TROISIÈME PARTIE
Fruit du Jubilé.
Vous me demandez, chrétiens, ce que doit produire en nous la grâce du jubilé : il est aisé de vous répondre. Car je dis que, dans le dessein de Dieu et de l'Eglise, la fin du jubilé est le renouvellement intérieur de nos personnes ; celui que saint Thomas recommandait si souvent aux fidèles, quand il leur disait : Renovaniini spiritu mentis vestrœ. Eenouvelez-vous en esprit et dans l'intérieur de vos âmes : celui que chacun de nous doit éprouver et sentir dans soi-même ; eu sorte que par le jubilé nous devenions en Jésns-Christ de nouvelles créatures, des hommes entièrement sanctifiés ; et que nous jouissions nous écrier avec David : Dixi : Nunc cœpi : C'est maintenant que je commence à reconnaître et à servir Dieu. Tout le reste de ma vie s'est passé dans l'oisiveté, dans la dissipation, dans le désordre, dans l'oubli de mes devoirs, dans le dérèglement de mes passions, c'est maintenant que je veux commencer à vivre en chrétien : Dixi : Nunc cœpi.
Renouvellemeiit, qui ne doit consister, ni en vains projets, ni en des idées vagues et générales, mais qui doit paraître dans la réforme de nos actions, de nos cou-
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vovsation.s, de nos occupations, de nos dévotions; dans un plus grand attachement à nos oliligations, dans une fervente apidication à tout ce qui regarde le service et le culte de Dieu, dans une plus exacte préparation aux sacrements, dans une plus vive et ])lus respectueuse attention à la prière, dans une conduite plus cliarital)le envers le prochain, dans une plus exacte vigilance sur nous-mêmes ; tellement qu'en tout cela on aperçoive le changement exemplaire et visible qui s'est fait en nous, et qu'à notre égard la parole de l'apôtre se vérifie : Vetera tyyinsierunt, ecce fada sunt omnia nova : Ce qui restait de vieux et corrompu est passé, tout est devenu nouveau. Voilà, dis-je, quel doit être le fruit du jubilé ; voilà pourquoi il est institué. Car de prétendre avoir eu part à cette grâce, de se flatter d'avoir gagné cette indulgence, et se trouver toujours le même homme, c'est-à-dire toujours rempli des mêmes imperfections, sujet aux mêmes fiiiblesses, engagé dans les mêmes vices, aussi esclave de ses sens, aussi dominé par sou humeur, aussi déréglé et aussi dissipé, aussi lâche et aussi mondain, abus, mes chers auditeurs, et illusions. Si cela était, que serait-ce que le jubilé, si vénérable néanmoins et si saint ? une pure cérémonie et rien davantage.
J'examine la chose dans le fond, et je remonte au principe : avoir gagné l'idulgence du jubilé, c'est de bonne foi s'être réconcilié avec Dieu; pour s'être de bonne foi réconcilié avec Dieu, il faut de bonne foi être retourné à Dieu, et, pour y être retourné de la sorte, avoir, de bonne foi, détesté le péché, de bonne foi, renoncé au péché, de bonne foi, résolu et promis de se préserver du péché et de prendre une conduite tout opposée à ses premiers égarements. Or, peut-on croire avec quelque vraisemblance qu'une telle conversion, que de telles résolutions et de telles promesses se fussent sitôt démenties, si elles avaient été sincères? Je vous donne à juger, chrétiens; et quoi que vous en puissiez penser, je m'en tiens toujours à ma proposition, qu'un des principaux effets de cette indulgence que je vous prêche doit être le renouvellement de votre vie : Ecce facta sunt omnia nova.
