ACTE 111. SCÈiNE IV
mais de ministre de la guerre comme M. de Narbonne!.. que tous ceu\ qui lui avaient succédé n'étaient que des ganaches.
DUPERRON, mcme'it.
C'est faux !.. je respecte trop notre ministre actuel.
ASPASIE
Oui... le ministre en place est toujours le meilleur!., mais vous l'avez dit. M'"0 de Chàteau-iienaucl me l'a répété.
DUPERRON, inquiet.
Comment, j'aurais fait la bêtise?..
ASP ASIE , riant.
Vous faites tout par vous-même.
DtiPERRON.
C'est donc ça que mon ministre m'a lancé si vertement, ce matin!.. Duperron, mon ami, qu'est-ce que tu as fait de ton esprit , mplbeureux? T'a viser de dire ce que lu penses! Je suis un homme destitué!
ASPASIE
Rassurez- vous... J'ai déjà arrattgé cette affaire. J'ai vu la belle-sœur du ministre, à qui j'ai vendu une garniture de chinchilla... et j'ai si bien fait, que le moi est aitri mé à Barras; il ne risque rien, lui... il est sous la remise. J'ai même ajouté qu'à ce propos séditieux vous vous étiez levé de table et que vous clic/, sorti indigné !
DUPERRON
Bravo! voilà comme on écrit l'histoire!.. Ah! ma bonne Pasie... quel service d'ami! Je n'oublierai jamais...
ASPASIE , patclinaïu.
Sans reproche... je vous en ai rendu quelquesuns, depuis que nous nous connaissons, vilain monstre !
DUPERRON
C'est vrai, c'est vrai... par ton crédit à la marine, tuas fait placer dans les colonies un neveu qui me. ruinait; tu m'as marié deux cousines, sens dot,;, et passablement laides... aussi, je n'ai pas été ingrat... je ne t'ai jamais rien refusé ! tu m'as soutiré deux colonels, un général de brigade, et je ne sais combien «le chefs de bataillon !
aspasie, pateli liant toujours.
Aujourd'hui, ça ne vous coûtera pas si cher... il ne me faut qu'un capitaine...
DUPERRON, se récriant.
Encore un capitaine !
ASPASIE
. de cavalerie...
duperron.
Un tout petit., De cavalerie !
ASPASIE
Dans le régiment des guides.
DUPERRON , retournant à son bureau.
Et dans les guides?.. Excusez!., ne te gêne pas. *
ASPASIE
C'est ce que je fais... entre amis!..
DUPERRON
J'en suis fâché... tu n'auras pas ton capitaine. * Duperron , Aspasie.
Il n'y a qu'une vacance, et elle estpromise aune femme puissante.
ASPASIE
Eh bien ! est-ce que je ne le suis pas puissante, moi?... je vous ferais sénateur, si je me le niellais dans la té le !
DUPERRON . revenant à elle.
Bien obligé ! j'aime mieux ma place de sousdirecleur à la guerre; je suis là , tranquille , au coin de mon feu; je fais des généraux, des colonels, des héros, sans bouger de mon fauteuil... ça Halte! je touche mes douze mi:ie francs... ça flatte encore ! 1,000 fr. par mois... c'est gentil, c'est rondelet! plus, une gratliicaion pour aller souhaiter à son excellence le citoyen ministre la bonne année... accompagnée de plusieurs autres, qui ne viennent jaj m s, parce que... (Faisant signe de la main qu'on lui renvoie.) Je reçois bien par-ci par-là quelques bourrades du ministre... mais j'aime encore mieux ça que celle du premier consul!.. Dieu! bourrc-t-il Le sénat, quand il s'en mêle ! aspasie , changeant de Ion et l'arrêtant.
A propos de bourrades... vous vous êtes donc marié sans ma permission , gros scélérat? DUPERRON , souriant d'un air fat.
Dame ! tu n'as jamais voulu m'écouter , tigresse !
ASPASIE
Oh ! les hommes! je m'en soucie comme de ça... c'est une étoile trop mauvais teint. duperron, la lutiuant.
