PREMIÈRE PARTIE
Càrftee du Jubilé.
Qu'est-ce, chrétiens, que l'indulgence du Jubilël Le jubilé, dans l'ancienne loi, était une année de rémission et de grâce pour le peuple de Dieu : nous en voyons l'origine et l'institution dans le vingt- cinquième chapitre du Lévitique, où Dieu ordonna à Moïse qu'en même temps que les prêtres qui devaient se succéder dans le ministère
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aumient fait rDiivciture de cette aunëe sainte, ou publierait une vémissiou t,'i'iK'rale pour tous les enfants d'Israël. Ce jul»il«5, si niéiuoraliU' i)arnii les Hébreux, n'était que ])oui' nous servir de Hgure et que pour nous ])réparer au jubilé de la loi nouvelle.
Or, c'est ce jubilé, mes Frères, que je vous annonce, et dont nous eoninicnçons aujourd'hui à célébrer la solennité ; heureu.x .si nous la célébrons dans un esprit chrétien ; heureux si tout ce qui était figuré dans le jubilé autrefois l)ul)lié ])ar Moïse, s'accomplit eu nousl II s'agit de vous expliquer en quoi consiste précisément ce jubilé de la loi de grâce, et ce qu'il a de plus essentiel ; le voici :
1 . Le Jnbilè de la loi de grâce est proprement la rémission de la peine temporelle, qni reste à subir au pécheur, après que son péché lui est pardonné. L'Eglise, à qui Jésus-Christ a donné le pouvoir de lier et de délier, avec assurance que ce qu'elle déliera sur la terre sera délié dans le ciel ; rP2glise, qui est la dispensatrice du trésor infini des satisfactions de Jésus-Christ, en vertu du jubilé, r^met par grâce au pécheur ce que le pécheur, quoique déjà réconcilié avec Dieu, aurait encore dû souffrir dans la rigueur de la justice, pour expier parfaitement son péché. Voilà, en deux mots, ce qu'il y a de plus important et de capital dans le jubilé, ou dans la grâce qui nous est offerte, quand l'Eglise nous accorde le jubilé : grâce complète, puisqu'elle met le comble à la justification de l'homme criminel et pénitent.
Pour vous rendre ceci plus intelligible, il faut distinguer deux choses dans le péché : ce que nous appelons la coulpe ou l'offense, c'est l'injure faite à Dieu; et ce nous appelons la peine, c'est le droit que Dieu se réserve, en pardonnant même le péché, de punir le pécheur; je dis de le punir temporellement ; au lieu que, par son péché, s'il est mortel, il aurait mérité d'être puni éternellement. Cette coulpe ou cette offense ne peut jamais être remise que par le sacrement de pénitence ou par la contrition parfaite : cette peine temporelle que Dieu se réserve, devrait, dans l'ordre de la justice rigoureuse, être acquittée, ou par les œuvres
satisfactoiies dans cette vie, ou par le purgatoire dans l'autre ; mais, par une grâce spéciale, Dieu la remet en vertu de l'indulgence et du jubilé ; et le jubilé, encore une fois, n'est autre chose que cette rémission.
