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CONTRE M. L'ABBÉ DE LA MENNAIS

Le journal des Débats du 22 août renfermoit une note conçue en ces termes : « Un de nos plus habiles » théologiens , M. Flottes , chanoine honoraire de » Montpellier , professeur de philosophie au collège » royal de cette ville , a déjà publié plusieurs écrits » pleins de logique , d'érudition et de politesse sur » les ouvrages divers que M. l'abbé de La Mennais » publie sous le même titre : De r Indifférence en ma- » itère de Religion. Le même théologien vient d'en » faire paroître un nouveau , suite des autres , avec ce » titre : M. V abbé de La Mennais réfuté par les auio- » rites mêmes quil invoque , ou Observations critiques » sur les troisième et quatrième volumes de l'Essai y pour )) faire suite aux Observations critiques sur la Défense, » On prouve évidemment, dans ces deux ouvrages, » que M. l'abbé de La Mennais tronque , altère, dé- » nature les passages et les textes des écrivains sacrés » et profanes qu'il invoque à l'appui de ses systèmes » et de ses doctrines. M. l'abbé de La Mennais ne » daigne rien répondre pour se justifier d'un reproche » aussi grave. Quelques jeunes gens qui font une

» espèce de journal, et dont la première religion est )) d'adorer M. de La Mennais , ont répondu que » M. Flottes néioit rien ^ et qu'il n'avoit pas le sens » commun. M. Flottes leur a écrit pour les prier de » lui dire en quoi il manquoit de sens commun , en » prouvant que M. de La Mennais ne citoit ni en- )) tièrement, ni correctement, ni fidèlement les textes » et les autorités sur lesquels il prétendoit s'appuyer. » Il les a priés d'insérer sa lettre dans leur journal ; » ils né l'ont point insérée, ce qui étonne M. Flottes, » et, ce qui ne nous étonne point, ces messieurs ni » M. l'abbé de La Mennais ne répondront pas da- » vantage à cet épilogue du dernier ouvrage de » M. Flottes : il faudroit pourtant y répondre. »

Nous avons aisément reconnu l'auteur de cette petite diatribe à sa rancune contre le Mémorial. Nos lecteurs se souviennent peut-être d'un certain M. A. qui, sur la foi de M. Flottes, chanoine honoraire de Montpellier et professeur de philosophie au collège royal de cette ville , accusa doctoralement M. de La Mennais d'avoir falsifié un passage de TertuUien, puis fut contraint d'avouer que le passage étoit exactement cité, puis se fâcha, puis se consola en composant quelques uns de ces articles légers où brille la facilité de son esprit, mais qui souvent ne sont pas de ceux dont la mère conseilleroit la lecture à sa fille. Il ne se plaignit point alors qu'on ne lui eût point répondu ; au contraire : et c'est bien plutôt la réponse qu'on lui fit qui excite aujourd'hui son humeur contre quelques jeunes gens qui font une espèce de journal , et qui

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eurent assez peu de logique y d'érudilion et de politesse pour lui prouver qu'avant d'accuser M. de La Mennais d'avoir altéré le texte de Tertullien il n'avoit pas même pris la peine d'ouvrir, à la page indiquée, l'ouvrage de cet auteur. Voilà pourquoi un recueil périodique où se trouvent les noms de M. de Bonald et de M. de Haller devient, sous sa plume, une espèce de journal fait par quelques jeunes gens. Nous convenons sans difficulté que le Mémorial compte quelques jeunes prêtres parmi ses rédacteurs. Mais que peut dire à cela M. A.? N'est-il donc pas lui-même une espèce de jeune homme, une espèce de prêtre, et une espèce de journaliste ?

De son côté, M. Flottes se tue à prouver qu'on doit nécessairement répondre à sa brochure : attendu que, vantée par M. A., elle a déplus charmé un ancien grand-vicaire, qui, long-temps rédacteur du Courrier des Spectacles j imagina peut-être que c'étoit pour lui une occasion heureuse de revenir sur ses premières études ; à moins cependant que le sens commun ne lui parût être une de ces erreurs populaires qu il a combattues dans un livre qu'au talent près, on a comparé au Dictionnaire philosophique de Marie- François Arouet. Quoi qu'il en soit, de si graves autorités nous décident à expliquer une fois pour toutes, à M. Flottes, pourquoi nous n'avons pas jugé à propos d'entamer avec lui de discussion au sujet de ses Observations critiques sur la défense de r Essai. Nous dirons ensuite quelques mots de son dernier écrit.