Mais, dites-vous, sans attendre le jubilé, si nous sommes fidèles à la grâce, tous les temps ne sont-ils pas bons pour travailler à ce renouvellement de nous-mêmes, et ne doivent-ils pas être pour nous des temps de conversion ? Je l'avoue, mes chers auditeurs, ils le doivent être, et par cette raison ils le sont tous, quant à l'obligation, puisqu'il n'y en a aucun où Dieu, si nous sommes dans le désordre, ne nous commande d'en sortir et de nous convertir ; mais ils ne le sont pas tous, ou, du moins, ils ne le sont pas également quant à la disposition de nos cœurs, ni même du côté de Dieu, quant à la préparation des grâces auxquelles notre conversion est attachée. Car il est de la foi, qu'il y a des temps dans la vie, plus propres que les autres et plus favorables pour le salut ; des temps où il est possible et plus facile de trouver Dieu : Quœrite Dominum dum inveniri ijotest. Des temps où il est plus utile et nécessaire de l'invoquer, parce qu'il est plus proche de nous : Invocate duvi prope est : des temps choisis par la Providence, pour opérer dans nous ce changement de la main du Très-Haut dont David se rendait à lui-même ce témoignage, quand il disait avec une humble confiance et avec actions de grâces : Dixi : Nunc cœpi, Jtœc rautcdio dexterœ excelsi.
Or, un de ces temps choisis spécialement de Dieu, un de ces temps de salut et de conversion, c'est le jubilé ; et je puis bien lui appliquer ce que saint Paul disait aux Corinthiens : Ecce nunc tertipus acceptahile, ecce nunc dies scdidis. Temps de crise, si j'ose ainsi m'exprimer, temps de crise et pour les pécheurs et pour les justes ; pour les pécheurs, parce que la grâce dont Dieu les prévient fait en eux les derniers efforts pour les tirer du dangereux état où le péché les réduit ; pour les justes, puisqu'ils ont besoin de ce secours extraordinaire pour sortir de l'état dé tiédeur dont ils auraient à craindre, sans cela, les suites funestes : Ecce nunc tempiis acceptabile, ecce nunc tenipus salutis.
Ânssi, chrétiens, le Jubilé est-U l'engagement le plus naturel à ce renouvellement de vie, le moyen le plus efficace de ce renou
vellement de vie ; l'occasion la plus avantageuse à ce renouvellement de vie.
L'engagement le plus naturel à ce renouvellement de vie •
car cuiniuenl i.uis-je sans cela recounaîtie le don de Dien, et comment puis-je l'honorer dans ma personne, si .10 ne SUIS intérieurement et parfaitement renouvelé selon Dieu ? Dieu, en m'accordant la grâce du jubilé, remet en quelque façon, tous les intérêts de sa justice, et répand siir moi sans réserve tous les trésors de sa miséricorde. JN est-il pas juste que je ré])onde a ce bienfait inestimable par un redoublement de zèle; et, qu'en reconnaissance de ce que Dieu a feit pour moi, après m'être reproché d'avoir tait .lusquà maintenant si peu pour lui, je comîuence cà le servir, avec un cœur nouveau et comme un homme nouveau ?
Le moyen le plus efficace de ce renouvellement de vie •
pourquoi !- cest que le jul)ilé, par la plénitude des grâces quil renferme, en Ôte le principal et l'unique obstacle Oe qui nous empêche de nous élever à Dieu et de marcher dans la pratique de cette vie nouvelle dont parle saint Faul, c est le poids du péché qui nous accable. Or, nous en sommes pleinement déchargés par le jubilé : c'est donc alors que nous avons droit de dire : Déponentes omne pondus et circumstmis nos peccatum, curramus ad propositum nobis certanien. Dégagés de tout ce qui nous appesantissait, et absolument délivrés des liens du péché qui nous serraient si étroitement, courons avec joie dans la carrière du salut qui nous est ouverte.
L'occasion la plus avantageuse pour ce renouvellement de vie •
et, en ettet, si dans le dessein que nous avons de retourner a Dieu, nous étions encore retenus par les considérations du monde ; si, par un respect humain, nous avions encore de la peine à nous déclarer, non seulement le jubilé nous y invite, mais il nous en facilite l'exécution. A combien de pécheurs et de pécheresses, à combien de mondains et de mondaines ce saint temps n'a-t-il pas été, pour user de ce terme, l'époque de leur conversion, jusqu'à leur avoir attiré l'estime et les éloges du monde même ?
