‹ Judith et Esther, mois de Marie du XIXe siècleChapitre 45 sur 72 · VINGT-UNIEME JOUR · texte numérisé non relu

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en signe de clémence, et ne lui sauve ainsi la vie. Comment donc puis-je entrer chez le roi, puisqu'il y a déjà trente jours qu'il ne m'a fait appeler? »

Ces détails nous donnent quelque idée de la demeure des rois de Perse et d'une coutume encore conservée dans les cours de l'Orient. Le monarque, renfermé dans l'intérieur de son immense palais, se tenait sur un trône d'or, resplendissant de pierres précieuses, comme un dieu sur terre. La pièce qui précédait la chambre du roi était la salle des gardes, et la loi qui frappait de mort quiconque aurait voulu voir la face du monarque, sans y être appelé, avait pour but d'imprimer à tous un respect religieux pour sa majesté. Les princes païens régnent par la terreur. C'est pour cela qu'ils se rendaient et qu'ils se rendent encore invisibles. Autre est la conduite des princes chrétiens.

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Mardochéc, ayant entendu la réponse d'Esther, lui fit dire par Atach : « Ne croyez pas, parce que vous êtes dans la maison du roi, que vous pourrez sauver votre vie, si tous les Juifs périssent. Si vous demeurez dans l'inaction, les Juifs seront sauvés sans vous ; mais vous périrez, vous et la maison de votre père, parce que vous aurez failli à votre devoir. Qui sait si ce n'est point pour cela môme que vous avez été élevée ;\la dignité royale, afin d'être en état d'agir dans une occasion comme celle-ci? »

Toujours obéissante, Eslher envoya dire de nouveau à Mardochée : « Allez, assemblez tous les Juifs qui sont dans Suse, et priez tous pour moi. Ne mangez ni ne l)uvez, ni jour ni uuil, pendant trois jours, je jeûnerai de la même manière avec mes lilles. Après cela, j'entrerai chez le roi, malgré la loi qui le défend sans y être appelée, et, s'il faut

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que je périsse, je périrai. Mardochée s'empressa d'exécuter ce qu'Esther lui avait ordonné.

Répe.don. — En apprenant la condamnation de son peuple, Mardochée déchire ses vêtements, se couvre de cendres et pousse des cris de douleur : n'est-ce pas l'Église actuelle ? A la pensée des maux qui menacent le monde, celte mère des nations n'est-ellc pas dans le deuil? ne fait-elle pas entendre des gémissements et des cris d'alarme ? Dans leurs projets hautement avoués, est-ce que les impies n'ont pas décidé la ruine de toute religion, de tout ordre social, le meurtre et le pillage universel? Qui nous sauvera?

Mardochée n'a qu'une ressource, c'est Es- Iher. 11 lui fait connaître le péril de sou peuple et ne lui dissimule pas que c'est pour le sauver que Dieu l'a élevée à la dignité de reine. Quelle est notre ressource aujourd'hui, sinon la divine Esther? Catholiques du dixneuvième siècle, condamnés à mort par les ennemis de Dieu et des hommes, exposons nos dangers à Marie et disons-lui sans hésiter : Ce n'est pas pour vous seule, c'est pour

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nous, que vous ôtcs devenuo reine du eiel et de la terre.

Esther demande î\ Mardochée de prier et de faire prier et jeûner. La sainte Vierge nous demande la même chose : priez et faites pénitence, autrement vous périrez. La tendre Esther dit à Mardochée : je ne vous laisserai pas seul, je prierai moi-même, je jeûnerai et lerai jeûner avec vous. Soyons- en sûrs, Marie, qu'on n'invoqua jamais en vain, joindra ses prières aux nôtres, et ses prières sont toutes puissantes. Sans crainte, elle ira trouver le divin Assuérus, et nous serons sauvés.

Incocations. — Épargnez, Seigneur, épargnez votre peuple : ne soyez pas toujours irrité contre nous.

0 Marie, secours des chrétiens, priez pour le Tonkin.

Pratique. — Réciter le Miserere.

XXIP JOUR.

Prière de Mardochée et d'Esther.

A la recommandation de Mardochée tous les Juifs se livrèrent pendant trois jours au jeûne et à la prière. Ils comprirent que, dans la conjoncture où ils se trouvaient, le Dieu de leurs pères pouvait seul les sauver. Ainsi doivent raisonner les nations coupables, si elles veulent conjurer les fléaux qui les menacent. Esther et Mardochée ne se contentèrent pas d'inviter les Juifs à la prière et à la pénitence : ils leur en donnèrent l'exemple. Voici la prière que ces deux grandes et saintes âmes adressèrent au Dieu d'Israël. Nous la lirons avec respect et nous la répéterons en particulier. Nulle n'est mieux appropriée aux besoins du dix-neuvième siècle.

rniÈRE on MARDOCnÉE F.T D'ESTIITR. 137

Se souvenant de toutes les œuvres du Seigneur, Mardoehée le pria en ees termes : « Seigneur, Seigneur, roi tout-puissant, tout est soumis à votre pouvoir, et nul ne peut résister à votre volonté, si vous avez résolu de sauver Israël. Vous avez fait le ciel et la terre et tout ce qui est sous le ciel. Vous êtes le Seigneur de toutes choses, et nul ne peut résister à votre Majesté. Tout vous est connu; et vous savez que si je n'ai point adoré le superbe Aman, ce n'est ni par orgueil, ni par mépris, ni par un secret désir de gloire ; car j'aurais volontiers baisé la trace môme de ses pieds pour le salutd'lsraël. Mais j'ai craint de transférera un homme l'honneur qui n'est dû qu'à mon Dieu, et d'adorer un autre que le Dieu de mes pères.

