‹ Jubilé sacerdotal de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 72 sur 121 · PÉRORAISON · texte numérisé non relu

PÉRORAISON

Noussommes de ce nombre, messieurs, et c’est l'Eglise catholique qui nous enseigne à en être. Un jour, il y à de cela cinq ans, il y avait devant la basilique de Notre- Dame de Québec une foule immense qui, la joie au cœur, attendait un grand événement. Tout ce peuple, venu des quatre coins de la province, était massé comme une grappe humaine, et à perte de vue la foule ondulait,

Comme au soutflle du Nord, un peuple de roseaux.

Sur une haute estrade entourée de banderoles, de verdure et de magnificence, un homme monta qui tenait un sceptre d’or dans sa main et qui avait une auréole sur le front. Sa main droite se leva et tout le peuple comprit qu'il fallait se mettre à genoux pour recevoir d'en haut le Benedicat vos omnipot ns Deus.

C'était la voix du premier cardinal du Canada qu’on avait entendue, et cette pourpre romaine nous disait que le père des fidèles était content de nous, puisqu'il nous bénissait par l'entremise d’un Prince de l'Eglise. Quel gage de grandeur et d'avenir est tombé ce jour-là sur nous, du haut de cette estrade, et comme nous avons bien compris notre mission comme peuple chrétien appelé à vivre au milieu des autres races et des autres croyances !

Eminence, les cinq années qui se sont écoulées depuis

lors, ont encore ajouté à l'éclat de vos vertus. Et pour vous conserver plus longtemps à l'amitié de votre peuple on vous à donné un prince de la théologie pour vous aider, et pour marcher à vos côtés durant les années qu'il vous reste à nous consacrer,

Je prie Dieu, au nom de la législature de Québec, que vous restiez encore longtemps ævec nous et que votre grande voix nous indique longtemps aussi le chemin qu'il faut parcourir, quand on veut être droit et bon.

Ayez confiance et continuez à ne pas craindre les jours d'épreuves pour lEglise du Canada. Quelquefois le vaisseau tremble et descend, mais la vague qui le pousse dans l’abîme le reporte vers le ciel,

Maintenant, c’est vers vous que je me retourne, mon amiral, vers vos officiers, et à tous je souhaite la bienvenue au nom de la Législature. Canonniers de “ L'Aréthuse ?” et marins du “ Hussard ?, vous êtes tous les bienvenus chez nous ! Salut À vous, amiral et officiers de la marine militaire aux trois couleurs ! Vous portez sur les mers les destinées d’une patrie qui a cessé d’être

la nôtre, mais que nous n'avons pas cessé d'aimer,

On dit que les marins accoutumés à se faire bereer par le mouvement cadencé du vaisseau croient sentir encore osciller le sable sous leurs pas quand ils viennent au rivage, Mais vous n'avez pas dû subir cette illusion en mettant les pieds sur le sol de Québec, car cette terre est solide, messieurs, elle repose sur les ossements des vôtres qui sont venus mourir pour Ja France et pour nous.

Nous avons longtemps pleuré votre départ, et nous avons bien souffert depuis. Mais Dieu à entendu nos prières ; il entend tout soupir sincère et il assèche toute

Wo

( pou mit pat vou

; pour euple vous

Là nnecs

c, que votre 1 qu'il

Jours ois le

pousse

ourne, üte la rs de es tous ficiers portez d'être

bercer sentir nnent lusion e terre ts des

t pour

t nous lu nos toute

larme que l’on verse pour lui. Sur une des plus grandes places de Paris, vous avez, dit-on, les statues de toutes les provinces françaises, celles de l'Alsace et de la Lorraine en particulier, Sur cette dernière, vous avez mis des insignes de deuil, et tous les matins des mains pieuses vont y déposer des fleurs. Nous autres, nous avons dans nos cœurs la statue de Ja France; les fleurs que nous y déposons, c'est la prière que nous avons continué à faire comme vous nous l'avez apprise, c'est votre belle langue que nous continuons à parler tous les jours en souvenir de vous,

Venez nous voir souvent ! J'espère qu'à votre prochain voyage, lorsque vous détournerez la pointe de Saint- Joseph et que vous saluerez la ville comme vous l'avez fait vendredi matin, vos cœurs tressailleront d’allégresse, car vous apereevrez perché comme un aigle sur le haut promontoire, un bronze superbe qui vous rappellera le souvenir d'un des vôtres qui fut un grand fondateur, le souvenir de l’homme qui nous à donné Québec, la capitale du Canada catholique et français.

