PRISE DE VARSOVIE
17 septembre 1831.
Varsovie a capitulé. L*héroïque nation polonoise, délaissée de la France, repoussée par l'Angleterre, vient de succomber dans la lutte qu'elle a si glorieusement soutenue pendant huit mois contre les hordes tartares alliées avec la Prusse. Le joug moscovite va peser de nouveau sur le peuple des Jagellons et des Sobieski ; et pour aggraver son infortune , les fureurs de quelques monstres affoibliront peut-être l'horreur que doit inspirer le crime de cette nouvelle conquête. Que chacun garde ce qui est à soi : aux égorgeurs, le meurtre et l'infamie ; aux vrais enfans de la Pologne, une gloire pure et immortelle; au czar et à ses alliés la malédiction de quiconque porte en soi un cœur d'homme, de quiconque sent ce que c'est qu'une patrie; à nos ministres, leur nom : il n'y a rien au-dessous.
Ainsi donc, peuple généreux, notre frère de foi et notre frère d'armes , lorsque tu combattois pour ta vie , nous n'avons pu t'aider que de nos vœux : et à présent que te voilà gisant sur l'arène , nous ne pouvons te donner que des pleurs. Puissent-ils au moins
DANS LE JOURNAL l' AVENIR. 381
te consoler un peu dans ta douleur immense! La liberté a passé sur toi comme une ombre fugitive , et cette ombre a épouvanté tes anciens oppresseurs : ils ont cru voir la justice. Après des jours sombres, regardant le ciel , tu as cru y découvrir des signes plus doux ; tu t'es dit : Le temps de la délivrance approche ; cette terre qui recouvre les ossemens de nos aïeux sera encore notre terre , nous n'y entendrons plus la voix de l'étranger nous dictant ses ordres insolens : nos autels seront libres comme nos foyers. Et tu te trompois ! et ce n'étoit pas encore le temps de vivre , mais le temps de mourir pour tout ce qu'il y a de doux et de sacré parmi les hommes ! Peuple de héros, peuple de notre amour, repose en paix dans la tombe que le crime des uns et la lâcheté des autres t'ont creusée. Mais, ne l'oublie point , cette tombe n'est pas vide d'espérance; sur elle il y a une croix, une croix prophétique , qui dit : Tu revivras î