« Maintenant donc, ô Seigneur roi, ô Dieu d'Abraham, ayez pitié de votre peuple, parce

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que nos ennemis veulent nous perdre et exterminer votre héritage. Ne méprisez pas ce peuple que vous vous êtes donné en partage, que vous avez racheté de l'Égyplc pour être à vous. Exaucez ma prière, soyez favorable à une nation qui est spécialement vôtre. Changez, Seigneur, nos larmes en joie, afin que, préservés de la mort, nous célébrions votre nom, et ne fermez pas la bouche à ceux qui vous louent. »

Touî Israël s'unit à Mardochée et cria vers le Seigneur, et, d'une même bouche comme d'un même cœur, lui adressa ses prières, parce qu'une mort certaine les menaçait. Dans l'intérieur du palais,.Esther faisait écho aux supplications qui s'élevaient vers le ciel de toutes les parties de la ^ille. La pieuse princesse se réfugia vers le Seigneur son Dieu, épouvantée du péril qui était si proche. Ayant quitté ses habits de reine, elle en prit de conformes à son affliction et à ses larmes. Au lieu de parfums, elle se couvrit la tête de cendres, jeûna rigoureusement et coupa les tresses de

PRIÈRI^ nE MARDOCIIÉE ET DESTIIEH. UO

ses cheveux, qu'on trouva répandus dans les lieux naguère témoins de ses joies.

Prosternée devant le Dieu d'Israël, elle le suppliait en ces termes : « Mon Seigneur, qui êtes seul notre roi, assislez-moi dans l'abandon où je suis, puisque vous êtes le seul qui puissiez me secourir. Mon péril est imminent. J'ai su de mon père que vous. Seigneur, aviez pris Israël d'entre toutes les nations pour en faire votre peuple, et que vous avez tenu votre parole. Nous avons péché devant vous ; c'est pour cela que vous nous avez livrés entre les mains de nos ennemis. Nous avons adoré leurs dieux : et vous êtes juste, Seigneur.

(( Maintenant ce n'est pas assez pour eux de nous opprimer de la manière la plus dure. Attribuant la force de leurs bras à la puissance de leurs idoles, ils veulent faire mentir vos promesses, exterminer votre héritage, fermer la bouéhe à ceux qui vous louent et éteindre la gloire de votre temple et de votre autel,

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afin de luire louer par les nations la puissance (le leurs idoles et mettre à votre place un roi de chair.

« Seigneur, n'abandonnez pas votre peuple à ceux qui ne sont que néant, de peur qu'ils ne tressaillent à notre ruine ; mais faites retomber leur dessein sur eux, et perdez celui qui a commencé d'exercer sa cruauté contre nous. Souvenez vous de nous. Seigneur; montrez-vous à nous aux jours de notre affliction, et donnez-moi de l'assurance, Seigneur, roi de tous les rois. Mettez dans ma bouche des paroles convenables en la présence du lion. Tournez son cœur à la haine de notre ennemi, afin qu'il périsse lui et tous ceux qui conspirent avec lui. Délivrez-nous par votre main, et assistez-moi, Seigneur, vous qui êtes mon unique secours.

« Vous connaissez toutes choses et vous savez que je hais la gloire des injustes. Mes

PBIÈRF HE MARDOCnÉr: ET D'ESTUF.R. 141

chagrins ne vous sont point cachés. Vous savez qu'aux jours où je suis condauinée à paraître dans hi magnificence et dans l'échit, j'ai en horreur le signe superhe de ma gloire que je porte sur ma tête, vous savez que je le regarde comme un linge souille et que je ne le porte jamais dans les jours de ma solitude.

« Vous savez que je n'ai point mangé à la table d'Aman, ni pris aucun plaisir au festin du roi, ni bu de vin offert aux idoles. Vous savez que, depuis le temps où j'ai été amenée dansce palais jusqu'aujourd'hui, jamais votre servante ne s'est réjouie qu'en vous seul, Seigneur, Dieu d'Abraham. 0 Dieu puissant, dominateur de tous, écoutez la voix de ceux dont vous êtes le seul espoir ; sauvez-nous de la main des méchants et délivrez moi de ma propre crainte. »

Réflexion. — Que l'exemple d'Esther et de Mardochée ne soit pas perdu pour nous, ne nous contentons pas de le lire : imitons-le. Notre avenir môme temporel comme l'avenir du monde est à ce prix. Les circonstances sont telles que Dieu seul, agissant dans toute

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retendue de sa puissance et de sa miséricorde, peut rétablir l'ordre sur la terre et empêcher une nouvelle chute de l'humanité.

