BATAILLE DE SAINT-CHARLES
Il n'y a peut-être nulle part dans le Bas- Canada, aujourd'hui la province de Québec, une vallée aussi fertile, aussi riche en beautés pittoresques que celle traversée par la rivière Richelieu. Cette rivière sort du lac Champlain, Etats- Unis, au nord, et vient se jeter dans le grand fleuve St-Laurent, à William Henry, aujourd'hui Sorel, nom beaucoup plus approprié et celui d'un colonel français qui construisit un fort à cet endroit.
Le Richelieu a aussi porté le nom de Sorel et celui de rivière des Iroquois, ayant été la route principale des grandes tribus confédérées de sau-
vages de ce nom qui si souvent semèrent la mort et la désolation parmi les colons français dans les premiers temps de la découverte du pays.
Avant de relater les faits de la bataille de Saint-Charles, faisons en quelques traits une esquisse de cette région, ou du moins de cette splendide vallée plus intimement liée que le reste aux événements de 183Y. Prenons comme point de départ, Belœil. Situé au pied du vaste mont appelé Montagne St-Hilaire, le village de Belœil consiste en un groupe de jolis cottages, et renferme certains monuments commémoratifs de l'insurrection, en outre le presbytère où le vieux Sexton fut blessé, parce que, par suite d'un malentendu, il n'avait pu donner le mot de passe à la sentinelle anglaise.
Saint-Marc est à six milles de distance, et là se trouvent le château Drolet et les résidences de plusieurs des principaux hommes de l'époque.
Les Drolet ont toujours depuis figuré en premier lieu dans les annales de leur pays, et celui qui porte aujourd'hui le nom ne fait pas exception à la règle.
Une autre maison importante est celle où est né l'illustre Sir Greorge Etienne Cartier, baronet.
Sir G-eorge est mort dans des circonstances bien autres que celles qui marquèrent sa vie durant cette période mouvementée. C'est un des rares patriotes qui réussirent alors à s'enfuir aux Etats- Unis et il eut l'honneur de voir sa tête mise à prix ; $2,000 étaient offerts à celui qui le capturerait vif ou mort.
Après la défaite de Saint-Charles, on le voit mener une triste vie d'exilé dans un pays étranger. Mais les événements devaient changer et, quelques années plus tard, oublié, il revenait à son village natal. Il devait cependant rapidement faire sa marque et nous le voyons bientôt décoré du titre de chevalier comme un des pères de la Confédération, puis à sa mort, en Angleterre, il est le premier Canadien dont les restes ont eu l'honneur d'être transportés eu Canada à bord d'un des plus grands bateaux de guerre de Sa Majesté. Yrairnent la réalité est plus étrange que la fiction. La vie de Sir G-eorge Etienne Cartier est un véritable roman.
La maison des Cartier est située à quelques centaines de verges de Saint-Antoine et commande une belle vue du village de Saint-Denis et d'une île magnifique de la rivière Eichelieu. C'est une belle grande maison en pierre de taille et dont la
construction remonte à l'année 1782. Une partie était réservée à la résidence de la famille et l'autre (avec ses contrevents en fer, comme c'était alors l'usage), servait de magasin général pour l'approvisionnement de toute la contrée environnante.
C'est là que les chefs de l'insurrection de la vallée du Eichelieu, avaient l'habitude de se réunir, et rien d'étonnant qu'ils aient établi à cet endroit leurs quartiers généraux, lorsque l'on sait que l'hospitalité de la famille Cartier était chose universellement reconnue.
La maison et la propriété appartiennent encore à la famille et la mémoire du nom vénéré de Greorge Etienne Cartier ne mourra pas, croyonsnous, car ii y a aujourd'hui un héritier du nom historique, dans la personne de l'arrière-neveu de l'illustre homme d'Etat.
Sur les divers chemins conduisant à Saint- Charles, se trouvent plusieurs maisons de ferme. Il n'en est pas une qui n'ait fourni son contingent à l'armée des insurgés retranchée à cet endroit ce jour fatal de la bataille. Les rangs de cette armée étaient composés presque entièrement des cultivateurs de la localité, et commandés par les principaux citoyens des districts de Montréal et Richelieu.