En vain les ennemis de l'Eglise et des indulgences combattent-ils ce principe par deux difficultés qu'ils nous opposent ; l'une que Dieu, dont les œuvres sont parfaites, ne remet jamais le péché à demi, et que la rémission de la peine, même temporelle, est toujours inséparable de la rémission de l'offense; l'autre, que Jésus-Christ, par sa mort, ayant pleinement et abondamment satisfait pour nous, toute autre peine que Dieu exigerait encore du pécheur, son péché lui étant remis, diminuerait le mérite du sacrifice de la Croix, qui a été une satisfaction plus que suffisante pour tous les péchés du monde. Deux objections, quoique spécieuses, qui n'ont dans le fond nulle solidité, et qui sont même dans les maximes de notre religion, deux erreurs grossières, et absolument insoutenables. Car, pour répondre à la première, il est non seulement indubitable, mais de la foi, que Dîeu, selon les lois communes de la justice, en pardonnant même le péché, se réserve encore le droit de punir temporellement le pécheur. Rien de plus évident dans l'Ecriture. Moïse obtient le pardon de son incrédulité ; cependant, pour punition de cette incrédulité même, quoique pardonné, il n'entrera point dans la terre promise. Nathan déclare à David que Dieu lui a remis son crime ; mais il ajoute que, pour l'eu punir, Dieu lui prépare des afflictions et des calamités : conduite adorable où Dieu fait éclater sa sagesse, au même temps qu'il exerce sa miséricorde. Et pour réponse à la seconde difficulté, il est vrai que Jésus-Christ, par sa mort, a pleinement et abondamment satisfait pour nous ; mais il est pareillement vrai et de foi, que l'intention de Jésus- Christ, en satisfaisant pour nous, n'a point été de nous dispenser par là de satisfaire nous-mêmes et de faire pénitence pour nous-mêmes; qu'au contraire, il a prétendu nous en imposer par là même l'obligation indispensable, c'est-à-dire de joindre sa pénitence à notre pénitence, et nos satisfactions à ses satisfactions ; car, en qualité de
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SiUiveiU', il n'a olVert à Dieu sa mort pour nous qu'à cette condition. AlystiTe que le grand Ajjôtre concevait admirablement, quand il disait : Adhiipleo ea quœ desunt pass'ioimm Christi iti carne mea.
Ainsi l'Eglise catholique, seule et infaillible dépositaire du vrai sens de l'Ecriture, l'a-t-elle entendu en exjiliquant cette ])romesse à saint Pierre, con\me au chef du troupeau de Jésus-Christ : Quodcumque solveris saper terrara erit sahduiii et in cœlis. Et ainsi la même Eglise, gouvernée et conduite par le Saint-Esprit, l'a-t-elle toujours pratiqué, puisque l'usage des indulgences et le pouvoir de les accorder dont elle est en possession est d'une tradition immémorable dans le christianisme. Car c'est en vertu de ce pouvoir que saint Paul, au nom de Jésus-Christ, accorda par indulgence à l'incestueux pénitent de Corinthe la grâce la plus complète. Je dis l'incestueux pénitent et déjà sûrement converti à Dieu par la fervente contrition dont il avait donné des marques si édifiantes, que l'Apôtre voulait même qu'on le consolât, en lui remettant le reste de la peine que méritait son péché, et en le rétablissant dans la société des fidèles. C'est en vertu de ce pouvoir que les évêques des premiers siècles usaient d'indulgence envers ceux qui, dans les persécutions, vaincus par la rigueur des supplices, avaient abjuré ou paru abjurer la foi, en les tenant quittes, à la prière des martyrs, des peines qu'ils avaient encourues par leur apostasie, lorsque, touchés d'un repentir sincère et vif, ils demandaient avec gémissements et avec larmes cette rémission.
Vous me direz qu'il ne s'agissait alors que des peines canoniques, de ces peines qu'il fallait subir dans le gouvernement extérieur de l'Eglise ; mais il suffit de lire saint Cyprien, pour être convaincu (]u'il s'agissait même des peines dues à la justice divine. Car, selon la doctrine de ce Père, les peines canoniques n'étaient pas seulement imposées pour satisfaire à l'Eglise, mais pour saisfaire à Dieu, et quiconque en esprit de pénitence accomplissait les peines canoniques, autant et selon qu'il les accomplissait, était autant et à proportion déchargé de celles dont il se trouvait redevable au tribunal de Dieu. Il s'ensuit
donc que l'indulgence, qui tenait lieu de la peine canonique, devait produire le même effet que la peine, et procurer aux pénitents le même avantage que la peine canonique ; autrement, bien loin de' leur être favorable, elle lexir eût été nuisible, puisqu'en les déchargeant devant les hommes, sans les décharger devant Dieu, elle les eût encore privés d'un des plus ef&caces moyens de satisfaire à Dieu, qui était la peine canonique même. C'est conformément à cette doctrine, et sur le fondement de ce pouvoir donné à saint Pierre, que les Indulgences se sont établies dans le monde chrétien, que de siècle en siècle l'usage s'en est répandu, affermi, perfectionné; que les jAns distingués d'entre les Pères les ont reconnues, que les conciles œcuméniques les ont autorisées, que les plus graves théologiens les ont éclaircies, que saint Grégoire pape les a accordées, que saint Bernard les a prêchées, que les peuples les ont reçues avec joie ; que les jubilés parmi les fidèles ont été dans une grande vénération, qu'ils ont produit dans l'Eglise de Dieu des fruits de grâces si abondants, des conversions si éclatantes, fies renouvellements de ferveur si exemplaires : marque visible que ce n'était pas l'ouvrage des hommes, mais que Dieu en était l'auteur.