No 10

Conseiller Législatif Monsieur le Président. MW. sdaimes Et Messieurs,

On a dit tout à l'heure : il est minuit, (est bien tard pour faire des discours. Maïs depuis ce moment les minutes ont coulé rapidement avec les flots de l'éloquence patriotique, et il est maintenant une heure. Je dois done vous demander la permission de ne pas vous faire un dis-

186 DISCOURS DE M, THOMAS CHAPAIS cours. (Plusieurs voix : non, non, il n’est pas trop tard.) Dans tous les cas, je ne vous ferai qu'un diminutif de

discours,

J'ai accepté comme un honneur l'invitation de répondre à la santé de la presse, Et je remercie la société Saint- Jean-Baptiste, au milieu de cette glorieuse célébration dans laquelle sont réunis tous ceux qui participent au grand labeur social, les travailleurs du sanctuaire et du forum, de la science et des professions libérales, du commerce et de l'industrie, de l'usine et de la rue, au milieu de cette fête radieuse qui nous donne même la joie de saluer ces vaillants travailleurs de la mer, portant luniforme aimé de la marine française, je remercie la société Saint-Jean-Baptiste d'avoir marqué une place et donné une voix aux travailleurs de la plume,

La plume et la presse ! Deux puissances, dont l'alliance étroite constitue une force qui pèse d'un poids tantôt salutaire, tantôt désastreux sur les destinées du monde, Dans les temps antiques, la plume était déjà un merveilleux instrument d'action et de pouvoir moral, La plume de cygne de Virgile immortalisait Enée : la plume d’aigle de Tacite elouait à jamais Tibère au pilori de l'avenir. Mais depuis que Gutenberg a donné au monde limprimerie, depuis que la presse est venue multiplier et vingt fois centupler la faculté d'expression et de diffusion de la plume, sa puissance est devenue vraiment formidable et irrésistible, C’est À cela, sans doute, c'est À cette admirable et prodigieuse multiplication de la pensée écrite par la feuille imprimée, que songeait un illustre écrivain de notre Âge, Lord Lytton, lorsqu'il écrivait ces mots : The

pen is mightier than the sword. Ta plume est plus puis-

sante que l'épée.”

Hélas ! nous sommes forcé d'admettre que cette in-

» tard.) utif de

pondre Saintration nt au et du 1 COMmilieu oie de l'unisociété

donné

lance tantôt nonde, erveilplume d'aigle venir.

Fimprivingt idela ble et admiite par un de « The

puis-

te in-

fluence merveilleuse de la plume est aussi grande pour le mal que pour le bien, Ki le livre, si le journal, surtout, si la presse peut proclamer la vérité, honorer la vertu, défendre la faiblesse, fétrir la tyrannie, fortifier les cœurs et lutter pour les libertés légitimes d'un peuple, elle peut aussi jeter aux vents du ciel la semence trop féconde de l'erreur et du mensonge, elle peut embellir le vice, adorer la force, aduler le despotisme, empoisonner les âmes et immoler au fanatisme la justice et la liberté, On en trouverait des exemples à toutes les pages de l'histoire contemporaine, Partout, c'est l'ombre combattant la lumière, c'est l’éclipse obscurcissant le rayon de lumière, c’est le mal à côté du bien et l’étouffant trop souvent, Aussi, en considérant le rôle et la condition de la presse dans nos sociétés modernes, plus d’un penseur à dû éprouver l'embarras exprimé par Corneille à propos du cardinal de Richelieu. L'auteur du Cid et de Polyeucte avait été tour à tour comblé de faveurs et persécuté par le puissant ministre ; et dans un moment de verve plaisante, il avait écrit ce quatrain :

Qu'on parle bien où mal du fameux cardinal,

Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien,

[m'a fait trop de bien pour en dire du mal,

Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien,

De même en parlant de la presse, le penseur ct le phi-

losophe peuvent dire :

Elle à fait trop de bien pour en dire du mal,

Elle a fait trop de mal pour en dire du bien.

Pour expliquer cette dualité d'action on à trouvé une

image fort belle. On a dit—c’est sans doute un journa-

liste qui à imaginé cela, —on a dit que la presse est comme

la lance d'Achille, qu’elle guérit les blessures qu’elle fait, C'est-à-dire que la publicité du bien fait contrepoids à Ja publicité du mal. Le mal lPemporte-til sur le bien ?

' % & Le Ve W, EN à ep VF, À K à y K Ÿ 47 € \Z + 72 72% LEO LW Ve s\ he À < E EVALUAT sé ST aexS ke N28 25 CETTE U ns |[20 [ES JLLS 1125 ALL£ 11 AN NS A & + %% SA : S W à > s— 2 AN 4 CA SR V PS

D) hotographic uns 9 : Sciences "nan

Corporation

EE ——— ee = ru EE

L'esprit de corgs, la profession que j’exerce tous les jours m'interdisent de trancher cette question délicate. Quoi qu’il en soit, vous permettez bien, messieurs, aux joutnalistes canadiens de dire, que dans le passé la presse à été parmi nous l’une des grandes forces nationales.

