‹ Journaux et journalistesChapitre 7 sur 43 · G JOURNAUX · texte numérisé non relu

G JOURNAUX

qu'a une lutte. Nous craignons de faire passer dans l'esprit de nos lecteurs toute l'indignation dont nous sommes saisis; car en voyant approcher les jours de crise, nous voudrions retenir l'opinion, au lieu de l'exciter. »

11 février. — Pendant qu'un gouvernement de renégats enlève à la France les libertés conquises par deux révolutions, le roi de Danemark, dit le Siècle ■, donne une constitution à ses États; et le roi de Sardaigne vient de poser les bases d'une constitution analogue à la Charte française.

Aujourd'hui commence le procès intenté à Léotade accusé d'avoir assassiné Cécile Combette. Le Siècle fait la remarque qu'aucune dame n'assiste à l'audience.

14 février. — Une agitation immense règne aujourd'hui dans Paris et va s'étendre dans la France entière. Tout le monde en France, dit le Siècle, comprend ce qu'il y a d'imposant et d'invincible dans la résistance légale. Ce devoir sera rempli sans bravade, sans faste, avec l'adhésion et l'appui des électeurs, des gardes nationaux, des citoyens dont l'opposition parlementaire défend les droits.

Le ministère commence à s'émouvoir; il a des craintes; il fait des promesses que les Débats insèrent: « La question de la réforme sera discutée à

fond et vidée dans le cours de la législation actuelle, dit-il; que l'agitation cesse donc avec tous ses maux et tous ses périls; que le pays revienne au calme et à la confiance. » — Nous lui répondrons, s'écrie le Siècle, ce qu'on répondit aux envoyés de Charles X qui offraient, après un acte irréparable, de rapporter les ordonnances de juillet :

II est trop tard.

16 février. — S'adressant aux ministres, le Siècle dit: « De quoi nous menacez-vous? Nous savons quels ordres sont donnés aux troupes, quelles munitions vous avez entassées, quelles mesures vous avez prises. Après tous ces préparatifs, que ferezvous ? Allez-vous mitrailler une population sans armes, sans défense? Ferez-vous contre les Parisiens ce qu'un Bourbon, souillé de bien des meurtres politiques, n'a pas osé ou n'a pas pu faire contre la population de Naples ?

47 février. — On prépare tout au château de Vincennes comme pour un siège.

La chambre des pairs adopte sans débat le paragraphe qui étend aux femmes de tout âge la limitation du travail journalier à un maximum de douze heures.

1!) février, — Le Siècle insère la communication d'une note par laquelle on fait connaître que les dé-

pûtes de l'opposition se sont réunis afin de délibérer sur la part qu'ils doivent prendre à la manifestation qui se prépare pour le maintien du droit de réunion contesté et violé par le ministère. Séance tenante, lecture a été donnée d'une lettre qui annonce l'acceptation par les députés de l'invitation des commissaires du 12e arrondissement. Quatre-vingts députés l'ont déjà signée.

20 février. — Le Siècle publie la lettre que les députés de l'opposition ont adressée aux commissaires du banquet du 12e arrondissement, en réponse à l'invitation collective qu'ils avaient reçue. Les noms des signataires, au nombre de quatre-vingt-treize , suivent la lettre.

21 février. — En tête du Siècle et sur toute la largeur du journal, on lit un avis adressé a tous les citoyens, annonçant l'ajournement du banquet, pour ne pas exposer les citoyens aux conséquences d'une lutte qui serait aussi funeste à l'ordre qu'à la liberté. En conséquence de cette résolution, un acte d'accusation contre le ministère sera immédiatement proposé par un grand nombre de députés, dont quelques-uns signent l'engagement.

22 février. — La Révolution du mépris a déjà commencé, dit le Siècle, et l'agitation légale dont le ministère se plaint avec amertume n'est que l'exprès-

sion très-aiï'aiblie de ce qui se passe au fond des cœurs.

La mise en accusation du ministère est déposée et signée par 54 députés. Le Siècle publie le texte de la proposition.

23 février. — Paris était ce matin dans l'anxiété et la stupeur; les rassemblements de la veille s'étaient reformés plus nombreux et avec la résolution d'opposer une résistance plus énergique. Le peuple se croit trahi , dit le Siècle , il relève les barricades dans les rues et cherche partout des armes. On entend la fusillade. Nul ne peut dire comment se passera la journée de demain si la plus éclatante satisfaction n'est pas donnée au peuple.