2. Cependant, on demande par où le Jnbilé est différent des antres indulgences, et surtout de ces indulgences qu'on appelle plénières, puisqu'on ne peut, ce semble, rien ajouter à leur plénitude. Il est vrai qu'on n'y peut rien ajouter, quant à la rémission de la peine due au péché, en quoi j'ai dit que consistait l'essentiel de l'indulgence ; mais il y a, du reste, dans le jubilé, trois circonstances qui lui sont propres, et qui le distinguent des indulgences communes. Car, je dis que c'est une indulgence beaucoup plus solennelle, une indulgence beaucoup plus privilégiée, enfin, une indulgence beaucoup plus sûre. Ecoutez-moi et instruisez-vous.
C'est une indulgence 'plus solennelle ; pourquoi? parce qu'elle est plus universelle et qu'elle s'étend à tout le monde chrétien ; parce qu'on y observe des cérémonies et plus augustes et plus saintes ; parce que la publication, la
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célébration, la clôture de cette indulgence, se font avec un appareil plus capable d'exciter les cœurs et de leur inspirer des sentiments de piété ; parce qu'en effet, la dévotion alors, est plus fervente et plus unanime : tout y concourt, et tous les fidèles réunis s'assenil)lent devant les autels, et, de concert, viennent solliciter le ciel et présenter à Dieu leurs prières.
Cest une indulgence jplits privilégiée ;■ -pourquoi { parce qu'elle est accumpagnée de plusieurs grâces, que l'Eglise, comme une charitable mère, veut bieu accorder à ses enfants, mais qu'elle ne leur accorde que pour ce saint temps, et qu'en faveur du jubilé. Tel est, par exemple, le pouvoir qu'elle donne à chaque fidèle de se faire absoudre de toutes sortes de crimes sans restriction et sans réserve ; de se faire relever de toutes sortes de censures ; de se faire dispenser, au moins par échange, de certains vœux, à l'accomidissement desquels il est survenu des obstacles: grâces encore indépendantes du jubilé, et spécialement attachées à ces jours de bénédiction et de salut.
