XXIV^ JOUR
Colère d'Aman.
Le festin terminé, Aman se retira ivre de joie; mais, en sortant du palais, il vit Mardochée qui était assis à la porte. Non-seulement il ne se leva pas devant l'orgueilleux ministre, il ne se remua pas même de la place où il était. Aman en conçut une grande indignation. Et nous, nous devons avoir une grande admiration pour Mardochée.
Ce digne enfant d'Abraham est condamne à mort, et tout son peuple avec lui : il le sait. Devant lui passe l'auteur de l'édit d'extermination. Cet édit est motivé parle refus de Mardochée d'adorer le meurtrier de sa nation. Peut-être qu'à cette heure même, Mardochée pourrait, en fléchissant le genou, foire révoquer l'arrêt de proscription. 11 ne le fait pas : Dieu le défend. Il aime mieux s'exposer, lui et toute sa race, à une mort certaine, que de
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dosobéir ù Dieu en commeltanl un acte de lùchc respect humain.
Aman dis^iniula sa colère, et, rentré chez hii , il assem])la ses amis avec sa femme Zarès. Plein de lui-même , il leur représenta ({uelle était la grandeur de ses richesses , le grand nombre de ses enfants, ce qui était en Orient, et ce qui sera toujours partout un motif (le gloire; et l'immense honneur dont il jouissait d'tMre élevé au-dessus de tous les princes de l'empire.
Gomme comble de gloire,- il ajouta : « La reine Esther n'a invite que moi seul au festin qu'elle a donné au roi; et demain je dois encore dîner chez elle avec le roi. Malgré toutes ces faveurs et tous ces avantages, je crois n'avoir rien, tant que je verrai le Juif Mardochée, assis devant la porte du palais et refusant de fléchir le genou quand je passe. »
Zarcs ctses amis lui répondirent : (( Faites dresser une potence fort élevée, (pii ait vingt-
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cinq coudées de haut, alin qu'elle soit vue de toute la ville. Dites au roi, demain matin, qu'il y fasse pendre Mardochée, et vous irez ainsi plein de joie au festin avec le roi. » Ce conseil lui plut et il ordonna de préparer la potence.
Tandis que, dans la maison d'Aman, on décidait pour le lendemain le supplice de Mardochée, que se passait-il au palais d'Assuérus ?
Ce prince passa la nuit sans dormir. Pour se distraire, il se fit apporter les annales de son règne. Comme on les lisait devant lui , on vint à l'endroit où il était écrit de quelle manière Mardochée avait dévoilé la conspiration de Bagathan et de Tharès, qui voulaient assassiner le roi Assuérus. A ce récit, le roi arrête le lecteur et demande : « Quelle récompense Mardochée a-t-il reçue pour cet acte de lidélité? » Ses serviteurs et ses officiers lui répondirent : « Il n'a reçu aucune récompense. » Le roi se tut.
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Cependant, avant l'heure ordinaire des réceptions, on entendit du bruit dans la salle d'attente. Assucrus étonné demanda : « Qui est dans l'antichambre? » Ses serviteurs lui répondirent : « C'est Aman. » Pressé par le désir de la vengeance, Aman avait prévenu l'heure des audiences, afin de se trouver seul avec le roi , et d'obtenir immédiatement la sentence de mort contre Mardochée.
Ici, il faut s'arrêter un instant pour admirer les ressorts de la Providence. Pour arriver à ses fins, tout lui est bon. Une chose purement naturelle et de soi assez indifierenlc, l'insonmie d'Assuérus va devenir l'occasion du dénoùment imprévu , qui sera tout à la fois la punition éclatante des méchants, et la délivrance non moins éclatante des justes. Il n'est pas jusqu'à l'oubli inexplicable dans lc(iuel on a laissé le service de