‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 65 sur 121 · EMANT *ORT · texte numérisé non relu

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Oui, vraiment, vous êtes de nobles sœurs, sociétés Saint- Jean-Baptiste et du Cercle Catholique de Québec ! Toutes deux vous avez bien mérité de la patrie, la sœur cadette en protégeant un berceau, la sœur aînée en relevant une tombe. Voici l’auréole qui entoure le berceau ; là-bas, à portée de fusil, rayonne la gloire qui enveloppe latombe ! Et entre ces deux monuments dont l’un remémore le commencement et l’autre la fin de la domination française sur ce beau pays de la Nouvelle-France, entre le Lerceau et la tombe, passent, dans un défilé superbe, deux cent vingtcinq ans detravaux, de sacrifices et de triomphes. Jacques Cartier ouvre la marche, et Lévis la ferme. Je n'ai pas l'intention de passer en revue l’armée de nos morts illustres ; le temps me manque, et d’ailleurs pour vous ce spectacle n'est pas nouveau. Lorsque la patrie se réveille, lorsque ses enfants se réunissent, aux jours des grandes solennités, dans une de ces superbes démonstrations, comme celle

aujourd’hui, vous ne l’ignorez pas, le elairon qui nous

rassemble fait sortir les morts de leurs tombeaux. Ils répondent à l’appel et viennent prendre place dans nos rangs. Si nous ne les voyons pas, nous sentons leur présence, nous subissons leur bienfaisant empire. Notre cœur bat avec plus d'énergie, le sang circule avec plus de vigueur, l'enthousiasme se manifeste avec plus de force; une puissance inconnue donne à nos paroles une expression plus sympathique, à nos actes une direction plus patriotique. Comme par enchantement les divisions qui nous séparent s'effacent, s'évanouissent sous un souffle mystérieux et la concorde règne en souveraine,

Comment expliquer ce phénomène ?

Ah! c’est qu'ils sont au milieu de nous, ces hommes d’un autre temps, ces hardis pionniers, ces infatigables découvreurs, ces missionnaires intrépides, ces soldats valeureux, ces marins indomptés, ces héroïnesadmirables, toute

aidant ce;

154 DISCOURS DE M, LE SÉNATEUR LANDRY la phalange enfin de nos patriotes disparus, Ils sont au milieu de nous et ils nous inspirent, Eux qui ont promené la croix du Christ et le drapeau de la France sur tous les points du continent américain, du septentrion au midi, de l’orient à l'occident, ils peuvent, d'autorité, nous

parler de patriotisme, d’abnégation et de courage. Les

glaces de la baie d'Hudson, les rives ensolcillées du Mississipi, les vastes solitudes de l'ouest, les villages peuplés de la Nouvelle-Angleterre, ont vu ces audacieux conquérants passer comme une trombe de fer et de feu. Les enfants de la forêt ont reculé devant leur irrésistible courage et la barbarie est allée mourir impuissante, vaincue, au pied de ce fort défendu par la grâce et la beauté.

Oui, ils sont aujourd'hui au milieu de nous, ceux que nous appelons nos ancêtres. Ils applaudissent à nos succès et encouragent nos efforts.

Car notre tâche n’est pas finie.

En élevant des monuments à nos gloires du passé, les sociétés Saint-Jean-Baptiste et du Cercle Catholique de Québec ont voulu reconnaître les services que nos ancêtres ont rendus à la patrie ; mais ee n’est pas À la plénitude de leur mission, et nos sociétés nationales ont une plus fructueuse carrière à fournir,

Nous vivons au milieu de races étrangères ; il faut conserver la nôtre. Quand on nous céda à l'Angleterre, le peuple qui changea d'allégeance se réserva certains droits ; il les faut maintenir, Ni j'ouvre le livre dans lequel est écrite la constitution que la société Saint-Jean-Baypitiste se donnait, il v a cinquante ans, je trouve que le but de cette société est d’unir les Canadiens d’origine française et de promouvoir leurs intérêts nationaux, scientifiques, industriels et sociaux.

Cette union, la société Saint-Jean-Baptiste l'a opérée ; et

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réussirent, en 1842, à sauver du plus désastreux naufrage Ï

notre langue, nos institutions et nos lois.

L'Angleterre, que l'insurrection de 1837 avait mal disposée à notre égard, rêvait notre anéantissement, la complète absorption de notre race par lélément britannique, C’est dans cette pensée que l'acte d'union nous fut

imposé,

Nos pères résistèrent ; nos hommes politiques acceptèrent la lutte sur ce terrain : elle fut vive, mouvementée, mais elle se termina par le triomphe de nos droits et par la reconnaissance définitive d’une langue qu'on avait proscrite.

