HO JOURNAUX
20 août. — Assassinat do madame la duchesse de Choiseul-Praslin. Ce crime, «pense le Siècle, est un avertissement donné à cette société en déroute que la loi morale ne gouverne plus, et qu'il est grand temps pour elle de sacrifier à d'autres dieux que l'égoïsme et la peur.
22 août. •— - La Réforme, la Gazette de France et le Charivari ont été saisis. Cette mesure, dit le Siècle, a pour but d'atteindre différents articles qui font remonter au gouvernement les crimes et les scandales qui ont coup sur coup effrayé la société. Si le ministère, ajoute ce journal, veut savoir ce qu'on pense de lui, qu'il prête l'oreille aux bruits de la rue, des salons, des ateliers, il verra que jamais jugement n'a été formulé en des termes plus énergiques (H avec plus d'unanimité.
24 août. — Le Siècle mentionne la saisie de trois autres journaux.
13 septembre. — Le Siècle constate le mouvement réformiste qui se propage; il insère les toasts.
14 septembre. — L'Italie! l'Italie! s'écrie le Siècle, voilà le mot qui, après tant de siècles, retentit encore ; voilà le pays qui de nouveau attire les regards et l'attention de l'Europe. Si l'accord des princes et des peuples se maintient, le commun triomphe n'est pas douteux.
49 septembre. — Le Siècle insère une chanson de Béranger, le Déluge, vraiment prophétique.
26 octobre. — Le Siècle a publié le 23 un manifeste de M. de Lamartine relatif à la politique de la France, aujourd'hui il donne le tableau que l'illustre poëte trace de la situation de la France à l'extérieur.
1er décembre. — Les banquets réformistes se multiplient. Les hommes honnêtes se rapprochent, dit le Siècle, les opinions loyales marchent en commun à un but avoué par la morale et les lois, les pensées de progrès et de bien public se font jour; le pays montre qu'il comprend ses droits et qu'il est digne de les exercer.
31 décembre. — Le Siècle, accusé d'être passionné et violent par le Journal des Débats, répond qu'il ne se laissera ni emporter au delà de ses propres desseins, ni intimider par de vaines menaces. Nous sommes de ceux, dit-il, qui ont voulu fonder un gouvernement représentatif, vrai, honnête et sérieux. Ce gouvernement, nous ne l'avons pas. Nous ne cesserons de protester contre l'oubli ou la violation des engagements de 1830. Avec le concours de la nation, nous espérons affermir, malgré le pouvoir lui-même et pour son propre salut, les in ititutions que son premier devoir eût été de respecter.
La sœur du roi, madame Adélaïde d'Orléans, est morte aujourd'hui. Le Siècle dit qu'elle a montré, le lendemain des journées de 1830, une présence d'esprit et un courage qui honorent également son intelligence et son cœur; elle se confia au peuple armé et victorieux en rentrant au Palais-Royal. Personne ne l'a jamais soupçonnée d'avoir usé de cette influence contre les grands intérêts de la nation ni contre les droits de la liberté.
1848. — 2 janvier. — Abd-el-Kader, qui a fait sa soumission au général de Lamoricière, est arrivé à Toulon- L'opinion, dit le Siècle, tiendra compte au général Lamoricière de ce succès ajouté à tant de glorieux services.
3 janvier. — Le cours de Michelet vient d'être fermé par le ministre de l'instruction publique, comme l'ont été ceux de MM. Miçkiewicz et E. Quinet. Le Siècle publie la lettre de M. Michelet au ministre, qui se termine ainsi :
« Maintenant, qu'elle soit fermée cette salle, tandis qu'on ouvrira des chaires ou des tribunes aux
ennemis de la pensée. Elle n'en a pas moins enseigné, répandu, par le génie de mes amis, par ma grande et sincère volonté, un esprit d'unité nouvelle qui ne périra pas demain. »
5 janvier. — Il s'agit encore de honteux trafics, de places vendues, de négociations abjectes poursuivies par l'intermédiaire de personnes placées tout près de M. Guizot et admises notoirement à sa plus intime confidence. Le Siècle publie l'article du National qui dévoile tous ces faits honteux, et il dit qu'il est temps que la nation apprenne enfin si elle est livrée en proie à une bande de maraudeurs qui, sous le patronage de certains ministres, se regardent comme assurés de l'impunité.
7 janvier. — La satire de Barthélémy, insérée dans le Siècle, est adressée à Lamennais ; elle débute ainsi :
Ton instinct, Lamennais, t'a presse bien des fois
D'interroger ton siècle et d'élever la voix;
Ton oreille toujours attendait l'agonie
Des pouvoirs qui vantaient leur savante harmonie;
Ton doigt touchait le ver qui les rongeait vivants,
Et tu les menaçais, au bruit lointain des vents
Qui passeraient bientôt sur leurs grandeurs défaites...
18 janvier. — Grâce aux théories et aux actes de M. Guizot. le Siècle à\t qu'il devient impossible de
définir et de comprendre la raison d'être du gouvernement actuel. Les passions assoupies renaissent, l'irritation s'accroît, les témérités se multiplient; partout, sous des apparences diverses, c'est la révolution et la contre-révolution qui sont aux prises ou se menacent.
24 janvier. — M. Duchâtel, ministre de l'intérieur, interdit le banquet réformiste du 12e arrondissement. La commission proteste contre l'illégalité de l'interdiction; elle déclare que, persistant dans sa résolution, elle indiquera ultérieurement le jour où cette manifestation aura lieu. Ainsi, dit le Siècle^ le pouvoir se place gratuitement en antagonisme avec les classes de la société près desquelles il cherchait et trouvait jadis aide et assistance. Ce qu'il a toléré dans soixante-dix autres villes, il prétend l'empêcher dans la capitale.
1er février. — Un projet du travail des enfants dans les manufactures est soumis aux délibérations de la chambre des pairs. Ce sera le premier pas sérieux, dit le Siècle, dans la voie de la régularisation du travail libre, ce grand problème de notre époque. Espérons que, pour les mesures qui touchent de si près à des questions d'humanité et de prévoyance sociale et qui doivent contribuer à l'amélioration du sort des classes laborieuses, la France
ne voudra pas rester plus longtemps en arrière de l'Angleterre.
3 février. — A propos de la conduite suivie par le cabinet dans les affaires de la Suisse, le Siècle interprète le sentiment public en ces termes: « Après deux révolutions triomphantes, le gouvernement de juillet, fondé en dépit des traités de Vienne, s'unit à l'oppresseur de la Pologne, au bourreau du Milanais, aux violateurs de l'indépendance de Cracovie consacrée par ces mêmes traités, pour défendre en Suisse, contre le parti qui s'est toujours montré l'ami de la France, les Jésuites expulsés de notre territoire depuis deux cents ans, et les cantons oligarchiques qui ont livré deux fois le pont de Bâle aux soldats coalisés contre la France. »
10 février. — Les débats de la chambre des députés sont très-vifs et très-passionnés. On y discute le droit de réunion. MM. Thiers, Barrot, Ledrulïollin, Paillet, Lesseps, Genoude, Boissel prennent tour à tour la parole en faveur du droit de réunion ; iis sont combattus par MM. Guizot, Hébert, Dumon. La séance d'aujourd'hui a duré jusqu'à huit heures. « Nous revenons chaque soir émus, presque épuisés de ces séances dans lesquelles la fatigue de l'âme, dit le Siècle, s'ajoute à la fatigue du corps, et qui, par moment, ressemblent moins à une discussion