Un des individus les plus suspects de Saint- Charles était le curé de la paroisse, " Messire Blanchette, " dont il est question à un autre endroit de ce livre, dans " Le Rôle d'Honneur. "
La carrière de cet homme est aussi extraordinaire que celle de son paroissien " Greorge Etienne. "
Quelques années après la rébellion, Messire Blanchette quitta le Canada pour s'en aller, dans le territoire de l'Orégon et dans la Colombie Anglaise, exercer, et avec succès, ses taleDts de missionnaire chez les sauvages de l'extrême ouest. Il devint, par la suite évêque et, peu de temps après il mourait, loi i de son beau Richelieu, bon et iîdèle serviteur, plein d'années et de mérite.
Le champ de bataille de Saint-Charles est situé à environ un demi mille de l'église paroissiale.
Dans un rapport de cette bataille, il est dit que les patriotes enivrés de la victoire de Saint- Denis, jurèrent de répéter ce glorieux fait d'armes à Saint-Charles. Les travaux du camp furent poussés activement, tous les préparatifs furent exécutés avec enthousiasme, tant était grande la confiance dans l'issue finale.
Au commencement du mois de novembre, on
avait forcé M. Debartzch, seigneur du comté, de se réfugier avec sa famille à Montréal, sous prétexte que c'était un bureaucrate et qu'il avait même trahi la cause de ses concitoyens.
Le Dr G-auvin, d'une des meilleures familles de Montréal et qui av^ait aidé Madame G-amelin, l'illustre fondatrice des Sœurs de la Providence, dans ses fonctions d'hospitalière auprès des prisonniers, prit possesion de la maison de Debartzch, avec une escouade de dix-sept hommes et il y établit une base d'opérations.
Ce château consistait en une forte maison de bois, située entre le grand chemin et la rivière Eichelieu, avec une écurie en pierre sur son côté droit, et autres avantages naturels de défense. En ligne diagonale avec cette maison, traversant le chemin et s'étendant dans les champs jusqu'à un coteau couronné d'un petit bois, qui existe encore, les insurgés construisirent un puissant abattis de branches et de bois, rempli de terre, avec une meurtrière ça et là, selon les accidents du sol.
Le choix de ce champ de bataille naturel avec tous les avantages des accidents du terrain, dénotait l'œil d'un véritable stratégiste. C'est à ce poste qu'un corps comparativement bien disci-
pliné d'insurgés attendit l'ennemi, sous le commandement de Thomas Stoddart Brown.
C'est le 25 novembre, 183^, que les troupes anglaises, sous les ordres du colonel Wetherall, firent leur apparition à Saint-Charles.
Ce corps d'armée se composait de six compagnies d'infanterie, deux pièces d'artillerie et un détachement de cavalerie.
Ayant fait halte à peu de distance du camp ennemi, Wetherall déploya ses forces sur la droite et sur la gauche, de manière à faire impression. Il dépêcha un messager, — un habitant du nom de Durocher qu'il avait capturé — au commandant Brown, disant que si on lui permettait de continuer, sans être molesté, sa marche jusqu'à Saint- Denis, il n'attaquerait pas les Canadiens ni ne leur ferait aucun mal.
Malheureusement Brown ne reçut pas la communication en dû temps, et Wetherall n'obtenant pas de réponse engagea immédiatement le combat en tournant la gauche do la position des insurgés, prenant possession des hauteurs boisées et y installant son artillerie.
Un feu bien nourri s'ouvrit alors et les Canadiens se montrèrent d'égale force aux régulieïs
ant des coups considérables, jusqu'au moment
OÙ les remparts commencèrent à céder sous les coups répétés des canons de gros calibre.
C'est à ce moment que Wetherall commanda une charge à la bayonnette. Les soldats se ruèrent jusqu'au haut du ravùn, se dirigeant avec impétuosité vers la maison de pierre et la rivière.
Les insurgés, armés de fusils et de faulx firent un instant une vigoureuse résistance, puis reculèrent disputant le terrain pas par pas jusqu'au pont sur le grand chemin où ils se débandèrent enfin.
Les pertes subies étaient grandes. La statistique, de sources françaises, met à quarante le nombre de tués, la majorité à ce dernier combat.
