LETTRE DE M. EDMUND GOSSE
Monsieur le Directeur,
C'est un très grand plaisir pour moi de pouvoir me joindre à l'universel hommage qui est rendu à mon vieil et illustre ami Paul fiourget à l'occasion de son jubilé littéraire. Trente années et plus ont passé depuis que nous fîmes connaissance sous les précieux auspices d'Henry James.
L'immense diffusion de l'œuvre d'imagination de Bourget, unie à sa haute et solide valeur psychologique, est universellement admirée. Il est le grand critique de l'âme moderne, l'infatigable investigateur de la volonté et de l'instinct. Mais ce que je considère surtout chez lui aujourd'hui, au moment de ce cinquantenaire, c'est la résolution méritoire avec laquelle il a soutenu le rôle combiné du moraliste et du romancier.
Le temps n'est pas encore venu, et j'espère qu'il est encore très éloigné, où l'immense corpus de son œuvre d'imagination sera analysé et situé. Bourget fait nos délices, chaque année, avec un nouveau chef-d'œuvre.
Je vous prie de lui exprimer toutes les félicitations d'un vieux collègue — plus vieux, hélas! que lui — qui se réjouit de savoir qu'un travail intense de cinquante années n'a pas éteint sa flamme, ni diminué soit énergie.
Agréez...