XXXVI PRÉFACE
absurde de deux puissances spirituelles indépendantes ; il faut par conséquent subordonner le pouvoir qu'exerce , sur ce qui tient à la conscience , la souveraineté temporelle , à la direction de l'Église et de son chef, et dès lors il n'est pas vrai qu'elle ne dépend d'eux , comme l'affirme le premier article , ni directement ni indirectement. Nous ne croyons pas qu'il soit possible de répondre à cela rien de sensé.
Il n'est pas plus possible, les principes et les notions précédemment définies subsistant , de répondre aux gallicans, lorsqu'ils disent : Il existe deux puissances indépendantes ; c'est la doctrine constante de l'Église , et vous l'admettez comme nous. Cependant vous voulez qu'une de ces puissances soit , dans l'exercice des droits qui lui appartiennent essentiellement , subordonnée à l'autre puissance. Expliquez-nous donc comment une puissance peut être , en même temps et sous le même rapport, indépendante et subordonnée.
Pour échapper ensemble à cette double argumentation, l'on a eu recours à la théorie de ce qu'on appelle les matières mixtes : c'est-à-
PRÉFACE. XXXVIl
dire qu'admettant l'existence d'un nombre indéfini de choses et d'actes complexes , à la fois spirituels et temporels, on sépare ces deux élémens pour soumettre l'un à l'autorité spirituelle de l'Église , et l'autre à l'autorité temporelle du prince. Fort bien , s'il existe un moyen sûr d'opérer cette séparation. Premièrement qui la fera? on la fera d'un commun accord. Mais c'est précisément pour être d'accord qu'il s'agit de la faire. Et a-t-on réussi à s'entendre jusqu'à présent? Sera-ce l'Église qui décidera? que devient l'indépendance du prince ? Sera-ce le prince ? que devient celle de l'Église? D'ailleurs , si l'on va au fond, l'on voit aussitôt que tout est mixte dans la vie humaine : pas uu acte raisonnable qui ne ren~ ferme un usage bon ou mauvais de la volonté, et qui par conséquent ne relève (le la loi morale. De là , en certains temps, les efforts de l'Église pour étendre sa juridiction aux transactions , aux contrats civils , à raison , non de la matière , mais du péché , comme on parloit. 11 n'est donc rien dans ce système , rigoureursement suivi et logiquement appliqué , qui ne