Voici les noms de quelques-uns des officiers qui se distinguèrent par des actes de haute valeur : Pierre Amiot, cultivateur à l'aise et représentant de Verchères à l'Assemblée ; Auguste Papineau, de Saint-Hyacinthe, et les deux frères Hébert, Amable et Jean-Baptiste, de la paroisse de Saint-Charles.
Yoici une autre version de cette bataille : " Le camp consistait en un retranchement formé d'arbres tombés et une «grande maison en
pierre. Le colonel Wetherall, à la tête de 500 hommes environ et deux pièces de campagne, partit de Chambly, le 22, mais vu le mauvais état des chemins, les ponts étant brisés, et par suite d'une halte à St-Hilaire pour attendre le colonel Grore, il n'arriva à Saint-Charles que le matin du 25.
" Une attaque réitérée des canons rompit les faibles remparts, et Wetherall commanda alors la charge à la bayonnette. Ce fut une immense boucherie, les soldats ne faisant aucun quartier et le village fut incendié, à l'exception de la maison de M. Debartzch. Du côté des Anglais, il y eut trois hommes tués et dix-huit blessés.
" Le lendemain, Wetherall dispersa une oetite troupe à Pointe Olivier ; et l'on peut dire que ce fat là le dernier coup de la rébellion, le long du liichelieu, tous les chefs ayant pris h\ fuite. "
La loi martiale fut proclamée dans le district de Montréal, le 5 décembre et les troupes furent répandues dans tout le pays, tandis que la milice des Townships de l'Est était mise sur pieds et
arrêtait plusieurs insurgés fugitifs cherchant à passer la frontière ; parmi eux était le Dr Wolfred Nelson.
Un corps de réfugiés se réunit à Swanton, Yermont, sous le commandement de R. M. S. Bouchette et autres, et envahit le Canada par St- 1^ Armand, mais il fut promptement repoussé par la milice de Missisquoi sous le commandement du capitaine Kempt, et Bouchette fut capturé.
En même temps, des insurgés, en grand nombre, s'étaient assemblés à Saint-Eustache, à dix-neuf milles au nord-ouest de Montréal, sous les ordres d'un nommé Amary Grirod, nommé par Papineau commandant de l'armée du nord du St- Laurent. Cette bande de rebelles se livra à des dépradations contre les loyaux habitants du istrict dont ils s'emi^arèrent des propriétés après es avoir forcés de se réfugier à Montréal.
La rébellion étant supprimée sur la rive sud du St-Laurent, Sir John Colborne avait le temps e s'occuper des rebelles du nord. En conséquence, le 13 décembre, il partit de Montréal à la tête d'environ deux mille réguliers et, traversant la rivière Ottawa sur la glace, le matin suivant, s'avança sur Saint-Eustache où s'étaient réunis environ mille rebelles.
Ces derniers s'étaient réfugiés dans l'église et les maisons voisines. Ils firent une forte résistance, mais la baricade ne put résister et elle fut emportée à la pointe de la bayonnette.
Les insurgés eurent cent hommes de tués, autant de blessés, et plus de cent furent faits prisonniers.
Le feu fut mis à l'église, et comme il faisait un grand vent, les flammes se communiquèrent aux maisons voisines dont soixante furent consumées.
Quatre jours plus tard, Grirod, le commandant, se suicidait à la Pointe-aux-Trembles.
De Saint-Eustache, Sir John Colborne se dirigea vers Saint-Benoit où avait fomenté la révolte, mais dont les habitants sont des plus loyaux. Sur tout le parcours de la route étaient arborés des drapeaux blancs, et dans le village 250 habitants rangés en ligne tenaient également à la main des pavillons blancs en signe de soumission et désireux d'avoir leur pardon.
On pardonna à tous sauf aux chefs qui furent envoyés à la prison de Montréal.
Des corps peu importants d'insurgés dans d'autres parties du district, furent dispersés, et
Sir John Oolborne rentra à Montréal le 19 de décembre.
Au nombre des nombreux patriotes tombés à Saint-Eustache, le plus regretté peut-être fut le Dr Chénier. On lui a élevé, dans le square Yiger, à Montréal, un magnifique monument, et le poème dû à la plume de notre savant poète Fréchette, est bien propre à raviver sa mémoire dans le cœur de tous ses concitoyens.
