‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 60 sur 121 · SERMON DU HR, P, HAGE · texte numérisé non relu

SERMON DU HR, P, HAGE

un demi-siècle, pour aider l'Eglise dans cette œuvre de l'éducation ?

Voici que de tous côtés je vois s'élever de terre ces maisons d'instruction, ces pensionnats, ces collèges qui recueillent l'enfance et la jeunesse canadienne et leur livrent, avec les principes de la science divine, les secrets de la science humaine,

Voici que vers 1842, je vois descendre sur vosquais les Frères de la Doctrine Chrétienne, et puis, toutes ces congrégations religieuses d'hommes et de femmes,appelées pur vous, et recevant de votre part, en échange de leur dévouement, une cordiale hospitalité,

Quelle paroisse, st humble qu'elle soit, ne compte pas

une école ? Quel enfant, si pauvre qu'il soit, ne peut apprendre ce que Dieu et les hommes exiger le Jui?

Quel jeune homme, désireux de goûter joies laborieuses de l'étude, ne peut aller puiser à di r'ces

salutaires les connaissances qui feront de lui un pionnier de la religion et de la patrie ?

Mes Frères, je vous félicite de n'avoir pas prêté l'oreille à ces blasphémateurs vulgaires, qui, sous le couvert de la science, insultent Dieu et son Eglise,

Je vous félicite de n'avoir pas cru que l'Eglise est une ennemie systématique des lumières et du progrès : et l’on racontera à l'honneur de votre foi qu'au-dessus de vos maisons d'instruction, de vos pensionnats et de vos collèges, vous avez placé, à lombre et sous la tutelle de l'Eglise, cette grande Université Laval que vous inauguriez avec une légitime fierté le 21 septembre 1854,

À côté des enfants, l'Eglise place dans ses maternelles affections les pauvres, les malheureux, tous ceux qui souffrent. Elle les reçoit avec commisération, partageant

leurs souffrances et leurs larmes, les admeitant dans sa sainte compagnie, vivant de leur vie ct transfigurant leurs infirmités par l’auréole divine dont elle les entoure. Ici encore, vous l'avez aidée, Vos Âmes, oubliant l’égoÿsme du siècle, ont été promptes et généreuses À toutes Is œuvres de charité qui ont pour but le soulagement de la misère, Non satisfaits d’une aumône qui entame à peine le superflu, vous avez ouvert largement vos mains libérales, plus largement encore vos cœurs, et l’on a vu chez vous de ces tendresses délicates qui touchent le malheureux plus que tous les dons. Les malades ont leurs hôpitaux, les orphelins, leur refuge, les vieillards, leur asile ; et tout, tout, jusqu'au crime repentant, reçoit, avec le secours d'aujourd'hui, lespérance de demain. Nous les voyons, ces anges terrestres, accourir au chevet de toute souffrance, panser toutes les blessures du corps et de l'âme, et murmurer aux afligés ces paroles de résignaéion et de paix que seules des lèvres chrétiennes savent prononcer, Devant ces dévouements héroïques, il me semble que vous avez le droit d’usurper la parole divine pour dire à soutes les douleurs : Venite ad me,

omnes qui laboraltis el onerati estis, et ego reficiam vos.”

Aiïdée par vous, par vous aussi l Eglise a été défendue. Vous l'avez défendue en consacrant votre science et votre talent à faire prévaloir lFapologie de ses vertus contre les injures qui la déconsidèrent. Vous l'avez défendue en publiant hautement que vous vous faites gloire de ui appartenir et de rester fidèles à ses commandements ; en assistant avee un religieux respect à ses convocations officielles, en montrant une confiance inébranlable dans ses destinées éternelles. Vous avez défendue par vos historiens et vos poètes, par vos représentants et vos députés, par vos prêtres et vos évêques ; vous l'avez défendue par vos paroles et vos exemples, par vos

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démonstrations religieuses et vos pieux pèlerinages, en un mot, par toutes les manifestations de la piété filiale et le dévouement de cœurs généreux prêts à répandre leur

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Oui, votre sang ! J’aperçois les couleurs d’un vêtement à la fois militaire et religieux ; et ce vêtement me dit que vous n'avez pas hésité à voler au secour: du Saint-Siège attaqué, et de lui faire un rempart de vos personnes, Làbas, l'Eglise traversait des jours de deuil; mais comme elle dût renaître à l'espérance, en voyant accourir de si loin ces détachements de soldats volontaires, qui venaient donner la main à leurs frères de France, et leur montrer qu'ils étaient dignes de marcher à côté d'eux ! Comme ils partaient pleins d'enthousiasme, ces enfants du Canada ! Comme ils combattaient avec courage, heureux de leur sacrifice ! On leuravait dit : Aime Dieu, et va ton chemin ; et ils allaient, confiants dans la puissance du Dieu qu'ils aimaient et dans la grandeur de la cause qu'ils servaient. Vingt-cinq ans auront bientôt passé sur ce fait glorieux de votre histoire ; néanmoins, maintenant encore et toujours, quand on voudra parler de courage et d'héroïsme, on nommera les Zouaves Pontificaux.

Mais voici un tout autre champ de bataille,

En 1851, s'ouvre la série de ces réunions imposantes qu'on appelle les conciles, Ts ont pour objet d'affirmer les droits de l'Eglise sans en rien céder à l'esprit du siècle —«le soutenir ses privilèges contre les prétentions injustes de ses ennemis—de dénoncer Perreur et de la détruire — d’opposer à l'envahissement du vice la digue des plus énergiques défenses, et d'oser dire à ceux qui font le mal : Non licet : vos doctrines sur la liberté : Non licet : vos déclamations haïnenses contre nos prétendues intolérances:

Non licel : vos appels au vice, au luxe, à lintempérance :

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Non licel : vos mensonges, vos ruses et vos parjures : Non lice. Etaïinsi, dans cette seule province ecclésiastique de Québec, six conciles se succèdent dans un espace de moins de trente ans, allant porter partout le cri d'alarme et rappelant aux enfants de l'Eglise les austères devoirs que leur impose leur mère.