Xe différons doue pas davantage une affaire si importante que celle du parfait renouvellement et du changement intérieur de nos âmes, à quoi nous devons rapporter la grâce du jubilé. Pour ne pas recevoir cette grâce en vain, faisons voir, par nos œuvres, quelle est sa vertu, et justifions-la par les salutaires efforts dont elle va être suivie. Voici peut-être le dernier temps dont nous serons en état et en pouvoir de profiter. Ecoutons Dieu et n'endurcissons pas nos cœurs ; peut-être sa patience, qui a des bornes, se lassera-t-elle enfin de nous supporter ; peut-être sommes-nous à la veille de tomber entre les mains de sa justice ; peut-être la cognée est-elle déjà à la racine de l'arbre ; hâtons-nous d'accomplir le dessein de Dieu, qui ne peut être que notre sanctification. Ah ! qu'il ne nous arrive pas, comme à l'infortunée Jérusalem, d'ajouter à nos autres désordres celui de ne pas connaître le temps où Dien nous visite, et par là de mettre le comble à notre réprobation.
PAR LK Père Brvdaine.
L'inestimable bienfait de la grâce du Jubilé : grâce la plus précieuse, la plus rare, la plus solennelle, la plus privilégiée, la plus sûre ; la plus puissante qui fût jamais ; grâce enfin qu'il est si aisé de mériter.
Si je ne parlais ici à des catholiques parfaitement instruits de leur religion, et également soumis aux décisions et à l'autorité de l'Église, il semble qu'il faudrait commencer par établir les fondements inébranlables sur lesquels est appuyé l'usage des indulgences ; mais ce serait faire tort à votre foi, mes frères, que d'entreprendre de vous prouver une vérité dont il n'y a jamais eu que les hérétiques qui aient douté. Il me suffit de vous dire que l'indulgence du Jubilé de la loi de grâce, est proprement la rémission de la peine temporelle qui reste à subir au
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pêcheur, aj)vès que son ])éclié lui est pardonné. L'Eglise, a qui Jésus-Christ a donné le pouvoir de lier et de délier, avec assurance que ce qu'elle délierait sur la terre serait délié dans le ciel, l'Église, dis-je, qui est la dispensatrice drtrésor intini des satisiactions de Jésus-Christ, en vertu du Jubilé, remet, par grâce, au pécheur, ce que le pécheur, ([Uoi(iue déjà réconcihé avec Dieu, aurait encore du soulhir dans la rigueur de la justice, pour expier parfaitement son péché. Voilà en deux mots ce qu'il y a de plus important et de capital dans la grâce de l'indulgence du Jubilé ; et c'est conformément à cette doctrine, mes frères, et sur le fondement de ce pouvoir donné à saint Pierre et à tous ses successeurs, que les indulgences se sont établies dans le monde chrétien. Je m'attache doue uniquement à vous faire sentir^ toute la grandeur de la grâce qui vous est offerte par l'Église en vous accordant le Jubilé.
<;i-aH<l«'iir «U' la srftce «lu Jubilé.
1'' Grâce du Jubilé, grâce la plus précieuse. Car de même que dans le Jubilé de l'ancienne loi des prêtres étaient chargés de publier une rémission générale pour tous les enfants d'Israël, c'est-à-dire, que tous les esclaves seraient mis en liberté, que tous les propriétaires rentreraient dans la possession des biens qu'ils avaient aliénés, que tous ceux qui auraient contracté des dettes en seraient déchargés ; et cela, dit l'Écriture, parce que c'était l'année du Jubilé : Ipse enim est Jubila-us ; (1) ainsi dans le Jubilé de la loi nouvelle, dont le Jubilé des Hébreux n'était qu'une figure et une ombre, tous les ministres du Seigneur sont chargés de vous annoncer les mêmes grâces et les mêmes avantages. Eh 1 que dis-je ? des grâces et des avantages mille fois plus précieux. Oui, mon Dieu, c'est dans cette sainte et heureuse année, que, comme un roi libéral et puissant, répandant avec abondance les trésors célestes de vos miséricordes, vous brisez
(1) Lcvit. XV, 1.
