ACTE QUATRIEME
L'ne salle dans le pavillon du parc. — Architecture gothique. — Au fond, une large estrade af>ec deux marches. — Sur l'estrade, un grand fauteuil, dans le style du bâtiment. — Au dessus du fauteuil, sur la tapisserie, une armoirie surmontée d'une couronne comtale fermée. — Une porte à droite. — Au fond , tout contre l'estrade, une autre porte masquée par une tapisserie. — Une troisième porte, à gauche, sur le second plan ; sur le premier, une fenêtre. — Un fauteuil de chaque côté de la salle. — Contre la fenêtre, un portrait de femme, à micorps, d'un ton sombre, et recouvert d'un rideau noir. — Une lampe funèbre suspendue au plafond. — En face du portrait, une épée attachée à la muraille. — Il fait nuit.
Le COMTE, JOHANN.
LE COMTE, entrant par la gauche.
Débarrasse-moi de ce manteau. Un froid glacial tombe de ces voûtes... Ma tête me brûle. Quelle heure est-il ?
JOHANN
Neuf heures, monsieur le comte.
LE COMTE, serrant convulsivement un papier
Oh! cette lettre! cette lettre!... Douterai-je encore, à présent? dirai-je encore : C'est impossible! Non, les preuves ne sont que trop réelles!... L'infâme! chacun de ces mots la condamne et justifie ma vengeance. (Lisant.) « Je ne puis » m'éloigner, chère ûme, sans te revoir encore. » Ce soir, à dix heures, je serai dans le pavillon » du parc. Il faut absolument que je te parle. Le » tumulte de la fête, l'obscurité de la nuit proté- » geront ta sortie. Viens, au nom de notre amour, » viens. » Ce ne sera pas vainement que ce pavillon maudit se sera rouvert après quinze années d'oubli. 0 mon père ! pardonnez-moi mes blasphèmes!... — Johann!
JOHANN
Plail-il, monseigneur?
LE COMTE
Cette lettre ! celte lettre! redis-moi comment
elle est tombée en ton pouvoir. Ce soir, n'est-ce pas? au commencement du bal, une femme de la comtesse l'a reçue mystérieusement des mains de ce jeune homme trouvé ce matin dans le parc?
JOHANN
Oui, monseigneur, avec ordre de la remettre à une femme vêtue d'un domino qu'il a désigné comme je vous l'ai dit.
LE COMTE
Le costume destiné à Marie! Empêcher cette enfant de paraître au bal, afin de pouvoir s'y rendre elle-même! malgré ma défense... Elle a pensé que j'allais ne pas la reconnaître sous le costume de sa fille... Et tout cela était convenu avec lui... Ce départ n'était qu'une feinte! Johann, qu'as-tu fait de la servante à qui tu as arraché ce billet? JOHANN.
Elle est en bas, monseigneur, gardée à vue.
LE COMTE
Laisse-la libre; qu'elle rentre dans le bal.
JOHANN
Quoi! monsieur le comte...
LE COMTE
Qu'elle rentre dans le bal, te dis-je, et qu'elle s'acquitte de son message. (Il remet la lettre à Johann.) Toi, tu seras derrière elle, masqué. Qu'elle ne dise pas un mot! qu'elle ne fasse pas un signe! Tu observeras la comtesse, tu écouteras sa réponse, et lu viendras après me rapporter ce que