Qui fera violence à son cœur ? qui lui fera retirer le décret de condamnation déjà peutêtre porté contrele monde coupable, contre le mauvais dix-neuvième siècle, si rebelle aux avertissements de la Providence et si obstiné dans le mal ? Les prières des bonnes âmes, jointes à l'intercession de la divine Esther.

(( La prière du juste, dit le Seigneur, pénétrera les nuées, se présentera devant le trône de Dieu, et n'en quittera pas que le Très-Haut ne l'ait regardée d'un œil favorable. » Soyonsen bien convaincus; c'est ainsi et seulement ainsi que nous obtiendrons miséricorde.

Invocations. — Épargnez, Seigneur, épargnez votre peuple : ne soyez pas toujours irrité contre nous.

0 Marie, secours des chrétiens, priez pour les Indes.

Pratique. — Réciter les Litanies des Saints.

XXIIP JOUR.

Esther entre chez le roi.

Par le jeûne et par la prière, accomplis avec la ferveur que leur inspirait la vue de la mort, les Juifs s'étaient assuré la protection du Dieu de leurs pères. Esther n'hésita plus. Le troisième jour, elle se revêtit de ses habits royaux et s'environna de toute la pompe qui convenait à sa dignité. Ainsi parée , elle invoqua le Dieu qui dirige et qui sauve, et prit avec elle deux de ses suivantes. Sur l'une, elle s'appuyait avec grâce; l'autre suivait sa maîtresse, portant la queue de sa robe.

Esther marchait lentement comme une personne délicate et alfaiblie. Elle l'était en effet, tant par sa constitution naturelle que

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par le jeûne et par la crainte. Néanmoins, les roses de son visage n'avaient rien perdu de leur fraîcheur, et ses yeux conservaient leur vif éclat et leur incomparable douceur. Sous ces beaux dehors, se cachaient une profonde tristesse et une fraveur extrême.

Traversant les nombreux appartements du palais, Esther s'arrêta sur le seuil de la chambre du roi, dont la riche portière, relevée en double feston, permettait au monarque de voir dans la salle d'attente. Assuérus était majestueusement assis sur son trône, revêtu de ses ornements royaux, tout resplendissant d'or et de pierres précieuses , et son sceptre d'or à la main : sa vue inspirait la terreur. Aux pas des visiteuses, il leva la tête, et ses regards, brillants comme l'éclair, trahirent la colère de son Ame. La reine s'évanouit; la pâleur de la mort se répandit sur son visage et sa tête sans force tomba sur l'épaule de sa suivante.

ESTHER ENTUE CUEZ LE ROI. 145

Dieu changea subitement le cneur du roi, et le remplit de douceur. Craignant pour Esther , il quitte son trône, prend la reine dans ses bras, et, la soutenant jusqu'il ce qu'elle revienne à elle, il lui disait ces caressantes paroles : (( Qu'avez-vous, Esther? je suis votre frère , ne craignez pas. Vous ne mourrez pas; ce n'est pas pour vous qu'est laite la loi, c'est pour tous les autres. Venez et touchez mon sceptre. » Assuérus voulait lui dire par Ifi que toute sa puissance était à ses ordres.

Esther demeurait silencieuse et timidement immobile. Alors Assuérus lui place l'extrémité de son sceptre sur le cou et l'embrasse , en lui disant : (( Pourquoi ne me parlez-vous pas? » Esther répondit : « Je vous ai vu, seigneur, comme l'ange de Dieu, et l'éclat de votre gloire m'a fait manquer le cœur. » A ces mots, elle s'évanouit de nouveau.

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Le roi était dans un trouble inexprimable, et ses officiers s'empressaient autour de la reine pour la ranimer et la consoler. Quand elle fut revenue à elle, Assuérus lui dit : « Que voulez-vous, reine Esther? que demandezvous? Quand vous me demanderiez la moitié de mon royaume, je vous la donnerais. »

Esther répondit : '< Aujourd'hui est pour moi un jour de fête, et s'il plaît au roi, je le prie de venir avec Aman au festin que j'ai préparé à mon seigneur. » Aussitôt le roi dit : u Qu'on se hâte d'avertir Aman, afin qu'il obéisse à la volonté de la reine. » Remise de ses émotions et inondée de joie, Esther fut reconduite dans ses appartements. Là, elle put librement exprimer, par de ferventes prières, toute sa reconnaissance pour le Dieu de ses pères. A l'heure indiquée, le roi et Aman vinrent au festin que la reine leur avait préparé.

Vers la tin du repas, lorsqu' Assuérus eut bu beaucoup devin, il dit à Esther: « Que désirez-vous que je vous donne, et que me de-

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