les chaînes de tant de véritables captifs, de ces captifs qui, arrêtés par les liens de leurs différentes passions, gémissent accablés sous la tyrannie du péché, pour les faire entrer dans l'heureuse liberté de vos enfants. C'est dans cette sainte année, que, comme un ami généreux, si j'ose me servir de ce terme, vous voulez bien nous remettre les innombrables dettes que nous avons contractées avec vous. C'est dans ce saint Jubilé, que, comme un maître également souverain et bienfaisant, vous nous rendez les droits légitimes qne le sang de votre Fils nous a mérités sur l'héritage céleste dont nous étions déchus par le péché. C'est dans ce saint Jubilé enfin, que, comme un Père de miséricorde, vous nous ouvrez, quelque pécheurs que nous soyons, votre sein charitable, et que vous voulez bien vous réconcilier parfaitement avec nous, non seulement en nous pardonnant la coulpe de tous nos péchés, mais encore toutes les effroyables peines qui leur sont dues soit pour le temps soit pour l'éternité. Quelle grâce, mes frères 1 En fut-il jamais de plus importante, de plus précieuse, de plus digne de votre estime ? Grâce si précieuse, que tous les théologiens conviennent qu'elle équivaut, en quelque manière, à la contrition la plus parfaite, et au martyre même ; eu sorte que, comme un enfant nouvellement régénéré, une personne parfaitement contrite et pénitente, un martyr de Jésus-Christ, qui meurent dans cet heureux état, entrent dans la béatitude des Saints et dans la possession de Dieu même, sans qu'ils trouvent au milieu de la voie, le moindre obstacle qui les arrête : de même il n'est rien, si vous veniez à mourir après avoir gagné le saint Jubilé, non, il n'est rien, eussiez - vous commis pendant votre vie tous les crimes les plus énormes, et dussiez-vous les expier, soit dans cette vie, soit dans l'antre, pendant des siècles entiers et par les plus rigoureuses pénitences ; il n'est rien, encore une fois, qui vous pût retarder un seul moment la possession de sa gloire.
2° Grâce da Jabilé, grâce la plus rare, puisqu'elle ne s'accordait autrefois que de cent en cent ans, qu'une seule fois dans tout un siècle. Il est vrai que le Pape Clément VI, voulant se conformer à ce qui se pratiquait dans
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riincieune loi, <K'cliini (iu'du puuiniiL gagner ces sortes d'imlulgeuces «le cinquante en cinquante ans ; et qu'enfin le l'ape Paul II, voulant étendre davantage une grâce de cette conséquence pour le salut des fidèles, l'a fixée de vingt-ciu(i en vingt-ciiui ans. Mais parce (|ue les Souverains Pontifes ont jugé à propos, ])onv l'édification de l'Église, d'amplifier cette grâce, et de la rapprocher un peu plus de nos jours, en est-elle pour cela moins rare ? Hélas ! la vie de l'homme est si courte, qu'on peut dire avec une espèce de certitude, que c'est ici une grâce unique, une dernière grâce, un dernier Jubilé i)Our le plus grand nombre de ceux qui m'écoutent. Car enfin, qui d'entre vous peut se promettre de vivre vingt-cinq ans encore, tandis que nous ne pouvons pas nous assurer seulement d'une année, d'un mois, d'un jour, d'un seul moment de vie ? Eh ! coml)ien en est-il peut-être, dans cet instant, qui touchent de près au moment fatal qui doit mettre fin à leurs passions et à leurs plaisirs par une mort prochaine ? Combien qui voient l'ouverture de ce Jubilé, et qui n'en verront peut-être pas la fin ? Quelle consolation alors pour vous d'avoir parfaitement apaisé la colère de Dieu, et de vous être sincèrement réconciliés avec lui, en profitant de cette grâce 1 Mais quelle désolation et quel désespoir, si vous laissez passer ce temps heureux sans en profiter ; ce temps heureux qui ne reviendra peut-être jamais plus pour vous !