Pendant que se passaient ces événements à St-Eustache, les réfugiés dans l'Etat du Yermont percevaient des fonds dans le but d'une invasion et le 28 février 1838, environ six cents d'entre eux traversaient la frontière, ayan< à leur tête Eobert Nelson, frère du docteur, et le Dr Côté. Ils apportaient avec eux 1500 armes et trois pièces de campagne. Ils tentèrent de soulever une nouvelle insurrection, mais ils furent promptement repoussés par la milice et quelques réguliers et le général des Etats-Unis, Wool, les obligea de mettre bas les armes.
EEBELLION DE 1838
La politique de tolérance suivie par le gouvernement anglais à l'égard des rebelles de 1837, loin de détermioer un sentiment de gratitude avait plutôt produit l'effet contraire, et malgré l'esprit de conciliation avec lequel ils avaient été traités, les plus violents partisans entretenaient encore l'espoir d'une nouvelle résistance et s'imaginaient que le gouvernement avait peur de les punir.
Ce désir d'une nouvelle insurrection était activé par un certain nombre d'Américains vivant sur la frontière, et, malgré des proclamations des gouverneurs de certains Etats, aucune action n'était prise contre les rebelles que l'on laissait continuer leur travail contre une puissance amie. Au moyen d'associations secrètes une insurrection mieux organisée que celle de 1837 se préparait, ayant pour chefs Eobert Ni Ison et le Dr Côté.
Le départ de lord Durham semble avoir été le signal du mouvement et le soir du jour où le gouverneur quittait Québec (le 3 novembre) eut lieu le premier acte d'hostilités à Beauharnois. Quatre cents rebelles environ saisirent le steamer
HISTOIRE DE LA REBELLIOiST DE 1837-38, 61
Henry Brougham, firent les passagers prisonniers et le désemparèreut d'une partie de ses machines pour Tempêcher de se rendre à Lachine. Les rebelles prirent aussi possession, de la maison de M. Ellice, firent les pensionnaires prisonniers et s'emparèrent de seize pièces d'armes.
L'insurrection était générale dans le district de Montréal. Un monsieur Walker est tué à La Fortune, près de Laprairie ; sur une certaine distance de la voie ferrée de St Jean, les rails sont enlevés, et des voitures de la malle sont arrêtées.
Le matin suivant, le dimanche, 4, un groupe partait de Châteauguay pour aller à Laprairie saisir les armes et les magasins, mais il est arrêté dans son entreprise par les sauvages. Une femme qui cherchait une vache dans le bois vint donner l'alarme en disant qu'elle a vu des hommes à l'air suspect se dirigeant vers le village ; les sauvages, parfaitement loyaux sautent sur leurs armes et se précipitent à la rencontre des intrus à qui il n'en faut pas d'avantage pour prendre la fuite, laissant soixante et quatre prisonniers qui sont transportés à Montréal.
La loi martiale avait été déclarée le 4, et à une assemblée du Conseil Spécial, le 9, l'acte
d'habeas corpus fut suspendu. Un certain nombre d'arrestations furent faites et la prison de Montréal se remplit rapidement.
Deux mille rebelles environ s'étaient joints à Nelson. Le Dr Côté et autres insurgés n'étaient pas entrés au Canada, mais se tenaient aux Etats- Unis, à Eouse's Point, à vingt milles environ de Napierville, où les Américains amis des rebelles avaient établi un dépôt d'armes, de munitions, etc., etc.
Il importait fort à Nelson de maintenir ses communications avec Kouse's Point, et ce n'est pas sans alarme qu'il vit la milice volontaire de Odelltown s'emparer de l'usine à vapeur de Lacolle, ce qui brisait ses communications avec le Dr Côté. Ce dernier comprenant l'importance d'occuper le moulin de Lacolle décida de tenter d'y déloger les gens de Odelltown.
Or dans la nuit du 5, une goélette descendait du lac et venait débarquer à Eouse's Point un canon de petit calibre et environ 250 fusils. Dans la même nuit, environ quatre cents Canadiens traversaient la rivière Eichelieu à Alburgh, prenaient leurs quartiers entre Champlain et Odelltown pour se diriger ensuite à Lacolle et Napierville.
Yers neuf heures du matin, le 6, ce corps d'armée commandé par le Dr Côté et G-agnon marchait contre les militaires établis dans le moulin de LacoUe.
