PRÉFACE. V
appartiennent en propre , qui dérivent immédiatement de sa foiblesse intrinsèque et native , l'esprit ne peut croître en lumières , étendre sa vue , découvrir au-delà , sans trouver quelque chose à redresser dans ses pensées et ses jugemens antérieurs. Ceux même qui annoncent hautement la prétention d'être invariables en ce sens, qui disent : Pour moi je n'ai jamais changé, mes opinions sont ce qu'elles étoient il y a dix ans , il y a trente ans ; ceux-là s'abusent, ils ont trop de foi en leur imbécillité : l'idiotisme humain, même soigné, cultivé sans relâche , avec un infatigable amour, ne va pas jusque-là, ne sauroit atteindre à cette perfection idéale; et il n'est personne qui, le voulant ou non , ne subisse à quelque degré l'influence du progrès commun. Malgré soi l'on s'éclaire, malgré soi l'on marche, la foule vous emporte; et la sotte vanité qui , à chaque pas , conteste ce mouvement , tramée à reculons voit peu à peu fuir dans le lointain ses convictions inébranlables.
Pour nous , notre joie la plus vive comme la plus intime est de ne rien sentir en nous qui