3" Grâce du Jubilé, grâce la plus solennelle. Toutes les autres indulgences ne s'accordent, pour l'ordinaire, qu'à une ville, qu'à une communauté, qu'à une confrérie, qu'à une église particulière : mais le Saint-Père accorde celle-ci aux rois et aux peuples, aux grands et aux petits, aux riches et aux pauvres, aux prêtres, aux religieux, aux gens du monde, aux justes, aux pécheurs, à toutes les provinces, à tous les royaumes, à tout le monde chrétien : Et vocahis remissionem cunctis habitatoribus terrœ tuœ. Tout est grand, tout est saint, tout est majestueux et solennel dans cette indulgence, soit par les cérémonies augustes qui y sont observées, soit par la pubHcation, la célébration, la clôture de cette indulgence, qui se font
avec un appareil plus capable d'émouvoir les cœurs et d'exciter la piété chrétienne, soit par la dévotion des fidèles qui se trouve alors et plus fervente et plus unanime. Car, imaginez- vous, mes frères, que pendant que vous ne serez ici occupés que de la prière, que des œuvres saintes et du soin de votre salut, des millions de fidèles répandus dans toutes les villes du monde se réuniront à vous pour en faire de même. Ah ! grand Dieu, vous qui avez promis de vous trouver au milieu de deux ou trois ]>ersonnes qui se rassembleraient en votre nom pour vous demander quelque grâce ; vous qui vous plaigniez autrefois de ne pas trouver une âme assez fidèle, pour arrêter, par ses prières, les bras de votre colère prêts à frapper votre peuple, pourrez-vous voir, sans en être touché, tout le peuple chrétien, animé par ce même esprit, gémissant aux pieds de vos autels, implorer humblement votre infinie miséricorde ? pourrez-vous, dis-je, voir l'Église entière, cette digne Épouse de votre Fils, conspirer avec tous ses enfants pour apaiser votre justice que nos iniquités ont justement armée contre nous ? Xon, Seigneur, votre bonté ne me permet pas de douter que votre colère ne soit entièrement apaisée, et que vous ne vous rendiez propice à votre peuple, à la vue de tous ces spectacles de pénitence et de religion qui de toute part s'offriront à vos yeux dans ce saint temj3S.
4^ Grâce du Jnbilé, grâce la plus privilégiée. Car il n'en est pas de cette indulgence comme des autres, où vo? confesseurs n'ont point de pouvoirs extraordinaires. Dans celle-ci, tous les prêtres approuvés dans le diocèse, peuvent, pour l'effet du Jubilé, vous remettre de toutes sortes de censures, lever les excommunications, les suspensions que vous avez encourues, vous absoudre de toutes sortes de péchés et de crimes, quelque énormes et quelque griefs qu'ils puissent être, réservés ou à l'Ordinaire du lieu, ou au Saint-Siège apostolique. Ce n'est pas tout ; vos confesseurs ont encore le pouvoir de vous dispenser, au moins par échange, de certains . vœux réservés à l'évêque ou même au Souverain Pontife, à l'accomplisse-
SEUMONS SUU LK .H'illli: 1"^^
„.ent .l.s,u.ls il .st survenu des obst^les l^^F--^ enfin changer les conditions ciue le ^'^"^^'^^ ^, ^^^^^^^^^^^^ Vouraaonei le Jubilé, s'il ne vous est pas possible de les i^lnpiîrî et vous dillérer même la grâce et ^-^^-^^-^ ^ ce saint .lubilé. s'ils ne vous trouvent !>-^ *; .^^^ ;^^^ recevoir le bienfait de l'abso ution. ou si P^ \ ;^"^\;^ raisons essentielles ils jugent à propos ^^^/^^^ /f",^^^^^^^^^^ Quelles grâces, mes frères, plus amples, plus ^^^^^^ pourriez!vo«s jamais désirer ? grâces, encore une fois, dépendantes du Jubilé, et que l'Église, comme une char table mère, vent bien accorder à ses enfants, m^rs qu e e a comme spécialement et uniquement attachées a ces jouis de bénédiction et de salut.
50 Grâce du JubUé, grâce la plus sûre, jmrce qu elle est donnée pour des raisons et des tins Pl^^« ;!"P^^; :);f ."^ que les indulgences ordinaires ne sont accordée. ; d o. 1 s'ensuit que vous devez moins douter de sa validité, ui par cette règle dont tous les théologiens conviennent e puis- je pas dire qu'il n'y eut jamais d'indulgence plus assurée que celle qui nous est ^^^»t«^\^"\°î^f, f^^^^^^ outre la mison générale de l'année sain e et d une partie du siècle révolue, il s'agit, dans ce Julnle, des pl s pre sants intérêts de la lleligion, de demander a Die iextpation entière des hérésie, qui affligent l'Eglise, d obem de sa divine bonté une paix constante et durable entre le princes chrétiens. Je vous le demande, mes fy^^^/' PJ ^ quelles causes plus essentielles le Vicaire de JeBUS-Chris peut-il user du pouvoir qu'il a d'ouvrir les tvesoi. de indulgences? et quand en use-t-il plus sageinent et p s sûreinent qu'en de pareilles occasions et qu en de semblables circonstances ?
