‹ Juanito le HarpisteChapitre 3 sur 7 · VÆ · texte numérisé non relu

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rejoignis Juanitq, il était déjà entouré par une dizaine de lepgfos qui, dans la crainte saqs doute que le combat annonçé n’eût pas lieu, s’étaifpt faits ses gardes-du-corps.

Renouveler mes instances dans un pareil moment, c’eût été non-seulement m’exposer à un échec certain, mais encore à de dangereuses violences ; je me contentai donc de suivre à distance le hideux cortège; je renonce à peindre les cruelles émotions dont j’étais agité.

La population entière de San-Blas s’était donné rendez-vous pour assister à ce duel, qui lyi présentait un spectacle aussi rare que plein d’attraits.

Gafcacho, également escorté par la plèbe, attira tojit naturellement d’abord mon attention;

il était revêtu de ses habits de fête ; mais je re- ►

marquai avec une joie secrète la pâleur livide de son visage ; l’assurance exagérée et guindée de son maintien me prouva que el hombre de

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éaballo était loin d’éprouver, en ce moment pour son adversaire, le dédain qu’il lui avait témoigné la veille. Il était évident qu’il avait peur!

Contrairement à l’usage mexicain, les deux combattants, au lieu de se livrer à la déclamation de pompeuses périodes homériques, paraissaient, chacun de son côté, désireux de commencer au plus tôt l’action j tous les deux dégainèrent en môme temps le long couteau suspendu à leur ceinture et tombèrent immédiatement en garde, lin silence solennel s’était fait, lorsqu’un lepero sortant de la foule et se plaçant entre les deux adversaires, arrêta le combat. .. - .. ,. r

— Senores,leur dit-il en les saluant avec une exquise courtoisie, vous plairait-il d’attendre, avant de commencer, que tous les enjeui ÉÔient tenus ?

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— Quels enjeux, $enor? lui $

d’une voix parfaitement calme. •

— Mais les eiyqpx sur l’issuq de votre luttç...

De nombreux paris sont engagés, senor... ^ — En vérité, c’est beaucoup d’honneur que vous nous faites.

— Un honneur dont vous ôtes tous les deüt dignes, répondit le lepero en s’inclinant de nouveau. '

Les spectatears, qui jusqu’alors étaient restés désintéressés dans la lutte, se hâtèrent de prendre position ; en moins d’une minute, tous les paris furent acceptés et tepus; puis une voix inconnue, sortant de la foule, donna le si^ gnal. Le duel entre indigènes est une chose si exceptionnelle au Mexique, que Gabacho et Jjjgnito n’avaient pas même sonçé à choisir des témoins. Le combat s’engagea sans plus

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tarder.

Le couteau, - — l’épée du Mexicain, — devient

entre ses mains une arme savante; U a ses rè-

gles, son escrime, son génie, et la merveilleuse adresse que déploient ses adeptes en ennoblit presque dusage. Gabacbo et Juanito, le corps replié et le bras gauche enveloppé dans leur couverture de laine, restèrent pendant quelques secondes à se mesurer des yeux; les prunelles del honabre de a caballo étaient dilatées outre mesure; le regard de Juanito ébauchait up sourire, s’il est permis de parler de la sorte.

Tout à coup Gabacbo se jeta en désespéré sur sqn adversaire ; je sentis un frisson me passer h travers le corps : le harpiste s’effaça légèrement, et l’acier ne fit que l’effleurer. 11 me sembla que le pauvre musicien avait hésité avant d’éviter ce coup mortel; un horrible soupçon se présenta à mon esprit.

La seconde passe différa de la première en ce que Gabacbo, à qui la crainte avait fait prendre boffensiye, atteignit avec son poing, fort ru-

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dement, et du reste très-involontairement, le visage du harpiste. Ce brutal contact produisit sur Juanito un effet extraordinaire. Un cri de rage, semblable au rugissement d’un tigre, sortit de ses lèvres, un éclair illumina son œil, et d’un bond de jaguar il s’élança sur l’hotnbre de a caballe qui, surpris, stupéfait, terrifié, resta droit dt inerte, sans songer à se défendre; je crus, — comme tous les témoins de cette scène terrible, — que c’en était fait de Gaba* cho; hélas! je me trompais! Juanito au lieu d’achever sa facile victoire, garda une immobilité de marbre. Un murmure d’étonnement, de

stupéfaction même, s’éleva du milieu des rangs des spectateurs. Les trois ou quatre secondes qui s’écoutèrent me parurent longues d’une heure; bientôt une lueur brilla comme un rayon de soleil, un cri étouffé retentit, et Juanito s’affaissant sur lui-même tomba par terre.

