‹ JubiléChapitre 57 sur 79 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

CoïKlitioiis requises.

Deux choses, chrétiens, sont indispensablement nécessaires pour avoir part à l'indulgence du Jubilé : être en état de grâce avec Dieu, voilà la disposition habituelle, et accomplir les œuvres prescrites par le Vicaire de Jésus- Christ, voilà la disposition actuelle. Mettons l'une et l'autre dans tout son jour, et donnez à ceci, s'il vous plaît, une attention particulière.

1. Je dis d'abord qu'il faut être en état de grâce avec Dieu;

car l'indulgence, et surtout la plus signalée de toutes les indulgences, est uue grâce qui. ne s'accorde qu'aux justes et aux amis de Dieu. L'Eglise invite les pécheurs à y participer; mais elle n'y admet que les

])L'cheurs convertis et réconciliés ; elle eu exclut les endurcis et les impénitents. Si vous êtes de ce nombre, ce n'est point pour vous qu'elle ouvre ses trésors. Tandis que vous vivez dans ce triste état, tandis que vous êtes ennemi de Dieu et enfant de colère, il n'y a point de jubilé pour vous. Dieu est le maître de ses dons, pour les répandre sur qui il veut et aux conditions qu'il veut : or, la première condition, ]iour proKter de celui-ci, est que vous soyez revêtu de la grâce sanctifiante et du caractère de ses enfants bien-aimés. De là, je tire trois conséquences que vous devez bien remarquer, parce qu'elles sont essentielles.

Première conséquence : puisqu'il faut être en état de grâce, il faut donc renoncer à tout péché, car la grâce et le péché ne peuvent convenir.

Renoncement absolu, sincère, e Micacé, et tel qu'il doit être pour mettre le pécheur eu disposition de trouver grâce devant Dieu ; sans cela, rien de plus inutile que l'indulgence, ou plutôt, sans cela, nulle indulgence. Dieu peut bien remettre le péché sans en remettre toute la peine ; mais il ne remet jamais la peine du péché, tandis que le péché subsiste ; or, il subsiste tandis que le pécheur n'y renonce pas, ou n'y a pas renoncé.

Seconde conséquence : puisqu'il faut renoncer à tout péché, il suffit donc d'avoir la conscience chargée d'un seul ) léché mortel pour être incapable de gagner l'indulgence du jubilé : je dis plus, et j'ajoute qu'il sutïit d'être devant Dieu coupable d'un seul péché véniel, à quoi l'on est encore secrètement attaché, pour ne la pouvoir gagner dans toute son étendue ; car, au moins, ne la peut-on gagner par rapport à ce péché véniel dont la tache n'est pas effacée. Tel est l'ordre de Dieu plein d'équité ; il ne se relâche de ses droits, quant à la peine du péché, qu'à mesure et à proportion que nous en détestons l'offense.

Troisième conséquence : il faut donc être • vraiment contrit et pénitent, car c'est en termes exprès ce que porte ' la bulle : Vere contritis et pœiiitentihus ; mais indépendamment de la bulle, la chose est évidente par toutes les-

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vè»^k's (lu lutii sens et de lu raison, l)eiiuci)U|i ]iliis de, la iidij^ion et du droit divin. Or, sur cela, cliaciin doit s'éprouver soi-même pour iceonnattre s'il est en état de prétendre à la ^ràee (lu jubilé; et, par là, l'on doit faiie le discernement de ceux (lui le gagnent d'avec ceux qui ne le gagnent pas.