24 février. — La Révolution est accomplie. Le Siècle, qui parait en une seule page, l'autre est en blanc, s'exprime ainsi : c Le gouvernement établi par la révolution de juillet avait trahi les droits de la nation et ses propres serments. Il a eu le sort que nous lui avions souvent prédit : il est tombé souillé de sang et couvert d'ignominie. Que la France entière se préoccupe dés destinées de l'Europe. Unie el calme dans sa force, elle peut assurer le salut de» peuples qui tournent depuis si longtemps les regards vers elle.

Le gouvernement provisoire est formé : le journal

publie les noms des membres : Arago, Louis Blanc, Marie, Lamartine, Flocon, Ledru-Rollin , Recurt, Marrast et Albert, ouvrier mécanicien.

25 février. — Le Siècle paraît en deux pages ; il enregistre les actes du gouvernement provisoire. Il reconnaît que le dogme de la souveraineté nationale est admis par tout le monde dans notre pays, et qu'il faut le pratiquer sincèrement.

26 février. — Le Siècle a repris ses quatre pages, il fait l'éloge de la conduite des ouvriers : Ouï, nous le disons avec orgueil, l'attitude des braves ouvriers qui viennent de renverser le trône d'un autre roi parjure est encore plus admirable le lendemain de la bataille que dans le feu de l'action.

27 février. — Le gouvernement a proclamé le principe du droit au travail ; mais l'organisation de ce principe, selon le Siècle, ne saurait être improvisée; il en appelle au concours de tous les bons citoyens ; les élans de charité et de fraternité civiques ne suffisant pas pour pourvoir aux besoins des travailleurs, il faut que les combinaisons de la science dirigent les mouvements des cœurs.

29 février. — Le malheur de la République, dit le Siècle, avant qu'elle fût proclamée, c'était de faire peur à beaucoup de gens. Qu'elle se montre gêné-

reuse autant que forte ; qu'elle commande le respect, et elle est à jamais affermie.

7 mars. — Le timbre sur la presse périodique étant aboli, le Siècle fixe à 24 francs son abonnement annuel.

Les élections vont avoir lieu ; il ne faut pas, dit le Siècle, qu'elles soient le triomphe d'un parti exclusif. Les candidats sérieux ne doivent pas craindre l'influence illégitime du gouvernement; l'intrigue et l'intimidation ne seront plus des puissances électorales au service du pouvoir. Le gouvernement n'a d'autre mission que de protéger la liberté des suffrages, et cette confiance, il saura la remplir.

8 mars. — Un comptoir national d'escompte est constitué. Le Siècle, qui approuve cette création, souscrit pour 10,000 francs.

12 mars. — Le Siècle rend compte de la séance de la commission du gouvernement pour les travailleurs, présidée par Louis Blanc, au palais du Luxembourg. À la fin du discours du président, le Siècle remarque que tout le monde est debout, et que les ouvriers, en proie à une émotion inexprimable, versent des larmes.

18 mars. — Sans- renoncer à exprimer son avis sur les candidats qui lui sont connus, le Siècle pense qu'il est gage de laisser aux départements l'appré-

ciation des titres des nombreux candidats qui se disputent leurs suif rages ; il désire que partout ils fassent librement leur choix.

19 mars. — Le Siècle explique, dans un article signé de MM. Chambolle et Perrée, quelle sera sa conduite dans les élections ; il aspire à réaliser une pensée de concorde, de progrès , d'ordre et de liberté; il aime mieux se proposer une pareille tache que de travailler stérilement, après toutes les expériences faites, au triomphe d'un parti.

23 mars. — Ce que la France propose aujourd'hui, c'est de faire pénétrer le sens des lois divines dans les institutions humaines ; c'est de rendre à cette devise : liberté, égalité, fraternité, que les sectes religieuses et les fractions politiques ont de tout temps fait mentir, son caractère sublime ; qu'il y ait entre les peuples une noble émulation à qui accomplira le mieux ces lois de la sagesse éternelle; que la paix et la concorde, affermies au sein de chacun d'eux, soient le gage du bon accord qui tend a s'établir de nations à nations.

31 mars. — Le Siècle publie la lettre de Béranger, par laquelle le poète prie ses chers concitoyens de le laisser dans sa solitude, il demande qu'on ne transforme pas en législateur inutile le bon et vieux chansonnier,

7 avril. — Le Siècle conjure les hommes qui sont au pouvoir de ne point se montrer exclusifs, mais d'appeler franchement à eux tous les mérites et toutes les probités politiques ; en parlant ainsi, il plaide la cause même de la République et de ceux qui se donnent pour ses plus dévoués défenseurs.