Aujourd’hui, nous marchons tête levée et bannières au vent ; nous affirmons fièrement notre vitalité merveilleuse ; nous chantons nos victoires ; nous célébrons, dans l’allégresse publique, nos immortels souvenirs ; nous déployons la pompe et la splendeur d’une race triomphante. Mais il y a eu des jours de deuil, il y a eu des

jours de ténèbres et d’oppression, il y a eu des heures

sombres et navrantes, il y a eu des aurores sinistres de combats désespérés et des soirs lugubres de batailles perdues eù l’on se demandait si nous allions mourir. A cette époque il n’y avait qu'une voix qui nous criât : courage. C'était la voix forte et persuasive de notre

clergé patriotiq2. Mais un jour une voix nouvelle et

inconnue, voix vibrante comme une sonnerie de clairons, vint mêler ses accents à ceux de la premiere et fit tressaillir la nation. C’était la voix de la presse canadienne.

Alors s’ouvrit une lutte épique. Pendant quarante ans notre presse nationale demeura sur la brêche ; pendant quarante ans elle porta la lance et le bouclier ; pendant quarante ans eïle combattit tous nos combats et vainquit toutes nos victoires. Et lorsque j'entends proposer la santé de la presse dans une célébratiou patriotique, je me dis toujours : comme l’étendard de Jeanne d’Arec, elle a été à la peine, il est bien juste qu’elle soit à l’honneur. En effet, ce n’est pas à nous, journalistes d’aujourd’hui, trop souvent inférieurs À notre lourde tâche et à notre mission glorieuse, ce n’est pas à nous que s'adresse cet honneur, c’est aux journalistes d'autrefois. Quand vous vous écriez : À LA PRESSE; par une évocation soudaine et spontanée, il

s jours

Quoi joutrnase à été

ères au nerveilébrons, 8 ; NOUS triomeu des heures tres de atailles ri. À eriât :

e notre velle ‘et lairons, At tresdienne.

nte ans vendant pendant ainquit a santé me dis

a été dr. En ui, trop mission nneur, écriez :

anée, il

me semble voir se lever au milieu de nous les grands ancêtres (le la presse canadienne: et votre toast sympathique ne s'adresse plus à nous, mais à Pierre Bédard, à Denis-Benjamin Viger, à Taschereau, à Duvernay, À Augustin-Norbert Morin et à Etienne Parent.

Ah ! je sais bien que l’époque où la presse canadienne n'avait qu’un mot d'ordre est passée. Avec le triomphe de nos libertés-politiques, notre presse est devenue une arène où nous nous livrons de cruels combats sous des étendards ennemis.. Mais, messieurs, concitoyens venus de partout, compatriotes qui aimez autant mais pas plus que nous la patrie, n'ayez crainte au spectacle de nos guerres de plume. Ne vous arrêtez pas aux surfaces, et venez jusqu’à nos cœurs. Là vous trouverez une corde, la plus forte et, la plus sonore, que feront toujours vibrer à l'unisson ces deux attouchements sacrés : celui de la Religion et celui de la Patrie. Aujourd’hui est un jour de trève fraternelle ; maïs demain ce jour de trève se changerait eu un jour de ralliement, d'harmonie et de concentration universelle, si l'Eglise ou la Patrie faisait retentir à nos oreilles l’appel, le eri d’alarme du patriotisme ou de

Ja foi.

Au nom de la presse canadienne, messieurs, j'ose prendre l'engagement solennel qu’elle sera toujours au premier rang, avec un seul cœur, une seule Âme et une seule voix, quand il s'agira de défendre le drapeau qui couvre de ses plis glorieux nos institutions, ces fortes institutions qui ont fait de nous une forte race, notre langue, la langue immortelle de la France, et nos lois, ces lois que nous avons conquises et qui ont créé nos franchises.

Amiral de France, c’est devenu, ce soir, un lieu commun que de vous adresser des paroles de sympathie cordiale et de fraternelle bienvenue. Cependant je ne puis me

taire avant d’avoir, moi aussi, laissé déborder les sentiments qui remuent mon âme en vous voyant avec nous dans ce grand jour, et avant de vous avoir dit quelques mots qui partent de mon cœur pour aller à votre cœur. Amiral, lorsque vous aurez terminé votre visite aux ports de Québec et de Montréal, lorsque vous aurez terminé votre croisière, vous allez retourner vers cette patrie où vous avez laissé tout ce qui vous est cher,