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Gabacho, revenu de sa première surprise, et

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îmî par l’instinct de la conservation, lui avait enfoncé son coutean dans la poitrine.

A cette vue, j’écartai brusquement la foule, et je me précipitai au secours de l’infortuné blessé.

— Du courage, Juanito, m’écriai-je éans trop me rendre compte de ce que je disais, votre blessure n’est pas mortelle... vous guérirez!...

Le harpiste me reconnut aussitôt, et, m’adressant un triste sourire :

— Vous le voyez, senor, murmura-t-iî, mes pressentiments ne m’ont pas trompé !

— Vos pressentiments?... mais, malheureux, ce qui arrive n’est-il pas votre seul ouvrage?

Juanito garda un instant de silence, puis approchant sa bouche de mon oreille :

— Ce n’est pas un suicide, murmura-t-il, Dieu n’aura pas à me punir, et les hommes n’auront pas à me mépriser !

Juanito, affaibli par ce peu de paroles, s aria

m JUANITO. LE HARPISTE.

rôta un moment, puis d’une voix qui ressemblait à un murmure :

rr Ah! ne me plaignez pas, reprit-il; jusqu’à présent je n’ai qpp rêvé... maintenant, seulement, je vais vivre !... ,■

bo regard de Juanito se leva vers le çiel; je sentis un souffle humide glisser sur mon visage. Le harpiste n’était plus!...

pe qui suivit cette scène, je l’ignore... Tout ce que je sais, c’est que vers le milieu de la journée, je me retrouvai couché sur mes armes d’eau dans la enramada; mon hôte, le douanier Francisco, était assis à mes côtés.

— Caramba, me dit-il, je commençais à désgspérer de vous voir reprendre connaissance. Quel terrible évanouissement!

— Juanito est mort, n’est-ce pas? lui demantiui-je.

Don Francisco haussa les épaules d’un air,de mauvaise humeur et de pitié.

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— Le feot, dit-il, m'a fait perdre cinq piastres. Ayez donc confiance dans vos amis! Que n’aije parié plutôt pour le brave Gabacho !

— Ainsi Juanito est bien mort?... Tout est

fini ! repris-je sans trop avoir la conscience de ce que je disais.

— Juanito est bien mort, mais tout n’est pa3

fini, me répondit-il.

— Comment cela?

— La Marina est accourue comme une folle, et arrachant le couteau resté dans la blessure du défunt, elle a juré qu’elle le vengerait. C’est . une fille de parole que la Marina ! Gabacho n’a

qu’à se bien tenir! Mais vous avez la fièvro, poursuivit mon hôte en me prenant la main,

reposez-vous et dormez.

Ce ne fut que huit jours plus tard que je ^ is me remettre en route : j’étais encore bien faible, mais le séjourne San-Blas tn’était devenu

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insupportable, j’avais hâte de quitter cette terro gaaudite.

5Jn dernier épisode devait compléter pour moi le drame que je viens de raconter dans toute sa sauvage simplicité, et dans lequel je m’étais presque trouvé mêlé à mon insu. Je gravissais, le jour de mon départ, la rampe qui

conduit du nouveau au vieux San-BIas, loi^ue je dus arrêter mon cheval pour laisser passer une foule assez nombreuse qui barrait la route, c’était une noce. Gabacho épousait Gloria ! La

jeune et jolie Mexicaine me reconnut, et m’a-

dressant un gracieux salut :

— Bon vqyage, senor, me dit-elle. Ah ! quel malheur que juanito soit mort.

— Vous le regrettez ! m’écriai-je avec vivacité.

— Oh! oui, me répondit-elle avec un soupir.

SaSÜfrpb nous manque pour le bal de ce soir!

Je détShr&i de l’éperon lésines de mon che-

JÜAWTO LE HARPISTE.

val, et passant IfciJsqutement à travers la foule des leperos, je m’éloignai au galop.

Jamais, depuis lors, je ne suis retourné à Sau-Blas ; j’ignore si la Marina a fait usage du couteau qui a tué son amant.

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