M. Flottes, nous n'en doutons point, est un fort TOME 10. 4

honnête homme , mais il a souvent le malheur de ne pas comprendre ce qu'il lit; de sorte qu'en croyant réfuter son adversaire , il ne réfute ordinairement que ses propres imaginations : ce qui rend assez pénible la tâche de lui répondre , et encore sans qu'il en résulte aucune utilité réelle.

Veut-on savoir comment il a entendu la Défense de l'Essai y et comment il l'attaque : « M. de La » Mennais^ dit-il, s'efforça de prouver dans cet écrit » que sa doctrine avoit été connue , en partie , de » saint Augustin , de Descartes , de Malebranche, de » Leibnitz , de Bacon , de Pascal , de Bossuet , de » Nicole , d'Euler ; mais que ces grands hommes n'a- » voient fait qu'apercevoir la vérité qu'il lui avoit » été donné de publier tout entière. Nous avons pu- » bhé, en 1824 (juillet), des Observations critiques » sur la Défense. Nous avons prouvé dans cet opus- )) cule , en produisant les textes , que les passages » rapportés par l'auteur de la Défense n'étoient pas » cités avec exactitude , et que cet éloquent écrivain )) étoit réfuté par les autorités mêmes qu'il invoque (1).

Il est bon d'abord de faire observer que ce que M. Flottes appelle ne pas citer avec exactitude^ c'est ne pas citer suffisamment selon lui; de sorte qu'à moins de transcrire les ouvrages entiers de Descartes, par exemple, et de Malebranche, il auroit toujours autant de raison de prétendre qu'on ne les a pas cités exactement. Or, on voit qu'il faudroit dès lors, pour

{\) M. l'abbé F. de La Mennais réfuté par les autorités mêmes qu'itiïïvoque, etc., p. 6.

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répondre à M. Flottes d'une manière qui le satisfît , une assez jolie collection de volumes in-folio ; et il doit concevoir, ou, en tout cas, les autres concevront pour lui, qu'on peut bien, sans manquer aux égards dus à sa personne , à son canonicat honoraire , et même à sa dignité de professeur de philosophie, n'être pas très disposé à entreprendre un pareil travail.

A quoi d'ailleurs reviendroit-il ? et qu'est-il, de bonne foi , possible de dire à un homme qui s'est persuadé que M. de La Mennais se proposoit, dans la Défense de V Essai y d'établir sa doctrine sur l'autorité de Descartes, de Malebranche, de Leibnitz, de Bacon , d'Euler , ou, en d'autres termes, de prouver que la doctrine qu'il défendoit étoit la même que celle qu'il combattoit? A l'exception de M. Flottes et de V habile théologien qui rend compte des romans , contes, nouvelles en prose et en vers, dans les Débats y quiconque a parcouru seulement la Défense de r Essai sait que le but de l'auteur est de montrer que la philosophie cartésienne ne donne aucune base solide à nos connoissances, et aucune règle sûre à nosjugemens.

Sur le premier point, M. de La Mennais fait voir, par les aveux mêmes des philosophes cartésiens, qu'ils ne sauroient être certains d'aucune chose, à moins d'être certains auparavant de l'existence de Dieu , et que , ne pouvant dès lors se prouver l'existence de Dieu que par un paralogisme évident, il leur est impossible de sortir de l'incertitude universelle où ils se sont d'abord placés, et qu'ainsi leur système conduit au scepticisme absolu.

Mais est-il bien vrai que les cartésiens aient fait l'aveu qu'on leur prête? C'est ce que chacun peut vérifier. Quant à nous, voici, encore une fois, ce que nous lisons dans Descartes :

(( Je remarque que la certitude de toutes les autres » choses dépend si absolument de l'existence de Dieu, » que sans cette connoissance il est impossible de » pouvoir jamais rien savoir parfaitement.

» Car quoique je sois d'une telle nature qu'aus- » sitôt que je comprends quelque chose parfaitement » je ne puis m'empêcher de la croire vraie , néan- » moins, parceque je suis aussi d'une telle nature que » je ne puis pas avoir l'esprit continuellement attaché » à une même chose, et que souvent je me ressouviens » avoir jugé une chose être vraie : lorsque je cesse » de considérer les raisons qui m'ont obligé à la juger » telle , il peut arriver pendant ce temps-là que d'au- » très raisons se présentent à moi , qui me feroient » aisément changer d'opinion, si j'ignorois qu'il y » eût un Dieu; et ainsi je n'aurois jamais une vraie » et certaine science d'aucune chose que ce soit, mais » seulement de vagues et inconstantes opinions...