6'^ Grâce du Jubilé, grâce la plus puissante, puisque letiet naturel du Jubilé, à moins que nous n'y portions obstacle, est le renouvellement intérieur et parfait de ^^os personnes, le renouvellement entier de toutes les conditions et de tous les états du monde. Quel changement prodigieux, en effet, ne voit-on pas dans toutes les vi les q u reçoivent ce don de Dieu avec tout le i-espect toute la reconnaissance et toute l'obéissance de la foi qu il mente i
Oui, mes frères, comme le Jubilé, par la plénitude des grâces qu'il renferme, nous décharge du poids du péché qui nous accable, c'est alors que nous avons droit de dire avec l'Apôtre : Dégagés de tout ce qui nous appesantissait, et absolument délivrés des liens du péché qui nous serraient si étroitement, courons avec joie dans la carrière de la pénitence et du salut (|ui nous est ouverte.
1" Grâce du Jubilé, grâce enfin qu'il est très aisé de se procurer.
Hélas ! grand Dieu, à quel prix mettez-vous vos plus insignes faveurs? et n'est-ce point peut-être parce qu'il est si facile de se les assurer, que l'homme néglige de les mériter ? Vous nous présentez aujourd'hui, quoi ? votre amitié, le pardon de nos péchés, la rémission de nos offenses, l'extinction de toutes les dettes que nous avons contractées devant vous, votre grâce, vos couronnes, votre divin royaume ; mais qu'exigez-vous de notre part pour mériter de si grands bienfaits ? Ah ! mes frères, reconnaissons ici toute la libéralité du Maître que nous adorons, et touchés de ses bontés, concevons enfin la généreuse résolution de n'en servir jamais d'autre. Ouvrez la Bulle du Saint-Père ; que nous prescrit-elle ? (j^uatre choses seulement : la confession, la communion, la visite de quatre églises pendant quinze jours ou •onsécutifs ou interrompus, et quelques courtes prières récitées pour les fins et les intentions marquées par le Souverain Pontife. En vérité, mes frères. Dieu ne peut-il pas dire ici par ma bouche à chacun de vous, ce qu'il dit autrefois à son peuple par la bouche de Moïse : Mandatum hoc, quod ego prœcipio tihi hodie^ non supra te est, neque procul positum ; (1) les choses que je vous prescris pour mériter la grâce que je vous offre, ne sont pas au-dessus de vous ; elles ne sont point même si difficiles que vous ne puissiez les accomplir sans peine : *S'ecZ juxta te est serrao valde, in ore tuo, et in corde tuo, ut facias illum. (2) Non, Seigneur, nous ne pouvons trop admirer votre bonté. Vous êtes toujours le même à notre égard, toujours miséricordieux, toujours libéral, toujours Dieu. Ah! mes frères, le monde fournit-il jamais de maîtres de ce caractère, lui qui exige de si
(1) Deut. XXX, 11. — (2) Deut. XXX, 14.
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grands services pour des récompenses si courtes et si trompeuses <• CoinMen donc ne serions-nous ]);is coupables, si une criminelle négligence nous faisait numquer à des conditions si aisées ?
4'<tii<lili<>iiM <!<■ «-«'Ilf icrAct*.