Cest une indulgence 'plus sûre : et comment ? parce qu'elle est donnée pour des raisons et des fins plus importantes ; d'où il s'ensuit qu'on peut moins douter de ^a validité. Or, par cette règh; dont tous les théologiens conviennent, ne puis-je pas dire qu'il n'y eut jamais d'indulgence plus assurée que celle qui nous est maintenant offerte ? car, outre la raison générale de l'année sainte et du siècle révolu, il s'agit, dans ce jubilé, de? plus pressants intérêts de la religion, d'obtenir de Dieu une paix nécessaire à toute l'Eglise, de détourner le fléau de la plus funeste guerre dont le monde chrétien ait jamais été menacé. Ah ! mes Frères, nous sommes si sensibles aux maux qui nous affligent; nous nous épanchons si volontiers en des plaintes et des murmures qui outragent la Providence, et qui, bien loin de soulager, ne fout qu'augmenter et perpétuer nos peines, puisque la Providence outragée, au lieu de retirer son bras, l'appesantit encore sur nous plus rudement. Mais voici le remède, et le remède le plus prompt et le plus certain : Dieu veut être fléchi, et il nous en fournit: lui-même le moyen le plus efficace : il
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veut être désarmé, et il ne tient qu'à nous d'arrêter le coup qu'il est prêt de lancer sur nos têtes. Si nous ne profitons de cette heureuse conjoncture pour attirer sur nous ses miséricordes, ne nous étonnons pas qu'il nous frap})e, et qu'il nous fasse éprouver toute la rigueur de sa justice. Quoi qu'il en soit, pour quelles causes plus essentielles le vicaire de Jésus-Christ peut-il user du pouvoir qu'il a d'ouvrir le trésor des indulgences, et quand en use-t-il ]»lus sagement et plus sûreraeut qu'en de pareilles occasions ?
3. Recevons-la donc cette indulgence, avec respect, avec reconnaissance et actions de grâces, avec tonte l'obéissance de la foi.
Pienez garde ; avec lespect couiuie chrétiens ; avec reconnaissance et actions de grâces, comme pécheurs ; avec toute l'obéissance de la foi comme catholiques.
Recevons-la, dis-je, comme chrétiens, avec un profond respect : c'est l'application qui nous est faite des satisfactions surabondantes de Jésus-Christ; c'est un précieux écoulement de ces divines sources du Sauveur dont parle le prophète, et que nous n'épuiserons jamais ; c'est un surcroît de l'efficace et de la vertu de sou sang, dont la moiudre goutte aurait suffi pour racheter mille mondes. Avec quel sentiment de vénération n'aurais-je pas recueilli les gouttes de ce sang adorable, lorsqu'il le répandait pour moi sur la croix ? Serais-je assez insensible et assez endurci pour négliger les moyens dont il se sert pour me l'appliquer ?
Recevons-la, comme pécheurs, avec actions de grâces : c'est ce qui doit mettre le comble aux bénédictions divines : c'est ce qui doit rendre notre justification complète ; c'est le supplément de notre pénitence ; c'est un secours dont Dieu nous a pourvus pour nous acquitter auprès de lui. Si, de sa part, un ange allait annoncer à un réprouvé dans l'enfer, qu'une telle rémission lui est accordée, quels seraient les transports de sa reconnaissance et de sa joie ? Nous sommes pécheurs, et peut-être plus pécheurs que bien des réprouvés que Dieu n'a pas prévenus comme nous, qu'il n'a pas attendus comme nous, pour qui il n'a pas eu
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lu luèiiic i.mlikH-lion i[uc' pour nous. Quel avantage de pouvoir payer >si aisément tant de dettes! ])ar où l'avonsnous mérité ? et moins nous l'avons mérité, i)lus nous doit- il être un motif pnissant ])Our redoubler notre gratitude et notre amour ?
Recevons-la donc, comme catholiques, avec toute l'obéissance de la foi : c'est par le mépris des indulgences qu'a commencé le schisme de l'hérésie ; c'est par l'estinie que nous en ferons que doit paraître notre attachement inviolabhi à l'Kglise et notre zèle pour son unité. La censure maligne et piésomptueuse des indulgences, fut le principe de tous les malheurs de l>uther ; son exemple est une leçon pour nous ; et afin de nous la rendre salutaire, autant sur l'article des indulgences que sur les autres, croyons ce que croit l'Eglise, prati(iuous ce qu'elle pratique, honorons ce qu'elle autoiise. Quel risque courons-nous en nous attachant à elle ; et quel risque ne courons-nous pas, pour peu que nous nous écartions de la soumission qu'elle exige de nous ! Mais vous voulez maintenant savoir ce que nous avons à faire pour participer à la grâce du jubilé, et quelles dispositions y sont nécessaires : c'est de quoi je vais vous instruire dans la seconde partie.