» Et ainsi je reconnois très clairement que la cer- » titude et la vérité de toute science dépend de la » seule connoissance du vrai Dieu; en sorte qu'avant » que je le connusse , je ne pouvois savoir parfaite- » ment aucune autre chose (1). »

Mais s'il peut arriver, comme Descartes le dit dans le passage qu'ont vient de lire , que la même (j) Médit. V, p. 70. Réponse aux secondes Objections, p. i6l.

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chose nous paroisse alternativement vraie et fausse, quelle règle infaillible de jugement trouverons-nous en nous-mêmes? Et quand il existeroit une telle règle, comment chacun de nous s'assurera-t-il de sa certitude? Il seroit superflu de répéter ce qu'a dit làdessus M. de LaMennais, et nous défions d'y répondre rien de sensé.

Pour venir maintenant au dernier écrit de M. Flottes, nous commencerons par le remercier d'avoir fourni une autorité d'un très grand poids, et généralement ignorée, en faveur de la doctrine du sens commun. Cette grave autorité est celle de Pellisson , qui , dans un ouvrage très difficile à trouver , dit M. Flottes, et qui a pour titre Bé flexions sur les Différends de la Religion^ (c se proposoit de combattre Yin- » différence religieuse, qui, suivant ses propres expres- » sions, sembloil devenir insensiblement la religion do- » minante , et de ramener les protestans dans le sein » de l'Église catholique (1). ^) En voici quelques passages cités par M. Flottes (2) , qui rendroit un vrai service à la religion s'il se décidoit à faire réimprimer l'ouvrage entier.

a Tâchons à nous élever avec lui-même (le savant), » et faisons-lui remarquer, s'il nous est possible , que, » par les propres principes de son savoir , toute la » certitude humaine , celle des sens, celle des lumières » naturelles , celle des mathématiques, celle de toutes » les sciences telle qu'on la peut avoir, celle de toute

(0 M. l'abbé F. de La Mennais réfuté, etc., paç. 11. (2) Ibid., pag. 12 et suiy.

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h la sagesse politique et humaine , est fondée sur cette » autorité du grand nombre ; et que cette autorité a )) un fondement éternel et inébranlable , c'est-à-dire » Dieu même.

» 0 principe éternel de toutes choses î 6 principe » tout intelligent et tout bon î non seulement il est )i certain que vous êtes; mais que si vous n'étiez pas, » nous n'aurions rien de certain. J'adore, dans la » certitude de mes propres sens, la certitude de votre » être , de votre sagesse et de votre bonté; et je com- » prends aisément qu'il n'y a rien de vrai que par » vous , qui êtes la vérité même !

)) Après la certitude des sens vient la certitude » des lumières générales, répandues dans tous les » espri{s, en tous les climats, parmi tous les peuples ; n dont néanmoins quelques extra vagans se sont mo- » qués , et dont nous n'aurions aucune certitude sans » l'autorité du grand nombre.

» Sans ce fondement inébranlable, point de con- » Boissance certaine , point de société , point de re- » ligion surtout. Car quiconque prend un fondement )) contraire , il ne lie pas les esprits ensemble , il les )) délie; il permet, ou, pour mieux dire, il ordonne » à chacun de croire et de faire ce qu'il lui plaira.

» Tout étoit certain dans l'origine entre les pre- » miers hommes, à qui Dieu s'étoit découvert lui- » même. »

On ne se seroit certainement pas attendu à trouver des passages si frappans sur l'autorité du consentement commun , dans un livre où Ton combat V Essai

DIRIGÉE COIVTRE 31. l'aBBÉ DE LA iMENNAlS. 55

sur r Indifférence. Wlais, observe M. Flottes, « les » Réflexions de Pellisson furent attaquées. » Par qui? par des protestans, comme les titres mêmes de ses Réponses, cités par M. Flottes, nous l'apprennent (1).

Il ne nous reste plus qu'à examiner le reproche poKj suivant l'heureuse expression de M. A. , que le professeur de Montpellier fait à M. de La Mennais , d'avoir altéré ^ tronqué j, falsifié les textes qu'il cite. S'il n'étoit juste de supposer que M. Flottes n'entend ce qu'il dit qu'au même degré précis où il comprend ce que les autres écrivent, on s'indigneroit profondément d'une pareille accusation, et surtout après avoir lu les inconcevables preuves sur lesquelles il prétend l'appuyer. Quelques courtes observations suffiront pour réduire ces preuves à leur valeur.

