PLAN VIII
Douceur de la Pénitence.
Comment la pénitence peut-elle être douce, consolante, et avoir même des charmes ? C'est à cause des biens qu'elle apporte à l'homme, et comme ces biens sont proportionnés à la rigueur de la pénitence, on peut dire qu'elle est d'autant plus douce qu'elle est plus sévère.
1" La pénitence, surtout quand elle est sévère, apaise le remords.
a. Vous savez ce- que c'est que le remords. A peine avons-nous péché qu'une épine s'enfonce dans notre cœur...
h. Cette épine empêche l'homme de goûter un seul instant de bonheur....
c. Un grand moyen d'apaiser le remords, c'est l'humble confession... Mais cette humble confession ne suffit pas toujours à enlever les troubles, les inquiétudes... Ce qui l'apaise surtout, c'est, dit saint Bernard, la pénitence. *' Pœnitentiani agere remedium dotoris est. " L'homme qui se punit lui-même se donne le témoignage qu'il est contrit, qu'il n'aime plus son péché et que, par conséquent, il peut compter sur le pardon accordé. Si vous êtes tourmentés de remords, faites-en l'expérience et vous serez satisfaits.
2" Une seconde doncenr de la pénitence, c'est qu'elle réhabilite l'homme à ses propres yeux.
a. Le péché entraîne bien des maux mais celui-ci
en particulier, le mépris de nous-mêmes... C'est un moment terrible pour l'homme que de devoir se dire, après certaines faiblesses surtout : " Je suis un misérable pécheur, je me méprise moi-même"
h. La confession commence cette réhabilitation par l'aveu courageux et humble, mais ne l'achève pas... Ce qui lui fait reconquérir sa propre estime, c'est de se sentir le courage d'une généreuse expiation et de devenir l'exécuteur des exigences de sa conscience...
c. Voilà une extrême douceur, parce que, après l'estime de Dieu, il n'est rien d'aussi précieux que sa propre estime. C'est pour cela que saint Paul dit : "notre gloire est le témoignage de notre conscience...."
o" Une antre doncenr, c'est le sentiment, la conviction qne nons acquittons nos dettes.
a. Voyez un débiteur consciencieux écrasé sous ses dettes... il est découragé. Si la Providence le protège, quand il peut porter de temps en temps une bonne somme à un de ses créanciers, quel soulagement chaque fois 1 !
h. C'est la joie de la pénitence. Nos dettes sont grandes et nous savons que chaque pénitence énergique nous acquitte partiellement devant Dieu... D'où la joie de la pénitence volontaire.
UIVKKS PLANS 1»K SERMONS 193
c. D'autaul ^ihis que cette expiatiuii est accomiiaguée (le la certitude de gagner en même temps de nouveaux mérites devant Dieu.
Le paiement d'une dette à un homme ne produit que l'acquittement, tandis que le paiement ;\ Dieu a une double valeur...
4" Enfin, la pénitence volontaire et rigoureuse nous donne un des sentiments les plus délicieux de la piété chrétienne : c'est le droit que nous sentons nous être rendu, de nous approcher de plus en 2>lus de Dieu.
a. Quand Adam eut prévariqué, il s'enfuit se cacher dans le bois, sentit qu'il ne pouvait plus paraître devant Dieu...
6. Tout pécheur éprouve ce sentiment... sent après le péché comme un mur de séparation... un abîme..., d'où ces pcàroles de David : " De profundis clamavi ad te. Domine ".
c. L'absolution fait disparaître partiellement cette distance, mais c'est surtout la pénitence volontaire et rigoureuse... plus on se punit, plus on se rapproche de Dieu et plus on sent qu'on regagne dans son estime...
PÉRORAISON. — Décrivez l'enfant prodigue le lendemain de son retour, occupé à travailler avec les mercenaires de son père. Son père le cherche et le trouve à ce travail humiliant. Il lui demande : " Mon fils, que faites-vous ?"
Mon père, répond le prodigue, je fais ce que je me suis
proposé de faire ; je ne suis plus digne d'être traité comme votre fils, laissez-moi travailler pour réparer mes torts à votre égard. " Son père le prend dans ses Ijras en disant : "Non, vous n'êtes pas un mercenaire, venez, vous êtes mon fils ; tout est oublié. "
Cependant le fils continue son travail. Ce travail lui est doux parce qu'il sent sa réhabilitation... après avoir bien travaillé, il reprendra son rang... Application... (Fetitot.)
