IX' JOUR
Judith coupe la tête d'Holoferne.
Vers le milieu de la nuit, les officiers d'Holoferne, dans un état complet d'ivresse, se retirèrent, comme ils purent, chacun dans sa tente. Les gens de service, qui de leur côté s'étaient permis de larges libations, se trouvaient accablés de sommeil, en sorte qu'il ne resta personne pour veiller auprès du général. Un des huissiers, Yagao, ferma la porte de la tente dans laquelle Judith se trouvait seule avec Holoferne, et s'empressa, pour les mêmes raisons que les autres, de gagner sa demeure. Quant à Holoferne, plus ivre que personne, on l'avait transporté sur son lit, où, dans un sommeil de plomb, il digérait le vin qu'il avait bu avec excès.
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Judith, se voyant seule, entr'ouvrit la porte de la tente et dit à sa suivante de se tenir dehors devant la tente et d'y faire le guet. Pour elle, debout devant le lit, elle priait avec larmes, et, remuant les lèvres en silence, elle disait : « Seigneur Dieu d'Israël, fortifiez-moi, et favorisez en ce moment l'ouvrage de mes mains, afin que, selon votre promesse, vous releviez Jérusalem, votre ville, et que j'achève ce que j'ai cru pouvoir se faire par votre assistance. » On voit qu'en tout cela Judith agissait par l'inspiration divine.
Sa prière finie, elle s'approcha doucement de la colonne qui était au chevet du lit d'Holoferne et délia le cimeterre qui y était attaché. L'ayant tiré du fourreau, elle prit Holoferne par la chevelure, et dit : « Seigneur Dieu, fortifiez-moi à cette heure. » En même temps, elle le frappa deux fois sur le cou et
;i NEUVIEME JOUR.
lui abattit la tète. Ensuite, elle détacha des colonnes du lit une draperie, dans laquelle elle enveloppa la tête d'Holoferne, dont elle fit rouler le corps sur le pavé. Après avoir pris le temps de respirer, elle sortit, et donna à sa suivante la tête d'Holoferne. en lui disant de la mettre dans son sac.
Toutes deux s'éloignèrent aussitôt, selon leur coutume, comme pour aller prier. Elles traversèrent le camp, et, tournant le long de la vallée, elles arrivèrent, avant le jour, à la porte de la ville. Alors Judith dit aux sentinelles : « Ouvrez les portes, le Seigneur est avec nous ; il a signalé sa puissance en faveur d'Israël. » Les sentinelles, ayant reconnu sa voix, appelèrent les anciens du peuple. La porte fut ouverte : toute la ville fut bientôt sur pied. Non-seulement les anciens, mais tous les habitants, depuis le plus petit jusqu'au plus grand, accoururent auprès de Judith. Ils n'espéraient plus la revoir. Son retour inopiné, à pareille heure, la curiosité.
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la crainte, l'espérance les remplissaient d'inquiétude.
Ils allumèrent des ilambeaux et se pressèrent autour de Judith. La jeune et modeste héroïne monta sur un lieu élevé, commanda le silence, et, tous s'étant tus, elle dit : « Louez le Seigneur notre Dieu qui n'a point abandonné ceux qui espéraient en lui. 11 a, par moi, sa servante, accompli sa miséricorde, comme il l'avait promise à la maison d'Israël : par ma main, il a tué cette nuit l'ennemi de son peuple. » Et. tirant de son sac la tête d'Holofcrne, elle la leur montra, (lisant : « Voici la télé d'Holofeme, général de l'armée des Assyriens; et voici le pavillon sous lequel il était couché dans son ivresse, et où le Seigneur notre Dieu l'a frappé par la main d'une femme.
<( Vive le Seigneur, parc^e que son ange m'a gardée, lorsque je suis sortie d'ici, tant que je suis demeurée Là et lorsque je suis revenue. Le Seigneur n'a point permis que sa sen-ante fût souillée ; mais il m'a ramonée