‹ Jubilé sacerdotale de S.E. le cardinal E.A. TaschereauChapitre 11 sur 141 · A L'ARCHEVÊCHÉ · texte numérisé non relu

A L'ARCHEVÊCHÉ

A peine ces messieurs ont-ils pris congé de Son Eminence, que les sons harmonieux d’une fanfare se font entendre : c’est la société des jeunes Zouaves du Sacré- Cœur qui accourt offrir à Son Eminence le tribut de sa vénération. Prévenu du grand désir qu’ils ont de le voir, le Cardinal, avec une grande bienveillance, se rend de nouveau sous le portique de l’archevêché, se montre aux jeunes zouaves, leur adresse quelques paroles d’encoura-

gement et les bénit. Puisil rentre dans ses appartements,

La foule alors se disperse, en attendant les réjouissances du soir,

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Le feu d'artifice

À huit heures précises, les eloches des différentes églises de la ville sonnent À toute volée, et celles de Lévis, de l'île d'Orléans, de Charlesbourg et de Beauport leur font écho : c’est l'ouverture des fêtes jubilaires L L'air est comme saturé de sons joyeux ; ee concert merveilleux et inattendu, à la tombée de la nuit, va jeter partout, jusque dans les plus humbles recoins, la joie, la gaieté, Penthou-

siasme.

Une foule innombrable envahit la terrasse ; et tout le monde, les yeux fixés sur le fleuve, où brillent encore faiblement les lueurs du crépuscule, guette le commence-

ment du feu d'artifice.

Tout à coup, plusieurs coups de canon partent d’un navire mouillé dans la rade : e’est le signal. Un grand nombre de fusées s’élancent de ce navire, et l’on y répond

1— Une heureuse coïncidence à remarquer, c’est que cette cuver-

ture eut lieu le jour de la fête patronale de N.K,. P. le Pape Léon XITT, la Saint-Joachim. s

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à Québec et à Lévis par d’autres pièces pyrotechniques et des feux de bengale : le spectacle est enchanteur et dure longtemps. Quelques vaisseaux brillamment illuminés vont et viennent sur le fleuve en tous sens, diversifiant ainsi sans cesse et animant la scène : le temps est beau et serein : aucun souffle de vent ne % fait rider la face de l'eau ” ; c’est un miroir, où se reflètent avec le plus vif

éclat des milliers de lumières. Deux frégates françaises, mouillées devant la ville depuis plusieurs jours, sont tout étincelantes de feux et prennent part à la fête. Quelques ballons, lancés de la terrasse et du jardin du Fort, s'élèvent à une hauteur prodigieuse, se dirigent vers le nord et vont se perdre dans les sombres forêts des Laurentides : la foule suit leur course éphémère avee le plus vif intérêt. Et pendant que l’on jouit de ce spectacle magnifique une fanfare fait entendre sur la terrasse les mélodies les plus délicieuses ; nos airs canadiens, surtout, Le Drapeau de Carillon, O Canada ! terre de nos aieur, Vive la Cana-

dienne, soulèvent des tonnerres d’applaudissements.

Il y à, croyons-nous, peu d’endroits au monde aussi favorables que notre terrasse pour jouir d’un grand spectacle comme celui d’un feu d'artifice où d’une illumination. Sur ce plateau élevé, aucun détail n'échappe à la vue, C’est là, comme sur un nid d’aigle, que le fondateur de notre colonie, Champlain, avait fixé sa demeure. C’est là que son successeur, M. de Montmagny, aimait quelquefois, pour varier l’uniformité de vie de ses braves

colons, à les récréer par un feu d'artifice.

On lit dans la Relation de 1637 : “ La fête du glorieux

patriarche saint Joseph est l’une des grandes solennités de ce pays : la veille de ce jour, qui nous est si cher, on arbora le drapeau, et l’on fit jouer le canon. M. le gouverneur fit faire des feux de réjouissance aussi pleins d'artifices que j'en aie guère vus en France. D'un côté on avait dressé un pan, sur lequel paraissait le nom de Saint-Joseph en lumières ; au-dessus de ce nom sacré, brillaient quantité de chandelles à feu d’où partirent dixhuit ou vingt petits serpenteaux, qui firent merveille. On avait mis derrière cette invention quatorze grosses fusées, qu’on fit enlever les unes après les autres, avec l’étonnement des Français et bien plus des Sauvages, qui n'avaient jamais rien vu de semblable ; ils admiraient la pluie d’or ou de feu, et les étoiles qui retombaient de fort haut. Le feu des fusées se portait tantôt tout droit, tantôt

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