PI^AÎi IX
Indulgences.
" Spiritus Doinini misit me ut me- «lerer coiitritis corde et prîtdicarem captivis indulgentiam." /s., 61.
Exorde. 1. Kous sommes en temps de Jubilé. Léon XIII, dans sa sollicitude paternelle, a jeté sur l'Eglise entière un regard de mi.séricorde et de bienveillance ; il a ouvert bien larges les trésors de satisfactions dont il a les clefs, et en proclamant le Jubilé, il nous invite tous à puiser dans 'ce trésor infini confié à l'Eglise, tout ce qu'il nous faut, pour racheter nos péchés et nous procurer une amnistie complète. Le Jubilé en effet, est, de sa nature, une indulgence 'pléniève extraordinaire, a,ccovdée à tous les fidèles qui veulent remplir, dans de bonnes dispositions, les œuvres prescrites par l'induit. — Cfr. ch. I, a. II.
2. Il est donc bien naturel que je vous dise un mot des indulgences, afin de vous en faire apprécier la grande valeur et de vous porter ainsi à faire, avec zèle, les ceuvres imposées par le jeûne du Jubilé. D'autant plus que c'est le désir exprès des Souverains Pontifes qu'on vous instruise sur ce sujet pendant ce temps exceptionnel de grâces. — Cfr, Préface et Conseils de Léon XIII, II p., § II.
3. Je vais expliquer la nature, les fondements et les conditions des indulgences.
Bîature des ïndnl^enops.
1*^ Négativement. — L'indulgence que nous accorde l'Eglise n'est pas : 1. la rémission de la coulpe ; 2. . ni la simple exemption des peines canoniques ; 3. ni l'exemption de faire pénitence.
mVEUS l'LANS DK SKUMONS 11>Ô
2*^ Positivement. — l. ("rst la rûinissiou des i)eiiie.s temporelles dues aux péchés déjà i.avdonnés... ; '1. Effets seeoudaires des indulgences.
3»-' Le Jubilé est : la plus grande des indulgences.
X li. — (Tout est dévelopi)é, I p., ch. I ; 11 p., § I.)
FoiideiiKMilk <I«'M IiidnlicenceM.
Cette doctrine repose sur un triple fondement que je vais vous exposer en l'appuyant de preuves solides :
1" Il reste généralement, après que les -péchés sont dament pardonnes, une dette de peines temporelles à payer à la justice de Dieu. Telle est la doctrine de V Eglise, de Y Ecriture, et il n'y a là aucune insulte à la passion de Notre -Seigneur, puisque l'application de ses mérites est soumise à certaines conditions. — Cfr. I p., ch. I, et sermon de Bourdaloue.
2^ L'Eglise possède un trésor infini de satisfactions — composé des satisfactions réunies de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et des Saints. — II p., § I.
3« Elle a reçu de Jésus-Christ le pouvoir d'en disposer. La preuve se trouve : a. dans la S. Ecriture., Mattk., 16 : " Tibi dabo claves regni cœlorum."— " Quodcumque solveris." — h. dans V usage constant de V Eglise : Kotre-Seigneur à l'égard de S. Pierre, bon Larron, Madeleine ; *S. Faul, envers l'incestueux de Corinthe. — Paroles de S.' Cyprien. — S. Grégoire, dès le VP siècle, accorde des indulgences pour la visite des églises de Ptome, et on sait comment cet usage a été en augmentant. — II p., § L
Condition»» des indnlgences.
l"^ Conditions générales. 1. Accomplir les œuvres prescrites : réellement, toutes, en temps voulu, pieusement. — 2. Etat de grâce, car l'indulgence suppose le pardon.^ Donc : a. il faut renoncer au péché ; b. un seul péché mortel
empêche de gagner l'indulgence ; c. l'attache à un seul péché véniel empêche de gagner l'indulgence plénière dans son entier ; d. il faut être vraiment contrits, " contritis," et ceux-là seuls le sont qui quittent les occasions du péché et réparent leurs scandales... Donc, une vraie conversion est nécessaire.
2° Conditions spéciales du Jubilé actuel. — I p., ch. IV.