Le Siècle publie une lettre de Béranger, adressée aux électeurs de Péronne, qui portent Coûtant, ouvrier typographe, à la candidature. Gettre lettre est très-intéressante; nous la donnons :

A Messieurs les ouvriers de Péronne.

Messieurs,

Je suis touché que vous ayez eu un moment la pensée de me porter pour votre représentant à la Constituante. Je vois qu'on n'a pas oublié, dans vos murs, le petit parisien qui vint y chercher son éducation et qui y fut ouvrier comme vous. Un pareil souvenir doit m'inspirer de la reconnaissance.

Vous me consultez sur le typographe Goûtant pour lui donner vos suffrages. Un tel choix vous fait honneur, messieurs, car il prouve que vous êtes dignes d'apprécier les qualités qui distinguent votre compatriote, qui a toujours donné l'exemple de la conduite la plus sage, des sentiments les plus purs et les plus désintéressés. Coûtant, ausbi modeste qu'il sait être utile, a cullivé son intelligence moins pour chercher le bruit que pour instruire et guider ses camarades de travail et de peine. Tout ce qu'il a écrit porte le cachet de ses vertus et de son patriotisme. Heureai si tous les ouvriers qui vont prendre place à la Constituante ressemblent à cet excellent jeune homme.

Je n'ai pas besoin de vous en dire plus, messieurs, sur ce CAO-

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didat, à côté de qui je serai heureux de m'asseoir à la Chambre, si je ne puis éviter le bourd fardeau qu'on veut imposer à mon âge.

Recevez etc.,

BÉRANGEtt.

8 avril. — M. Wolowski explique dans le Siècle, sous le titre : de X Organisation du travail, le sens de la révolution: « La révolution de février n'est pas seulement une révolution politique, elle doit servir de point de départ à une transformation sociale; il faut qu'elle profite aux populations agricoles comme aux ouvriers des villes, qu'elle relève tous les travailleurs de leur longue déchéance. »

10 avril. — Insertion de la profession de foi de M. Louis Perrée , directeur du Siècle, aux électeurs de la Manche.

16 avril. — Le n° 16 du Bulletin de la République, que le Siècle a reproduit hier, était lu aujourd'hui, dit ce journal, avec stupeur au coin des rues par un très-grand nombre de citoyens.

20 avril. — Le Siècle publie trois listes électorales.

22 avril. — Le Siècle publie une liste unique ; il recommande vivement l'accord et le concert aux bons citoyens, afin que la République établisse la justice entre toutes les classes, l'égalité entre tous

les intérêts, l'union entre tous les cœurs, l'influence au dehors, la sécurité au dedans.

25 avril. — Dans un article consacré au salaire et à Y association, le Siècle reconnaît que le salaire, qui n'est pas une juste répartition des produits, est en même temps une rémunération insuffisante du travail ; le salaire, qui fait à peine vivre l'ouvrier pendant qu'il travaille, ne lui laisse rien dans sa vieillesse, quand il ne peut plus travailler. Pour l'activité, la misère ; pour retraite, la détresse absolue. Tel est sous le régime du salariat le sort des masses laborieuses.

28 avril. — Les élections attestent que la France a le sentiment de sa force, de sa dignité et de ses droits. La République existe donc, dit le Siècle, en fait et en droit, nulle part elle n'a été contestée. Il s'agit maintenant de l'asseoir sur des bases d'équité et de sagesse qui la rendent impérissable. A l'œuvre donc! qu'une pensée d'union et d'espérance préside à tous les travaux, encourage tous les efforts. La France a noblement usé de ses droits et rempli ses devoirs. Puissent ses représentants être dignes d'elle !

1G mai. — De tous les événements qui se succèdent, dit le Siècle, un fait consolant ressort avec évidence, c'est que la sagesse, aussi bien que la force

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est dans les masses de la population. Nous traversons une crise difficile, mais l'énergie de la population est grande, son union est admirable, ses forces, ralliées en un seul faisceau, sont invincibles. Que le Gouvernement ait donc confiance en cette généreuse population.

2 juin. — Le Siècle publie une liste de onze candidats pour le département de la Seine. M. Thiers figure dans cette liste. Le journal qui ne veut point d'équivoque, déclare qu'on ne doit voir dans cet assentiment que le souvenir des luttes soutenues en commun dans l'opposition.

