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LXXIV PRÉFACE

un désir maladif de richesses et de jouissances, une fièvre de l'or qui dévoroit tout ce qu'elles receloient de noble et de généreux , et l'honneur et la conscience même. Mais c'étoit là encore travailler contre soi, car dans la lutte des intérêts celui de quelques uns ne pouvoit à la longue prévaloir contre l'intérêt de tous.

Aussi la Restauration usa-t-elle d'un troisième moyen pour s'affermir. Elle s'efforça de se rattacher le peuple par la religion. Personne ne met en doute la nécessité sociale des croyances religieuses ; et très peu de personnes aujourd'hui, quelles que soient les manières diverses dont elles comprennent le christianisme , contestent les bienfaits que l'humanité lui dut dans le passé , et l'influence qu'il doit encore exercer sur elle dans l'avenir. Nul ne blâmeroit donc la Restauration d'avoir été et religieuse et chrétienne , si elle avoit été simplement, si elle avoit été réellement chrétienne et religieuse. Au fond elle ne fut ni l'un ni l'autre. Nous ne parlons pas des hommes, nous parlons du gouvernement. Le gouvernement ne vit dans le catholicisme , professé , comme

PRÉFACE. LXXY

le disoit la Charte , par la majorité des Français, qu'un instrument utile à sa politique, un ressort puissant de l'administration. Pour le faire servir à ses desseins il falloit en diriger l'action , et par conséquent régler , en partie du moins, l'enseignement et la discipline; ce qui exigeoit impérieusement la coopération des chefs immédiats de la discipline et de l'enseignement. On savoit comment l'obtenir , il suffisoit de suivre les exemples anciens, de rétablir scrupuleusement les relations entre l'Église et l'État, telles qu'elles avoient existé jadis; et cela pouvoit encore s'appeler une restauration.

On sépara donc de fait la religion de ses ministres. A ceux-ci de l'argent, des faveurs, des dignités , de la puissance , mais à condition de seconder docilement les vues du pouvoir. Nous sommes loin, bien loin d'accuser qui que ce soit, même dans le secret de nos intentions. Nous savons trop quelle est la force des préjugés d'éducation , des sentimens, des habitudes de toute une vie antérieure, pour hésiter de croire à une pleine bonne foi de la part de

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ceux qui se laissèrent séduire ; et afin d'être juste entièrement , il faut dire encore que les ardentes attaques du libéralisme contre la religion durent alarmer le zèle du clergé et resserrer son alliance avec le parti politique contraire. Par tous ces motifs réunis il devint en effet Tauxiliaire dévoué du gouvernement , bien que celui-ci , fidèle aux traditions de la vieille monarchie combinées avec des maximes plus exagérées encore , ne cessât d'opprimer la liberté religieuse et de ruiner le catholicisme par sa base, en s'immisçant dans renseignement et l'administration ecclésiastique, en étendant son autorité à des choses uniquement relatives à la discipline intérieure de l'Église et dépendantes de ses seules lois , en fixant le nombre d'élèves qu'elle auroit le droit d'admettre au sacerdoce, en interdisant les relations directes des catholiques avec leur chef; en exerçant enfin dans l'ordre religieux une véritable suprématie, dont l'infaillible conséquence devoit être tôt ou tard l'établissement d'une Église nationale soumise au roi comme l'Église russe est soumise au czar.

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