Une autre constitution nous a été octroyée en 1867, et depuis cette date nous vivons sous le régime de Ja confédération. Or, qui dit confédération réveille de suite l'idée d’un assemblage d'éléments hétérogènes, C’est leur union qui fait la confédération, C’est leur harmonie qui fera le pays grand ct prospère.

Dieu me garde de profiter de cette circonstance pour faire un discours politique ! Dieu me préserve de soulever ce qu'on est convenu d'appeler les préjugés nationaux ! Mais ce que je puis et ce que je dois dire en toute franchise, c’est que le moment est venu où nos sociétés nationales, où nos hommes politiques doivent se recueillir et chercher dans une saine législation et dans des mesures marquées au coin de la prudence et de la justice, le remède que l'heure présente appelle,

La décision que le Conseil Privé de Sa Majesté vient de rendre, au sujet des écoles du Manitoba, peut être parfaitement légale, L'interprétation judiciaire donnée par le plus haut tribunal de l'empire, peut être strictement conforme à la lettre de la loi. Elle n’en consacre pas

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moins une grave injustice pour la minorité catholique du Manitoba, et, en cela, elle ne peut pas être en harmonie avec l'esprit de la législation.

Cette injustice doit cesser,

La constitution qui nous régit doit être assez complète par elle-même pour qu’on y puisse trouver le remède aux maux que son interprétation fait naître. La question est brûlante, et son règlement peut paraître difficile, je ne l’'ignore pas. D'un autre côté, on ne doit pas désespérer du patriotisme de ceux qui sont appelés à donner, dans un avenir prochain, une solution que réclame le pays.

La Providence nous a prodigué, jusqu’à ce jour, des marques si signalées de sa puissante protection que ce serait l'insulter que de ne pas avoir en elle la plus entière confiance. Elle inspirera les chefs de la nation, elle donnera force et lumière à ceux sur les épaules desquels pèse le lourd fardeau du gouvernement d’un pays comme le nôtre, composé d'éléments divers, de croyances différentes, souvent opposées les unes aux autres, toujours en suspicion, Elle inculquera à tous nos législateurs les notions de son éternelle justice, un sens plus profond des devoirs à remplir. Elle donnera à ceux qui souffrent, la patience, la prudence aux âmes généreuses prêtes à se soulever, la circonspection à ces ouvriers de la pensée qui mettent leur plume féconde au service des nobles causes, à tous le courage de mener à bonne fin la plus sainte des luttes, si jamais elle s'engage, Ce sera, espérons-le, une lutte pacifique, sur le terrain même de la constitution, là où la bonne foi, la foi jurée, l'honneur de la parole donnée et du pacte conclu peuvent seuls la placer.

Nous pourrons avoir des revers, le jugement du Conseil privé en est déjà un pour nous, mais nous aurons des

succès, et des succès signalés, si nous savons rester unis,

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si nous marchons avec prudence, déterminés à ne pas reculer lorsque nous aurons fait un pas en avant, mais ne faisant jamais ce pas sans mûre réflexion.

Voulons-nous la victoire ? Organisons alors la lutte. Choisissons d’abord le terrain sur lequel elle doit se faire avec le plus d'avantages pour nous, et que ce terrain soit assez large pour y admettre des alliés, car il nous faut des alliés et nous en aurons. Nous en aurons si nous savons rallier à notre cause tous ceux pour qui la justice n’est pas un vain mot, tous ceux qui ne sont pas prêts à répudier la parole donnée, l'honneur d’un engagement sacré, les droits de la minorité, à quelle que croyance religieuse qu’elle appartienne. Nous réussirons dans nos alliances si nous savons nous donner À nous-mêmes des chefs qui commandent le respect et qui réveillent la confiance. Nous voulons des hommes de bon conseil et d’une indomptable énergie, des hommes qui marchent sans défaillance, qui avancent sans crainte, décidés à surmonter tous les obstacles pour lhonneur du drapeau et le triomphe de la cause.

Il y a, dans l’histoire du peuple de Dieu, une belle page que nous pouvons lire avec fruit.

Israël est opprimé. Cent trente-cinq mille Madianites ont traversé le Jourdain. Ils ont envahi la vallée de Jezraël, pillant la contrée, ruinant les moïssons, semant la dévastation. Israël invoque le Seigneur, et l'esprit de Dieu saisit Gédéon. A l'appel du général, trente-deux mille hommes viennent se ranger sous ses drapeaux. “ C’est trop, dit le Seigneur à Gédéon, Israël peut croire qu'il a été délivré par ses propres forces.”

Gédéon renvoie les pusillanimes. Il ne lui reste que dix mille hommes pour affronter les cent trente-cinq mille Madianites. ‘ C’est encore trop, dit le Seigneur.

Conduisez vos dix mille hommes sur le bord d’un ruis-

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