Dites-lui que rous avons conservé son cher souvenir, et les nobles traditions qu’elle nous a laissées autrefois. Dites-lui que nous l’aimons toujours, tout en étant fermement loyaux à notre nouvelle allégeance. Dites-lui que nous gardons comme un dépôt sacré sa langue harmonieuse et incomparable, la langue de la civilisation universelle : car lorsqu'on parle français on est compris d’un bout du monde à l’autre. Dites-lui que nous sommes prêts à défendre cette langue sontre les attaques des proscripteurs au petit pied et contre les entreprises utopiques des fusionnistes de races. Dites-lui que vous avez rencontré sur la terre d'Amérique une nouvelle France, ce doux nom que nos premiers historiens ont inscrit au frontispice Ale leurs œuvres. Dites-lui, enfin, que vous avez trouvé au Canada, une fois de plus, la confirmation vivante de ce vers admirable d’un de vos plus grands poètes :

Tout homme a deux pays : Le sien, et puis la France, Fa; ;

es sentivec nous quelques re cœur.

Lux ports terminé atrie où

venir, et tutrefois.

nt ferme- -lui que > harmorilisation compris ue nous attaques treprises ue vous nouvelle iens ont ai, enfin, plus, ia de vos

ice,

No 11 DISCOURS DE M. CAOUETTE

Président de la société Saint Jean-Baptiste Mesdames et Messieurs,

Il ÿ æ cinquante ans, au premier banquet national tenu à “l'Hôtel de la Cité”, Haute-Ville, feu le Dr Pierre- Martial Bardy, fondateur et premier président de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec, disait : “ Puisse la société Saint-Jean-Baptiste de Québèc, non seulement consolider les liens qui existent déja entre les Canadiens, mais encore ouvrir une ère nouvelle dans les relations qui doivent désormais exister entre eux, et contribuer à faire naître entre les Canadiens-Français et les autres classes de la population une noble émulation dans la voie de l’intelli gence, de l’incustrie et des vertus publiques ! ”

Ces paroles, inspirées par le plus pur patriotisme, nous disent combien noble était le but que se proposaient le Dr Bardy et les autres patriotes de 1842 en jetant les bases de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec.

Cette société, bien que fondée à une époque où la langue et les droits religieux et nationaux des Canadiens-Français étaient sans cesse menacés, n’est pas le fruit de l'insurrection de 1837, condamnée par les autorités religieuse et civile ; mais elle est née d’un sentiment généreux qui visait à rétablir l'harmonie entre les différentes races qui habitaient ce beau et vaste pays, découvert et civilisé, il est vrai, par notre mère patrie, la France, mais cédé À l'Angleterre par nos pères, après la dernière et glorieuse victoire remportée par Lévis, sur les plaines Abraham.

Pourtant, la fondation de cette Société ne manqua pas d'exciter la surprise et la colère des ennemis de notre

race ; mais cette colère fut bientôt désarmée par la sagesse de ceux qui dirigeaient notre Société, parmi lesquels— pour n’en citer que cinq—, se trouvaient le Dr Bardy, MM. J.-P. Rhéaume, René Caro, Joseph Cauchon et P.-J.-0. Chauveau : ils furent secondés par d’autres citoyens vertueux, comme les deux seuls qui survivent à cette époque, et que nous avons le plaisir d’avoir au milieu de nous ce soir, le Dr P. Tourangeau et M. Jacques Sauviat.

Le clergé, qui voyait de bien opéré par la société Saint-Jean-Baptiste de Québec ne tarda pas de lui accorder sa confiance et son appui; et son attitude dissipa les préjugés que certaines gens, à l’âme pusillanime, avaient entretenus contre elle,

Peu à peu, des relations étroites s'établirent entre les Canadiens et les Anglais qui s’étaient considérés jusque-là comme des ennemis, et de ces relutions naquit une fière émulation dans “la voie de l'intelligence, de l’industrie et des vertus publiques. ?

Quand brillait à l'horizon le jour de la Saint-Jean- Baptiste, l’on voyait les Anglais prendre place dans la procession à la suite du vieux drapeau de Carillon, comme si cette vieille relique, si chère à nos cœurs, ne leur rappelait aucun souvenir désagréable...

Le fanatisme semblait done éteint dans cette ville où désormais tous les citoyens pouvaient manitester librement, à l'ombre du drapeau anglais, leurs croyances religieuses et nationales.

En 1855, prenant un nouvel essor, la société Saint-Jean. Baptiste de Québec décidait d’ériger des monuments à la mémoire des Canadiens-Français qui ont bien mérité de la patrie ; et la même annéeelle inaugurait, avec une pompe

a sagesse »squels— dr Bardy, uchon et d’autres vivent à avoir au u et M.

a société | accorder issipa les e, avaient

entre les jusque-là une fière

industrie

int-J eane dans la Carillon,

kœurs, ne

ville où er libreices reli-

int-Jeanents à la rité de la Le pompe

Page 1