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SCÈNE III

JUDITH, puis SAAPH.

Dans la montagne, plus haut. Le rempart. Le chemin qui monte parmi d’âpres rochers. Le vent s’est levé et RAS atrocement. La nuit vient, et l'orage.

JUDITH, survenant.

Mes forces m'abandonnent... Tout mon corps est trop douloureux !... {Se laissant tomber à terre.) Ah! je suis bien lasse... Quelle expédition insensée! Pourrai-je atteindre le sommet avant la nuit? Et sur ma tête la pluie s’amasse méchamment... la première grande pluie, que nos bergers craignent si fort! Le filet aux mailles innombrables, aux dures mailles, va s’abattre sur moi... Le torrent dévalera comme une bête bondissante! Je périrai dans la montagne. En route, Judith! Demain, il serait trop tard! La tempête aura déraciné le gibet, roulé, défiguré la tête. En route vers son visage, vers le reflet de sa vie... vers l'écho de sa voix! Nulle parole

vivante ne peut t’apaiser. En route, mon cœur trop lourd, et mes membres brisés!

(Elle fait quelques pas. Débouchant d’un autre e sentier, Saaph surgit devant elle.)

SAAPH.

Yaoudith !

Que fais-tu ici ? (Mais Saaph chancelant, hors d’haleine, ne peut que comprimer sa poitrine de ses poings.) Réponds!... Qui a pu t'enseigner mon chemin?

SAAPH, pouvant à peine parler.

Par les raccourcis, j'ai couru comme un fou.

Des soldats vous avaient vue sur les remparts qui pressiez Le pas, qui parliez toute seule.

Saaph, aie pitié de moi! Laisse cette malheureuse poursuivre sa course !

SAAPH.

Il faut que tu m'’entendes.

Non... ne me retiens pas. Tu ne peux te douter.

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