ardeur.
Je me suis donc tu, mais j'ai cruellement souffert de ne pouvoir applaudir énergiquement ceux qui sont restés inflexiblement attachés aux principes de la démocratie, et protester contre ceux qui me paraissaient les abandonner.
Ce silence m'est devenu d'autant plus pénible, que je vois plus impunément insulter chaque soir des noms et des idées que j'honore, et travestir odieusement une politique radicale qui est la mienne. Je dois au moins dégager ma responsabilité, et j'aime mieux constater que je ne tiens plus une plume, que de la sentir paralysée entre mes mains par des ménagements que je ne puis accepter.
Je me vois donc forcé de renoncer à l'hospitalité que vous avez bien voulu me donner dans votre journal, et dont je conserverai le plus reconnaissant souvenir.
Votre tout dévoué,