En eftet, on verra pendant ce saint temps un nondjre infini de chrétiens ([ui, pour avoir part, à rindulgence du jubilé, paraîtront touchés de contrition, en donneront des marques publiques, pratiqueront les œuvres de la pénitence jusqu'à un certain ])oint, assiégeront les tribunaux, confesseront leurs péchés, se frapperont la poitrine, verseront même des larmes ; mais, dans cette foule et sous ces dehors spécieux, y aura-t-il beaucoup de vrais pénitents ? Vous le savez, mon Dieu, vous à qui rien n'est caché, et qui pénétrez jusque dans le fond des cœurs; vous savez si le nombre des vrais pénitents répondra à l'abondance de vos miséricordes. Ce que je sais, c'est que vos miséricordes, quoique abondantes, sont, même dans ce tem])S de salut, limitées et uniquement réservées à ceux dont la contrition est sincère et solide ; ce que je sais, c'est que la fausse pénitence ne doit espérer de vous, dans aucun temps, ni grâce, ni rémission.

De là 7nême, concluons encore, mes chers auditeurs, qu'il n'est donc pas vrai que l'indulgence, ni, par conséquent le jubilé, anéantisse la pénitence, ainsi que les hérétiques nous l'ont reproché ; car bien loin d'anéantir la pénitence, le jubilé la suppose comme la première et la plus essentielle de toutes les conditions ; et l'on ne peut dire non plus que le jubilé soit un relâchement de la pénitence, puisque c'est au contraire le ])lus engageant et le plus pressant de tous les motifs dont se sert l'Eglise pour exciter les pécheurs à faire de dignes fruits de pénitence; et, certes, à quiconque raisonnera juste dans les principes de la doctrine catholique, le jubilé bien entendu et l'indulgence bien conçue ne peuvent inspirer que l'esprit de pénitence. Car qu'y a-t-il de plus propre à me faire prendre les voies de la pénitence et de la parfaite pénitence, que d'envisager ce que l'Eglise me propose, et ce que Dieu me promet, si je suis assez

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heureux pous y entrer, savoir : l'entière rémission des peines dues à mes péchés, si je les déteste, si j'en détache mon cœur, en un mot, si ma pénitence a toutes les ((ualités qu'elle doit avoir pour me remettre en grâce avec mon JJieu ? Persuadé qu'une telle pénitence est le seul moyen pour obtenir cette rémission, quels efforts ne fais-je pas, et quelles victoires ne suis-je pas déterminé à reniporter sur moi-même, pour surmonter toutes les difficultés ([ui pourraient s'opposer à ma conversion ? On dit : J'en serai quitte pour peu de chose, et il ne m'en coûtera que de faire ce qui est prescrit par la bulle : ainsi parle une âme peu éclairée qui ne connaît pas la grâce de Dieu ; ainsi pense une âme mondaine, qui cherche à se consoler dans le désordre de la vie tiède et lâche qu'elle veut toujours soutenir. L'une et l'autre se fait de l'indulgence un prétexte à son impénitence ; mais d'où vient l'iiiipénitence de l'une et de l'autre ? est-ce du jubilé même ? non, sans doute, mais des fausses conséquences qu'elles tirent l'une et l'autre de l'indulgence et du jubilé.

En suivant les maximes catholiques, je n'ai garde de tomber en de pareilles erreurs ; car, m'attachant à ces paroles qui en sont le solide préservatif: Vere pœnitentibus et contritis, je veux dire la nécessité d'être vraiment contrit et pénitent ; bien loin de croire que j'en serai quitte pour peu de chose, en faisant ce qui est ordonné, je comprends que le jubilé m'engage à ce qu'il y a dans la religion de plus difficile, de plus héroïque, et de plus grand, qui est une vraie conversion ; je comprends que, pour me disposer à la grâce du jubilé, il n'y a point de violence que je ne doive me faire, point de passion que je ne doive sacrifier, point d'attache que je ne doive rompre, point de commerce dangereux que je ne doive m'interdire; pourquoi ? parce que tout cela est de l'essence d'une conversion véritable et chrétienne.