Hais que devez-vous faire, mes frères, pour vous rendre dignes d'une si jjrécieuse grâce ? Trois choses, mes frères, que je vous exjjliquerai encore mieux dans la suite. La première, c'est d'accomplir exactement toutes les conditions de la Bulle, sans manquer à une seule ; car l'oubli, luême involontaire, ]ie vous excuserait pas. La seconde, c'est de les remplir toutes dans l'intervalle du temps où elles vous sont marquées, sans qu'il vous soit permis de les changer, de les commuer en d'autres, ou même d'y suppléer par quelque chose d'équivalent : le Pape ne donne ce pouvoir qu'à vos confesseurs, qui ne peuvent même vous dispenser de toutes ces conditions sans des raisons légitimes. La troisième enfin, c'est de les accomplir avec ferveur et dévotion, mais surtout en état de grâce, du moins pour ce qui concerne la dernière action du Jubilé. Car l'indulgence, et surtout la plus signalée de toutes les indulgences comme celle du Jubilé, étant une faveur qui ne s'accorde qu'aux justes, qu'aux pécheurs convertis et réconciliés, qu'aux amis de Dieu ; si vous n'êtes point en état de grâce, pour lors il ne peut pas y avoir de Jubilé pour vous. Je dis que vous devez être en état de grâce ; et cet état de grâce demande que non seulement vous renonciez à tout péché, puisqu'un seul péché mortel suffisait pour vous en rendre indigne, mais même que vous arrachiez de votre cœur toute affection au péché véniel, si vous voulez gagner la grâce de ce saint Jubilé dans toute son étendue. Car au moins ne la pourriez-vous pas gagner par rapport à ce péché véniel dont la tache n'est pas effacée. Tel est l'ordre et la disposition de notre Dieu, mes frère>, qui ne se relâche de ses droits, par rapport à la peine de nos péchés, quels qu'ils soient, qu'à mesure et qu'à pro])ortion que nous en détachons notre cœur et que nous les détestons.
Et de là tirez cette conséqnence, que pour gar/ner le Jubilé, il faut se convertir, et se hien convertir, et, pour me servir des termes exprès de la Bulle, qu'il faut être vraiment contrit et pénitent de tous ses péchés : Vere contritis et pœnitentihus. Ah ! je sais bien que, pendant ce saint temps, nous verrons, dans cette ville, un nombre infini de catholiques, qui, pour avoir part à l'indulgence du Jubilé, paraîtront touchés de contrition, eu donneront des marques publiques, pratiqueront certaines œuvres de pénitence, assiégeront tous nos tribunaux, confesseront leurs péchés, se frapperont la poitrine, verseront même des larmes ; mais, hélas ! dans cette foule et sous ces dehors spécieux, y aura-t-il beaucoup de vrais ])énitents ? non, mes frères. Les vrais pénitents, c'est-à-dire ceux qui prétendront avec raison à la grâce du Jubilé, seront ceux qui ne se contenteront pas de donner quelques marques de religion et même de pleurer leurs péchés, mais qui en retrancheront la cause, mais qui en quitteront l'occasion, mais qui en répareront les pernicieux effets, mais qui en feront cesser le scandale, mais qui en chercheront les remèdes, mais qui s'y assujettiront de bonne foi,pour ne jamais plus les commettre : Vere contritis et pœnitentihus. Voilà ce que j'appelle de vi'ais pénitents; voilà les preuves d'une contrition non suspecte ; et voilà, sans en rien excepter, les dispositions absolument requises pour l'indulgence dont je parle ; et voilà en même temps par où l'on peut réfuter les reproches que les hérériques nous font, que l'indulgence anéantit la pénitence ; puisque bien loin de l'anéantir, le Jubilé la suppose comme la première et la plus essentielle disposition.
Si vous voulez vous rendre dignes d'une si iusiijne faveur, ah ! ne tardez donc pas de vous convertir et de changer de vie, de rompre une criminelle habitude et de faire un divorce éternel avec le crime. Jusqu'ici la coutume, les usages, les maximes du monde ont été la règle de votre vie; vous vous êtes abandonnés à son torrent. Ah ! ce doit être à présent l'Evangile, l'exemple des saints, les maximes et la vie de Jésus-Christ même, qui doivent être
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la lî'^le de vos pensées, de vos sentiments, de vos actions, de to'iite votre conduite. Ah ! qu'il ne se passe plus parmi vous ni décolère, ni de violence, ni d'injustice, ni (le liainc, ni de médisance, ni d'impiété, ni d'indévotion, ni d'impureté, ni de débauche, ni de quelque péché que ce puisse être! Que toutes ces idoles soient Vjrisées, que toutes ces victimes soient immolées. Il faut, en un mot, que le péché cesse parmi vous, et (jue vous deveniez tous de nouvelles créatures en Jésus-Christ : il faut que toute la face de cette aimable ville soit heureusement renouvelée.