Et d'abord, que, dans le nombre immense de citations qui se trouvent àansVEssai, il y en eût quelques unes , qui, soit par inadvertance , soit pour n'avoir pu être vérifiée» par l'auteur , fussent inexactes peut-être, c'est une chose non seulement possible, mais presque inévitable : et tout notre étonnement est qu'avec un désir si vif et si vivement manifesté de découvrir dans l'ouvrage de M. de La Mennais des imperfections de ce genre , M. Flottes n'en ait cependant indiqué qu'un si petit nombre.

Car, premièrement, le seul passage qui, d'après ses assertions , piit paroître en effet une altération du

(i) Réponse aux objections d'Angleterre et de Hollande , ou de l'Aulorité du grand nombre dans la religion chrcliennc. — Les chimères de M. Jurieu , etc.

texte , nous voulons parler du passage remarquable de Tertullien si curieusement vérifié par M. A. qui crut y trouver une rare et brillante occasion de triomphe; il fallut bien finir par avouer qu'il n'étoit ni altéré, ni tronqué, ni falsifié: ce qui prouve au moins que M. A. et M. Flottes, même lorsqu'ils s'unissent pour vérifier un texte, ne sont pas plus à l'abri de se tromper que M. de La Mennais.

Mais, pour faire de suite à M. Flottes les concessions auxquelles il a droit , nous convenons que dans Y Essai un passage de Pline le jeune est cité sous le nom de Pline l'ancien; qu'un passage de Cicéron, où il s'agit des vérités morales comparées à celles que nous connoissons par le rapport des sens, a été, non pas mal cité, mais mal entendu par M. de La Mennais; qu'enfin l'on peut contester le sens qu'il donne à un vers d'Hésiode , comme aussi on peut le soutenir , de l'aveu de M. Flottes, par l'autorité de Grotius et du P. Petau.

Nous le disons avec une sincérité entière, voilà tout ce qu'en conscience il nous est possible d'accorder à l'adversaire de M. de La Mennais; et encore, si Ton veut, qu'on lit dans I'Essai, vita honesta healaque, qui ne fait aucun sens , au lieu de vïtœ honestœ heatœque.

Du reste, lorsqu'en cinq ou six autres endroits M. Flottes critique les traductions de M. de La Mennais , qui d'ailleurs cite toujours le texte au bas de la page, ou M. Flottes se trompe évidemment à notre avis , ou sa manière de traduire revient pour le fond

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à ce que l'auteur de Y Essai a eu dessein de prouver.

Mais ce qui pourroit sembler extraordinaire à quelques lecteurs, c'est que presque à chaque page de son opuscule ^ comme il l'appelle, M. Flottes, si délicat sur l'exactitude des citations , commence sa critique sur la citation qui l'occupe en ce moment , par ces mois : Celle cûalion esl exacte. Il faut donc savoir, pour comprendre ce qui le choque, qu'il trouve aussi presque toujours que M. de La Mennais n'a pas assez cité. Voilà son grand, son perpétuel grief; et son erreur est d'être tellement préoccupé de l'idée qui l'affecte, qu'il oublie parfaitement, supposé qu'ill'ait su jamais, et l'ensemble des idées de M. de La Mennais , et le point précis et particulier qu'il entreprend successivement d'établir dans le développement de son sujet.

Ainsi M. de La Mennais montre-t-il que les philosophes anciens prouvoient les dogmes universels par le consentement commun : Fort bien, dit M. Flottes; mais vous auriez dii ajouter que ces philosophes les croyoient innés dans la raison de chaque homme ; confondant de la sorte deux questions diverses, que M. de La Mennais a distinguées et traitées à part, savoir, si le consentement commun étoit reconnu pour règle de croyance, et quelle étoit l'origine première et le moyen général de transmission des vérités crues universellement.

De même : s'agit-il d'établir que la règle A'antiquitéy pour discerner la vraie religion , étoit reconnue et admise généralement, que fait M. Flottes? il prouve

sans peine qu'on faisoit de cette règle de fausses applications; ce que M. de La Mennais avoit expressément remarqué, et ce qui confirme ce qu'il avance, bien loin de l'infirmer, puisqu'on ne peut appliquer hien ou mal une règle, à moins qu'elle n'existe.