Ce n’est pas tout. Aux prêtres et aux évêques s'unissent un jour ces vaillants chrétiens, toujours prêts à la lutte, et qui, pour lutter avec plus d'ardeur et s'assurer la victoire, aiment à se concerter sur les moyens daction qu'il convient de choisir. Un jour done, on vit les portes de FUniversité s'ouvrir et donner passage aux plus illustres représentants de votre nation, C'était le 29 juin 1880 : le premier congrès catholique commençait sa première séance, sous l'œil de Dieu et avec la bénédiction de l'Eglise,

Là furent rappelés les grands principes qui promettent à un peuple la force et la stabilité. LA furent traitées les grandes questions qui agitent le monde et sur lesqueiles on jeta une lumière plus pure : l'Église et l'Etat.dans l’enseignement ; l'Eglise et la liberté ; le rôle des classes riches dans la société moderne : l’action des Ordres religieux, On y démontra que, les Religieux sont les auxiliaires les plus fermes, les plus indispensables de toute œuvre civilisatrice bien entendue—que la solution du problème social se trouve dans le dévouement des classes supérieures aux classes laborieuses—que l'idéal dun vrai système d’éducat'on nationale, c'est, d’une part, l'Eglise exerçant librement son influence civilisatrice, de l'autre, l'Etat travaillant à multiplier les centres d'activité intellectuelle —qu'enfin l'Eglise seule est source, mère, et maîtresse de la véritable liberté,

Là, une voix dont les échos retentissont jusque par

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delà les mers, a solennellement proclamé les liens étroits qui existent entre la religion et la patrie. Elle à crié bien haut, cette voix !: # La nationalité canadiennefrançaise et la religion catholique doivent rester insépaables. Plaee à Dieu dans nos institutions et dans nos lois ! Place À Dieu dans nos codes, dans nos mœurs, dans nos sp.ères politiques ;et notre pays sera paisible ct grandiose dans harmonie, Défendre l'Eglise à toujours été la mission sacrée de la grande nation d'où vous êtes sortis : défendre l'Eglise doit être aussi votre mission.” Ces paroles brûlantes de foi chrétienne ouvrirent Île Congrès, et l'amour de l'Eglise fut le sujet qui couronna dignement ee Triduum de prières ardentes et de religieux patriotisme.

L'amour de lÆEolise : vous avez enfin noblement rempli ce troisième devoir de piété filiale. ‘% Vous êtes les enfants de l'Eglise ; c’est elle qui enfante les nations à la vie chrétienne, et cela en subissant la loi terrible que la justice divine à ajoutée aux lois primordiales de la génération. Tu enfanteras dans la douleur : ” l'histoire témoigne de l’accomplissement de cette cruelle prophétie. À travers les annales des peuples chrétiens, remontez jusqu'à leurs origines, et vous verrez qu'il n'en est aucun qui ne soit le fruit d'un douloureux enfantement. Autour du Calvaire où furent fondées les premières Eglises, des douleurs et du sang ; à Rome, centre vivant de la foi, des douleurs et du sang ?.”

Les faits sont trop connus pour que je les détaille : souvenez-vous seulement que votre pays a entendu, mêlé à la prédication de ses apôtres, le doux gémissement de

1—Discours de M. À. B. Routhior au Congrès Catholique tenu à Québec,

2R, P. Monsabré,

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ses martyrs. Ce gémissement vous rappelle le sanglant mystère de votre berceau, et les souffrances de l'Eglise pour donner à son époux divin des enfants de salut.

Enfants de l'Eglise, vous avez aimé votre mère, Comment ?

L'Eglise n'a qu'un désir et qu'une passion : le désir d'étendre son domaine spirituel ; la passion de sauver les âmes, Da mihi animas, s'écrie-teelle, eœtera tolle tibi 1 Donnez-moi des mes, et prenez le reste, Eh bien, mes Frères, vous en avez donné à l'Eglise, et beaucoup. Pourquoi cet appel généreux, cette hospitalière réception faite depuis un demi-siècle aux Religieux de tout Ordre : Oblats et Jésuites, Franciscains et Dominicains, Redemptoristes et Trappistes ? Pourquoi cette floraison de la vie contemplative et de la vie apostolique ? Pourquoi ces missionnaires venus du dehors et réunis à ceux du dedans ? sinon pour que tous nous allions explorer le vaste champ de l'Eglise, y semer le bon grain de la foi, et récolter d’abondantes moissons pour le ciel.

Vovez ces missions Jlaborieuses du Nord-Ouest. Ah ! l'Eglise demande des Âmes ! Elle les aura, et si pour les lui donner, il faut des apôtres qui se privent, qui souffrent, qui meurent à la peine, ce sera vous, mes Frères, qui les trouverez, ce sera dans vos rangs qu'on les cherchera. Vous vous ferez vous-mêmes apôtres, les uns en payant de leur personne, les autres en aidant de leurs prières et de leurs aumônes, Et alors on verra cette merveille des premiers temps de lhistoire ecclésiastique : des moines, des religieux, des prêtres partant courageusement à la colonisation d’une immense contrée, pour gagner eclle-ei tout entière à Jésus-Christ.

Oui, le domaine de l'Eglise s'est étendu. Voulez-vous

1—Genèse, XIV, 21,

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