SCÈNE X
JUDITH, seule.
Le malheureux, qui m'aime et qui se fie à moi ! Ah! vivre tout un jour de ruse, de mensonge, C'est un supplice affreux... indigne... et quand je
[songe A l'horrible devoir qu'il me faut accomplir, Mon âme se révolte, et je me sens faiblir... Moi, mentir! moi, Judith! où suis-je descendue!... Et lui... contre les siens, comme il m'a défendue!... El j'irais, me courbant sous un ordre cruel, Lorsqu'il agit pour nous, lorsqu'il sauve Israël, Lorsqu'il veut, de son roi guidant l'esprit sauvage, Préserver nos tribus d'un honteux esclavage, J'irais, moi, par un coup lâchement médité, L'immoler, et punir sa générosité?... [ne!...
Ah ! ce n'est plus sa mort que le Seigneur ordon-
S'il comprend la pitié, c'est que Dieu lui pardonne ! Ses secours, ses bienfaits, doivent me désarmer !... Frapper un cœur si noble el si digne d'aimer! Frapper... mais je n'ai plus de fureur qui m'en-
[traine!
Du sailli... il faut du sang!... mais je n'ai plus de
[haine !...
Plus de haine!... et d'où vient que ma colère a
[fui?...
Je demandais sa mort, et je tremble pour lui!... Ce changement , Seigneur, est il donc \olre ou-j
[vrageifl Non, c'est un piège affreux. . Dieu m'éprouve, cou-l
"rage !
Il me livre aux démons qui viennent me tenter, Et pour que je triomphe il veut me voir lutter... A l'amour d'Holopherne ils me disent sensible!... Moi, l'aimer ! .. moi, l'aimer !... démons, c'est impossible!
In moment j'ai repris ma parure d'orgueil, Mais mon cœur déchiré n'a point quitté son deuil. L'ombre de mon époux habite ma demeure ; Depuis trois ans, démons, vous voyez que je pleure, Que j'ai la même foi, que j'ai le même amour, Et que mon désespoir n'a pas vieilli d'un jour ! Je vis pour honorer celle sainte, mémoire. Holopherne...un héros... eh! que me fait la gloire? Elle n'a point d'écho dans mon cœnr attristé, La gloire de Judith est son humilité.
Il m'aime!... Eh bien? —il m'aime!... Oh! leur
[rage redouble.
Comme ils savent crier le seul mot qui me trouble! Us viennent m'insulter par leur rire moqueur... Us aveuglent mes yeux... ils m'arrachent le cœur! Les cruels!... je succombe, et l'abime m'altire! Grâce! grâce!... de moi le Seigneur se relire... Je fais, pour l'implorer, des efforts superflus, Mes deux mains, pour prier, ne se rejoignent plus! Dieu! voilà le Serpent qui me poursuit commeÈve, Voilà, dans les roseaux, sa tète qui se lève... Il me parle!... il me parle... il enivre mes sens Des parfums corrupteurs de l'infernal encens!... Israël, c'en est fait, ta patrie est vendue... L'enfer... l'enfer triomphe... etJudith est perdue!. .. (Elle s'évanouit. La toile tombe.)
FIN DU DEUXIÈME ACTE