3 juin. — Sur les quais et les boulevards, surtout aux environs de la Bastille, le Siècle a été ému et affligé de voir un grand nombre d'ouvriers inoccupés. Ce désœuvrement forcé est une incitation puissante aux projets des agitateurs. Si les fougueux démocrates aimaient le peuple autant qu'ils le disent, ils respecteraient davantage son repos, ils s'appliqueraient à écarter les soupçons et à faire naître une mutuelle bienveillance , à susciter des sentimens de bon accord et de fraternité sans lesquels il n'y aura jamais ni force pour la République ni prospérité pour le pays.

8 juin. — Les élections de la Seine qui ont donné la majorité à MM. Caussidière, Moreau, Goudchaux.

Changarnier, Thiers, Leroux, V. Hugo, Louis Bonaparte, Lagrange, Boissel, Proudhon, ont fait une vive impression sur le National. Le Siècle saisit encore cette occasion pour donner des conseils aux républicains de la veille, à ce moment surtout où il n'y a plus que des devoirs et des périls à partager. « Unissez-vous, dit-il, à la masse de la nation, et demandez franchement, pour la rassurer, le concours de tous les hommes qui ont fait leurs preuves de patriotisme, de talent et de probité. N'hésitez plus, fortifiez vos rangs si vous voulez sauver la république !

12 juin. — Dans la séance de ce jour, M. de Lamartine annonce que le pouvoir exécutif ne considère pas comme abrogée la loi du 10 avril 1832, à l'égard des membres de la famille de Napoléon, qu'il était résolu à faire exécuter cette loi envers Cliarles-Louis-Napoléon Bonaparte. Le Siècle pense qu'il vaudrait mieux laisser Louis-Napoléon venir s'asseoir au sein de la représentation nationale. Un prétendant vu de prés est beaucoup moins dangereux. La république lui paraît assez forte pour n'avoir pas besoin de s'abriter derrière une loi de proscription.

Insertion dans le Siècle de la lettre de Raspail par laquelle le savant chimiste remercie, la « main

sur le cœur, et les yeux tournés vers l'avenir de la France et du monde, » les 72,000 électeurs qui ont voté pour lui.

16 juin. — Le citoyen Louis Bonaparte envoie de Londres un message contenant sa démission de représentant du peuple, afin de n'être point dans la République, même involontairement, une cause de désordre. Le Siècle ne se dissimule pas que cette démission contribuera à rehausser la position de celui dans lequel on affecte maladroitement de voir un prétendant ; il conserve le prestige de l'éloignement.

18 juin. — La liberté de la presse est un principe acquis à la France, dit le Siècle; il l'a défendue sous la monarchie, il la défendra sous la République. L'examen et la discussion de toutes les théories sociales ou politiques est libre et doit rester libre, c'est le fait aujourd'hui, dit-il, et c'est le droit toujours. Les inconvénients s'atténuent par la pratique, par l'habitude; d'ailleurs, c'est la condition du progrès. Point de privilège. Que la liberté de la presse entière, sincère, soit le droit commun ; mais que les délits et les crimes commis par la voie de la presse ne prétendent pas à l'impunité !

19 juin. — Le projet de constitution est publié en supplément par le Siècle.

23 juin. — La journée a été sanglante, dit le Siècle. L'assemblée nationale est en permanence. Le journal est plein des faits de l'insurrection.

24 juin. — Encore une journée sinistre, dit le Siècle, puisque la lutte a continué terrible, acharnée, entre les citoyens du même pays, de la même ville, puisque de part et d'autre le sang a coulé à grands flots. Ah ! ils sont braves aussi, ces malheureux que la souffrance, l'erreur ou le ressentiment a entraînés contre la société dans une agression désespérée. 11 faut les plaindre de faire tant de mal à eux-mêmes et aux autres sans en avoir conscience.

25 juin. — Ce n'est pas une bataille, s'écrie le Siècle c'est une guerre implacable, terrible, qui se livre depuis trois jours et qui continue dans deux faubourgs de Paris. Qui donc a allumé cette haine, cette démence dans le cœur de tant de malheureux? Maintenant tout péril a disparu; partout l'insurrection est vaincue ou refoulée dans ses dernières limites.

26 juin. — La rébellion est partout soumise ou vaincue. Maintenant, dit le Siècle, faut-il faire appel à la pitié ou à la vengeance? La pitié est due au crime comme au malheur. Pas de vengeance envers des ennemis vaincus ou désarmés. Indulgence même pour tous les malheureux qui auront été égarés,

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