Mais quels moyens devez-vous employer pour parvenir à un .si heureux changcùent .' La prière, mes frères, et l'assiduité aux saints exercices auront des grâces puissantes pour vaincre la dureté de vos cœurs. Ah! mes frères, priez, pressez, sollicitez du Dieu de miséricorde, d'avoir pitié de vous ; poussez des gémissements et des cris qui aillent jusqu'à son trône. Jamais aucun pécheur n'a prié comme il faut, sans ressentir les puissants effets de sa prière. Madeleine prie et Jésus-Christ lui pardonne ses crimes; le bon Larron prie et Jésus-Christ lui remet toutes ses offenses ; Corneille prie, et il est converti ; le Publicain prie, et il est justifié ; Augustin prie, et il est délivré du joug et de la captivité de l'esprit immonde. Priez de même et ne doutez- nullement du succès de vos prières.
Joignez à ces humbles et ferventes prières, l'assiduité la plus constante et la i^lus soutenue aux exercices. La parole que nous aurons soin de vous y annoncer chaque jour, comme une lumière vive et brillante non seulement éclairera vos doutes, dissipera vos illusions, vous fera connaître vos erreurs et vous instruira de tous vos devoirs, mais encore vous fera combattre vos passions, vaincre vos habitudes, triompher de tous vos désordres, et parvenir enfin à une sincère pénitence.
Telle est la grâce du Jubilé, telle est l'excellence et le prix de cette grâce dont j'avais à vous parler, telles sont les dispositions que vous devez y apporter et les moyens que vous devez employer pour la recueillir. Je finis, mes-
frères, par où j'ai commencé, c'est-à-dire, en vous exhortant à ne pas recevoir en vain une grâce si importante : Exhortmnur ne in vacuurn gratiani Dei recrpiatis. Ecce nunc tempus acceptahile, ecce nunc clies salutis. (1), Voici, pécheurs, un temps favorable, des jours de salut, de bénédiction et de grâce. C'est à vous tous en général, mes frères, et à chacun de vous en particulier que je parle. C'est à vous qui n'avez encore ni aimé sincèrement ni véritablement servi le souverain Maître pour qui seul vous aviez été formés ; c'est à vous qui avez sacrifié la fleur de votre âge et le plus beau temps de votre vie au monde, à ses vanités et à ses plaisirs ; à vous dont la criminelle passion vous a causé plus d'amertume que de douceur ; à vous qui vous sentez si fort pressé par la grâce, et qui avez déjà les commencements d'nne véritable pénitence par la honte, la confusion et la douleur que votre péché vous cause, etc. Ah ! quelque indigne que vous soyez de sa grâce, Dieu vous la présente encore ; il vous invite, il vous appelle ; il faut être bien obstiné à sa perte pour négliger une occasion si favorable. Voici peut-être pour la dernière fois que Dieu vous fait entendre sa voix ; comment ne craignez- vous pas d'y endurcir vos cœurs? Enfin, comment ne frémissez-vous pas d'horreur, si vous négligez de profiter des vérités que nous vous annoncerons et du Jubilé que nous vous présentons, puisque toutes ces grâces ne doivent servir qu'à rendre témoignage un jour contre vous, qu'à mettre le comble à vos iniquités, qu'à vous préparer un jugement plus terrible que celui des nations infidèles, qu'à former enfin un poids accablant sur vos têtes au jour des vengeances pour vous précipiter dans l'abîme, si vous n'en faites le saint usage que Dieu se propose dans sa miséricorde ? Car, n'en doutez pas, mes frères, on peut dire de l'indulgence du Jubilé, ce qui fut dit de Jésus-Christ : qu'elles feront la condamnation de ceux dont elles ne feront pas le salut ; qu'elles feront le bonheur de ceux qui y seront fidèles, tout comme le malheur éternel de ceux qui n'en profiteront pas : PosUus est hic in ruinam, et in resurrectioneni niultoriun. (2)
(1) IL Cor. YI. 1 2. — (L') Luc. IL 34.