C'est bien plutôt dans les principes des hérésiarques et dans leurs dogmes scandaleux, que l'on découvre le relâchement visible et même l'anéantissement total de la pénitence ; car n'est-ce pas la détruire et l'anéantir que de la faire consister, comme ils l'ont prétendu, dans un simple

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acte de foi, |i!ir où le péehenr se croit justifié, et s'assure en eftV't île IT'tre, sans en avoir d'autre tén)()i<i;iiage ([ue celui (ju'il s'en renil au fond de son cœur ? N'est-ce j)as anéantir la jiénitence, (jne de la réduire par là à l'exercice le plus aisé et le j)lus commode, à nn exercice qui ne raortitie en rien, qui n'assujettit à rien, et qui ne coûte rien davantage que de se consoler dans la créance bien ou mal fondée ([ue nos }>échés nous sont remis ? n'est-ce pas anéantir la pénitence que de la dépouiller, comme ont fait les auteurs du schisme, de toutes les œuvres humiliantes, laborieuses et pénibles, en al)olissant la confession, en supprimant toute l'austérité de la satisfaction, en décriant les macérations du corps, en faisant cesser l'obligation du jeûne ; en déchargeant le pécheur de tout cela, en lui rendant tout cela odieux, en n'exigeant autre chose de lui, sinon qu'il croie sans hésiter, que, malgré ses péchés, il est revêtu de la justice de Jésus Christ ; et i)ar là, lui accordant plus qu'il ne pourrait, selon nous, espérer de l'indulgence et de la pénitence jointes ensemble, puisque indépendamment de l'une et de l'autre, on l'assure qu'il ne doit plus rien à la justice de Dieu ? Mais surtout n'est-ce pas anéantir la pénitence, et renverser toutes les idées que l'Ecriture nous en donne, de dire, comme les hérésiarques, que quand le pécheur est une fois justifié, il ne peut plus perdre la grâce ; que, quelque crime ensuite qu'il commette, ses crimes ne lui sont plus imputés ? La rémission des peines que Dieu accorde par l'indulgence à un pécheur contrit et humilié, a-t-elle rien qui approche de ce relâchement, et fut-il jamais une indulgence, si je puis ainsi parler, plus monstrueuse que celle-là, et plus chimérique ?

2. Cependant, pour recevoir l'indulgence du jubilé, sutht-il d'être en état de grâce ? non, chrétiens, mais je dis qu'il faut encore accomplir les œuvres ordonnées par la bulle;

les accomplir réellement : l'intention et la volonté, quoique sincères, ne suffiraient pas ; les accomplir toutes, une seule omise, c'est assez pour nous priver de tout droit à l'indulgence ; les accomplir au temps marqué, afin que, jointes ensemble, elles en aient plus de force et plus de vertu ; les accomplir en esprit de pénitence, puisque, par

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une espèce de compensation, elles nous doivent tenir lieu d'une plus ample et plus sévère pénitence.

Mais quelles sont ces œuvres ? Souffrez, mes Frères, que, pour votre instruction, j'en fasse ici un détail abrégé ; elles se réduisent à six.

En premier lieu, commencer les œuvres prescrites par la confession, afin que tout le reste, étant fait en état de grâce, en soit plus méritoire, plus satisfactoire, plus saint, plus digne de Dieu, et faire cette confession avec le même soin, la même ferveur, que si c'était la dernière de la vie, puisque l'effet du jubilé doit être de nous mettre en état d'aller jouir sans délai de la possession de Dieu, si la mort tout à coup nous enlevait.

En second lieu, faire des aumônes, pour répandre sur les membres vivants de Jésus-Christ les tributs que la pénitence impose à la charité. La bulle ne détermine point la quantité de ces aumônes, parce qu'elle suppose que vous les ferez chacun à proportion de votre pouvoir, mais encore plus, chacun à proportion du nombre de vos péchés, dont vous attendez la rémission. Car, selon la parole du Sauveur, celui à qui on remet plus, doit plus aimer, et par conséquent plus donner.