Il avoit fait observer aussi qu'il falloit , dans les philosophes et à leur exemple même, distinguer soigneusement les vérités universelles qu'ils enseignent d'après le consentement unanime du genre humain , des systèmes divers qu'ils ont imaginés , et qui n'ont d'autre fondement que leur raison propre. M. Flottes, au contraire , ne veut point admettre ces témoignages rendus à la foi commune, lorsqu'ils ne sont point d'accord avec les opinions particulières des philosophes que l'autorité des croyances générales force à de pareils aveux : et c'est encore ce qu'il appelle citer infidèlement.

Mais ces critiques fussent-elles aussi justes qu'elles sont fausses et ridicules pour la plupart , il resteroit encore dans Y Essai beaucoup plus d'autorités qu'il ne seroit nécessaire d'en alléguer pour établir ce que l'auteur a eu dessein de prouver. Et à ces autorités déjà si nombreuses, si puissantes, on pourroit encore en ajouter une infinité d'autres , et chaque jour on en découvre de nouvelles. Les fragmens de VOupneck'at que nous avons cités dans notre dernier numéro , suffisent pour donner une idée de ce que l'Inde seule fournit en ce genre ; et les recherches ne font, pour ainsi dire, que commencer. M. Flottes paroît croire pourtant que la tradition du vrai Dieu ne s'est

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pas conservée chez les Indiens (1), malgré ce qu'en ont dit William Jones et tant d'antres savans, malgré les livres mêmes des Indiens. Mais enfin cela ne saur oit être , parceque cela contrarie les idées de M. Flottes. Qu'il écoute au moins un missionnaire qui vient de publier un des ouvrages le plus intéressant qui existe sur l'Inde, où il a passé trente ans.

« Les slocas ou stances morales dont on donne ici » la traduction, sont assez généralement connues des » Indiens qui ont quelque instruction. Dans la plupart » des écoles , on les fait apprendre par cœur aux en- ); fans comme une espèce de catéchisme. Elles sont >) écrites en vers samscrutams; mais comme cette » langue savante n'est étudiée et entendue que par » peu de personnes , chaque sloca est accompagné )) d'une version littérale en langue vulgaire. Les In- » diens se plaisent souvent à citer avec emphase dans » leurs discours quelques uns de ces slocas. J'ai cher- » ché, en les traduisant , à m'écarter le moins possible ^)tlu texte original (2). »

Or voici une de ces stances :

« Avant que la terre, l'eau, l'air, le vent, le feu, ) Brahma, Wiclmou, Siva , le soleil, les étoiles, et » autres objets semblables, existassent, le Dieu uni- » que et éternel Suayambou (celui qui est par lui- » même) existoit (3). »

[\) M. l'abbé F. de La Mennais ré f nié, etc., page 157. (2) Mœurs, inslilulions et cérémonies des peuples de l'Inde, par 31. l'abbé J. A. Dubois, lome II , page 186.

(3) 7&td.,page 193.

Le premier des Védas, le Beg-F^eda renferme cette confession de foi : « Il existe un Dieu vivant et vrai , » éternel et incorporel, impalpable et impassible, » tout-puissant, tout savant, infiniment bon, qui fait » et conserve toutes choses (1). » Ainsi les mêmes vérités transmises depuis la plus haute antiquité se retrouvent et dans les livres sacrés des Indiens, et dans ceux qu'ils mettent entre les mains de l'enfance.

Il est facile de comprendre maintenant pourquoi nous n'avions point répondu à M. Flottes, ni ne répondrons désormais à ce qu'il pourroit écrire encore. Il faudroit, pour le suivre dans le détail de ses critiques , composer une dissertation sur chaque passage qu'il lui plaît d'attaquer ; et après avoir prouvé qu'il se trompe , ce qu'il contesteroit d'ailleurs éternellement, la véritable discussion, celle qui tient au fond des doctrines, n'auroit pas avancé d'un pas. Comme presque tous les autres adversaires de M. de La Mennais, enchaîné par les habitudes de son esprit dans le cercle étroit de quelques vieilles idées scolastiques, il ne se doute même pas de l'immense étendue des questions traitées dans V Essai ^ de leur liaison entre elles , et de leur rapport avec Tétat des esprits entraînés aux dernières conséquences de l'erreur par le développement naturel de la philosophie et du protestantisme. Il n'est pas nécessaire sans doute que M. Flottes entende cela; mais il n'est pas nécessaire non plus que l'on perde un temps précieux à essayer

(i) Monwmens de l'Indostan, tome I , page 174.

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de le lui faire entendre. Et après tout pourquoi se plaindroit-il que nous gardions le silence sur ses opuscules ? n'est-ce pas là un silence poli? et n'a-t-il pas en outre le suffrage poli de M. A.

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