Le colonel Odell, à la tête de la milice, avait notifié, de l'attaque projetée, le major Shriver, de la milice de Hemmingford, et ce dernier vint à son secours.
Les rebelles furent promptement repoussés, avec une perte de onze hommes tués et huit prisonniers. Il y eut un grand nombre de blessés qui réussirent à passer la frontière avec le corps principal battant en retraite. Environ quatre cents armes, avec quantité de munitions et le canon des rebelles furent capturés.
Sir John Colborne, cependant n'était pas resté inactif, et le 6 il quittait Montréal avec les 15e, 24e, 71*^, ^3e régiments et une partie du 93e, les Dragoon Gruards, les Hussards, environ 400 sauvages, 500 militaires et 8 pièces de campagne, pour se porter sur Napierville.
Les rebelles occupaient encore Beauharnois, mais Sir John Colborne laissa le soin de s'occuper de ce poste à deux régiments de la milice de G-lengarry, déjà en route, sous le commandement des colonels Fraser et McDonald, et il marcha contre Nelson.
" Le président de la République du Bas- Canada " se trouvait ainsi dans une position critique. La milice victorieuse occupait le moulin de Lacolle et Odelltown, lui coupant par là la retraite, et Sir John Colborne avançait sur lui avec une puissante armée.
Il décida donc de maintenir ouverte sa communication avec les Etats-Unis, et dans ce but, le 9, dans la matinée, il marcha contre la milice à Odelltown, avec 800 hommes armés de fusils, 250 environ armés de piques, etc. Le corps militaire de Odelltown ne se composait que de 200 hommes, mais ils avaient le petit canon capturé à Lacolle et était commandés par un officier brave et expérimenté, le lieutenant-colonel Taylor.
Cet officier plaça ses soldats dans et autour de l'église méthodiste et offrit une fière résistance. Le canon placé sur la terrasse, en avant de l'église, fut d'un grand service à l'approche des rebelles, mais on se trouva forcé de l'abandonner et de retraiter dans l'église. Les insurgés firent de vigoureux efforts pour l'enlever mais sous le feu constant partant de l'église ils durent reculer.
La bataille avait duré deux heures lorsqu'à l'arrivée d'un secours de 100 miliciens, les insurgés durent battre en retraite. Une partie se dirigea
vers Napierville et le reste vers la frontière américaine. Parmi ces derniers était Nelson.
Sir John Colborne entra dans Napierville le 9, mais les insurgés avaient évacué la place pour aller attaquer Odelltown.
Le même jour qu'avait lieu l'attaque de Odelltown, environ 1,000 miliciens de Griengarry, avec quelques compagnies du Ye régiment traversaient le St-Laurent et marchaient sur Beauharnois, où ils dispersaient une faible armée d'insurgés et libéraient les prisonniers faits à bord du Henry Brougham, le 3 courant.
Les seuls insurgés sous les armes étaient maintenant retranchés dans la riiaison de M. Bruneau, à mi-chemin entre Boucherville et Chambly et ils furent vite dispersés par deux compagnies du %Qq légiment, et ainsi fat supprimée la seconde rébellion qui avait duré j Liste une semaine.
Cependant, les loyaux citoyens avaient été trop vivement outragés dans leurs sentiments, par deux rebellions dans les douze mois écoulés, pour se contenter d'une simple répression.
Des cris de vengeance et de représailles se firent entendre : nombre de loyalistes avaient eu à souffrir de la part des insurgés, des insultes et
des dommages, et du saug avait été répandu pour supprimer la révolte .
Sir John Colborne voulut empêcher les outrages et les excès, mais il ne put retenir la milice. La population presque entière de Laprairie avait épousé la cause des insurgés ; on l'en fit repentir, car la torche incendiaire fut promenée dans les maisons et les granges de tous citoyens suspects, détruisant foyers et provisions. Des familles entières se virent subitement ruinées et les décombres noircis de ce qui avait été, durant des années d'heureux foyers, portèrent la sombre preuve des ravages de la guerre civile.
Ici finit l'histoire de la rébellion de 1837- 1838. Les pages qui suivent ne sont que le corollaire de l'insurrection. Il reste encore à donner à l'œuvre la dernière touche, en sortant de l'oubli le nom des principaux acteurs, leur " rôle d'honneur ", et plusieurs détails intéressants de cette remarquable période.