‹ JournauxChapitre 4 sur 123 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

résiste à cette merveilleuse impulsion , qui n'est celle de personne , qui est celle de tous , et dont le résultat est le développement de la vérité dans la raison de tous. Ce développement renferme à nos yeux toutes les espérances terrestres de l'homme ; car il ne peut croître dans la vérité sans croître aussi dans l'amour , et l'amour et la vérité sont les deux élémens de sa vie progressivement plus parfaite.

Si nous jetons un regard attentif sur le passé de notre esprit, nous ne pouvons méconnoître l'action successive exercée sur lui par l'intelligence générale. Il a, pour ainsi dire, végété dans ce sol; il y a puisé la sève que le travail interne lui a rendue propre , et , se modifiant toujours en acquérant toujours , il a parcouru de la sorte, selon la mesure de sa foiblesse que nul ne connoît mieux que lui, les phases de sa croissance individuelle.

Nous n'avons à désavouer aucunes de nos paroles en tant que sincères. Toutes ont été dictées par une persuasion non moins désintéressée que profonde , notre conscience nous en assure. Mais nous nous sommes souvent trom-

PRÉFACE. \n

pés, et quelquefois gravement. C'est pourquoi, dans le calme de la solitude , libre autant qu'on peut l'être de tout engagement de parti , de toute passion, de toute prévention , nous voulons nous juger nous-même , et , sans aucun retour sur ce qui nous est personnel , avec la même impartialité que s'il s'agissoit de quelqu'un qui nous fût étranger de toute manière , examiner ce qu'il y a eu de raisonnable et d'irréfléchi dans nos efforts, de vrai et de faux dans nos pensées.

A l'époque où commence ce recueil , une question philosophique d'une importance fondamentale , la question de la certitude , étoit vivement agitée , surtout parmi les catholiques. Ayant à établir, dans V Essai sur V Indifférence, la vérité de la religion chrétienne , nous avions dû rechercher d'abord quel est pour l'homme le caractère distinctif du vrai, ou, en d'autres termes, s'il lui est possible de le reconnoître certainement, et à quels signes il le reconnoît. Car, supposé qu'il n'existât aucuns moyens de parvenir à cette connoissance certaine , il est évident que le doute , le doute universel , absolu, seroit logiquement le seul état raison-

Vni PRÉFACE.

nable de l'esprit, puisqu'il n'en pourroit sortir que par une affirmation purement arbitraire, sans motif réel et sans valeur. Que si , au contraire j il existoit un moyen de reconnoître certainement le vrai , une règle sûre pour le discerner^ le doute , à l'égard de ce qui auroit ce caractère du vrai , deviendroit logiquement déraisonnable, et la croyance, qui a d'impérissables racines dans la nature , seroit en même temps le seul état conforme à la raison.

Cette question , sous un point de vue , antérieure à toutes les autres, reçut une solution sur laquelle nous reviendrons bientôt, et que rien jusqu'ici n'a ébranlée en nous. Mais il faut le dire aussi , à la place que Tordre des idées nous forçoit de lui assigner, ce ne pouvoit être qu'une question logique , préalable à toute conception des choses en elles-mêmes et de leurs lois. Or l'esprit humain n'est jamais pleinement satisfait par des formules abstraites, quelque rigoureuses qu'elles soient, parce qu'au-delà de ces formules il y a des réalités qui en sont le fondement, des réalités qu'il veut concevoir \ et jusqu'à ce qu'il les ait conçues à quelque

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