Oui-dà !
(Aspasie lui donne une tape sur la main.)
ASPASIE
Je n'ai fait qu'une emplette dans cegenre-là... ça m'en a guérie pour toujours !
duperron, sérieux.
Esi-ce que tu connais ma femme?
ASPASIE
Elle est entrée ce matin un moment dans mon magasin, par hasard... (Lui souriant.) Ah! coquin! voilà ce que j'appelle une belle femme! duperron , flatté.
N'est-ce pas ?
ASPASIE
Une tète superbe! (Câlinant.) Faites-moi donc mon capitaine des guides.
duperron, voulant retourner à son bureau. Impossible , ma chère.
ASPASIE , la retenant.
Et elle paraît jalouse de vous!.. Si je lui disais tout ce que je sais sur votre compte ! DUPERRON , câlinant.
Oui , mais tu ne lui diras rien , follichonne.
ASPASIE, de même.
Paice que vous allez me donner mon petit capitaine.
DUPERRON, allant s'asseoir.
Du tout!
ASPASIE
Il me le faut , je le veux !.. Voyons , soyez gentil!., il y aune promotion aujourd'hui. (Lui donnant un papier.) Tenez, voilà ses nom et prénoms.
LA FILLE DE FIGARO
DUPERRON , faisant un bond.
Le lieutenant Edmond! Tu nie ferais nommer ministre des finances que je ne t'accorderais pas ce brevet-là !
ASPASIE
Pourquoi donc? Il y a droit, c'est un des plus braves otlickrs de l'armée ! Je m'y connais.
DUPERRON
Parbleu! je le sais bien... il a tous les titres possibles! mais, je te le répèle : la compagnie est promise à une haute et puissante dame.. .et, de plus , j'ai promis à un très haut et très poissant personnage de ne pas nommer M. Edmond.
ASPASIE
A son frère, je parie?..
DUPERRON
Tu connais aussi le munitionnaire général?
ASPASIE
Depuis deux heures seulement! et je le hais de si bon cœur, que j'ai juré de faire épouser sa fiancée à son frère, qui est un charmant garçon. Il faut donc que mon protégé soit capitaine ce matin, pour se marier ce soir. DUPERRON, se levant.
11 parait que tu connais le décret. Mais je ne me brouillerai pas pour toi avec le munitionnaire , non plus qu'avec celte haute et puissante dame , qui me sollicite jour et... nuit.
ASPASIE
Jour et nuit!., vieux fat!
DUPERRON
Non... c'est exact! (a part.) Si elle savait que c'est ma femme!
Ainsi, vous aimez mieux vous brouiller avec moi qu'avec elle ?
DUPERRON
Mais, oui... attendu que tu es bonne fille... (A part.) et qu'elle n'est pas bonne femme du tout, elle! (Haut et d'un ton gourmé.) D'ailleurs, ça ne dépend pas de moi!., voyez le ministre.
ASPASIE
Laissez-donc!.. on sait bien que tout dépend du sous-directeur.
duperron , à son bureau.
Et puis, le travail est arrêté... Regarde plutôt : le lieutenant Victor.
ASPASIE
Victor d'Hérigny !..
DUPERRON , étonné.
Tu connais aussi celui-là?
ASPASIE
Est-ce que je ne connais pas tout le monde ? Oh! M.Victor cédera son tour à son ami... J'en réponds, j'en fais mon affaire!.. Allons... allons! donnez-moi mon pauvre capitaine?
Dl'PERRON, avec force.
Non, non, mille fois non!., tu n'auras pas même un caporal.
aspasie, à part.
C'est ce que nous verrons!.. Allons, mon dernier moyen!.. (Haut et élevaut la voix.) Vieux Duperron, tu l'en repentiras!., et je te déclare nue je ne <;orsp?s d'ici,..
(Elle a pris une chaise dont elle frappe le parquet.)
DUPERRON
Ah ça ! ne brise donc pas les meubles du gouvernement !