En troisième lieu, jeûner, si la bulle l'ordonne, et quand elle ne l'ordonnerait pas, jeiiner pour être plus en disposition de fléchir Dieu. Qui sait, disait le prophète, exhortant le peuple de Dieu à l'abstinence et au jeûne, qui sait si le Seigneur ne se tournera pas vers vous, et si, touché de vos jeûnes, il ne vous pardonnera pjas ?

E71 quatrième lieu, visiter les églises assignées pour honorer les martyrs, dont Ibs reliques y sont eu dépôt. Ces glorieux martyrs ont satisfait à Dieu et le surplus de leurs satisfactions, qui ne leur a pas été nécessaire pour eux-mêmes, fait encore une partie du trésor qui nous est appliqué par le jubilé.

En cinquième lieu, prier avec toute l'Eglise, et conformément aux intentions du Vicaire de Jésus-Christ. L'union des fidèles avec leur chef est un des plus efficaces

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et dus plus excelk'uts moyens pour obtenir de Dieu miséricorde.

Enfin, conclure par la communion, en vertu de laquelle Jésus-Christ lui-même vient dans nous, demeure en nous, demande grâce jtour nous. Quel sujet n'avons-nous pas de l'espérer, aidés d'un si puissant intercesseur ?

Ah ! chrétiens, admirons la bonté de notre Dieu qui veut bien, à de telles conditions, se relâcher de tous ses droits, et reconnaissons qu'il n'appartient qu'au Père des miséricordes d'en user de la sorte envers des criminels qu'il pourrait abandonner à toute la rigueur de sa justice.

Voilà, pécheurs, ce qui vous doit faire goûter votre bonheur, d'avoir à traiter maintenant avec un Dieu ([ui vous remet tout, et qui demande si peu pour une abolition si parfaite. Tel m'écoute, qui, depuis les dix et vingt années a vécu dans le crime ; c'est un libertin qui, par état et par profession, s'est porté à toutes les impiétés ; c'est un voluptueux qui, dominé par sa plus honteuse passion, a vieilli dans la débauche ; quel comble de dettes, et que fera-t-il pour les acquitter ? A tout autre tribunal que celui de Dieu, il n'y au" tit plus d'espérance, plus de retour, plus de rémission ; m...s au tribunal de la divine miséricorde, il peut, s'il le veut, se décharger du fardeau, et de tout le fardeau qui l'accable. Oui, mon cher auditour, eussiez-vous été jusqu'à présent l'homme le plus abandonné à vos passions, et le nombre de vos péchés, pour me servir de cette figure du prophète, passât-il le nombre des cheveux de votre tête, ou celui des grains de sable qu'étale la mer sur ses rivages, il ne s'agit maintenant pour en être quitte devant Dieu, et vraiment quitte, et pleinement quitte, et irrévocablement quitte, il n'est, dis-je, question, supposé le repentir sincère de votre cœur, que de quelques jours consacrés au jeûne, que de quelques heures employées à la prière, que de quelques œuvres de la charité et de la piété chrétienne. Etes-vous assez ennemi de vous-même pour perdre volontairement la plus grande de toutes les grâces, lorsqu'elle vous est si libéralement accordée, lorsqu'elle vous est plutôt donnée que

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vendue, lorsque vous avez tant à ci'aindre qu'elle ne vous soit enlevée pour jamais, et que n'ayant pas été pour vous, par votre endurcissement, une grâce de rémission, elle ne devienne pour vous un titre de condamnation ? Etes- vous ou assez peu instruit, ou assez peu touché du malheur d'un homme livré à la Justine divine et à ses redoutables châtiments, pour ne travailler pas à les prévenir, et à vous en préserver ? Mais saint Paul, saisi lui-même de frayeur, tout apôtre qu'il était, ne vous dit-il pas que c'est une chose terrible que de tomber dans les mains du Dieu

vivant ? Horrendum est incidere in manus Dei viventis.

Achevons, et pour dernière instruction, voyons ce que doit opérer dans nous l'indulgence du jubilé, et quels fruits nous en devons retirer ; c'est la troisième partie.

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